30/06/2011

Mon Père est parti le 14 mai

@rib News, 14/05/2010

Mon Père est parti le 14 mai....

Par Paul Ndayikengurukiye

Nous sommes dimanche le 14 mai 1972. C’est cette date qui sonna comme un point final à une vie familiale, à la grandeur et aux rêves, le jour où l’impasse s’abattit en plein jour sur ma mère et ses enfants mais sans doute aussi sur notre regretté père, qui d’un seul coup se verra séparé définitivement de tout ce qui lui était le plus cher.

Monsieur Mathias BIGARIHIYE était notre Papa, un tonton, un cousin ou un ami pour les autres ….Bref un proche pour beaucoup. Pendant plusieurs  années il avait travaillé pour l’école primaire de RUKINA dont il était l’initiateur alors qu’il était catéchiste à la même école. Je dis bien “initiateur” parce que seule la première classe était à l’époque agréée par l’Etat. Et, feu mon père avait réuni les notables de cette zone pour construire eux-mêmes des locaux de classe afin que les enfants poursuivent leurs études sur place au lieu de se rendre à RUMEZA, soit plus de 15 km plus loin.

Grâce à son dévouement, monsieur BIGARIHIYE parvint à faire construire jusque en 1972 quatre locaux supplémentaires c’est à dire jusqu’en cinquième année primaire. Les briques, la construction des murs ainsi que la toiture était l’œuvre des parents, quant aux tuiles et les bancs de classe c’était la paroisse qui s’en chargeait. Je rappellerai ici que l’éducation de base était entre les mains de l’église catholique et même l’inspecteur au niveau diocésain (provincial) était un abbé (l’abbé Bacinoni Balthazar).

Je n’ai pas retenu grand chose de l’historique des événements juste avant la mort atroce de notre Papa. Nonobstant, je voudrais simplement signaler que les rumeurs disaient que le roi déchu, NTARE NDIZEYE, serait entré au Burundi par bateau…. Quelques jours plus tard j’apprenais que des hommes très courts portant des casques ressemblant aux assiettes (ubugabo bugufi bwambaye amasahani) tuaient à la machette des gens à Rumonge et à Vyanda. J’apprenais que le célèbre docteur SIMBIYARA de Bururi en était mort et que le très populaire administrateur Nyawakira Antoine y avait échappé de justesse. Dans notre famille, j’apprenais la première mort, monsieur Ntadambanya fils de Ntamamiro.

La situation de peur régnait. J’étais franchement terrassé par la frayeur et angoissé par les affres du doute d’une éventuelle arrivée de ces hommes qui me couperaient la tête à la machette. J’ai de temps à autre entendu des cris d’alerte (induru). Et, moi, notre Mère avec tous les enfants, nous nous cachions dans ces légumineuses toute à la fois buissonneuses et épineuses (imibambangwe) avec à la portée de main une cuvette d’eau. Il y avait une sorte de légende en effet qui disait que si ces petits hommes appelés « Mulele » arrivaient, il fallait les asperger de l’eau par la bouche et dire ”amazi gusa” c’est à dire  uniquement de l’eau et leur pouvoir de tuer tombait à l’eau. Je croyais si fort qu’avec l’eau je survivrais avec ma maman, mes frères et sœurs qui me sont si chers, comme si c’était cette naissance de l’eau de la bible (baptême de Jésus) qui nous promet la vie éternelle. Bref, point de protection contre ces ”sauvages” en dehors de cette eau. Quant à feu mon père il fallait qu’il passe la nuit et jour avec tous les autres hommes de la colline pour ”kuvijira” c’est à dire peut être veiller pour ne pas être pris au dépourvu quand l’ennemi surgirait.

Pendant cette période trouble qui avait débuté le 29 avril, toute la vie s’était estompée. Pas même les célébrations eucharistiques jusque là inévitables dans notre routine.

J’apprenais que la radio avait annoncé que les Mulele avaient été anéantis. Quel Bonheur, quel ouf de soulagement de tout ce monde qui attendait avec si grande douleur l’arrivée malencontreuse de ces criminels sans nom.

Monsieur BIGARIHIYE décida d’ouvrir l’église ce dimanche du 14 mai 1972 pour que tous rendent hommage à Dieu pour ces crimes que l’Etat venait de mettre fin pour notre bien être. Cependant il apprenait qu’à Rumeza son petit frère qui enseignait la septième préparatoire (Monsieur RIZI) ainsi que son cousin Monsieur GITENGERI lui-même enseignant au même endroit, étaient emportés la veille par la police (babatwaye) expression pure et dure au superlatif qui a toujours voulu dire qu’ “ils ne reviendront plus et qu’on ne les verra plus jamais ». Combien d’années, mon Dieu, m’a-t-il fallu pour savoir que mon père ne reviendrait plus. La douleur était si grande que je n’y ai jamais cru. Je continuais à penser que Mon père reviendrait un jour. En effet, j’apprenais tous les jours dans les sermons du dimanche, que mon père présidait tous les dimanches, (et l’église était toujours pleine), que les commandements de Dieu devaient être scrupuleusement suivis. Je n’avais jamais vu un mort et je ne m’imaginais jamais la notion d’un mort encore moins un tué par  méchanceté.

Ce dimanche 14 mai 1972, mon père se leva très tôt le matin et tout le monde devait s’apprêter à aller à la messe. Il aurait dit à ma mère “aujourd’hui tout le monde va avoir les lances sur eux mais moi je préfère porter l’évangile (bible)”.  Ma mère apparemment inconsciente n’a rien dit mais comme toutes les mères africaines qui s’occupent de leurs  enfants, elle s’est  assurée qui d’entre nous allait aller dans la première messe ou dans la deuxième. Je ne l’avais pas entendu moi-même mais ma mère nous répétait toujours ces mots qui lui semblaient les plus chers de sa vie ; Ce sont les derniers mots de son Mari.

Le 13 mai 1972, Feu mon Père, ce jour là, n’a pas passé la nuit dehors, il l’avait consacrée à la préparation de la célébration dominicale. Très tôt le matin, tout le monde est parti pour la première messe et moi, je suis resté à la maison pour garder les vaches (une vingtaine) pour aller dans la deuxième messe qui allait avoir lieu aux environs de 10 h-11h. Lorsque je suis parti pour la deuxième messe, il n’y avait pas beaucoup de monde à l’église, seuls les membres du mouvement d’action catholique, les légionnaires de Marie “abarejiyo”, que mon père encadrait, étaient présents dans un local non fermé appelé  « ishure y’abigishwa » c.à.d. la classe pour les catéchumènes.

Soudain, je vis surgir beaucoup d’hommes avec à leur tête le chef de zone (Monsieur Munori) portant des lunettes fumées (Je ne l’ai plus revu), lui n’était pas de la région mais tous les autres je les connaissais. Et monsieur SEKANUMA Célestin entra dans la maison de conférence, Inzu y’inama cfr à la salle des Barejiyo. Il revint avec mon père qui se dirigeait vers le chef de zone et les hommes qui avaient encerclé ce petit centre religieux. Quelques instants après, monsieur KIROMBA, collègue à mon père, sortit de la salle pour aller voir ou demander ce qui se passait. Il fut arrêté avec mon père. Feu Mon père, en passant devant moi avec monsieur SEKANUMA, m’a donné une accolade la main sur la tête et ne m’a dit aucun mot, puis est parti avec ce cortège mortifère. On nous annonça que la deuxième messe n’allait plus avoir lieu. Nous sommes restés là un bout de temps puis avons quitté les lieux. De retour à la maison, arrivé au tournant célèbre appelé « mw’ikorosi » nous avons rencontré monsieur RUGONDEYE ligoté, accompagné par le même SEKANUMA Célestin, et nous a dit « n’agasaga » c-à-d adieu. Tout le monde a pleuré et les adultes l’ont béni. Plus tard, j’ai réalisé que ces gens avec qui j’étais, étaient des Tutsi et ils pleuraient sincèrement.

Arrivé à la maison, ma mère me demanda les nouvelles apparemment qu’elle connaissait déjà puisqu’elle était en pleur. Les voisins qui étaient allés à la deuxième messe étaient partis en hâte pour tout lui raconter. Je lui ai dit ce que j’avais vu.

Ma mère nous a envoyé à l’école le lundi 15 mai, c’est ce jour là que j’ai appris que ceux qui partaient étaient « abahutu et abamenja » c.à.d. « les Hutu et les traîtres ». Je n’avais jamais entendu ces vocables et je suis allé dire à ma maman que seuls les Hutus et les Bamenja étaient concernés par les arrestations sachant que mon père n’était ni dans l’un ni dans l’autre. Ma mère ne m’a rien répondu. J’apprenais le lendemain par mes condisciples d’une façon la plus méprisante que j’étais l’enfant d’un traître, c’est à dire « umwana w’umumenja ».

Ce 14 mai 1972, j’ai appris que c’était la catastrophe dans toute la région. Monsieur Patrice l’ami à mon père et le père de Nzojibwami Augustin et Jean Bosco Ndayikengurukiye, Monsieur GASEKE, monsieur KITITERURA, tous les fils de monsieur MATERITERI, excepté le Président du CNDD Honorable Léonard Nyangoma, et du monde et du monde étaient parti ligotés avec mon père vers l’innommable, la mort sans scrupule par des humains. Ils étaient d’abord rassemblés à Kiryama au bureau de zone pour être ensuite transférés à MATANA, le centre communal, pour enfin être transportés à Bururi au camp militaire.

L’impensable a continué jusqu’au mois d’août, et tous les Hutu vivaient en cachette. Mon père ne saura pas que son fils ainé Audace Simbizi (dont Agnews mentionne la fondation) subira le même sort en 1991. Ce dernier disparaîtra dans le camp Muha de Bujumbura que tous les militaires avaient déserté puis que personne n’en sait quelque chose et il se serait explosé pour disparaître puisque nous n’avons jamais eu son cadavre.

Je rends ici l’hommage solennel aux familles des cuisiniers (ababoyi) témoins de l’arrestation qui ont tous été décimés lorsque ma famille a commencé à réclamer Simbizi mort ou en vie.

De 1972 j’ai retenu deux témoignages :

1.                 Un abbé, ami à moi qui était parti avec un haut cadre du clergé du nom de BB chez le major Samuel Nduwingoma le gouverneur d’alors (de la province de Bururi) à l’occasion de la mort d’un de ses parents, ce dernier disait ceci, « ntiwibuka ga B yuko nahamagaye i Bujumbura nti ubwo bugabo buri ku musozi umwe mu Rumonge kandi ko ngira ndabwaserkle (encercler), ntiwibuka ko bambwiye ngo bareke babanze batangure ngize ndavuga ntiwibuka ko bambwiye ngo utinya iki nt’uri umusoda » c.à.d. « Ne vous souvenez pas que j’ai annoncé que les agresseurs ne sont que sur une même colline et que je pouvais les neutraliser et la réponse qui m’a été donnée était de les laisser commencer et à mon étonnement on me répliqua qu’il ne fallait que j’aie peur parce que j’étais militaire ». Et moi de me dire que les responsables c.à.d. les commanditaires venaient d’en haut et il appartiendra aux responsables militaires et politiques notamment le seul Simbananiye Arthemon membre du gouvernement et bras droit du Président Micombero d’en dire quelque chose avant le temps ; que les journalistes et autres, historiens notamment fassent leur travail. Cet homme seul membre du gouvernement d’alors aurait dit qu’il se marierait lorsque son enfant lui demanderait à quoi ressemblait un Hutu.

2.                 J’ai rencontré Isidore (originaire de Vugizo) mon ancien condisciple depuis la 7ème  année jusqu’à l’Université, on ne partage pas la même ethnie mais il n’est que la sincérité incarnée et il m’a dit que, dans les premiers jours des événements de 1972 seuls les Tutsi fuyaient, je ne l’avais jamais entendu.

Par ailleurs, je voudrais faire deux considérations suivantes :

1° Il semble qu’il y ait une commission de réconciliation nationale au Burundi appelée Commission vérité-réconciliation, à l’image de celle de l’Afrique du Sud. Lorsque j’ai vu son Président saccager et saboter l’administration de la commune dont il est originaire pour des fins absurdes, personnelles et politiques, je me suis dit que cette commission n’est là que pour ceux qui l’ont mise sur pied et ses salariés.

2° Le Burundi et ses frontières n’existent que grâce à nos héros dont jusqu’ici personne ne se soucie, mais ils ont donné un espace de vie aux Batwa, Batutsi et Bahutu.

Paul Ndayikengurukiye

16:55 Écrit par victor ntacorigira dans Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/06/2011

A l'épreuve du génocide de 1972

 

@rib News, 02/05/2011

 

A l’épreuve du génocide de 1972 au Burundi.

 

La jeunesse constitue l’avenir de toute une Nation. Pourtant, en mai et juin 1972, les jeunes Burundais ayant en commun le fait d’appartenir à l’ethnie Hutu n’ont pas été épargnés par une violence programmée. Elèves du secondaire, étudiants de l’Université et innombrables autres personnes dans le même cas, ont été la cible du pouvoir de l’époque. Cette décision d’éliminer cette force vive, avenir du Burundi, a introduit des bouleversements profonds dans la marche à suivre du pays. Les arrestations à l’Université officielle de Bujumbura ont été particulièrement féroces comme le témoigne Domitien Ngendakumana, alors étudiant à la faculté d’Agronomie.

 

Propos recueillis par Perpétue Nshimirimana

 

Je suis né en 1952. J’ai grandi à Bujumbura avec ma famille installée au « Camp Belge » (actuellement le quartier de Bwiza). J’ai fait l’enseignement primaire à l’Ecole de la paroisse Saint-Michel et l’enseignement secondaire en deux phases : trois ans d’humanités inférieures à l’Ecole Moyenne Pédagogique du Faubourg (actuellement quartier de Kinama) tenue par les frères de Notre Dame de la Miséricorde (Schaeppers) et trois ans d’humanités supérieures scientifiques au Collège du Saint-Esprit à Bujumbura, tenu par les Pères Jésuites, où j’ai terminé en juillet 1971. J’ai commencé immédiatement l’Université Officielle de Bujumbura (U.O.B.)  en octobre 1971 à la faculté d’Agronomie.

 

L’ambiance de la première semaine du mois de mai 1972.

Durant la période précédant avril 1972, je n’avais pas observé de tension palpable d’origine ethnique entre les étudiants. Je venais à peine d’entamer ma première année d’université. Néanmoins, l’entente entre les étudiants Hutu et Tutsi n’était pas très cordiale. Par exemple, au restaurant universitaire, la séparation était clairement remarquable au premier coup d’œil. Par un stratagème tacite, les Hutu se retrouvaient d’un côté, les Tutsi de l’autre, sans très bien situer l’origine du réflexe de regroupement ethnique au moment du repas.  A y regarder de près, les deux groupes  n’avaient pas beaucoup de relations dans leur vie quotidienne.

Un ou deux jours après le 29 avril 1972, les agents de la sûreté nationale  étaient venus arrêter les dirigeants Hutus de l’Union Générale des Etudiants de Rumuri (UGER)[1], dans les homes (chambrettes) des étudiants. Quelques jours plus tard, avait eu lieu la grande rafle : nous étions entrain de suivre un cours de physique aux environs de onze heures du matin, au premier étage de l’actuel Campus Mutanga quand nous avions vu des agents de l’ordre en civil, pistolets au poing, faire irruption dans l’auditoire (l’amphithéâtre). Ils nous avaient ordonné de descendre pour un rassemblement. Là, dans la cour, nous avions trouvé les étudiants des autres facultés déjà regroupés. Et à notre surprise, à peine arrivés dans la cour pour les rejoindre, nous nous trouvions  encerclés par des militaires en tenue de combat,  à la mine terrifiante. Ils avaient tout de suite fixé les baïonnettes sur leurs fusils. En  face de nous, se tenaient des agents de la sûreté nationale, des officiers et des camions militaires. Un des agents  avait sorti une liste. A l’adresse du rassemblement, il avait  dit que quiconque entendrait son nom cité devait s’avancer et se mettre à l’écart du groupe. Et, il avait procédé à l’appel.

Tous les étudiants cités étaient Hutus.

Chacun était immédiatement escorté vers les camions par un militaire au fusil et la baïonnette encore pointés vers lui, et, qui lui criait : « Haut les mains ». Ensuite, l’étudiant devait se coucher à plat ventre dans la poussière. A la fin de l’appel, ils avaient été embarqués dans les camions à plat ventre encore une fois, empilés les uns au-dessus des autres. En dernier lieu, les militaires surmontaient l’empilement vivant d’étudiants avec les baïonnettes au bout des fusils toujours pointés vers eux. Ils avaient été emmenés vers une destination inconnue et n’ont plus jamais été revus. Un professeur Suisse[2] de la faculté d’Economie, indigné par ce triste spectacle, avait manifesté son désaccord mais s’était heurté aux menaces d’arrestation de la part des militaires. Fort heureusement, cette liste d’étudiants Hutu n’était pas exhaustive. Ceux qui l’avaient dressée ignoraient-ils l’identité ethnique de certains étudiants ou s’agissait-il simplement d’un oubli ?

Nous ne le saurons jamais. 

Cependant, pour ces quelques rescapés, ce n’était pas, pour autant, la fin du calvaire. Par la suite, nous apprendrons que l’un ou l’autre étudiant Hutu avait été  arrêté dans les homes des étudiants ou en errance dans les cités de Bujumbura. La plupart d’entre eux n’étaient pas rentrés chez eux en raison de la restriction de mouvement entre les provinces, imposée par les nouveaux gouverneurs,  désormais tous des militaires. Pour circuler librement, il fallait présenter un laissez-passer délivré par le gouverneur en personne.

Plus tard, nous avons dénombré que seule une dizaine d’étudiants Hutu avait réussi à passer entre les mailles des filets et sortir du pays.

Pour ma part je me suis retrouvé parmi ceux qui ne figuraient pas sur la liste. Mon jour n’était pas encore arrivé, comme on dit communément chez nous.

Une fois que j’ai eu l’impression d’avoir eu la vie sauve momentanément, ma première réaction avait été de me rendre le plus discret possible en rentrant dans ma famille à Bwiza et espérer voir passer la tempête. 

Le retour chez moi s’était déroulé aisément. Ce n’était pas loin du Campus et aucun  barrage des Jeunesses Révolutionnaires Rwagasore (J.R.R.), milice affiliée au parti UPRONA au pouvoir, n’était à franchir en cours de route.

J’ai tout simplement dévalé la légère pente qui mène chez moi en quelques minutes sur mon vélo de course. Ma vie dans le quartier ne posait aucun problème avec mon entourage. Les amitiés d’enfance n’avaient pas été affectées par les conflits ethniques. Je redoutais plutôt le campus universitaire.

Le Zaïre, terre d’accueil et de promesse d’un meilleur avenir.

J’ai quitté le Burundi en raison des arrestations et  des disparitions en masse de Hutu qui se passaient quotidiennement tout autour de moi et à travers tout le pays. La cadence des arrestations n’avait pas l’air de s’atténuer. En tant qu’étudiant Hutu de l’Université, j’ai ressenti progressivement une sensation comme celle d’un étau, se resserrer autour de moi. Si je n’avais pas pris la décision de partir, mon arrestation suivie d’une mort certaine serait intervenue inéluctablement.

En voici l’illustration : un étudiant Tutsi en patrouille dans le quartier de Bwiza m’avait aperçu assis devant notre domicile. Il m’avait demandé les raisons de ma désertion du campus universitaire. Je lui  avais répondu que je prenais quelques jours de repos chez mes parents. Il ne l’avait pas entendu  de cette oreille et  avait décidé de me ramener au campus. Je n’opposais pas de résistance pour ne pas alerter les J.R.R. ou les militaires. En cours de route, en raison des lamentations de ma mère et de ma sœur, il m’avait relâché. 

Deux semaines plus tard, Emmanuel, un ami Tutsi d’origine rwandaise du quartier m’informait de l’imminence de l’organisation des recherches des étudiants Hutu de l’université encore présents dans le quartier et me  conseilla de me réfugier au Zaire.

Dès lors, ma décision était prise de quitter le Burundi dès la première opportunité.

La traversée de la frontière Burundi /Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo) était très périlleuse. Le projet de fuite avait été l’objet d’une minutieuse préparation. Après un mois passé chez mes parents, la première tentative s’était déroulée un certain dimanche, en compagnie de mes amis cyclistes du quartier de Buyenzi (j’étais moi-même un cycliste de compétition à Bujumbura). Nous nous étions dirigés vers la frontière de Gatumba.

Pour atteindre cette localité, il fallait d’abord franchir un barrage militaire au niveau de  l’Etablissement Chanic, six barrages en chaîne des J.R.R. en cours de route et un autre barrage militaire à Gatumba frontière. Ces barrages de filtrage avaient eu pour conséquence (si ce n’en était pas le motif) de décourager les Hutu à chercher refuge au Zaïre. En effet, beaucoup de personnes identifiées comme Hutu lors du  passage de ces barrages y laissaient  leur vie.

Notre apparence fièrement affichée était celle de cyclistes en randonnée sportive. A deux barrages de la frontière avec le Zaïre, nous avions rebroussé chemin après avoir aperçu dans un camion militaire le cadavre d’un homme fraîchement tué.

Le dimanche suivant, une deuxième tentative avait été  menée. Cette fois-ci, je partais seul, les amis cyclistes s’étant désistés, craignant pour leur sécurité. Toutefois, ils avaient pris soin de me fournir des papiers d’identité zaïrois adéquats.

En tenue de sport, fermement juché sur mon vélo de course, apparemment calme mais intérieurement angoissé, je réussissais à franchir tous les barrages. Mon vélo m’avait été d’une importance capitale car il me permettait de parcourir rapidement les distances entre les barrages.

Arrivé à Uvira au Zaïre, perdu dans ce pays dont je foulais le sol pour la première fois et sans aucune référence humaine, je me suis dirigé immédiatement vers le stade de football où se déroulait un match qui avait drainé une grande foule.  J’y ai trouvé deux jeunes Burundais de Bujumbura réfugiés au Zaïre une semaine auparavant. Ils m’avaient invité gentiment à passer temporairement  la nuit là où ils étaient eux-mêmes hébergés. Depuis le 29 avril, j’ai ainsi savouré ma première nuit de bonheur grâce à une sensation intense de sécurité retrouvée.  Une simple natte posée à même le sol me servait de lit !

Je n’étais plus un homme traqué susceptible de passer de la vie à la mort à tout instant.

Après quelques jours, j’étais hébergé par un couple mixte dont le mari était zaïrois et l’épouse burundaise, avant d’apprendre dans la semaine suivante qu’un prêtre à Bukavu accueillait les élèves et étudiants burundais  pour faciliter leur intégration dans les différentes écoles du Zaïre.

Il s’agissait du Père Henri Farcy de la congrégation des Pères Blancs. Je partais le rencontrer à Bukavu. L’accueil était chaleureux et fructueux. Après quelques temps passés à l’ancienne maison communale de Bukavu (Sud Kivu) où il logeait temporairement les réfugiés burundais étudiants, je poursuivais mes études d’agronomie au campus de Kisangani dans le Haut-Zaïre.

J’aimerais profiter de cette occasion pour rendre hommage précisément au Père Henry Farcy, et également à un Pasteur Scandinave (probablement Suédois) Mr. Gunnar Normann qui assurait son relais en nous ( les étudiants réfugiés burundais) faisant inscrire sans beaucoup de peine au campus de Kisangani où il occupait un important poste administratif.

Aujourd’hui, ces deux bienfaiteurs sont tous décédés.

Ils nous ont témoigné une chaleur humaine et accordé un soutien matériel dont nous avions désespérément besoin à ce moment-là.

Nous saluons leur mémoire.

Domitien NGENDAKUMANA, Bruxelles, Belgique.

16:14 Écrit par victor ntacorigira dans Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/06/2011

Préparons ensemble la commémoration 29 avril 2012

 

Nous cherchons des collaborateurs pour la préparation de la commémoration du 29 avril 2012

07:33 Écrit par victor ntacorigira dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |