01/07/2011

La mort d'un cadavre

Mis en ligne par Ndayakire Dieudonne le 29 août 2009
Site Burundi Bwacu

Mort, tu as encore des années de vie :

Tant que nos jours se devront de tenir

Des croix gammées sur les saints damnés,

Les hiboux auront toujours à ululer,

Les hyènes et les chacals à pulluler !

Tant que pour nous affranchir

De l’antiquité de l’indignité,

Il nous faudra béatifier Lucifer

Et confier nos bureaux à nos bourreaux,

Mort, tu as encore à bouffer !

Tant que nos sénats ne pourront survivre

Que seulement si nous léchons les culs

Des commandants des enfers terrestres,

Mort, réjouis-toi ; tu as longue vie !

La raison ne dura que trois saisons :

Après son cours magistral à La Baule,

Le souffle de François Mitterrand,

Le fameux prof des droits publics,

Dut sortir de son emballage.

Une fois dans leurs Bois Sacrés,

Les sorciers avaient creusé les tombes

Dans les panthéons des dieux cannibales.

Et le trophée de leçon de La Baule,

De se retrouver génétiquement modifié,

Avant d’être méthodiquement pétrifié,

Pour se faire fatidiquement sacrifié

Dans des crimes dieusement magnifiés.

Le vingt et unième soleil de la dixième lune,

Commence la traversée du désert.

Les ténèbres vomies par le titan Léviathan,

Que d’autres ont nommé Gustave-le- Caïman,

Jettent la risée sur les Champs Elysée :

Pour tout châtiment à infliger

A un monstre qui éteint un astre,

On n’eut que la mélodie d’une mélopée

Ayant pour tout couplet et refrain

Un disque composé d’un seul distique :

Nous condamnons ces cannibales

Avec nos dernières cordes vocales

Ça reprend alors comme avant La Baule ;

Ça commence comme à Marangara

L’autre Mugara notre Niagara.

Les chutes de sang font cortège,

Qui remplissent les canaris des sorciers,

Quand les pages des chasseurs des mages,

Là dans les camps Muzinga et Muzinda,

Sont mobilisés pour une veillée de culte,

Pour recevoir leur première communion.

Les acolytes des dieux cannibales,

Eurent leur baptême de l’anathème :

Ibinywamaraso les vampires.

Les cris des cabris des abattoirs

Et des moutons des fours crématoires

Font fléchir les derniers efforts.

Le soleil se lève et avance

Jusqu’au dessus de dix heures.

Une radio d’un Bois du Nord annonce

Qu’un messie vient d’être bouffé,

Là dans un Bois des Sorciers du Sud,

Par une confrérie incarnant Chimel,

Un typhon qui en 1972,

Avait coûté la tête à 300.000 vies.

Le soleil entendant la nouvelle,

Décide de faire marche arrière,

Pour retourner en Tanzanie ;

La nuit qui prenaient son repas de midi,

Interrompt tout et reprend son boulot.

Les colombes pinçant koras et cithares,

Entonnent la balade des gens errants :

Les lots des mises démocratiques,

On eût gagné à ne pas les gagner :

Nos gosiers dégagent les flammes ;

Les rapaces passent et repassent

Au dessus des monts de cadavres ;

Les hyènes règnent et rêvent

Autour d’un festin des cannibales.

Leurs panses ne pensent qu’à ceci :

Manger vite et reprendre la route

Pour les banquets du pays profond.

Nous avons invoqué Moïse et Thérèse :

Il nous fallait la pluie et la manne ;

Il nous fallait traverser un désert.

Les palais balayés des valets,

Que la démocratie avait affranchis,

On regagne les huttes des plateaux

Qui surplombent la ville cannibale.

Les veinards ont pu regagner Genève,

D’autres le Saint Consulat de Sion,

Sis à Mutanga-Sud la cité des vaches.

Nous traversons la Mer Rouge,

Sise à Mutanga-Nord la cité des cabris,

Pour arpenter Gasamanzuki.

Tels ceux d’Amalek le peuple juif,

A son entrée dans la ville de Shur,

Après la traversée de la Mer Rouge,

Les feux et les fers nous accueillent

Dans les plateaux de Gishingano.

Nous dormons dans un bosquet,

Sur la pointe des pieds engourdis.

Quand je me suis réveillé,

J’étais seul dans le bosquet.

Viennent la serpette et la machette,

Les armes à destruction massive,

Maniées par les victimes

Du trauma de dénie de justice,

Pour les épaves du typhon Chimel

Dont l’ouragan Gara fut le précurseur.

Les fosses communes sont creusées

Avec les pics aux ergots des hiboux,

Aux heures des concerts des étoiles :

Il fallait bien cacher la vie de la mort

A ceux qui en droit humanitaire,

N’ont appris que sauver les cadavres.

Nous dormons dans une église,

Sur la pointe des pieds engourdis ;

Nous y bouffons tous les corps du Christ.

Quand je me suis réveillé,

J’étais seul dans l’église.

Quand on acheva de tout enterrer,

On enterra l’enterrement.

Les vautours rivalisent de bravoures ;

Les hyènes font résonner les sirènes,

Invitant aux orgies leurs aïeux.

Nous dormons dans les latrines,

Sur la pointe des pieds engourdis.

Quand je me suis réveillé,

J’étais seul dans les latrines.

Les gueules des canons et des canonniers

Sont sur le ring du vomissement :

Les chars chient les flammèches,

Les griots les grelots pour les chasseurs,

Qui jamais ne connurent un seul échec,

Quand ils poursuivaient l’iboro le gibier,

D’où leurs dénominations emblématiques

De « Sans-Echec » et de « Sans-Défaite ».

Nous dormons dans des marmites,

Sur la pointe des pieds engourdis.

Quand je me suis réveillé,

J’étais seul dans les marmites.

Une griotte vola un jour la vedette

Aux spécialistes des sondes des ondes,

En réponse à un journaliste de RFI

Qui lui foutait une de ces colles :


« Vous dites que les balles qui sifflent

Viennent des marrons de Massada.

Comment ronflant dans son lit|

Peut-on annoncer ex professo :

« Telle rafale vient d’un gaucher ;

Telle autre part d’un droitier » ?

Et la griotte plus que sûre d’elle,

Autant qu’on est sûr de son nom,

De répondre sans sourciller :

« Je connais les voix de nos fusils :

Ceux des assaillants ont de ces cris !

Certains ont le cri des escargots,

D’autres sifflent tel les vers de terre.

Il en est même qui cacabent

Comme des fourmis adolescentes » !

Après cette réponse de la griotte,

J’entendis venant du champ des croix,

Là non loin du marché de Massada,

En face du Quartier Kavumu,

Les cris des corps des bébés enterrés,

Qui attendaient d’être inhumés.

J’ai pris mon coeur et mes jambes ;

Nous avons détalé vers Carama.

Nous dormons dans une grotte,

Sur la pointe des pieds engourdis.

Quand je me suis réveillé,

J’étais seul dans la grotte.

La traversée continua

Pendant plus d’une décennie,

Jusqu’au jour de l’Agneau Pascal.

La nuit de Pacques tombe en juin.

Nous la fêtons dans une synagogue

Erigée sur un cimetière,

Avec les veuves et les orphelins

Des héros enterrés et non inhumés.

Y avait été convié

Un commandant des enfers terrestres,

Qui a lu la messe de requiem.

Ce que voyant,

Je n’ai rien pris du pain sans levain.

Le vin sans levain qu’on m’a servi,

Je l’ai versé sur le commandant,

Avant de filer dans un caboulot

M’acheter une bouteille d’agasigisi.

Je suis parti me coucher.

J’ai dormi les yeux engourdis,

Su la pointe des lances au cœur,

Pour avoir vu un monstre,

Bénir les enfants de chœur.

Quand je me suis réveillé,

J’étais mort.

Sébastien Ntahongendera

Extraits de Les échos des caveaux, recueil de poèmes inédits

14:16 Écrit par victor ntacorigira dans Arts et lettres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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