08/07/2011

L'histoire du génocide n'est pas close

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L’histoire du génocide contre les Hutu du Burundi en 1972 n’est pas close

 « Ivyabaye muri 1972 » (« Evènements de 1972 ») ou Ihonyabwoko ry’Abahutu (Génocide hutu de 1972), qu’allons-nous commémorer le 29 avril 2007 ?

 Par Roger Macumi - Suisse, 23 avril 2007

 1. Que s’est-il passé pour qu’on n’oublie jamais ?

 Il est de ces dates qui marquent pour toujours la mémoire des individus et des peuples. Il est de ces jours que l’on n’oublie jamais. L’homme n’est pas fait pour oublier mais pour se souvenir. Se souvenir du passé pour construire l’avenir. Le peuple burundais serait-il un de ces rares à avoir la mémoire trop courte ? Non, les Barundi/kazi n’ont pas oublié. Ils n’oublieront jamais 1972. Rien n’effacera de leur mémoire la maudite année 1972. Qui dit le contraire ? En tous cas pas la « Génération 72 » !

 Mais, que s’est-il passé pour qu’on n’oublie jamais ?

 Beaucoup, même parmi les Barundi/kazi, parlent encore de « Ivyabaye muri 1972 », traduction : « Ce qui s’est passé en 1972 » ou encore « Les événements de 1972 » ! Pour finir, certains ne savent pas ou ne veulent pas vraiment savoir ce qui s’est passé.

 En une année, il se passe beaucoup de choses dans la vie d’un peuple : les progrès socio-politiques, les échecs des dirigeants, la criminalité de toute sorte, les famines, les décès de personnes liés à diverses causes, les règlements de comptes, les assassinats politiques, les massacres interethniques ou intercommunautaires, etc. Mais, quand l’Etat s’en mêle, quand il cible une population déterminée, quand il massacre systématiquement et méthodiquement en triant ses victimes selon leur appartenance ethnique (gutsemba ubwoko), peut-on encore parler de « ivyabaye » ou les « évènements » ? Non, il s’agit de génocide, selon la définition juridique qu’en donne le droit international.

 Il est réconfortant de constater qu’aujourd’hui, la majorité des Barundi/kazi, à l’intérieur comme à l’extérieur du Burundi, a pris la résolution de ne plus fuir devant les faits. En 1972, au moins 300'000 personnes, quasiment toutes Bahutu, ont été exterminées par l’Etat burundais d’alors, avidement accaparé par une minorité tutsi hégémonique et sanguinaire. A la tête de cet Etat foncièrement criminel, se trouvait le capitaine Michel Micombero, mort sans avoir répondu de ces crimes devant aucune instance judiciaire nationale ou internationale.

 2. Reconnaître pour éviter la culpabilisation collective

 Ni les Batutsi, ni les Bahutu, ni les Batwa ne gagneront à la culpabilisation collective. Le langage hypocrite et dangereux qui consiste à dire que « Nous avons tous perdu les nôtres (twese twarabuze) »  ou pire : « Nous avons tous tué (Twese twarishe) » doit être combattu avec la plus grande énergie. A écouter ce genre de discours, on a l’impression qu’en 1972, il n’y a eu ni victimes ni bourreaux. Autrement dit, il n’y a pas eu de génocide hutu. On est en pleine idéologie négationniste qui se retrouve malheureusement chez de prétendus intellectuels. Quant à certains pseudo érudits Bahutu ou Batutsi, la résignation, l’amnésie ou les deux à la fois ont pris la place de la mémoire. Alors, où allons-nous ?

 Ne nous y trompons pas. Il n’y a ni guerre civile, ni rébellion, ni quelque événement politique ou social que ce soit qui puisse justifier le génocide hutu de 1972. Le génocide (itsembabwoko en Kirundi) est tout simplement injustifiable. Il convient de préciser que le fait qu’il y ait eu des Batutsi qui périrent ne saurait légitimer ce génocide hutu, conçu, planifié et exécuté par l’Etat d’alors. Ce dernier a dramatiquement failli à son devoir de protection de toute sa population. Du même coup, il ne mérite plus le qualificatif d’Etat. Il s’agissait d’une bande de voyous criminels qui avaient usurpé le pouvoir du peuple. Ironie de l’histoire, beaucoup de ceux-là sont encore aujourd’hui vénérés par la République et sont même proposés ou imposés en modèles de vertu pour les générations futures.

 La diaspora hutu, même les Batutsi de bonne foi, ne contestent plus le génocide hutu de 1972 au Burundi. La date du 29 avril deviendra tôt ou tard la Journée du Souvenir. Il ne faut pas avoir peur des mots. Cette date marque le début de l’holocauste des Bahutu du Burundi. Oui, ils ont été sacrifiés à l’autel de l’hégémonie criminelle d’une minorité tutsi sadique et dévoyée. Le drame est que cette minorité avait le pouvoir politique, économique et militaire. Elle bénéficiait naturellement des complicités de bien d’Occidentaux qui voyaient dans ces « événements » une simple bagarre entre nègres. Qui a compris cela ? En tous cas peu de Bahutu ou de Batutsi dont le plus grand rêve était pour certains de ressembler à ceux qui avaient anéanti leur culture et violé leur mémoire. Ne dit-on pas en kirundi : « Usenya urwiwe bamutiza umuhoro » ? Personne ne reconstruira le Burundi à la place des Barundi/kazi. Personnes ne dira la vérité à leur place. Aucun spécialiste du Burundi ne saura mieux que les victimes du génocide hutu de 1972 ce qu’elles ont vécu. Aucune parole ne sera plus forte que celle d’un rescapé. Aucune trace ne sera plus pertinente que ce trou dans le mémoire collective et les fosses communes. Aucun cri ne sera plus fort que celui des veuves et des orphelins.

 3. « Génération 72 », où êtes-vous ?

 La diaspora burundaise, en particulier hutu, doit continuer à commémorer ce génocide pour que les générations n’acceptent jamais l’inacceptable, pour que les victimes soient honorées et réhabilitées, pour qu’un jour justice soit rendue. Le chemin est encore long mais on doit espérer que la prise de conscience soit progressive et irréversible.

A titre personnel, je lance un appel à toutes les victimes et leurs proches de se regrouper pour lutter contre l’impunité des crimes graves commis aussi bien avant, pendant et après 1972. Celles et ceux qui le souhaitent peuvent adhérer à l’association AVIB 1972, Mémoire et défense pour les victimes du génocide de 1972 au Burundi. Nous parlons de 1972 comme centre et sommet du génocide hutu commencé déjà en 1965, les massacres des Bahutu de Ntega-Marangara (génocide, édition 1988), les camps de regroupement forcés sous Buyoya II étant notamment d’autres conséquences et les prolongements de ce génocide.

 C’est donc par un devoir de mémoire et un impératif de justice que nous commémorerons le 35ème anniversaire du génocide hutu au Burundi que le monde a choisi d’ignorer. Ne l’occultons pas à notre tour par peur ou par lâcheté. En effet, certains nous invitent à « nous retrouver ensemble ce 29/04/2007 pour penser aux nôtres qui sont partis sans nous dire « Au revoir ». Ces « nôtres », qui sont-ils ? Sont-ils vraiment « partis sans nous dire Au revoir » ? Voilà que des Bahutu, prétendument intellectuels, parmi eux des universitaires, n’osent même pas appeler chat un chat. Par hypocrisie ou par médiocrité, ils n’ont pas évoqué le terme de « génocide », encore moins de « génocide hutu ». Ah non, surtout pas ! Ont-ils peur d’être traités d’« extrémistes hutu » alors qu’il est plus opportun d’appartenir à la caste des « Hutu modérés » ? Dans tous les cas, ils nous invitent à commémorer ce qu’ils ne disent pas. Ce qu’ils ne nomment pas. S’agit-il alors de « Ivyabaye », c’est à dire des « évènements » ? Finalement, ces compatriotes des temps troublés nous inviteraient-ils à commémorer ce qu’ils donnent l’impression de nier consciemment ou inconsciemment ? Il ne s’agit pas de commémorer pour se donner bonne conscience. Il faut être cohérent.

 Je trouve regrettable que cette Journée du Souvenir soit traitée par certains avec légèreté en lui dédiant par exemple 2 petites heures dimanche en fin d’aprèsmidi,en la meublant de manière plus ou moins aléatoire par des programmes presque fantaisistes. Quel message ce comportement envoie-t-il à nos enfants et au monde par rapport à un crime international aussi grave ?

 Les criminels ont accompli leurs forfaits dans le secret des frontières et dans le silence du monde. Allons-nous nous souvenir des victimes dans le secret des lamentations, sous le manteau de la fausse pudeur ?

 4. Reconnaître pour reconstruire et réconcilier

 Pour ma part, je crois profondément que la reconnaissance inconditionnelle du génocide hutu de 1972 par l’Etat burundais est l’une des clés, peut-être même la plus importante, pour ouvrir la porte de la paix et de la réconciliation. Une telle reconnaissance ne viserait ni à culpabiliser ni à condamner collectivement une ethnie, ses éléments fussent-ils au pouvoir pendant des décennies. Les Batutsi, générations après générations, ont-il à répondre collectivement du génocide hutu de 1972 (« Abatutsi baratumaze », littéralement : « Les Batutsi nous (Bahutu) ont exterminés ») ?

 Quelques milieux extrémistes tutsi veulent faire partir la « crise burundaise » de 1993 en parlant même du « génocide tutsi ». C’est de bonne guerre. Mais quand on est honnête, on doit d’abord se poser la question de ce qui s’est passé dans la nuit du 20 au21 octobre 1993. Que recherchaient les putschistes en assassinant Monsieur Ndadaye ? Quel était véritablement leur plan ? Au-delà d’autres questions qu’on se posera toujours, il convient de remarquer que l’assassinat du premier Président hutu de l’histoire du Burundi fut suivi par un chaos total. Il n’y avait plus d’Etat. Hutus et Tutsi se sont massacrés comme des abrutis avec ou sans arbitres. Le génocide de 1972 étant nié et resté impuni, qu’est-ce qui empêchait des Bahutu de croire que l’assassinat du Président Ndadaye était un coup d’envoi à la réédition du génocide hutu ? Qu’est-ce qui empêchait des Batutsi, surtout des militaires, de rêver encore une fois de la « solution finale » au problème hutu ? Qui peut prouver que le plan d’extermination des élites bahutu n’était plus d’actualité après les élections de juin 1993 ? Le Président Ndadaye était hutu, faut-il le rappeler ! La classe dirigeante tutsi d’alors, dont le major-président Buyoya, avait qualifié les élections de 1993 de « recensement ethnique ». Quel mépris ! Au Burundi comme ailleurs, les mêmes causes appellent les mêmes effets.

 

Un peuple sans mémoire et un peuple sans avenir. ABE !

 

 

11:08 Écrit par victor ntacorigira dans Roger Macumi, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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