22/07/2011

Un Tutsi militaire confirme le génocide ,l'état est mis en cause

Il Y A 32 ANS, LA FOLIE MEURTRIERE FRAPPAIT LE BURUNDI

 Par Gratien Rukindikiza et Siméon Barubiriza 

 Les jeunes générations burundaises connaissent la tragédie qui frappa le Burundi à travers les conversations au sein des familles, dans les partis politiques, à l’école, les rares écrits quasiment partisans qui ont circulé, etc… Le nombre des victimes varie selon les sources et les sentiments tribaux, calvaire duquel nous devons nous affranchir. Dès lors, la présente contribution n’a aucune intention de compter ces morts et de part et d’autre, mais nous nous concédons l’honneur d’en laisser la place et la tâche à ceux qui en sont plus dignes que nous. Nous restons convaincus, en effet, que le peuple burundais doit, devra, coûte que coûte, panser ses blessures béantes oubliées par l’histoire des humains, car il est condamné à vivre et à survivre tout uni en tant qu’entité nationale, une, indivisible et unique.

 Les Burundais qui ont connu cette monstruosité n’ont pas eu la chance de rencontrer des psychologues  indispensables pour soigner les séquelles issues de cette barbarie meurtrière. Des centaines de milliers de Burundais sont morts. Des hutu ont été tués parce qu’ils étaient hutu. Des tutsi ont été tués parce qu’ils étaient tutsi. L’histoire est une et indivisible. Elle s’impose aux tutsi comme aux hutu. Hélas ! Il reste toujours des zones d’ombre frappées d’une myopie ethnique, d’amnésie et d’impunité même au sommet de l’Etat… 

Beaucoup de hutu pensent qu’en 1972, seuls les membres de leur groupe ethnique ont été massacrés par le pouvoir en place. Ils vont jusqu’à ignorer, par manque d’informations adéquates, que beaucoup de tutsi ont été massacrés dans la province de Bururi et dans une partie de la capitale Bujumbura par des groupes de hutu organisés qui, armés d’armes blanches par lesquelles ils entendaient couper les blindés gouvernementaux et autres engins militaires modernes, ont envahi le Burundi à partir de la Tanzanie.

En revanche, le pouvoir étatique a massacré les hutu sur toute l’étendue du territoire national, même là où aucun tutsi n’avait été inquiété ; pouvoir qui avait l’obligation matérielle, morale et historique de protéger tous ses citoyens sans distinction aucune. Beaucoup de tutsi pensent, eux aussi par méconnaissance des responsabilités devant l’histoire, que les hutu qui ont été assassinés avaient participé au complot visant les tutsi ; d’autres, suite à  une manipulation ethniste de la part du pouvoir devenant mono ethnique décidé à en finir avec les hutu sur le modèle inverse de la situation rwandaise, celui de  la solution finale anti-péril hutu.

Ces tutsi croient que tous ces hutu fonctionnaires, commerçants, élèves, femmes et filles ont été punis à juste titre pour avoir participé à l’élaboration du plan pour les éliminer ; circonstance que plusieurs hutu, manipulés par une propagande ethniste, réfutent catégoriquement. Pourtant d’autres hutu affirment que le plan a été conçu, élaboré et exécuté par des burundais  réfugiés à Kigoma en Tanzanie depuis 1971.

Plusieurs sources confirment cette version ; mais faute de ne pas devoir entrer en profondeur, nous nous devons de signaler, ici, le livre La Vérité Sur Le Burundi, par Boniface Kiraranganya, auteur, des fois, cité à tort et à travers selon la propagande des utilisateurs.

 Dans toute cette ballade d’opinions contraires selon le groupe ethnique d’appartenance, la justice nationale et internationale ne s’exprime pas et la victime semble bien être la seule détentrice de la  vérité. Par ailleurs, certains faits sont là, clairs, têtus. Les rarissimes miraculés exclus, presque tous les hutu intellectuels, fonctionnaires, cadres des entreprises, officiers, sous-officiers, soldats, commerçants, élèves, etc., ont été tués par l’armée et la gendarmerie après une purge douloureuse et myope.

 Les rescapés ont pu fuir le pays et d’autres ont été cachés par les tutsi. Ils ont été tués pour la simple raison qu’ils étaient hutu et savaient lire et écrire ! Même des paysans hutu ont été trucidés par des milices tutsi affiliées au parti unique Uprona et par l'armée gouvernementale, dans le but « de prévenir les massacres des tutsi » ou mieux, d’endiguer le soi-disant « péril hutu. » Ce n’est pas pour amour des redites, mais que chacun prenne ses responsabilités en faveur ou contre la vérité, la seule qui nous rendra des hommes libres. Le Burundi a été donc vidé des hutu fonctionnaires, étudiants et élèves, militaires, etc. Ainsi, plusieurs appareils étatiques sont devenus monoethnique tutsi. Le cas le   plus flagrant fut l’armée et la gendarmerie.

 Dans tout événement, il y a toujours une histoire cachée et l'histoire réelle. Avril 1972 contient toujours une mine d’informations non explorée. Les historiens burundais, et étrangers qui s'y intéressent, ont encore du pain sur la planche. C’est un travail passionnant, mais difficile car la vision ethniste est toujours aux aguets.

 Au mois d’avril 1972, plusieurs faits se sont succédés à une vitesse vertigineuse et sont à analyser avec les événements en soi, sans parti pris. Quelques jours avant l’attaque de la province de Bururi par les rebelles hutu qui massacraient les tutsi, le Roi Charles Ndizeye est tombé dans un véritable guet-apens et s’est retrouvé au Burundi, à Gitega, alors qu’il croyait survoler l’Ouganda à bord d'un hélicoptère d’Idi Amin Dada, Président ougandais.

 Le plan a été organisé par A.Simbananiye, ambassadeur plénipotentiaire, le tout puissant ministre des affaires étrangères de M.Micombero Président et l’ami de celui-ci, le Président ougandais. Ntare V Ndizeye vivait en Suisse et il était en mission d’affaires en Ouganda. Le jeune roi Charles Ndizeye Ntare V a été assassiné dans la prison de Gitega par des éléments de l’armée commandités par le pouvoir étatique militaire. L’exécution du roi Ntare V a été justifiée par son supposé complot, de connivence avec les rebelles hutu qui auraient voulu le remettre au pouvoir. Cette thèse ne tenait pas, et elle ne tient pas debout d’autant plus que Ntare V, disposé à rentrer au pays en tant que « simple » citoyen, ne voulait pas reprendre le pouvoir et aucune preuve n’a été fournie sur ses contacts avec les rebelles hutu.

 Le Président burundais, Colonel Michel Micombero, a dissout le gouvernement quelques jours avant l’attaque. Ce gouvernement était au courant de cette attaque et il savait qu’un groupe de rebelles s’entraînait au maniement de quelques armes à feu fournies par les mulelistes congolais ; lesquels mulelistes étaient en contact direct avec l’Etat burundais. 

 Micombero a gardé à ses côtés un seul ministre, le tristement célèbre Arthémon  Simbananiye. Certains se demandent même si Simbananiye n’était pas le véritable Président du Burundi en collaboration avec compères André Yanda et autres acolytes. Des soirées dansantes pour les fonctionnaires et les commerçants ont été organisées dans tout le pays le 29 avril 1972, la nuit de l’attaque de Bururi et de Bujumbura par les rebelles « mulele ». Qui a organisé ces soirées ?  Les réponses divergent. Pour plusieurs tutsi, les soirées ont été organisées par les hutu afin de les surprendre. Pour plusieurs hutu, elles ont été organisées par les tutsi afin d’arrêter ceux qui étaient  encore libres. Dans tous les cas, le pouvoir était complice car il ne les a pas interdites.

 Le  Président avait même prévu de participer à cette soirée, au mess des officiers, alors qu’il savait que la situation était explosive. Il a échappé de justesse et son garde du corps, le commandant Kinyomvyi, a été tué à hauteur de la cathédrale de Bujumbura par les rebelles. Le pouvoir a organisé les arrestations et les massacres de plusieurs hutu avant même l’attaque des rebelles « mayi mayi » ou « mulele ». Aucune mesure n’a été  prise pour défendre le pays. Même les officiers de Bujumbura ont échappé par miracle à l’attaque du mess où devait se dérouler une soirée dansante. Pourtant, la ville de Rumonge avait été attaquée la journée. Pourquoi en cette nuit d’insécurité, Micombero voulait-il participer à la soirée dansante des officiers ? Certains burundais pensent que le Président a été manipulé et son sort était déjà scellé. L’attaque des rebelles devait coïncider avec une sorte de changement au sommet, un vrai coup d’Etat musclé et camouflé.  

 L’appareil étatique et son pouvoir coercitif et répressif ont assassiné des citoyens burundais innocents au cours de ces attaques, citoyens qu’ils étaient censés devoir protéger. Dès lors, au moment où le gouvernement était renvoyé, la voie était libre pour celui qui était resté maître de la situation : L'ineffable Simbananiye. Ce nom a été évoqué à plusieurs reprises. Plusieurs politiciens hutu ont alerté le pouvoir sur des événements sanglants en perspective. On peut citer le commandant Ndayahoze, hutu, ministre de l’information et secrétaire général du parti Uprona. Dans sa lettre-rapport portant le numéro 093/100/CAB/68, le plus cité, Ndayahoze a averti le Président d’un complot qui le visait, puisqu’il ne le croyait pas de mèches.

 Que disait-elle cette lettre ? Nous citons, en la note y relative (1). le commandant Martin Ndayahoze, nous limitant à renvoyer le lecteur au livre Hutu, Tutsi, Twa : Pour une Société Sans Castes au Burundi, par M.Mbonimpa, en son superbe article sur ce collaborateur de M.Micombero. Le commandant Ndayahoze a été tué par les militaires du bataillon para à Bujumbura. Nous signalons au passage que le Président Ndadaye a été tué par ces paras dans « leur » camp militaire. Ndayahoze a été emporté par le complot qu’il avait dénoncé quatre ans avant. Les militaires étaient-ils préparés à l’attaque par ces « rebelles hutu » ? Une chose est sûre !

 L’armée était composée de hutu et tutsi. Les hutu étaient majoritaires dans certaines unités. Deux unités d’élites. Le bataillon commando de Gitega et le bataillon para de Bujumbura posaient des problèmes au commandement militaire pro tutsi. Il y avait beaucoup de militaires hutu dans ces deux unités. Au moment où la guerre tournait vers une vengeance ethnique et vers un règlement de compte entre quelques tutsi, le commandement tutsi, après avoir liquidé les officiers supérieurs hutu, avait besoin d’éliminer physiquement les hutu de l’armée, surtout de ces deux unités d’élite. Au cours d’une nuit qui suivit l’attaque de Rumonge, en province de Bururi, des consignes furent données. Tous les hutu furent zigouillés aux poignards, juste pour ne pas gaspiller les munitions et pour ne pas faire de bruits nocturnes.

 La mission suivante fut confiée au bataillon commando, mono ethnique depuis. Celle-ci  était de tuer tous les militaires hutu du bataillon para. Le bataillon para fut envoyé à Nyanza-Lac pour une mission à déterminer sur place. Jusqu’à ce moment, ce bataillon était composé de hutu et de tutsi presque dans les mêmes proportions. Parallèlement à cette mission, le bataillon commando devait camper aux alentours de Nyanza-Lac. En attendant que sa mission lui soit communiquée, le bataillon para devait s’occuper. Par une tactique élaborée de commun accord avec les militaires tutsi du bataillon para, les hutu furent tués au cours d’un match de football entre ces militaires. Après ces deux tragédies, le Burundi a eu « son » armée mono ethnique ! Dans certaines communes comme à Kayokwe, la gendarmerie et une milice tutsi ont profité d’une révolte de hutu (qui n’ont pas commis de massacre) pour tuer systématiquement tous les hutu, jeunes ou vieux qui eurent le malheur de passer aux alentours.

  La répression fut sanglante, aveugle pour ainsi dire. Tous les militaires hutu, une bonne partie des intellectuels hutu, des élèves hutu, etc.,  furent massacrés. Beaucoup d’intellectuels hutu partirent en exil au Rwanda, en Tanzanie, en Europe, au Canada, etc. Plusieurs milliers de tutsi furent massacrés dans le pays par les rebelles hutu. Le commandant Ndayahoze, qui avait dénoncé le plan Simbananiye, fut tué au bataillon para sans aucun jugement, et comme lui tant d’autres. Le bilan fut très lourd. Au-delà des morts physiques, les douleurs morales et psychologiques, la destruction de la cohésion nationale, etc., sont les plaies difficiles mais pas impossible à soigner. Cette année a marqué les esprits ; mais pour combien de temps encore ? Elle continue à hanter les consciences des Burundais jusqu’à nos jours. La tragédie se « termina » par un triomphe éphémère de l’extrémisme tutsi après une lutte décennale contre des moulins à vent.

 Plusieurs tutsi ont cru à tort avoir résolu le problème ethnique en éliminant l’élite hutu. Le 29 avril 1972 est une plaie dans le cœur des burundais. Cette plaie a contaminé le corps, et  les différents massacres qui se sont succédés sont des conséquences de cette maladie non soignée. Ceux qui ont perdu les membres de la famille n’ont même pas eu le « privilège » de les enterrer, de les pleurer.  

 Aujourd’hui, l’histoire burundaise garde les séquelles de cette folie meurtrière. Ceux qui sont nés après 1972 n’ont pas eu droit à une information fiable sur ces événements. Aucun rapport international fiable n’a été rendu pour permettre à tout ce monde de connaître la vérité. Plusieurs hutu évoquent le terme de génocide pour caractériser ces explosions de violences fratricides.

 Oui, il y a eu des massacres, à grande échelle, de membres d’une ethnie : Massacres organisés par un Etat : L’ Etat burundais. Oui, ils ont été d’une ampleur nationale. Peut-on dire que c’est un génocide ? Les éléments cités ci- haut nous conduisent à parler de génocide. Toutefois, la sagesse nous invite à laisser la réponse définitive aux pénalistes et autres conseillers juridiques du gouvernement du Burundi, et de l’ONU de laquelle l’on prétend que toute reconnaissance de crimes de génocide devra porter son cachet. Sur le Burundi et ses Hutu et ses Tutsi, en attente que l’ONU mette fin à son silence éternel, toujours rigoureux et d'or, même trente-deux après car il n’est jamais trop tard… ! nous demandons que justice soit faite en faveur de toutes les victimes des différentes tueries depuis l’indépendance politique jusqu’aujourd’hui.

 A la date d’aujourd’hui, cinq génocides, si pas plus, ont été reconnus par la Communauté internationale ; à savoir : Le génocide des mongols qui a fait 18 millions de morts bien avant la naissance de l’ONU ; le génocide arménien organisé par l’Etat turc, le génocide juif organisé par l’Etat allemand, le génocide inter-ethnique hutu-tutsi rwandais organisé par qui de compétence. La réalité ne s’arrête pas, même pas en cas d’inertie juridique pénale.

 Génocide ou pas génocide, on peut lire utilement l’écrivain François Mauriac ; le pénaliste Raphaël Lemkin, inventeur de ce mot lugubre dérivé du grec en 1944 en ses deux particules : « genos » et « cide », mais il est père de la législation onusienne et de celle du Tribunal Pénal de Nuremberg sur le génocide... (2) ; Pierre Truche et André Kaspi dans Les Cahiers de la Shoah ; le nouveau Code pénal français en son Article 201-1, Livre III ; le Code pénal ivoirien, pour ne citer qu’eux, pendant que l’Etat burundais se tait mais le rwandais est dans la nuit et il essaie peut-être d'y voir un peu plus clair, et les hutu et tutsi burundais se chamaillent sur le sens des mots « gonos » et « cide » ! Est-ce la guerre des mots ? Et pourquoi les Burundais ne se mettent-ils pas d’accord sur leur propre histoire ?

Notes

(1) « On parle même d’un « apartheid » Tutsi en préparation. Qu’en est-il ? Une organisation raciste Tutsi possède un programme d’action dont Arthémon SIMBANANIYE serait l’auteur. Le programme vise l’instauration d’un certain « apartheid » au Burundi. Sa réalisation s’opérerait en trois étapes : 

1. Semer la haine entre les ethnies en noircissant fortement quelques intellectuels Hutu. 

2. Vous faire disparaître physiquement pour plonger le pays dans la confusion et la colère.

3. Tablant sur les faux bruits déjà en circulation, crier haro sur les Hutu pour récidiver les événements de 1965. Alors il ne restera plus qu’à lancer une répression sanglante sur des cibles choisies d’avance et à se montrer très actifs dans l’épuration criminelle pour réclamer le pouvoir comme rançon de son zèle. Après ce coup de balai, l’apartheid règnera au Burundi et le « péril Hutu » sera anéanti à jamais. 

 En conclusion », écrivit le commandant Ndayahoze, « comme l’a constaté le conseil du cabinet du 12 avril 68 dernier, nous nous trouvons en face d’un faux problème mais qui risque de devenir un vrai, car ceux qui dénoncent le « péril Hutu » cherchent par ce truchement de haine à servir leurs ambitions personnelles ou à se maintenir à des places acquises indûment,  comme ceux qui parlent des droits à recouvrer, veulent se hisser à tout prix à des postes convoités (ou à la solde des étrangers). Ce que veut le peuple, c’est le pain, la paix et la justice ; le reste faisant l’objet d’une concurrence loyale. Cependant, si le problème n’est pas traité adéquatement et impartialement pour que la sauvegarde de l’unité soit une conviction appliquée, il deviendra un vrai problème qui compromettra notre révolution. »

(2) Nous ne savons pas ou nous ne voulons pas savoir combien de la contribution originaire du pénaliste, psychologue, économiste et mathématicien polonais d’origine juive est resté d’ influences dans la conception actuelle dont au Code humanitaire pénal de l’ONU sur le génocide. Nous disposons d’une étude concise sur ce sujet. Le moment verra, de la publier, quand les âmes se seraient calmées.

 

 

 

 

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