28/05/2012

40 ans de génocide-comment sortir des génocides et des conflits

 

                                          BURUNDI :

Comment sortir des génocides et des conflits ethnico-

politiques qui endeuillent notre peuple ?

 

                                     Par Joseph Ntamahungiro *

 

Conférence  donnée  le  28  avril  2012  à  lAuberge  de  Jeunesse  Jacques  Brel,  Salle Delvaux,

Rue de la Sablonnière, 30 à 1000 Bruxelles, lors de la commémoration du 40ème  anniversaire

 

du génocide de 1972.

 

                                          Résumé

 

A  loccasion  de  la  commémoration  du  40ème        anniversaire   du   génocide   de   1972,  lauteur 

 

revisite lhistoire sanglante de son pays ces 50 dernières années où le Burundi fête également

ses 50 ans dindépendance.  Il passe en revue quelques solutions proposées ou mises en route 

pour   sortir   de  ce   cycle  infernal   et  de  cette   folie   meurtrière. Il   est   convaincu   que,   tant   que

lautorité suprême du pays (hier le Roi, aujourdhui le Président de la République) disposera

de pouvoirs lui permettant de changer  ou dinterpréter la Constitution  selon son bon vouloir,

de se soumettre les pouvoirs législatifs et judiciaires ou de les contourner, il y a risque que le

pays renoue encore avec tous les crimes dont il tente péniblement de se sortir. Sans faire du

«copier-coller »,    le  système   suisse   lui semble  le   meilleur  pour   permettre   à   la  population

burundaise de prendre en main sa destinée grâce à une démocratie exercée de bas en haut, une

démocratie directe où le citoyen exerce réellement un contrôle sur ses élus.

 

                                         Préliminaires

 

1) De par le titre de mon exposé, vous aurez compris que, pour moi, au terme de larticle II de

la Convention du 9 décembre 1948 pour la Prévention et la Répression du crime de Génocide

tel quadoptée par lAssemblée Générale des Nations Unies, il y a eu plusieurs génocides 1  au

 

1

  Voir notamment Kavakure Laurent, « Le génocide de 1965 », in « Le conflit burundais I : Les coups

des années 60 », Editions du Centre Ubuntu, Genève Septembre 2002, p. 83-114 ; Kavakure Laurent,

«Le conflit burundais II. La tragédie de 1972 », Editions du Centre Ubuntu, Genève, Octobre 2002,

380 p.; Ntibazonkiza, Raphael «Au Royaume des seigneurs de la lance. Une approche de la question

ethnique au Burundi », Tome 2 – De lindépendance à nos jours (1962-1992), 365 p. ; Kiraranganya

Boniface, « La vérité sur le Burundi », Editions Naaman, Québec, 1977, 110 p. ; Lemarchand René

«Génocide   sélectif au  Burundi », Minority Rights, Rapport   n° 20,   Londres  1974,   .72 ; Lemarchand

René,   «Le   génocide   de 1972   au  Burundi :  Les  silences  de  lHistoire »,   Floride, Avril   2002,   12   p. ;

 

                                                     1

Burundi.      En effet,   faut-il le rappeler,  selon  cette  convention  «le génocide  sentend  de lun 

quelconque des actes  ci-après,   commis dans lintention  de détruire, en tout ou en partie, un 

groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

    a   Meurtre de membres du groupe ;

   b    Atteinte grave à lintégrité physique ou mentale de membres du groupe ;

    c   Soumission   intentionnelle  du   groupe  à  des  conditions  dexistence  devant  entraîner  sa 

        destruction physique totale ou partielle ;

    d   Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;

    e   Transfert forcé denfants du groupe à un autre groupe» (Id., p. 15 & 16).

 

2) Il y a eu aussi plusieurs crimes contre lhumanité, puisque au terme de larticle 212-01 de

la même convention,

« Constitue   également   un   crime   contre   l'humanité   et   est   puni   de   la   réclusion   criminelle   à

perpétuité  l'un   des  actes  ci-après   commis   en   exécution   d'un   plan   concerté   à   l'encontre  d'un

groupe de population civile dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique :

          1° L'atteinte volontaire à la vie ;

         2° L'extermination ;

         3° La réduction en esclavage ;

         4° La déportation ou le transfert forcé de population ;

         5° L'emprisonnement ou toute autre forme de privation grave de liberté physique en

             violation des dispositions fondamentales du droit international ;

         6° La torture ;

         7° Le viol, la prostitution forcée, la grossesse forcée, la stérilisation forcée ou toute

             autre forme de violence sexuelle de gravité comparable ;

          8° La persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs

         d'ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste ou en fonction

         d'autres critères universellement reconnus comme inadmissibles en droit international ;

         9° L'arrestation, la détention ou l'enlèvement de personnes, suivis de leur disparition et

         accompagnés         du   déni    de  la   reconnaissance       de  la   privation    de   liberté   ou   de  la

         dissimulation   du   sort   qui   leur   est   réservé   ou   de   l'endroit      elles   se   trouvent   dans

         l'intention de les soustraire à la protection de la loi pendant une période prolongée ;

          10°   Les   actes    de   ségrégation     commis      dans   le  cadre   d'un   régime     institutionnalisé

         d'oppression   systématique  et   de   domination   d'un   groupe  racial   sur   tout   autre  groupe

         racial ou tous autres groupes raciaux et dans l'intention de maintenir ce régime ;

          11°  Les  autres  actes   inhumains   de   caractère  analogue  causant   intentionnellement   de

         grandes souffrances ou des atteintes graves à l'intégrité physique ou psychique.

         Les     deux   premiers     alinéas    de  l'article   132-23   relatif   à   la  période    de  sûreté    sont

         applicables aux crimes prévus par le présent article ».

 

Barampama   Angelo,   « Les  pratiques  génocidaires  dans  le   Burundi   post   colonial »,   Genève, 1er         mai

 

1999,     20  p. ;  Nindorera    Eugène,    « La   problématique     du   génocide    et  des   autres  crimes    contre

lhumanité au Burundi, point de vue », Bujumbura, 14 janvier 1999, 12 p. ; Frodebu, «Autopsie d'un

Etat   génocidaire,   les   responsables   de   l'État   dans   les   violations   massives   des   droits   de   l'homme   de

l'indépendance   à   nos   jours»,   février   1998,   5   pages   +   des   centaines   de   pages   d'annexes ;  CAAB,

«Burundi : Quand le génocide et des crimes contre lhumanité deviennent un fonds de commerce »,

Bruxelles,   Novembre   1999, 32   p. ; Kazirukanyo  Martin, «Lopprobre  de  1972 au  Burundi  : 40   ans

déjà », Avril 2012, 4 p.

 

                                                           2

3).  Par  ailleurs,  je  suis  de  lavis  de  lancien  ministre  burundais  des  Droits  de  lHomme,

Eugène  Nindorera, quand   il   affirme  que  depuis  1965,  lhistoire  du  Burundi  est  jalonnée  de 

massacres à grandes échelles qui doivent être qualifiés de «génocides »2

 

4)   En    analysant    le   comportement        de  lONU   et     de  ce   quon  appelle  la  Communauté 

internationale vis-à-vis des  crimes  commis au Burundi, je  ne peux pas  mempêcher au rôle 

qua joué Ould Abdallah, ancien Représentant du Secrétaire général de l'ONU au Burundi de

1993 à 1995. Comme lécrivait Stef Vandengiste,

         «M. Abdallah a exprimé ses doutes quant à l'utilité de jouer (...) la carte des droits de

         l'homme dans un contexte où la communauté internationale visait à obtenir un accord

         entre  politiciens      et  militaires   concernant     la  gestion   du   pays    et  ses   institutions  et

         l'exercice  du pouvoir,   et,   de  cette  façon, à promouvoir la stabilité à court terme (...).

         Tout au long de sa mission au Burundi, du 25 novembre 1993 jusqu'en octobre 1995,

         certains interlocuteurs nationaux dont il avait besoin pour mener à bien sa mission de

         dialogue et de cohabitation politique avaient (et ont toujours d'ailleurs) les mains sales.

         Néanmoins,        ils   étaient indispensables   autour      de   sa  table,   et  trop   insister  sur  leur

         poursuite et jugement  aurait pu être contre-productif et créer une situation davantage

         explosive. Suivant la même logique, Ould Abdallah a toujours été très réticent face à

         l'envoi  d'observateurs   des   droits   de   l'homme.   Selon   lui,   dans   le   contexte   burundais,

         leurs  activités   auraient     été   limitées   à  faire   le   constat  des   violations   des   droits   de

         l'homme,  `comme   de   vulgaires   manquements   au   code   de   la   route'   (...).   Ils   auraient

         banalisé les atteintes aux droits de l'homme. Qui plus est, on ne les aurait pas pris au

         sérieux. Plutôt que de  faire passer tout le monde devant le juge, de l'organisateur  du

         génocide au simple exécutant d'une atteinte à la propriété, M. Ould Abdallah  a prôné

                                                                                                       3

         l'approche non-judiciaire de la Commission de Vérité et de réconciliation »  .

 

Je nattends donc pas la décision de ces instances de qualifier tel crime commis au Burundi de

génocide  ou  de  crime  contre  lhumanité  pour   le   qualifier   comme   tel,   car   je  sais  que   leurs

«motivations   sont   souvent   caractérisées   par   les   rapports   de   force   et   la   prééminence   des

                                            4

intérêts politiques et économiques» . Ceci se remarque même dans leurs définitions des Droits

de  lHomme  qui  sont  à  «géométrie   variable »  suivant  quil  sagit  de  pays  ou  dindividus 

puissants ou amis.       Il en est aussi de leur justice internationale qui  est la justice du vainqueur

et qui rappelle la maxime de Jean Lafontaine dans « Les animaux malades de la peste » quand

il écrit : «Selon que vous serez puissant  ou misérable,  les jugements de  cour vous rendront

blanc ou noir ».

 

5) Je suis aussi convaincu que les conflits violents qui ont endeuillé et continuent dendeuiller 

                                                 5

le  Burundi  ne  sont  pas  quethniques  .          Ils   trouvent   leur  lit dans   la   conception   même       et

lexercice du pouvoir.  Cest ce que nous rappelle Mgr Simon Ntamwana quand il écrit que la

guerre au Burundi est essentiellement  “une lutte pour le pouvoir politique comme source dun 

mieux-être, dun revenu facile et dun self-service qui ne reconnaît pas la faim dont souffre

lautre  (...).    Cest  seulement  dans        un   deuxième     temps    que   joue   la  solidarité    familiale,

clanique, régionale et ethnique, en renforçant la première cause de la guerre par une crise

 

2 Nindorera Eugène, article cité

3  Stef Vandeginste, «Justice, Transition politique et Coopération Internationale », in Centre dEtude de 

 

la   Région   des   Grands  Lacs,  lAfrique  des  Grands  Lacs,  Annuaire  1997-1998,  Paris,  LHarmattan, 

1998, 37 p.

4 Lire  notamment  GRAB, «Scandale d'une   enquête de  l'ONU  au Burundi :   Une analyse   critique   du

 

Rapport S119961682 de l'ONU sur le putsch sanglant du 21 octobre 1993 », Bruxelles, 2/97, 61 p.

5 Joseph Ntamahungiro, «Burundi, le conflit nest pas dabord ethnique », Bruxelles, Novembre 2002, 13 p.

 

                                                          3

identitaire la plus primitive, car elle nie la personne humaine”. Laffirmation selon laquelle 

“les   Barundi    ont   très  longtemps     vécu   en  paix”  parait  pour  le  moins  fausse.    Le  prélat 

catholique     se   demande     même     si  « des   événements      tragiques    aussi   pénétrants     que   les

massacres actuellement en cours au Burundi nont pas jalonné notre histoire ».6

 

                                                                                                             7

   Quelques dates marquées au fer rouge ces 50 dernières années

 

1961,     1962,   1965,   1969,   1972,   1988,    1993,   1994-1996,  1997  telles   sont      quelques    dates

marquées   au   fer   rouge,   à   des   degrés   divers   il   est   vrai,   dans   les   conflits   qui   ont   déchiré   le

Burundi   entre   les  Hutu  et   les  Tutsi   ces   cinquante  dernières  années8     Ne   pouvant   entrer   en

 

détails pour chaque crise, jen rappelle juste lévénement. 

13 Octobre 1961 : Assassinat du Prince Louis Rwagasore

7-14 janvier 1962 : Assassinat de syndicalistes et dun Bourgmestre Hutu. 

13 décembre 1964. Assassinat de Mgr Gabriel Gahimbare, 1er  évêque Hutu

 

15 janvier 1965. Assassinat du Premier Ministre Pierre Ngendandumwe, Hutu

Octobre 1965 : Génocide contre les Hutu suite à une tentative de coup dEtat contre le Roi 

Mwambutsa IV.        Le bilan des victimes varie selon les sources entre 2.500 à 50.000

22 décembre 1969 : Exécution sommaire dune trentaine dOfficiers et de politiciens Hutu.

29 avril 1972 : Massacre de quelque 1.000 Tutsi par des rebelles Hutu à Bururi

29 avril 1972 : Assassinat de Ntare V

1972-1973. Génocide contre les Hutu. Plus de 300.000 morts et un demi-million de réfugiés

Août    1988.  Quelque  25.000  Hutu  sont  massacrés  par  larmée  après  que  des  Hutu  eurent 

massacré une centaine de Tutsi suite à des actes de provocation9

 

21 Octobre  1993 : Assassinat   du Président Melchior Ndadaye suivi  dune guerre  civile  qui

fera des milliers de morts dont 72 Hutu tués à lévêché de Ruyigi et 74 élèves Tutsi brûlés vifs

à Kibimba

1994-1996 : Journées Villes mortes à Bujumbura organisées par des milices tutsies qui feront

de nombreuses victimes Hutu

1995. Larmée  massacre  des milliers de Hutu dont 430  cadavres furent jetés dans une  fosse

commune à Kivyuka, en Commune Musigati dans la province de Bubanza.

Juillet 1996 : Massacre de 300 Tutsi à Bugendana

30 avril 1997 : Massacre de 40 séminaristes Hutu et Tutsi de Buta

9 Septembre 1996 : Assassinat de Mgr Joachim Ruhuna, Tutsi

2002 : Massacre de plus de 300 Hutu par larmée à Itaba

13 août 2004 : Massacre de centaines de réfugiés congolais dans le camp de Gatumba

18 Septembre 2011. Massacre de quelque 40 personnes à Gatumba                      par des hommes armés

Janvier- Mai 2011: + de 300 personnes tuées dans le cadre de lopération Safisha 

(Nettoyage)

13 novembre 2011 : Décapitation de Léandre Bukuru, militant du MSD. Son corps fut jeté

dans une latrine

 

6  Mgr Ntamwana Simon, Au milieu des épines, lEglise face à la crise politico-ethnique au Burundi,

 

Bujumbura, Septembre 1995; 5 p.

7  En précisant quil sagit uniquement de ces 50 dernières années, nous voulons dire que les génocides 

 

et autres crimes ethnico-politiques au Burundi ne datent pas dhier. Voir  notamment  lextermination 

du Clan des Bavubikiro in Barampama Angelo, «Le problème ethnique dans une société africaine en

mutations : Le cas du Burundi, Mémoire de licence présenté à la Faculté des Lettres de lUniversité de 

Fribourg (Suisse) pour obtenir le grade Licencié ès Lettres, Fribourg, 1978, 201 p.(lire p. 97-98)

8 Voir notes 1, 4 et 5

9 Voir notamment    Augustin Nsanze,   «Burundi : Le passé   au présent.   La République contre le peuple (1966-

 

1993)», p. 158-172, Raphaël Ntibazonkiza, « Au Royaume des seigneurs de la lance », Tome II, op. cit

 

                                                        4

                       COMMENT EN-EST-ON ARRIVE LA ?

 

 Sans  vouloir  entre dans les détails,  faute de temps,  nous  pouvons affirmer que lhistoire  du 

Burundi a été souvent chaotique et tissée dintrigues, dassassinats, de massacres cycliques à

répétition,    de   génocides.      Ces   crimes   se   nourrissent     didéologies  racistes10,  de  mépris  de

lautre11 et dexclusivités mutuelles. Au sein de lEglise catholique également, certains prêtres

tutsi   refuseront   dobéir   à   leur   évêque   uniquement   parce   quil   est               Hutu12.   Même        si

 

comparaison  nest  pas  raison,  nous  pouvons  reprendre  pour  notre  compte  ce  quun  prêtre 

rwandais écrivait pour son pays, je cite :

          “Lextrémisme  tutsi  a  favorisé  le  développement  de  lextrémisme  hutu,  chacun  se 

          disputant la légitimité historique, chacun faisant du clivage Hutu-Tutsi le cœur de tout

          débat     politique,    exploitant    sans    scrupule     les  ressorts    les   plus   dangereux      de   ce

          discours. Jusquaujourdhui, nous vivons le dos courbé sous le poids de ces idéologies 

          génératrices de violence politique” 13

 

Du  discours  à  la  folie  meurtrière,  il  ny  a  quun  pas  que  certains  ont  franchi  allègrement 

entrainant      les exclusions,      les  injustices    de   toutes   sortes,   les génocides       et  crimes   contre

lhumanité dont   nous avons  donné quelques exemples  plus   haut. D  ce constat  du  même 

prélat     catholique : «Nous        avons    vécu    depuis    des    années    un    code    moral     et  un    credo

pragmatique terriblement macabres. Je suis tout seul, donc je suis. J'ai l'armée, donc je suis.

Je vole et entasse dans des greniers de famille, de clan, d'ethnie, alors je me développe. Je

peux tuer pourvu que je survive par ma fuite ou par mon fusil  »14                        On pourrait allonger les

 

citations.

 

        Solutions proposées pour sortir de ces génocides et conflits

 

                                            1) Solutions cosmétiques

 

En   novembre   2000,        sous   le  titre   «Sortir   la   politique   Burundaise   d'une   marche   sur       place

culturellement codifiée», le Frère Emmanuel Ntakarutimana (Prêtre Dominicain) disait ceci :

          «Depuis   7   ans,   le   Burundi   tourne   en   rond,   embourbé   dans   des   discussions   et   des

          dialogues        interminables       dont       chaque      étape      s'accompagne          de     nouveaux

          rebondissements,   le   couronnement   provisoire   étant   le   prélude   à   une   nouvelle   crise

          savamment orchestrée pour couvrir certaines errances (…).  Un observateur attentif 

 

 10 Lire   notamment   les   injures abjectes  contre   le   Président  Melchior  Ndadaye   avant  même   sa   prestation   de

 

serment  ou   contre   le   Président Sylvestre   Ntibantunganya,   in   Parti Sahwanya-FRODEBU,  «La  crise  doctobre 

 1993 ou laboutissement tragique du refus de la démocratie au Burundi », Bujumbura, Décembre 1994, 411 p.

 11 Le député tutsi Jean Baptiste Kayabo a déclaré ainsi cyniquement «Nta muhutu yigeze atwara. Nopfuma mpfa

 

hako  ntwarwa  nUmuhutu.  Umwami  arabahenda  ngo  yabahaye  Ubuministre,  ni  ukubagira  abanyakazi.  Nta 

maraso yugutwara bafise » (Le Muhutu na jamais gouverné. Je préférerais mourir plutôt quêtre gouverné par 

un Muhutu.  Le roi leur jette la poudre aux yeux en leur confiant des ministères.  Cest seulement pour en faire 

des instruments de travail. Ils nont pas de sang pour gouverner). Cité par Angelo Barampama, « Le problème

ethnique…. », op. cit. p. 85.

 12 Voir Mgr Ntamwana Simon, «Soyons les serviteurs de la vie », Editions Le Roseau Vert, Bruxelles, 2005, 257

 

p.

 13 Abbé   André   Sibomana,   « Gardons   espoir   pour   le   Rwanda ».   Entretien   avec   Laure   et   Déguine,

 

Desclée de Brouwer, Paris, octobre 1997, p. 145

 14 Mgr   Ntamwana,   « Laisse  partir  mon  peuple,  Exode  5,1  ou  lexode  du  Burundi  vers  la  paix »,

 

Bujumbura,   été,   1990,   14   p.  (Le   texte   se   trouve   aussi   dans Mgr   Ntamwana   Simon,   «Soyons   les

serviteurs de la vie », Editions Le Roseau Vert, Bruxelles, 2005, p. 231-245)

 

                                                            5

         de   la   scène   socio-politique   burundaise   ne   manque rait   pas   de   dire   que   nous   nous

         trouvons  face à   un   blocage   qui   est   traditionnel   dans   la   société burundaise.   Il   s'agit

         d'un   scénario   mutant qui   ne  fait   que se   prolonger   depuis   une   trentaine   d'années  en

         changeant superficiellement de couleur et de vocabulaire. Pendant que les uns disent

         lutter   pour   le   changement   démocratique   sans   pouvoir   s'organiser   dans   un   réseau

         cohérent   et   durable   avec   un   leadership   fort   qui   puisse   résister   à   une   diversité   de

         sollicitations   aussi   malignes   que   déconstructrices,   d'autres   reviennent   à   un   refrain

         répétitif    depuis    des   années    d'une    démocratisation       de   la  société   burundaise      qui

         respecte les réalités burundaises couvrant ainsi l'impensé d'un discours protecteur de

         patrimoines acquis. Dans tous les cas, la société burundaise perd la f orce d'avancer,

         engendrant des victimes et des désastres »15.

 

Effectivement, pendant longtemps, les politiciens burundais se sont contentés dorganiser des

colloques,     des    séminaires,     des   matches   de     football,   dimprimer       des     tee-shirts,  pour,

affirmaient-ils,  résoudre  les  problèmes  quils  nosaient  pas  désigner  nommément  comme 

interethniques.      Comme  on  sen  doute,  ces  « solutions   cosmétiques »  ou  folkloriques  nont 

porté aucun fruit.

 

                                            2) Solutions politiques

 

Au     niveau     politique,    les   autorités    politiques,    avec    parfois    le  concours      des   Eglises

(spécialement  lEglise  catholique16)  ont   mené  des   négociations  qui   ont   abouti   aux   résultats

 

suivants :

     -    Mise sur pied dun «Gouvernement dUnité Nationale », (1988)

     -    Publication  dune  «Charte  de  lUnité  nationale»  avec  érection  dun  monument  et 

          confection dun drapeau portant sur le même thème, (1990)

     -    Publication dun Rapport sur lUnité nationale, (1992)

     -    Promulgation dune Constitution acceptant le principe du multipartisme, (1992)

     -    Organisation des Elections présidentielles et législatives de 1993 qui virent la victoire

          du FRODEBU et de son candidat Melchior Ndadaye, (1er juin 1993)

 

     -    Election dun « Président qui rassure ???» en la personne de Cyprien Ntaryamira, (5

          février 1994)

     -    Signature  dune  «Convention  de gouvernement» (juin -octobre 1994) qui a permis la

          «confirmation» de Sylvestre Ntibantunganya à la Présidence de la République.(6 avril

          1994 au 25 juillet 1996)

 

Malheureusement,  ces solutions nont pas arrêté les violences qui se sont même intensifiées 

de   plus  belle.   Ainsi,  avant  dêtre  décapité  trois  mois  à  peine  après  sa  mise  en  place  (le  21 

octobre   1993),  le   gouvernement   du   Président   Ndadaye  a  assisté   impuissant   aux   fameuses

journées     « villes   mortes »    organisées     spécialement      à  Bujumbura.      La    décapitation     de   ce

gouvernement a plongé notre  pays  dans une guerre  civile  dont   nous ne  sommes pas  encore

complètement sortis.        Le Président Cyprien Ntaryamira, choisi parce que «rassurant» pour les

putschistes,     a  assisté   impuissant    aux   mêmes  violences       organisées   par    des   miliciens   tutsi

 

15  Frère    Emmanuel      Ntakarutimana,      «Sortir   la  politique   Burundaise     d'une   marche     sur  place

 

culturellement codifiée», Lelystadt/Hollande, 4 novembre 2000,  4 p.

16  Mgrs Bududira et Ntamwana ont fait partie, en janvier-février 1994, du „Groupe dAction pour la 

 

Paix  et  la  Sécurité    (GAPS),     chargé   de   remettre   sur  pied  les  institutions  présidentielles   après

lassassinat  du  Président  Melchior  Ndadaye  (21  octobre  1993)  et  du              „Bureau  du  Forum       des

Négociations, chargé de remettre en place les mêmes institutions après la mort, le 6 avril 1994, du

Président Cyprien Ntaryamira.

 

                                                          6

encadrés ou protégés par larmée et les partis à majorité tutsi dits dopposition.                      Pour sauver

sa peau, le Président Sylvestre Ntibantunganya ira jusquà féliciter larmée qui tuait des civils 

innocents      dans   les   quartiers   à   majorité    hutue,   et   ce  malgré    la   présence    de   la  Mission

Internationale  dObservation  au  Burundi  (MIOB)  que  daucuns  qualifièrent  de  « myope ».

Véritable  tenant   du   pouvoir,   le Président   Buyoya retrouvera   son   fauteuil   de Président   de la

République par son coup dEtat du 25 juillet 1966, poste quil gardera jusquau 29 avril 2003,

dans le cadre de lAccord dArusha. 

 

                                              3) Solution militaire

 

Depuis   1980   (création   du   Parti   pour   la   Libération   du   Peuple   Hutu      -  PALIPEHUTU  -  par

Rémy Gahutu),   des Hutu avaient   compris que  « le  papier ne  coupe pas le fer »   et ont   donc

engagé la lutte armée. Dautres groupes armés naitront, dont le Front National de Libération 

(FNL), le Front   de  Libération Nationale (FROLINA), le  Front   de Lutte  pour la Démocratie

(FROLUDE),   le   Conseil   National   pour   la   Défense   de  la   Démocratie  (CNDD)   qui   donnera

naissance au Conseil National   pour la Défense de la Démocratie-Forces de Défense pour la

Démocratie (CNDD-FDD).              La lutte entre ces groupes armés et larmée burundaise a abouti à

une guerre civile qui a occasionné des milliers de morts, de blessés, dexilés et la destruction 

du    pays.  Ces     luttes  armées     ont   contraint   les   tenants   du   pouvoir    à   négocier    malgré     les

protestations  de  laile  la  plus  dure  chez  les  Tutsi  quon  trouve  aussi  au  sein  de  lEglise 

catholique17

 

                                   4) Accord d’Arusha du 28 aout 2000

 

Il  aura  donc  fallu  les  initiatives  de  feu  Mwalimu  Julius  Nyerere  et  de  lancien  Président 

Nelson Mandela   pour   que les  politiciens burundais négocient   sérieusement pour la   mise  en

place   de   nouvelles   institutions.     Les   sujets   jugés jusqualors   tabous   (existence   des   ethnies,

monopole       du   pouvoir,    etc.) furent    abordés     et  on   y  chercha   des    solutions   politiques.     La

Signature de lAccord dArusha du 28 août 2000 a ainsi consacré le partage  du pouvoir sur 

base   ethnique   (60%   pour   les   Bahutu,   40%   pour   les   Batutsi),   avec   des   arrangements   pour

coopter les Batwa, ces éternels oubliés, et les femmes.                A ce jour,  les alternances au Sommet

du   pays   se   font   par   voie   démocratique  (élections),   mais  la   situation   qui   prévaut   depuis   les

élections de 2010 fait craindre que le pays puisse encore sombrer dans lhorreur. 

 

Ainsi,    au   moment         nous    sommes      réunis   pour    commémorer        le  40ème   anniversaire      du

 

génocide de 1972, et malgré des engagements pris par les politiciens qui nous gouvernent, des

citoyens  continuent  à  mourir  chaque   jour,            victimes   des   attaques   de   ceux   que   le   pouvoir

appelle  des  « bandits »  ou de lOpération Safisha qui,  selon  des associations de défense  des 

Droits   de  lHomme,   a        fait   quelque     300   morts    de   Juillet  à   Novembre       2011.    Et   selon

l'Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH),  au

moins   161   personnes   ont   été   tuées   au   cours   du   premier   trimestre   de   cette   année  2012.   La

même   association   affirme   que  «cette   recrudescence   de   violences   est   exécutée   à   travers   un

code secret de leurs auteurs qu'il appelle "fais-le à travers le système"18.

 

Par   ailleurs,   à   en   croire   les   déclarations  de   ce   23   avril   2012  des   ligues   des   jeunes   et   des

femmes du parti CNDD-FDD, ce parti nest pas prêt à seffacer pour une alternance politique.

 

17  Abbé Gabriel Baziruwisabiye et autres, “Négocier avec les bandes armées nest  ni moralement ni 

 

politiquement acceptable”, Bujumbura, 19 juin 1996, 10 p.

18 Xinhua, « Les violences ont fait plus de 160 morts au premier trimestre 2012 », Bujumbura, 22 avril

 

2012, 1 p.

 

                                                           7

Daprès Géneviève Kanyange, nouvelle présidente élue de la Ligue des femmes du CNDD-

 FDD,  «le      principal   objectif    durant   son   mandat      est  de   tout  faire   pour   que   beaucoup   de

Burundais adhèrent au parti » et «le CNDD-FDD va régner sur le Burundi éternellement »19.

 

 Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le spectre dune nouvelle guerre dénoncé par 

 les associations de défense des Droits de lHomme et même par la Conférence Episcopale du 

 Burundi20  plane sur le pays.  On sait par ailleurs quaujourdhui, le conflit pour le partage du

 

 pouvoir   entre   les   ethnies   est   entrain   de   se   déplacer   dans  un   conflit   entre  ceux   qui   sont   au

 pouvoir et ceux qui en sont exclus et «une minorité de très riches» et «une majorité des très

pauvres  ».  Et on sait que la misère fait le lit des génocides et autres crimes crapuleux.

 

   5) Appels à l’érection d’un monument commun et l’organisation  d’un deuil national

                     pour une commémoration commune de toutes les victimes

 

 Dans un article intitulé «Burundi : La crise politico-ethnique et le travail du deuil» 21, le Dr

 

 Sylvestre   Barancira,  psychiatre,  coordonateur   de   projets   pour   le   Burundi  de  lONG  Belge 

 RCN      Justice   et   Démocratie,     ,  rappelle     que   suite   aux    violences    politico-ethniques       qui

 endeuillent le Burundi depuis si longtemps, «des milliers de familles décimées et de corps de

 disparus nont toujours pas été retrouvés. Les victimes ont été hâtivement enterrées  dans des

fosses communes 22, jetées dans des latrines, dans les cours deau, dans les marais ou dans la

 

 brousse ». A propos des fosses communes, lors de la construction de la route Bubanza-Ndora

 en janvier 2012, la société Sogea Satom a détruit une des fosses communes contenant plus ou

 moins 430 corps de Hutu massacrés par larmée en 1995 à Kivyuka, en  Commune Musigati,

 dans la Province de Bubanza.            Malgré la protestation des associations qui militent en faveur

 des victimes, les autorités nont pas levé le petit doigt23.

 

 Toujours      selon    le  Dr   Barancira,     «le   Burundi   daujourdhui   est   couvert   de   charniers 

 disséminés sur lensemble du territoire au gré des évènements sanglants et des massacres de

 masse depuis les années 1965 jusquà nos jours ». Ainsi, des milliers de Burundais nont pas 

 pu faire le deuil de leurs morts et enfuissent leurs souffrances «au plus profond de leur être»,

 tentant   dessayer   de   vivre,   mais   cela   est   impossible.   En   effet,   «selon           les  croyances

 traditionnelles   des   Barundi,   les   esprits   des   morts   laissés   sans   sépulture   sont   vindicatifs   et

 reviennent hanter les vivants et provoquer divers malheurs, dont certaines maladies et la folie

 (…).    Les  esprits  des  morts  laissés  sans  sépulture,  jetés  en  pleine  nature  et  livrés  aux 

 charognards   sont   des   esprits   sauvages.   Ils   cherchent   sans   cesse   à   nuire   aux   vivants   par

 rancune  de  navoir  pas  bénéficié  de  lintégration  sociale  dans               les   rituels   funéraires   qui

fondent   lunité   des   vivants   et   des   morts   et   limmortalité   des   ancêtres   à   travers   les 

 descendants ». «Cest dans ce contexte, continue le Dr Barancira, que lon peut observer des 

 états     dépressifs,     des    psychoses       réactionnelles      et   des     névroses      traumatiques       qui

 saccompagnent  de  sentiments  de  culpabilité  et  de  retour  des  esprits  des  morts  qui  crient 

 

 19 Journal    Iwacu,   «CNDD-FDD :   de        nouveaux   dirigeants   à   la   tête   des   ligues   des   jeunes   et   des

 

 femmes », Bujumbura, 23 avril 2012, 2 p.

 20 Conférence des Evêques Catholiques du Burundi, «Message des évêques catholiques concernant la

 

 paix au Burundi », Bujumbura, 8 décembre 2011, 7 p.

 21 Sylvestre Barancira, «Burundi : La crise politico-ethnique et le travail du deuil », RCN Justice et

 Démocratie, Bujumbura, Bulletin 4ème  trimestre 2005, 4 p.

 22  Bien que lAccord dArusha recommande lidentification et la protection des fosses communes, rien 

 

 na  encore  été  fait  dans   ce   sens. Les   fosses   communes   les   plus   citées   sont   celles   de   Rumonge,

 Kamenge, Buterere, Kivyuka, près de la rivière Ruvubu (Gitega)

 23

    Journal Iwacu, «Condamnation de la destruction par la Sogea Satom de fosses communes contenant

 plus de 430 corps dhabitants tués par larmée en 1995 », Bujumbura, 16 janvier 2012, 1 p.

 

                                                           8

vengeance sur leurs enfants accusés davoir négligé les rituels funéraires » «Nous avons là,

dit-il,  lune  des  principales  explications  de  la  maladie           mentale    en   tant  que   trouble   de

lidentité dans la culture burundaise ».

 

Par rapport au travail de deuil, il y a néanmoins une différence de taille entre les Tutsi et les

Hutu. Comme lécrit le Centre dAlerte et de Prévention des Conflits (CENAP), «si les Tutsi

nont  jamais  eu  de  mal  à  faire  le  deuil  dans  leurs  familles,  pendant  longtemps,  les  Hutu 

navaient  même  pas  le  droit  de  pleurer  leurs  morts.  Ils  ont  du  user  dimagination  pour

entretenir la mémoire des victimes dans leurs coins, notamment par des codes secrets, comme

se raser les têtes, fermer les boutiques, sabstenir de fréquenter les débits des boissons ou se 

rendre  au  marché,  ne  pas  prendre  de  bus  ou  de  taxi,  sabsenter  du  lieu  de  travail  ou  de 

lécole. »24

 

Convaincu  quaucune  initiative  de  réconciliation  ne  sera  possible  tant  quun  deuil  national 

commun ne sera pas  organisé au niveau national, puisque les commémorations de deuil à ce

jour perpétuent plutôt les divisions ,  le CENAP mène depuis 2009 une recherche sur les voies

et moyens de reconstituer la vérité sur le conflit burundais. Dans ce cadre, il a mis sur pied un

 Groupe National composé  de représentants  de toute la   société burundaise                  (autorité, armée,

police, partis politiques, universitaires, juges, société civile, journalistes) . Celui-ci sest réuni 

pour   la   première   fois   en   mars   2010  et   a  discuté  autour   de   trois   actions   relatives   à   cette

recherche de la vérité. Il sagit de :

         a)   Collecter et protéger les traces des événements passés (archives, témoignages)

         b)   Localiser les fosses communes pour en faire des lieux de sépulture respectés

         c)   Identifier   et   institutionnaliser   la   date   et   le   (s)   lieu   (x) de   mémoire   collective   en

              faveur de toutes les victimes »25

 

Poursuivant   son travail de réconciliation, le CENAP a organisé  en avril et en octobre 2011,

des journées de mémoire pour toutes les victimes de 1972 et de 1993, ainsi qu un travail de 

rapprochement        des   associations   des   victimes  «jusqualors  dispersées  dans  leurs  familles 

politico -ethniques ».  De   juin   à     octobre   2011,    plusieurs  de   ces  associations     ont  pris  part

régulièrement   à   des   réunions   déchanges   organisées            par  le  CENAP.       Y   ont   pris  part

notamment et de façon assidue:

          1)  Association pour   la   solidarité, le respect   et   la promotion   de la   dignité  humaine  :

              ASRPDH /Kivyuka

         2)   Association des Veuves et Orphelins pour la Défense de leurs Droits : AVOD

         3)   Association  pour  la  Mémoire  et  la  Protection  de  lHumanité  contre  les  Crimes 

              Internationaux : AMEPCI

         4)   Association Lumière du Monde de Buta :ALM Buta

         5)   AC Génocide CIRIMOSO

         6)   Association des rescapés du génocide ARG-Amira /Kibimba

         7)   Association des rescapés de Bugendana

          8)  Association   pour   la   reconstruction   et   le   développement   de   la   commune   Ntega  :

              ADEN

 

Les     dites  associations ont      signé   le  6   octobre    2011    un  « Mémorandum   dentente   des 

associations  des victimes »  par   lequel   elles   se   sont   engagées  à   défendre  toutes  les  victimes

 

24  CENAP, «Rapport de mise en œuvre des recommandations issues de la recherche sur la thématique :

 

Justice Transitionnelle », Bujumbura, décembre 2011, p. 10

25  CENAP, idem, p. 3-4

 

                                                        9

indépendamment  de  leurs  appartenances  ethniques,  régionales  ou  idéologiques.  Avec  l

AMEPCI, le CENAP a   également organisé   en octobre 2011 un   panel radiophonique                   et un

atelier de 2 jours sur le thème : « Massacres dOctobre 1993 et au-delà : Devoir de mémoire

et dintrospection ». De toutes ces initiatives et échanges sont sorties deux recommandations

majeures, à savoir :

     1)  Eriger un monument pour toutes les victimes

    2)   Fixer une date pour la commémoration de toutes les victimes. La date du 21 septembre

         a été proposée comme «neutre» car il fallait éviter une date considérée respectivement

         comme commémorant uniquement les Hutu ou les Tutsi.

 

Ajoutons  quà  ce  jour,  dans  le  cadre  dune  recherche  sur  la         mémorisation     au  Burundi

commanditée  par  lONG  Impunity  Watch,  on  dénombre  au  Burundi   11  monuments.                    A

savoir :

 

A Bujumbura :

         1) le monument du Prince Louis Rwagasore

        2) le monument de Pierre Ngendandumwe

        3) le monument du soldat inconnu construit suite à un attentat contre le président

           Micombero en 1972

        4) le monument du Président Melchior Ndadaye et de ses collaborateurs

  A Gitega

         1) le monument de Kibimba

        2) le monument de Bugendana

        3) le monument en mémoire de Mgr Joachim Ruhuna

        4) le monument dItaba

A Bururi

         1) le monument de Buta

A Muyinga

         1) le monument en mémoire du gouverneur de province tué en juillet 1994

A Ruyigi

         1) le monument en mémoire des 72 Hutu

 

Notre  souhait  est  que  continue  le  travail  didentification  des  fosses  communes  et   que

lérection dun monument national dédié à toutes les victimes de tous les génocides et de tous 

les   crimes   ethnico-politiques    puisse  aider  à  réconcilier   tous  les  Burundais    et  à  enterrer

définitivement la hache de ces guerres fratricides.        Chaque Burundais doit comprendre que le

sang qui coule dans les veines de chaque Burundais est rouge, que chaque Burundais a le droit

à la vie, et que personne ne peut la lui ôter sous quelque prétexte que ce soit.

 

                                   R. Redéfinir les institutions politiques

 

Pour    paraphraser  le  Président  Obama,  le  Burundi  a  besoin  dinstitutions  fortes  et  non 

dhommes forts. Or,jusquaujourdhui, le Burundi a eu des institutions et des dirigeants quon 

croyait forts mais qui se sont révélés, pour la plupart, des «colosses aux pieds dargile».             En

effet, comment expliquer que le Roi Mwambutsa IV Bangiricenge et son fils Ntare V aient été

balayés par le Capitaine Micombero  sans quils  puissent  se défendre ? Le  premier mourra à

Genève et le deuxième sera sauvagement assassiné le 29 avril 1972 sans que personne ne lève

le  petit  doigt.    Pour  une  monarchie  quon  croyait  de  droit  divin  et  devant  laquelle  tous  les 

citoyens sinclinaient, cela montre que le mythe sétait beaucoup érodé. Nous ne parlons pas 

des  Présidents Melchior Ndadaye, Cyprien Ntaryamira et Sylvestre Ntibantunganya  dont on

 

                                                     10

sait   quils  navaient  aucun  pouvoir.   Une  constante  quon  peut  relever  est  que  le  Roi 

Mwambutsa         et  les  présidents     Micombero,       Bagaza     et  Buyoya     ont   fait  confectionner      des

constitutions  taillées  sur mesure. Cest  dire  que, au Burundi, les  institutions  sont au   service

des autorités au lieu de régenter la conduite de ces dernières. Doù la nécessité dinverser la 

tendance et de remettre le pouvoir à lendroit. 

 

Quand je parle de Redéfinir les institutions du pays, cela concerne en premier lieu la fonction

la   plus   haute,   à   savoir   la  Présidence   de   la   République.      Pourquoi ???   Parce   que   je   suis

personnellement convaincu que tant que cette fonction nest pas redéfinie et quaucun garde-

fou    réel   ne  peut   résister    à  la  volonté  de  puissance  de  la  personne  qui  lexerce,  rien 

nempêchera  notre  pays  de  replonger  dans  les  horreurs  du  passé  si  le  Président  de  la 

République na pas suffisamment de sagesse et dintelligence, est mal conseillé ou sentoure 

dune clique qui défend ses intérêts au lieu des intérêts supérieurs de la nation.

 

Jai du reste retrouvé la même préoccupation chez un certain  Paulin Mwaku dans son article

intitulé   «Si   on   abolissait   la   fonction   de   Président   de   la   République   en   Afrique26  .   On   y   lit

 

notamment ceci :

         «La fonction de Président de la république en Afrique (comme dans dautres coins du 

         monde)   est   la   source  de   la   grande   misère  dont   souffrent   les   populations.   Après   des

         décennies dindépendance, ignorant en toute connaissance la constitution, loi suprême 

         garante     de   toute   nation   moderne,  beaucoup          de  Présidents     africains    ont  oublié    et

         oublient   encore   la   mission   de   bien   public   et   ceux   qui   les  avaient   conduits  à   cette

         fonction suprême. Le pays devient leur «havre personnel » où ils peuvent faire ce qui

         leur semble bon.        Ils relèguent leurs populations dans un dénuement total où règne en

         maître  la   spoliation   des  biens  publics   et   privés,   le  gaspillage  des  deniers   publics,   la

         corruption   et   finalement   la   répression   comme   ultime   arme   fatale   contre   quiconque

         conteste    son    pouvoir.     Elus   ou  plutôt     mal   élus  à   cette  fonction   et   aidés   par   des

         partisans sans scrupule, ne voyant que leurs intérêts propres, ils se sont attelés en bon

         dictateurs    à   la   trahison    des   attentes   du   peuple   et  à   la   confiscation     de  tous    les

         pouvoirs ».     Pour se prémunir de la tentation de la confiscation des pouvoirs aux mains

         dun  seul homme, lauteur propose  «un système de coalition qui contraindrait à des

         ajustements politiques réalistes pour cristalliser lexpression du vote populaire et non 

         une prise de pouvoir massive sans véritable contre pouvoir».

 

Dans le cas de notre pays, jentends déjà la clameur de certains quil sagit là de blasphème. A

ceux-là, je vais rappeler tout simplement que le Burundi a déjà connu des changements quon 

aurait jamais imaginés et qui ont semblé aux tenants du pouvoir dalors comme de véritables 

tsunamis.     A  savoir le renversement de la monarchie et la proclamation de la République et

lélection du premier Hutu à la magistrature suprême, en la personne de Melchior Ndadaye27,

 

26  Mwaku     Paulin,   «Si  on  abolissait  la  fonction de   Président    de   la  République     en  Afrique »,    in

 

CongoForum, Bruxelles, 23 février 2012, 2 p.

27 Pour comprendre le bouleversement que ces annonces ont provoqué dans la tête de certains, voir

 

notamment, Frodebu, «La crise dOctobre 1993 ou laboutissement tragique du refus de la démocratie

au Burundi », op. cit.

 

                                                          11

                                            7. Le modèle que je propose

 

Sans vouloir dire qu’il faut faire du «copier-coller », je  propose le  modèle  suisse28                    car   de

 

mon point de vue, cest le système le plus démocratique au monde. Voici quelques éléments

qui expliquent pourquoi jopte pour ce modèle.

 

                                 La Suisse ou Confédération helvétique

 

I. Brève présentation

 

La   Suisse   ou   Confédération   helvétique   a   une   superficie   de   41.293   km²,   soit   1,48   fois   le

Burundi (27.834 km²). Il compte quelque 8 millions dhabitants et 60% de son territoire est

composé      de   montagnes   (Les       Alpes).   Dabord   colonie   romaine,          elle  devient     colonie

autrichienne vers les 11è-13è siècles  sous la domination   des Habsbourgs. Au milieu du 13è

siècle,    des   cantons    helvètes   commencent        la  lutte  pour   défendre     leurs  libertés   et  leurs

territoires.   Après  avoir   mené   des  guerres   de  libération   des  jougs   coloniaux,   les  Suisses  ont

aussi connu des guerres internes entre Cantons catholiques et  Cantons protestants.                      Ce nest 

quen  1848 quune Constitution instaure un «Etat fédéral»,  doté dun gouvernement central

siégeant  à  Berne.    Cest  à  partir  de  celle-ci   que   nous   pouvons   parler   des   institutions   de  la

Suisse actuelle et du modèle que je vous propose.

 

II. Le pouvoir exécutif

 

         1)   Les Communes

 

Les    communes       forment     des   collectivités   publiques    autonomes.       Elles   exercent    sur  leur

territoire   un   pouvoir   décentralisé,   chacune   avec   son   caractère   propre.   On   trouve   ainsi   des

communes   de   bourgeois,   des   communes   paroissiales,   des   communes   scolaires.               Elles   ont

chacune ses tâches administratives.           La Suisse compte 3018 communes qui ont chacune son

gouvernement   (appelé   conseil   communal            ou   municipal),    son   assemblée   qui   est  en   même

temps  son parlement.        Ces instances décident des affaires de  la   commune et procèdent aux

élections.    A   quelques   rares   exceptions   près,   seuls   les   citoyens   de   nationalité   suisse   ont   le

droit de vote.    Chaque commune organise donc tous les instruments de son pouvoir, à savoir

les impôts, le budget   communal,  lécole, le règlement   de  police,  la  sécurité communale,  les

mesures  dassistance  sociale,  le  tracé   des   routes,  la  protection  de  lenvironnement,   etc.  La

commune permet au citoyen dexercer ses droits dans le cadre dune démocratie de proximité 

et des préoccupations quotidiennes. Certaines communes perçoivent ainsi moins dimpôts que 

dautres.

 

         2) Les Cantons

 

La  Suisse  compte  aujourdhui  23  Cantons  et  3  demi-Cantons.  Les   cantons   sont souverains

selon     leur   constitution    respective.    La    répartition    actuelle    des   compétences        entre   la

Confédération   et      les   cantons   est  formalisée    dans   la Constitution    fédérale  qui     précise   les

limites de leurs souverainetés respectives.  Ainsi donc, certaines compétences sont attribuées

explicitement aux cantons ou à la Confédération. Autrement dit; ce qui n'est pas explicitement

délégué     à   la  Confédération      est  du   ressort   des  Cantons.     Chaque      canton    est  divisé   en

communes. De nombreux cantons ont une subdivision intermédiaire nommée district. Chaque

 

28  Joseph Ntamahungiro, «La Suisse en bref », Bruxelles, 6 octobre 2001, 5 p.

 

                                                        12

canton dispose de sa propre constitution. La Constitution fédérale garantit leur autonomie.                    Ils

prélèvent   des  impôts   et   adoptent   des  lois   dans  tous   les   domaines   qui   ne   relèvent   pas  de  la

compétence de la Confédération. Un certain nombre de domaines sont ainsi gérés uniquement

au    niveau    cantonal.     Cest   le   cas   par  exemple     de  léducation     (sauf    les  deux    écoles

polytechniques  fédérales  et   la   Haute  école   fédérale  de  sport   de  Macolin),      de la   gestion   des

hôpitaux  (sauf les hôpitaux   communaux et privés),  de la construction et de lentretien de la 

majorité des routes (sauf les  autoroutes et routes nationales) et  de la police (contrairement à

larmée), dautres charges sociales ou encore du  contrôle de la  fiscalité. La souveraineté des

cantons se limite donc à certains domaines et est en outre toujours limitée par le principe de la

primauté du droit fédéral , ou force dér ogatoire du droit fédéral. Les Cantons ont tous  leur

propre   parlement   (appelé   dans   la   plupart   des   cantons  francophones  Grand   Conseil)   et   leur

gouvernement (appelé dans la plupart des cantons francophones Conseil dÉtat). La structure

politique  de la Suisse  est composée du pouvoir législatif, du pouvoir exécutif  et du pouvoir

judiciaire. Chaque canton définit la composition et le fonctionnement des trois pouvoirs. En

principe, il appartient aux cantons d'appliquer non seulement le droit  cantonal, mais aussi le

droit fédéral (fédéralisme d'exécution ).

 

         3) Le Conseil fédéral

 

Le Conseil fédéral est le gouvernement de la Suisse.  Cest un gouvernement collégial, ce qui 

signifie   que   ses  décisions  engagent   la   responsabilité  de   chacun   de   ses   membres  et  quelles 

doivent   être  collectivement   soutenues  vis-à-vis  de lextérieur. Il  compte  7  membres appelés

Conseillers   fédéraux.      Depuis   1959,   il   existe   une  «formule   magique  »  dun  savant  dosage 

inchangé  jusquaujourdhui.    Il  sagit  de  représenter  au         sein   du   gouvernement   les   mêmes

forces politiques de façon à parvenir à des compromis susceptibles de rallier les majorités au

parlement  et  dans  le  peuple.  Une  règle  non  écrite  veut  quau  moins  deux  des  membres  du 

Conseil   fédéral   appartiennent   aux   minorités   linguistiques   (Suisse   romande,   Tessin  -  partie

italienne - et rhéto-romane des Grisons).          Les grands cantons (Zurich, Berne, Vaud) disposent

dun  siège  permanent  au  gouvernement.  Une  autre  règle  veut  quil  ne  peut  pas  y  avoir 

plusieurs conseillers venant dun même canton.

Un Conseiller fédéral peut se retirer en cours de mandat mais le parlement ne peut exiger ni la

démission du gouvernement ni celle dun de ses membres.  Le Conseil fédéral a à sa tête le 

Président  (ou   la   Présidente)  de   la   Confédération   élu  (e)  par   ses   pairs   pour   une   année   non

renouvelable consécutivement. Cest un « Primus inter pares » (le premier entre les égaux). Il

(Elle)   dirige    les  séances    du  gouvernement       et  représente    la  Suisse   lors   des  cérémonies

officielles. Il (Elle) reste cependant à la tête du département dont il (elle) a la charge. Un chef

dEtat  étranger  (Président,  roi,  reine)  en  visite  officielle  en  Suisse  est  accueilli  par  le 

gouvernement au grand complet.

Il   existe  sept  Départements        dont  chacun  deux  correspond  à  plusieurs           ministères     dans

dautres pays :

         1)   Département fédéral des Affaires Etrangères (DFAE)

         2)   Département fédéral de l’Intérieur (DFI)

         3)   Département fédéral de Justice et Police (DFJP)

         4)   Département militaire fédéral (DMF)

         5)   Département fédéral des Finances (DFF)

         6)   Département fédéral de l’Economie publique (DFEP)

         7)   Département fédéral des Transports, des communications et de l’Energie 

              (DFTCE)

 

                                                        13

Bien que les conseillères et les conseillers dirigent chacun (e) leurs départements respectifs,

les affaires quont à traiter ces départements dépendent toutes               du Conseil fédéral.      Ce dernier

répond   solidairement,   jamais   individuellement,   des   décisions   en   la   matière,   lesquelles   font

généralement  lobjet  de  motions  en  forme  de  messages  adressés  à  lAssemblée  fédérale.  Il 

peut donc arriver quun Conseiller fédéral ait à défendre en public, ou devant le parlement, un 

projet   de   loi   auquel  il  nest  que  modérément  favorable,   si   non   franchement   opposé.            Le

principe  de  la  collégialité  loblige  à  mettre  la  solidarité  gouvernementale  au -dessus                 des

particularismes et des intérêts de parti.

 

III. Le pouvoir législatif

 

Le pouvoir législatif  est exercé par lAssemblée fédérale, qui est formée de deux chambres :

le Conseil national (200 membres), formé des représentants du peuple, et le Conseil des États

(46   membres).   Au   Conseil   national,   le   nombre   de   sièges   par   canton   est   proportionnel   à   sa

population.  Au Conseil  des États, les  cantons  possèdent 2  sièges, à lexception des  cantons 

dObwald, Nidwald, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Appenzell Rhodes-Extérieures et Appenzell

Rhodes-Intérieures qui ont un siège ; ils étaient appelés « demi-cantons » sous lempire de la 

constitution   de   1874    aujourdhui  remplacée  par  celle  de  1999.  Les  membres  du  Conseil 

national sont élus pour 4 ans, tandis que le mandat des membres du Conseil des États dépend

du droit cantonal.

 

IV. Le pouvoir judiciaire

 

Le   pouvoir      judiciaire  est    exercé    par   les tribunaux      fédéraux.   Une     particularité     de   la

démocratie  suisse   est   que   le   peuple   garde   en   permanence   un   contrôle   sur   ses   élus ,   car   la

Suisse  est une démocratie  qui peut être  qualifiée de semi-directe, dans le  sens  où elle a des

éléments d'une démocratie représentative (élection des membres des parlements ainsi que des

exécutifs  cantonaux)  et  dune  démocratie   directe.            En   effet,  en   Suisse,   le  corps   électoral

dispose de deux instruments qui lui permettent dagir sur un acte décidé par lÉtat  : il sagit du 

référendum, qui peut être facultatif ou obligatoire, et de l'initiative populaire qui est le droit

d'une    fraction   du   corps   électoral  de  déclencher  une  procédure  permettant  ladoption,  la 

révision, ou labrogation d'une disposition constitutionnelle.

 

V. La démocratie directe. Le citoyen suisse exerce ses droits de plusieurs manières :

 

1) La votation populaire ou référendum obligatoire.                    Elle émane du Conseil fédéral.          Elle

soumet au suffrage des citoyens des questions dune plus ou moins grande portée qui revêtent 

toujours la forme de modification de la Constitution fédérale.                Exemple  : lentrée de la Suisse 

dans  lUE.    Toute  modification          de   la  Constitution    est  soumise   au    régime    de   la  double

majorité.  Cest-à-dire quelle requiert pour être adoptée ou rejetée la majorité des suffrages  

des citoyens, de même que la majorité des suffrages des 23 Etats ou cantons.

 

2) Le référendum facultatif (introduit en 1874) est une votation organisé à la demande du

peuple.  Ce référendum doit émaner dune organisation remplissant les conditions prévues par 

la loi.  Pour être accepté, il doit réunir 50.000 signatures  de  citoyens ayant le droit de vote.

Ces signatures doivent être réunies en 90 jours avant ladoption dune loi par le parlement.  Le 

peuple a recours une fois par année au référendum  contre une loi fédérale qui ne lui plait pas.

 

3)  L’initiative  populaire  (introduite  en  1891).              Le   peuple   peut   soulever    ou   régler   des

questions politiques même au niveau de la Constitution. Les initiateurs de linitiative (partis 

 

                                                         14

politiques     ou  associations)     disposent    de   18  mois   pour    recueillir  et  déposer    auprès   de   la

chancellerie   fédérale   un   minimum  de  100.000   signatures   de   citoyens   électeurs  (hommes   et

femmes).  Si les 100.000 signatures sont réunies, le peuple doit se prononcer sur linscription 

dun  nouvel  article  dans  la  Constitution  fédérale  ou  labrogation  ou  la  modification  dun 

article existant.    Ni le parlement, ni le Conseil fédéral ne peuvent sopposer à cette votation.  

Tout  au  plus,  ils  peuvent  assortir  linitiative  dun  contre-projet   sur   lequel   le   peuple   devra

également se prononcer.  Ils nont pas le droit de modifier le texte de linitiative.                    Pour être

acceptée, linitiative doit recueillir la majorité des votants et des cantons.  Depuis la création 

de ce droit, il y a eu plus de 100 initiatives dont la plupart ont abouti à un vote.                Une initiative

populaire peut prendre facilement cinq ans avant daboutir.

 

4) La pétition. Cest une  sorte de requête adressée aux autorités.  Elle  peut être  signée par 

nimporte qui, quil ait ou non le droit de vote.  Elle na aucun caractère contraignant.  Elle est 

adressée au Conseil fédéral ou à lune des Chambres de lAssemblée fédérale qui en prennent 

acte.

 

VI. Les partis politiques.

 

Les   partis   politiques   suisses   exercent   leur   influence   lors   des   consultations   populaires.   Les

partis  dits  dopposition  nont  pas  le  droit  de  perturber  le  bon  fonctionnement  du   système.

Tout au plus, ils peuvent proposer des points de vue originaux.                  Leur grand travail consiste à

faire nommer leurs candidats aux postes clés des administrations publiques et de lEtat  

 

VII. Quelques éléments de la prospérité suisse

 

Malgré   sa   situation   géographique   de   pays   de   montagnes,   la   Suisse   est       un   pays   prospère,

réputé  pour  sa  gestion  rigoureuse,  à  lexception  de  quelques  «affaires»,  comme  celle  de 

Swissair    qui   a   défrayé   la   chronique.    Cette    prospérité    est  due   entre   autres   aux   facteurs

suivants :

     -   la tradition commerciale

     -   la neutralité politique

     -   lactivité financière réputée

     -   la présence de capitaux étrangers (secret des banques suisses)

     -   la qualité de la main dœuvre

     -   le tourisme (qui est la principale activité de la montagne)

     -   la «paix du travail». Les syndicats et les organisations patronales sont les principaux

         acteurs de la vie associative helvétique.         En 1937 fut signée entre les associations

         patronales et les syndicats de lindustrie des machines et de lhorlogerie une 

         convention par laquelle les deux parties sengageaient à renoncer à la grève et aux 

         licenciements comme moyen de pression et à recourir à larbitrage en cas de conflit. 

     -   La solidarité cantonale, à savoir que les cantons riches doivent aider financièrement

         les cantons pauvres pour garder une harmonie sociale et maintenir le principe de

         laccroissement de la prospérité commune des citoyens. 

 

VIII. Les forces armées

 

L'armée  suisse  est   composée  des  forces terrestres  et   des  forces aériennes.   La Suisse  n'ayant

pas   d'accès   direct   à  la   mer,   la   marine   est   inexistante   mais   une   flotte   de   bateaux   armés   est

maintenue sur les lacs frontaliers. La particularité de l'armée suisse est son système de milice.

Les soldats professionnels constituent seulement environ 5% du personnel militaire. Le reste

 

                                                         15

est formé par des citoyens conscrits âgés de 18 à 34 ans (dans certains cas jusqu'à 50 ans). Les

citoyens   suisses   n'ont   pas   le   droit   de   servir   dans   des   armées   étrangères   à   l'exception   de  la

Garde pontificale. La structure du système de milice stipule que le soldat garde chez lui son

propre équipement, incluant le bien connu  couteau suisse et l'arme personnelle. Ceci n'est pas

sans   susciter   des   controverses   de   la   part   de   certains   partis   politiques   et   d'associations.   Le

service militaire obligatoire concerne tous les citoyens suisses du sexe masculin. Ces derniers

reçoivent   en   général   leur   ordre   de   marche   vers   19   ans   pour   le   recrutement.   Les   femmes

peuvent      aussi   servir   dans    l'armée    sur   base   volontaire.     Annuellement,       environ     24 .000

personnes   sont   entraînées  dans des  écoles  de recrue  pendant 18 à 21   semaines.   La réforme

Armée   XXI   a   été  adoptée  par   vote  populaire   en   2003,   remplaçant   le  modèle  Armée  95,   et

réduisant les effectifs de 400.000 à environ 210.000 personnes, parmi lesquelles 130.000 sont

en service actif et 80.000 sont des unités de réserve. En tout, trois mobilisations générales ont

été déclarées pour assurer l'intégrité et la neutralité de la Suisse. La première a été tenue en

l'occasion de la guerre franco-prussienne de 1870. La seconde a été décidée à l'éclatement de

la Première Guerre mondiale en août 1914. La troisième mobilisation de l'armée a pris place

en septembre 1939, en réponse à l'attaque allemande de la Pologne.

 

IX. La paix sociale

 

Comme indiqué  sous le paragraphe VII (Quelques  éléments  de la prospérité  suisse), la paix

sociale   est   garantie   notamment   par   la  solidarité   cantonale,   à   savoir   que   les   cantons   riches

doivent     aider   financièrement       les  cantons    pauvres    pour    garder    une   harmonie     sociale    et

maintenir le principe de laccroissement de la prospérité commune des citoyens.

 

X. En résumé : Une démocratie organisée de bas en haut

 

Par   ce   modèle   fédéraliste, les pouvoirs décisionnels   suisses  sont   généralement   organisés  de

bas en haut.     La Confédération se charge uniquement               des tâches que les cantons  ne sont pas

en    mesure     dassumer.     Comme        dit  plus    haut,   les   cantons    ne    sont   pas   de    simples 

circonscriptions  administratives  de  lEtat  central.    Ils  jouissent  dune  certaine  souveraineté, 

ont   leurs   propres   institutions   politiques   (gouvernement,   parlement,   administration,   justice).

Ce     sont   de  mini-Etats   qui  parfois   sappellent   « République »           et  dont    les  membres      du

gouvernement  sappellent  «ministres».             Les   cantons   et   certaines   grandes   villes   ont   chacun

leur    propre    corps   de   police   avec    son   uniforme,     leur  système     scolaire   et  leur   matériel

didactique, lassistance publique, la culture.  La Confédération soccupe des domaines précis :

la  politique  étrangère,  ladministration  des  douanes,  la  poste,  le  téléphone,  la  fiscalité,  les 

transports,  l„énergie,  lagriculture,   la      politique   sociale.    Depuis   quelques   années,       certains

cantons      ont   commencé       à  former    avec    leurs   proches    voisins    des   régions    aux   finalités

essentiellement économiques, infrastructurelles et culturelles.

 

                                              En guise de conclusion

 

Au regard de la tâche qui nous attend et du chemin à parcourir, le premier sentiment est au

découragement quand je constate que les auteurs des crimes énumérés plus haut ne sont guère

inquiétés et semblent même continuer à agir dans lombre. Cela confirme ce quaffirmait un 

bon connaisseur de la politique burundaise, à savoir que «Au Burundi, les véritables tenants du

pouvoir agissent dans lombre »29        Jose néanmoins espérer que ces criminels finiront par, si pas

 

29  Je cite de mémoire

 

                                                         16

être jugés et payer pour leurs crimes, au moins tomber selon la conviction de Mahtma Gandhi

qui a dit :

         «Quand je désespère, je me souviens que, tout au long de lhistoire, la voix de la vérité 

         et de lamour a toujours triomphé. Il y a dans ce monde des tyrans et des assassins et, 

         pendant   un   temps,   ils   peuvent nous semb ler   invincibles.    Mais,   à   la   fin,   ils   tombent

         toujours. Pensez à cela toujours »30.

 

                                              Je vous remercie.

 

Joseph Ntamahungiro *

     -   Licencié en Lettres (Section Philosophie) et Diplômé de Journalisme à lUniversité de 

         Fribourg/Suisse,

     -   Ancien Directeur Général de la Radio-Télévision Nationale du Burundi (RTNB),

     -   Ancien Conseiller Principal à la Présidence de la République  du Burundi chargé de la

         Presse et de la Communication,

     -   Actuellement : Chargé de linformation au Réseau Européen pour lAfrique Centrale 

         (EurAc) à Bruxelles

     -   Membre de plusieurs associations burundaises formelles ou informelles, dassociations

         africaines et collaborateur bénévole de plus dune ONG européenne.

 

30 Cité par André Sibomana, “Gardons espoir pour le Rwanda”, op. cit  p. 7

 

                                                       17

11:04 Écrit par victor ntacorigira dans Actualités, Joseph Ntamahungiro | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/04/2012

L'opprobe de 1972 au Burundi:40 ans déjà

Burundi : pour une prise de conscience de la gravité du génocide de 1972 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Opinion

@rib News, 12/04/2012

L’opprobre de 1972 au Burundi : 40 ans déjà !

Par Kazirukanyo Martin

Lors des élections de 1961 qui avaient consacré la victoire au Prince Louis Rwagasore et son équipe, les perdants à cette époque avaient aussitôt ourdi l’assassinat du prince et par la suite s’engouffrèrent dans le parti orphelin pour récupérer le parti et le pouvoir bien évidemment en écartant sine die les objectifs et les idéaux du prince par l’instauration d’un régime basé sur l’exclusion ethnique. La suite tout le monde la connaît trop bien.

Il s’en est suivi un cycle de violence orchestré par ces  antidémocrates dont le bilan en coût humain est trop lourd, assassinats ciblés en 1965, 1969, génocide en 1972, massacres 1988, assassinat du 1er Président démocratiquement élu en 1993 ainsi que ses principaux collaborateurs et massacres généralisés sur tout l’étendu du territoire en toute impunité ; sans parler du coût économique dont le Burundi souffre encore aujourd’hui (parmi les 10 pays les plus pauvre au monde).

Ce n’est qu’en 1968 que Micombero commença à dévoiler quelques coins de son plan, lors de son discours du 1er juillet 1968, il expliqua sa tactique en disant que quand on a un fagot à brûler, il vaut mieux s'y prendre arbuste par arbuste (kuvuna rumwe rumwe), sinon on se complique la vie,…. A ce propos il faut lire le plaidoyer de Monsieur Mpozagara à l’endroit de la politique menée à cette époque dans son ouvrage publié en 1971 intitulé « La République du Burundi » dans l’encyclopédie politique et constitutionnelle, série Afrique, de l’Institut International d’Administration Publique.

Dans l’Accord d’Arusha, est prévue la création d’une Commission nationale pour la Vérité et la Réconciliation chargée, entre autres, d’enquêter. Cette mission est spécifiée de la façon suivante : « La Commission fait la lumière et établit la vérité sur les actes de violences graves commis au cours des conflits cycliques qui ont endeuillé le Burundi depuis l’indépendance (le 1er juillet 1962), qualifie les crimes et établit les responsabilités ainsi que l’identité des coupables et des victimes ».

Le 18 septembre 1969, Michel MICOMBERO, conseillé par Simbananiye et Mpozagara, fit procéder à des arrestations de certains officiers de l’armée pour débuter sa purification ainsi que des civils et religieux Hutu. Les moyens de torture appliqués aux détenus furent multiples et variés, relevant de l'imagination diabolique la plus prodigieuse. Les témoins affirment qu’à côté de cela les nazis n'avaient aucune imagination ! Ces tortures brutales et cruelles menèrent à trépas plusieurs détenus. Les plus illustres de ces victimes sont le docteur Cyprien Henehene ancien ministre de la santé, les officiers Karolero, Katariho et Bazayuwundi. Lorsque les accusés de 1969 sont arrêtés, Mpozagara ne mentionne pas qui les a dénoncés. Nous savons par contre que "l'interrogatoire" est rondement mené, elle est musclée  puisque Mpoazagara a l'habitude. Le soir Mpozagara se trouve chez Micombero entouré de son ami Ntungumburanye alors chef de la sûreté et le ministre de la Justice pour confectionner le questionnaire du lendemain. Il en sera ainsi jusqu'à la fin de l'instruction. Le verdict est donc prononcé au cours de ces soirées bachiques. On le donnera au tribunal pour le prononcer la plupart des fois les juges en ignorent jusqu'à la dernière minute le contenu. Sur 80 personnes interpellées, 25 furent condamnées à mort dont 19 militaires et 6 civils.

L’histoire nationale n’a pas encore mesuré la gravité de l’hécatombe de 1972. Les familles brisées, décimées ou meurtries encore crient mais seul l’opprobre leur répond. On reste confondu et scandalisé par l’indifférence de cette société civile burundaise qui jusque maintenant est seulement zélée quand il s’agit d’embêter le gouvernement mais qui, sommes toutes, quand il s’agit des crimes d’ampleur nationale commis par les dignitaires des anciens régimes et touchant les simples citoyens dont les plaies sont encore ouvertes à ce jour, se désintéresse complètement à se demander quels droits de l’homme elle défend, jusqu’à passer outre le génocide d’avril 1972.

Tout commença dans la nuit du samedi 29 avril 1972, alors qu’à midi, le président Micombero venait de révoquer son équipe ministérielle afin de réaliser en toute quiétude son plan d’extermination. Toutefois, il avait gardé à ses côtés un seul ministre Monsieur Arthémon  Simbananiye. Certains se demandent même si Simbananiye n’était pas le véritable Président du Burundi en collaboration avec d’autres compères notamment André Yanda, Shibura et autres acolytes. Le Burundi allait être vidé, martyrisé, endeuillé pour longtemps….pour toujours ? Le 30 avril 1972 à 8 heures du matin, on apprend que le roi Charles Ndizeye a été tué vers minuit. Officiellement, il avait été tué lors de combats contre des mulelistes. Pour justifier cet assassinat, les autorités prétendirent que la victime voulait rétablir la monarchie. Il fallait donc massacrer cette masse de Hutu qui vénérait le monarque.

Le 1er mai 1972, la radio de Bujumbura annonce que de sérieux combats se déroulent dans le sud du pays et qu’il s’agit de mulelistes venus du Zaïre aidés par les Inyenzi (monarchistes Rwandais) et des Burundais monarchistes…Dans tout le pays, les arrestations et les exécutions sommaires sont organisées au nom du parti UPRONA et du président Michel MICOMBERO. Le massacre se poursuit et encouragé par les messages officiels diffusés par la radio, la voix de la révolution : « les forces vives de la Nation doivent s’impliquer à débusquer les ennemis du peuple ». A la redoutable prison de Bujumbura, les personnes arrêtées sont exposées au soleil, torturés jusqu’à ce que mort s’en suive… Mworoha Emile alors secrétaire général, tel Joseph Goebbels, pendant cette période mobilisait la JRR organisée en milice pour appliquer les consignes données à ces prétendues forces vives de la nation, par sa propagande en raison de ses talents d'orateur et de rhétoricien. Son rôle était très important dans la mise en place du dispositif d’extermination et de diffusion des mots d'ordre. Pour lui, l'essentiel était que la JRR soit organisée avec une telle finesse pour qu'elle soit en quelque sorte l’avant garde de l’appareil répressif et d’extermination des bamenja et autres inyankaburundi, comme on les appelait avant de les tuer (voir document infra).

Le Dr Stef Vandeginste s’offusque dans sa réflexion sur la CVR et la qualification des faits : « lorsqu’ils parlent de certaines atrocités commises dans le passé, les Burundais ont souvent tendance à parler d’événements et/ou de la crise. L’utilisation d’un euphémisme n’est ni unique au cas burundais (dans le cas de l’Irlande du Nord, par exemple, il était question de « troubles ») ni surprenant (car l’utilisation de certains termes, notamment le mot « génocide », pour décrire certains événements était très souvent automatiquement associée à une prise de position politique et à une appartenance ethnique). A un moment donné, notamment dans le cadre de la recherche de la vérité, les termes événements et crise ne suffisent plus. Un des objectifs communs à toutes les CVR – une quarantaine depuis environ trente-cinq ans – est qu’elles doivent éclairer une société sur son passé. Elles doivent permettre une lecture largement partagée de l’histoire, entre autre afin d’enseigner l’histoire du pays aux futures générations. Pour ce faire, un qualificatif des différents cycles de violences et des souffrances des citoyens s’impose. Le qualificatif permet à la société, notamment à travers le rapport de la CVR, d’exprimer une évaluation, une appréciation, un jugement de valeur, au-delà de la simple description des faits. La vérité et la reconnaissance des victimes et de leurs souffrances exigent à ce que le viol, la torture, le crime de guerre, etc. soient appelés par le nom qui leur convient ».

Des soirées dansantes pour les fonctionnaires et les commerçants avaient été organisées dans tout le pays le 29 avril 1972, la nuit du début de l’hécatombe. Qui avait organisé ces soirées ? Dans tous les cas, le pouvoir était complice car il ne les a pas interdites. Au contraire juste après, par des messages codés et ambigus (voir infra) les mouvements intégrés à l’UPRONA étaient utilisés pour traquer et infliger des châtiments exemplaires aux fauteurs de troubles. Les fausses communes ici et là dans tout le pays donnent quelques indices pour identifier ceux qui devaient être châtiés dans ce contexte.

Dans le dossier « Naufrage au Burundi » de septembre 1972, on lisait : « Dans ce pays sans statistiques et sans informations libres, comment pourrait-on savoir ? Qu’importe… de tels massacres ont déjà eu lieu en territoire décolonisé, mais une tentative de naufrage radical par la suppression de l’élite politique, sociale et culturelle d’une ethnie par l’autre, avait-on jamais vu cela ? Même au Biafra ? »

Et pourtant, la convention de l’ONU sur l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité condamne ces crimes, même lorsque ces actes ne constituent pas une violation du droit interne des Etats où ils sont commis. Les familles attendent la mise en place de la Commission Vérité et Réconciliation assortie d’une juridiction internationale. Quarante ans plus tard ? Est-ce au moins le bout du tunnel ? Encore une fois, la communauté internationale est interpellée.

Aujourd’hui plus que jamais au Burundi, beaucoup de victimes des actes de barbarie réclament justice. Et Dieu seul sait combien ils sont nombreux. Dieu et les Burundais savent et mesurent le poids de l’injustice. Quarante ans plus tard, nous attirons toujours l’attention sur les suppliciés de 1972. Quarante ans d’attente ; Quarante ans d’indifférence, de déni de justice. Malgré le foisonnement d’associations de la société civile qui œuvrent au Burundi, la violation de la dignité humaine semble ne causer point d’insomnie aux criminels.

Avec l’hécatombe de 1972, les Hutus et les Ganwas sont minoritaires dans les associations actuelles de la société civile qui élèvent la voix pour revendiquer cyniquement le respect des droits de l’homme, leur composition reflète encore trop l’image des régimes du passé. On peut se tromper mais le scandale crève les yeux. L'opprobre est devenu insupportable après la restauration de la démocratie.

Le roi Charles NDIZEYE croupit encore dans une fosse commune ; le roi Mwambutsa reste en exil en Suisse. Les charniers de Buterere, du Pont Peke et d’autres à identifier disparaissent avec leurs secrets macabres. Quarante ans après les faits, les orphelins et les veuves inconsolables réclament justice, un peu d’humanité s’il vous plaît.

De l'intérieur du pays ou de la diaspora, mobilisons-nous ; mettons plus d’énergie et de moyens dans cette bataille contre la mort, l’oubli et le déni de justice. Les victimes de l’hécatombe de 1972 attendent un mot, un geste, un coup de main dans cette lutte pour la renaissance de l’âme burundaise. Agissons pour que cette plaie, cette gangrène nationale cesse d’être une pierre d’achoppement des efforts de reconstruction et de réconciliation nationale. Mobilisons-nous pour toutes les victimes des barbaries burundaises depuis la veille de l'indépendance jusqu'à celles d’aujourd'hui conséquence des calculs mesquins des politiciens sans scrupules. Quarante ans plus tard, il y a encore au Burundi des cadavres non identifiés dans les fausses communes et trop de disparus. Cette malédiction réclame une prise de conscience : le droit de dire nom.

16/11/2011

Leurs scarifications leur auront porté bonheur

 

 

A Mpimba, dans l’enfer burundais

Eric Gillet

Eric Gillet a plaidé en 1992 la cause de «rebelles» entraînés dans une lutte violente contre l’armée. Son combat fut efficace, mais le cauchemar allait renaître.

Mpimba, Burundi, novembre 1992. Une prison comme tant d’autres en Afrique. Style colonial inimitable. Il pleut. Tout est détrempé. L’allure débonnaire du directeur et des gardiens ne laisse rien percer de l’horreur des conditions de détention. Cachots humides et sans lumière, promiscuité et cette horrible incertitude qui accable chaque détenu.

De quoi est-il accusé? Est-il même accusé? Quand sera-t-il jugé? Reverra-t-il jamais les siens? Ici, 450 pauvres hères ont suivi en novembre 1991 quelques chefs dévoyés qui leur ont dit qu’une fois encore les réformes politiques étaient un miroir aux alouettes; qu’une fois encore il faudrait tuer pour ne pas l’être soi-même.

Planche de salut

Persuadés que les scarifications qu’ils s’étaient fait incruster pour la cause les protégeraient des balles de l’armée, ils sont montés à l’assaut de celle-ci. On les appelle d’ailleurs les «assaillants». Mais les balles ignorent les croyances ancestrales. Et les voilà à Mpimba, éberlués, sans savoir.

Leur procès a débuté devant la chambre criminelle de la cour d’appel de Bujumbura. Pas d’avocat. Aucun ne veut intervenir. Passages à la chaîne devant leurs juges. Cinquante et quelques condamnations à mort en un jour.

Emoi de l’opinion publique. On bloque le cours des procès. On cherche un défenseur à l’étranger et l’on arrive chez moi. Voilà pourquoi je suis à Mpimba. Percé moi aussi jusqu’aux os par l’humidité de la petite saison des pluies et les murs pourris de la prison.

Je fais pendant une semaine l’aller et retour entre ce lieu sinistre et le centre ville. Trouver un avocat qui voudra bien intervenir à mes côtés.

Eux ne veulent pas du seul avocat hutu du barreau. Il fut ministre du régime dit tutsi. C’est donc le pire, croient-ils. Les avocats tutsis ne veulent pas se compromettre. Et pourtant il le faut. Bras de fer entre les détenus et moi, et entre moi et mes confrères.

Finalement, on y est. L’un d’eux accepte... et est accepté. Ensemble, nous sommes la seule planche de salut de ces naufragés de l’histoire burundaise.

Un an plus tard, en octobre 1993, le Burundi sombrerait à nouveau, après l’élection euphorique d’un président, et son assassinat traumatique. J’interrogerais droit dans les yeux des lycéens de 15 ans qui avaient, à la machette, abattu un à un tous les réfugiés de l’évêché de Ruyghi. Dans la brume d’un soir idyllique, je verrais dans ces yeux qui mentaient le lieu d’échouage de cent ans de pensée erronée.

Ici, rien de tel. En ce mois de novembre 1992, à la prison de Mpimba, je ne rencontre chez ces paysans illettrés que des regards sans fond, sans points de repère. Ici, pas de mensonge: il n’y a que le reflet d’une société perdue dans sa douleur.

Que sont-ils devenus?

Me voilà donc muni de mon alter ego burundais. Les procès peuvent reprendre. Une première série de vingt. La salle d’audience est bondée d’un public sans souffle. Avec l’intervention d’un avocat européen, l’affaire a pris une dimension internationale. RFI, BBC. Etrange mais habituel changement d’âme d’un événement local qui s’est ouvert au monde. Espoir recouvré des détenus. Que dis-je? Certitude que tout se passera bien désormais. Les juges eux-mêmes transcendés dans une posture de juges à l’européenne.

L’on plaide une journée entière, et ce procès revigore la conscience de ce peuple meurtri. Un tiers acquitté, un tiers condamné à une peine égale à la détention préventive, le dernier tiers libérable dans les douze mois du prononcé.

Les autres détenus ne seront finalement jamais jugés, car l’élection du président Ndadaye les libérera tous. Mais de quelle libération s’agira-t-il? Six mois plus tard, en effet, l’assassinat de ce président plonge le pays dans un cauchemar qui semblera éternel.

Que sont ces clients d’un moment devenus? Ont-ils été à nouveau broyés par la meule aveugle de l’histoire des Grands Lacs?

On voudrait croire que, au bout du compte, leurs scarifications leur auront porté bonheur, qu’elles auront ravivé le réflexe immémorial de survie de ce peuple tant maudit, tant aimé.

 

 

 


 

23:42 Écrit par victor ntacorigira dans Actualités, commémorations, Eric Gillet | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |