07/08/2011

La première alerte qui brisa la loi du silence "Ntega et Marangara"

Félicitations pour cette initiative dans la lutte contre l’oubli.


Le lendemain du 15 août 1988, dans l’après-midi, alors que j’étais allé saluer

les ouvriers de la briqueterie de Kabgayi (Gitarama), je fus interpellé par un monsieur.

-Toi, tu as l’accent burundais. Serais-tu originaire du Burundi ? - C’est exact.

-Désolé de t’annoncer de mauvaises nouvelles : Buyoya est en train de  rééditer 1972. Au moment où je vous parle, les massacres sont en cours dans les communes du nord du Burundi.

Sa parole tomba comme un coup de tonnerre dans un ciel d’été. Je lui objectais  que j’étais suffisamment informé de ce qui se passe au pays et que je n’avais rien entendu

de pareil. – Depuis hier, précisa-t-il, nous accueillons à Butare des flux de réfugiés.

Mon informateur était un haut fonctionnaire du ministère des Affaires Sociales.

J’avais intérêt à le croire.

 

Je rentrai précipitamment dans mon bureau, appelai mon ami de Butare, le professeur

Emmanuel Gahungu. Il ne savait rien. Et pourtant mon informateur était formel.

Je décidai de partir le lendemain très tôt à Butare. L’abbé Juvénal Bamboneyeho se joignit à moi.

Arrivés à Butare, nous cherchons à rencontrer ces réfugiés. Mais de tous ceux que nous interrogeons

personne n’est au courant, ni les Frères de la Miséricorde, qui pourtant sont en contact permanent avec les Burundais, ni le professeur que j’avais appelé la veille.

 

Gahungu me proposa alors de faire un tour du côté de la frontière. On nous assura qu’il n’y avait rien à signaler du côté de Higiro, le poste frontière qui  contrôle la route Butare-Ngozi. Rien non plus du côté de la route asphaltée qui va sur Kayanza. Ce n’est pas un bon chemin pour des fugitifs.

Notre choix se porta sur Kirarambogo, un coin perdu aux confins du Rwanda et du Burundi. Le petit centre avait comme unique fierté un dispensaire tenu par des volontaires  Italiens. Nous allons directement au dispensaire. Nous avions vu juste : une dizaine de blessés par arme blanche étaient déjà pris en charge par le centre. D’autres réfugiés étaient là attendant les secours de la commune.

Nous nous improvisons journalistes. Nous avions du mal à suivre les récits terrorisés  des fugitifs. Chacun voulait raconter son histoire, sa chance d’avoir franchi le marais  de l’Akanyaru, son inquiétude pour les siens qui n’avaient pas eu la même chance que lui.

On nous conduisit quelques mètres plus loin du dispensaire. Nous nous retrouvons au sommet d’une colline qui domine toute la vallée de l’Akanyaru. En contre-bas, on contemple

les collines du Burundi, voilées d’une fine brume, comme d’un linceul. Tout semble  calme sauf que, par-ci, par-là, on voit s’élever silencieusement une fumée blanche…

des maisons en feu ! Un silence chargé d’horreur. L’angoisse nous saisit à la gorge…

 

Nous courons vers le marché qui se tenait ce jour-là à Kirarambogo. Certains paysans Étaient venus de l’autre côté de la frontière pour vendre et acheter comme d’habitude

et ne comprenaient pas la rumeur des massacres qui grandissait heure par heure.

Ils se demandaient s’il fallait rentrer voir la famille ou s’il fallait chercher un asile.

Nous venions d’apprendre, quant à nous, qu’un conseiller communal était à peine arrivé  avec un groupe de rescapés.

C’est grâce à cet homme que nous allons essayer de reconstituer le film des événements,

en recoupant les divers récits. Le conseiller insista : « S’il vous plaît, faites connaître  au monde ce qui se passe à Ntega et à Marangara. Qu’on vienne à notre secours,

autrement les militaires vont massacrer tous les hutus de la région. Nous avons laissé derrière nous, cachés dans le marais, des personnes faibles, des vieillards, de femmes

des enfants, et plusieurs bléssés. L’armée de Buyoya n’épargne personne.

Elle tire sur tout ce qui bouge. Des hélicoptères mitraillent les personnes qui se regroupent,

des centres de négoce sont brûlés au napalm, et des commandos armés jusqu’aux dents ratissent la campagne.

S’il vous plaît, faites vite. Chaque minute compte ».

 

Le soir même, nous sommes rentrés à Butare, avons rédigé un texte que nous avons faxé à nos correspondants de Bruxelles. Ce fut la première alerte qui brisa la loi du silence.

 

Dan.


03/08/2011

23 ème Anniversaire de Ntega et Marangara

23 ème Anniversaire de Ntega et Marangara

 

 

Information :

 

 

Ce samedi 13 août 2011 à 12h 00 précises aura lieu une célébration eucharistique au cours de laquelle sera évoquée la mémoire des victimes de Ntega et Marangara en août 1988.

 

 

Un moment d’échanges et de recueillement sera organisé après la messe.

 

 

Coordonnées utiles :

 

a) Messe :

 

 

Eglise de la Madeleine

"Fraternité de l'Assomption"

 

Rue de la Madeleine

"Entre la gare centrale et la grand-place"

1000 Bruxelles

 

b) Recueillement :

 

Brasserie de la Madeleine

Rue de la Madeleine, 53

1000 Bruxelles

 

c) Contact :

 

Tél./fax:0032-2.514.57.85

 

04/07/2011

Rends -moi mon passé

@rib News, 05/05/05 - HOMMAGE / COMMÉMORATION


RENDS-MOI MON PASSE


Rends-moi mon passé
Pour t’ouvrir ma pensée
Dis-moi ce qui fut
Pour éviter ce qui tue
Sors de l’indifférence
Pour alléger mes souffrances
Pourquoi t’en vas-tu loin de moi
Quand je suis dans le désarroi
Aide-moi à chercher sans honte
Sans fraude et sans détour
Les traces de mes pères
Disparus pour toujours
Fouille dans cette terre sacrée
Où gisent les os brisés
De ceux que tu n’a jamais connus
Et dont la mémoire est vendue
Vas au-devant des tiens, créature
Dresse-toi devant l’histoire
Ouvre les yeux à ton destin
Rien ne doit te distraire
Ni la profondeur de ton chagrin
Ni le poids de ton amertume
Pour dire non à l’horreur
Ecoute les clameurs
Des enfants de ton peuple
Sorties d’outre-tombe
***
Rends-moi mon passé volé
Je te révélerai l’avenir caché
Ne laisse pas les imposteurs
Salir ton honneur
Arrache de leurs griffes
Les clés de ta mémoire
Que veux-tu que je te dise
Quand tu écoutes les chimères
Où veux-tu puiser ta force
Si la lâcheté te domine
Rends-moi mon passé
J’en suis longtemps privé
Sinon je vais te fuir
Sans revenir sur mes pas
Comme je fis autrefois
Rends-moi mon passé
Je dois en faire un avenir
Pour les générations futures
Tu ne dois rien me refuser
Ton destin en dépend
Ainsi pensent les savants
Sèche de mon visage assombri
Les larmes des années meurtries
Pour le reste des âges
De l’océan de sang
Emporte-moi vers d’autres rivages
Loin des prédateurs impudiques
Je ne sui qu’un simple passant
***
Appelle la vérité sans compromis
Aux lois conforme ton esprit
Ne crie ni à la haine ni à la vengeance
Des médiocres refuse la sentence

Garde, tel un trésor inestimable
L’héritage de tes aïeux
Qui t’ont précédé sous les cieux
Dans une douleur déchirante
Te laissant dans la tourmente
Ils sont partis cette nuit-là
Sous les pieds puants des sans-lois
Ces impie sadiques
Ont précipité tes ancêtres
Dans les vallée de la mort
Où fut scellé leur sort
Rends-moi mon passé
Et laisse-moi pleurer
Vois-tu, plus rien ne vit
Quand les démons rient
Des malheurs des hommes
Aux pays des fantômes
***
Rappelle-moi les danses et les chants
D’une enfance violée
Que je n’ai jamais oubliée
Rends-moi mon passé et dis-moi
Que je suis le rejeton
Des vaillants d’autrefois
Jetés à la mer sans fond
Pourtant, ils n’avaient de mains
Que pour bâtir le monde
Ils n’avaient de cœur
Que pour aimer la terre
Qui les avait vu naître
Ainsi que leurs contemporains
Rends-moi mon passé
Je te le demande
Si tu me le refuses
Je dois te l’arracher
Rends-moi mon passé
Car il est à moi
S’il est aussi à toi
Pourquoi l’as-tu oublié ?
Adieu, vas ton chemin
S’il t’appartient
Rends-moi mon passé !
Roger Macumi. 29 avril 2005
Madame, Monsieur,
Voici, en plus du poème en attaché, ce que je souhaite partager avec les autres à l'occasion de la commémoration du 33ème anniversaire du génocide de 1972 au Burundi :
Je dédie ce poème aux victimes et à leurs proches.
A vous toutes et tous qui luttez pour la vérité et la justice.
Spécialement aux membres (et sympathisant/e/s) actuels et futurs d'« AVIB 1972, Mémoire et défense pour les victimes du génocide de 1972 au Burundi / Ukuri - Ingingo - Ubutungane ku bahitanywe n'abasinzikajwe n'ihonyabwoko ryo mu 1972 mu Burundi ».
Nous ne voulons pas faire des victimes ni des stars de l'histoire ni des héros malgré elles, encore moins des pions du destin. Exprimons-leur notre solidarité. Dédions-leur notre quête de justice. Devant l'insoutenable mépris de la vie humaine, je n'ai que ce cri. Puissent ces modestes vers inciter toutes les victimes à se coaliser pour demander des comptes aux bourreaux par les voies de la vérité et de la justice! La réconciliation tant chantée et la reconstruction tant ventée sont à ce prix !
Je vous remercie encore une fois de votre attention et de votre travail. C'est grâce à des professionnels comme vous que la vérité triomphe, lentement mais sûrement, sur le mensonge.


Roger Macumi.

18:29 Écrit par victor ntacorigira dans Arts et lettres, Roger Macumi | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |