23/06/2011

Lancement de la campagne "Honorer nos Héros"

Lancement de la Campagne « Honorer nos Héros »

Le 20 Mars 1999, le Frère (Père Dominicain) Emmanuel Ntakarutimana, anime une conférence intitulée «Exorciser la mémoire comme thérapie collective en vue de la réconciliation ». C’était dans le cadre de deux journées de réflexion (20 et 21 mars) organisée à Padoue sur le thème «L’apport de la communauté burundaise en Italie et de la société civile italienne au processus de paix au Burundi ».

Le Frère Ntakarutimana commence par planter le décor en ces termes : «Nous vivons actuellement une société profondément blessée et les blessures historiques exigent la création de structures appropriées qui pourront alors entreprendre une thérapie longue et délicate (…). Le peuple a besoin de signes toujours plus convaincants. Ceci entraîne un profond travail sur les structures. Il ne suffit pas de donner quelques coups de peinture à un ancien édifice et envoyer de nouvelles figures à travers le pays et à l`étranger pour faire l`éloge de l`opération pour résoudre une crise aussi profonde de la société ». Pour arriver à ce travail titanesque, le Frère Emmanuel propose plusieurs pistes dont. - Oser témoigner - Réhabiliter l`homme juste et honorer nos héros Commentant ce deuxième point, il déclare: «C`est par amour et par passion pour ce pays que nous devons faire en sorte que ce qui s`est passé ne se répète plus. En cherchant à faire la vérité, à faire mémoire de tous les hommes justes, à honorer nos héros et nos saints, il faut désirer guérir le pays, non pas dans le sens des "healing processes" qui cherchent à dissoudre les révoltes de ceux qui subissent les effets pervers des politiques actuelles. Cela ne serait qu`astuce et ruse politique, or le mensonge a de très courtes jambes (comme disent les Allemands). Il s`agit de s`investir dans une thérapie commune de la souffrance, et en partageant la souffrance de l`autre. L`affrontement des logiques du vainqueur et du vaincu ne saurait conduire à l`harmonie. Même le semblant de paix auquel on pourrait aboutir ne serait qu`une trêve couvant des bombes à retardement ». Avant d’avoir découvert ce texte du Frère Ntakarutimana, notre groupe, qui s’est justement baptisé «Honorer nos héros», avait décidé, dès le 14 Mai 2007, de commémorer et de rendre hommage à toutes les personnes physiques et morales, burundaises et non burundaises, de toutes les ethnies, de tous les continents, de toutes les conditions sociales, des plus connues aux illustres inconnues, qui, au risque de leurs vies, ont sauvé, caché, accompagné, défendu, nourri, habillé, volé au secours des Hutu. Ce n’est pas le moment de retracer le film des horreurs qu’ont vécues nos parents, frères et sœurs, cousins et cousines, amis et amies, voisins et voisines, vieux et vielles, jeunes, jusqu’aux enfants en bas âge, et même ceux qui étaient encore dans le ventre de leurs mères, qui ont été tués comme du gibier par les sbires du régime du Président- Michel Micombero. Le génocide contre les Hutu, débuté le 29 Avril 1972, continuera longtemps et nous en subissons encore aujourd’hui les conséquences et les traumatismes. Lancement officiel de notre campagne Aujourd’hui le 29 Avril 2011, notre groupe a décidé de lancer notre campagne «Honorer nos héros» qui ne peut évidemment se comparer en rien aux campagnes menées par des Etats comme Israël dans ce qu’il appelle «la reconnaissance des «Justes parmi les nations». Cette reconnaissance est organisée au milieu des projecteurs mondiaux et avec des moyens humains, politiques et financiers internationaux en Israël, aux Etats-Unis, au Canada, en Belgique, en France, aux Nations Unies, pour ne citer que ceux-là. Nous ne pouvons évidemment pas organiser ce genre de manifestations et nous n’avons aucun pouvoir de dédier à nos héros une stèle, une rue, un livre, un film, un spectacle. Nous avons cependant confiance que ce qui n’est pas possible aujourd’hui le sera demain. Forts de cette conviction, nous demandons à tous les Burundais et amis du Burundi de nous envoyer les noms des personnes, physiques et morales selon les indications données plus haut pour que nous leur rendions hommage à partir de l’année prochaine, à l’occasion de la commémoration du 40ème anniversaire du génocide contre les Hutu du Burundi. Concrètement, nous invitons chacune et chacun ici présents et celles et ceux qui n’ont pas pu être des nôtres, Burundais (Hutu, Tutsi et Twa) et amis du Burundi, à nous envoyer leurs témoignages et propositions de personnes à honorer. Pour autant que possible, il faudrait mentionner les éléments suivants : 1) Nom et Prénom 2) Dates de naissance et de mort (si décédé) 3) Nationalité 4) Fonction 5) Brève description de leurs vies et activités 6) Les personnes qu’il (elle) a sauvées 7) Les conditions dans lesquelles il ((elle) les a sauvées 8) Les conséquences de cet acte : Le héros (homme ou femme) a-t-il survécu ? A-t-il été assassiné ? A-t-il été contraint à vivre dans la clandestinité ? A-t-il perdu son travail ? A-t-il du partir en exil ? Est-il encore en vie, et si oui, que fait-il aujourd’hui ? Vous l’aurez compris, le champ de notre recherche n’a pas de frontières. Il couvre 1) Tous les pays : Burundi, Pays africains, Pays européens, L’Amérique du Nord et du Sud, Asie, Pacifique 2) Toutes les nationalités : Burundais, Africains, Européens, Américains, Asiatiques 3) Tous les sexes : Hommes Femmes 4) Tous les âges: Vieux, vielles, jeunes, enfants 5) Toutes les professions et vocations : laïcs, religieux, écrivains, artistes, politiciens, travailleurs des ONG, paysans et paysannes, enseignants, commerçants, chercheurs, syndicalistes, médecins, juristes, journalistes, etc. Quelques noms – à titre d’exemple – de personnes que nous pensons devoir faire partie de cette liste. 1) Mgr Jean-Berchmans Nterere. Alors qu’il était aux études en Europe, il laissa ses études et partit en Tanzanie dans les camps des réfugiés pour leur venir en aide matériellement, moralement et spirituellement 2) Mgr Joachim Ruhuna. Recteur du Grand Séminaire de Bujumbura, il prit toutes les mesures – de concert avec le corps professoral – pour qu’aucun grand séminariste ne fut victime du génocide de 1972. Il vint aussi en aide à toutes les personnes qui recoururent à ses services. 3) Mgr André Perraudin. Ancien évêque du Diocèse de Kabgayi, il accueillit les séminaristes burundais qui venaient de fuir leur pays et leur trouva un grand séminaire pour continuer les études dans l’ex-Zaïre. Il fonda le Collège de Rilima pour les élèves burundais réfugiés. 4) Mgr Roger Mpungu surnommé ironiquement « Umuganwa w’Abahutu » (le Prince des Hutu) sauva de la mort au péril de sa vie beaucoup de Hutu et encourageant les prêtres hutu exilés à rentrer. Il les accueillit et les encadra. 5) Le Pasteur HOYOIS, Président du Comité de Soutien aux Réfugiés Hutu du Burundi (en Belgique) œuvra beaucoup avec toutes les personnalités membres de ce Comité pour venir en aide aux réfugiés dans beaucoup de domaines. 6) Frère Bernard Heylen. Frère de la Charité, Directeur du Groupe Scolaire de Butare. Il a accueilli les étudiants Hutu burundais dans l’établissement dont il assurait la direction. A travers lui, ce sont tous les Frères de la Charité à qui il faut rendre hommage. Il dénonça aussi en termes très clairs le génocide. 7) L’Abbé Albert Collin. Prêtre du Diocèse de Tournai, il fut Directeur du Collège Notre Dame de Gitega puis Directeur du Collège de Rilima fondé par Mgr André Perraudin comme relevé plus haut. 8) Le Père Henry Farcy. Missionnaire d’Afrique, il vint en aide à de nombreux élèves du secondaire et de l’université réfugiés à Bukavu, dans des conditions très difficiles et au péril de sa vie 9) M. Jean Birihanyuma. Ce syndicaliste réfugié à Bukavu fut sauvé des massacres de Kamenge (quartier de Bujumbura) en janvier 1962 par Solidarité Mondiale du Mouvement Ouvrier Chrétien belge qui supporta ses soins médicaux et ses études en Belgique. M. Jean Birihanyuma collabora très étroitement avec le Père Farcy et l’Abbé Raphaël Ntigahera dans l’accueil des réfugiés hutu du Burundi à Bukavu, en 1972.. 10) L’Abbé Juvénal Bukubiyeko. Alors qu’il était en mission en Belgique en tant qu’aumônier militaire; il laissa tout tomber pour venir en aide aux réfugiés burundais, spécialement au Rwanda. 11) L’Abbé Raphaël Ntigahera. Professeur au Grand Séminaire de Murhesa (RDC) en 1972, il accueillit les grands séminaristes burundais réfugiés et les zncadra dans ce séminaire. Il fut à la base de la création du «Comité d’Aide aux Réfugiés Hutu du Burundi (CARHB)» qui a vu le jour en Belgique début août 1972. 12) M. Rémy Gahutu. Président fondateur du PALIPEHUTU, le 18 avril 1980 ; il consacra sa vie à la cause des réfugiés jusqu’à en payer le prix le plus fort le 17 août 1990. 13) Le Père Minguetti. Prêtre italien, il fonda la Paroisse catholique de Rilima et se consacra à la vie des réfugiés pour lesquels il ouvrit aussi un dispensaire. 14) Mme Rika De Baecker-Van Ocken. Ancien ministre belge, elle a beaucoup fait pour venir en aide aux réfugiés. 15) L’Abbé Epitace Ntawanka. Ancien recteur du séminaire de Muyinga et ancien curé au Grand-Saconnex (Genève), il a beaucoup aidé les réfugiés matériellement et spirituellement. Nous lui devons notamment la création du Centre Ubuntu de Genève. 16) L’Abbé Michel Kayoya. Ce prêtre, écrivain et philosophe est une des grandes figures pour tous les Burundais épris de justice et de paix. Alors qu’on le conduisait avec d’autres victimes à la fosse commune, il encouragea ses malheureux compagnons par la prière et l’appel à l’amour du prochain. 17) Les Pères Comboniens. Au péril de leurs vies, ils sauvèrent beaucoup de Hutu traqués comme du gibier en les cachant et en les aidant à fuir. Conclusion Comme le demandait encore le Frère Emmanuel dans sa conférence déjà citée, «il est important que les langues se délient, que des témoignages soient donnés sur l`histoire pénible de notre peuple. Mais il faut aussi que ces efforts de vérité se fassent suivant une éthique de responsabilité. Ce sens de responsabilité engage autant le passé que le présent et le futur. Nous devons nous sentir responsables face à nos fils et filles et à toutes les générations futures. C`est là la mesure de notre engagement à la réconciliation, et ainsi nous reviendrons à l`UBUNTU, l`ITEKA et l`IBANGA ». En d’autres termes, honorer nos héros éclaire la nuit du génocide d’une lumière qui rappelle que, si nous sommes ici aujourd’hui, pour communier avec nos morts, c’est parce qu’il y a eu des hommes et des femmes qui ont dit « NON A l’INHUMANITE » pour que la vie puisse continuer. Nous pensons qu’une société qui ne peut honorer ses héros ne peut prétendre être réellement une véritable société humaine. Pour paraphraser Albert Camus, en lançant cette campagne, nous nous révoltons contre le silence qui est l’expression du fatalisme, voire de l’esclavage devant l’idéologie de la force qui nous opprime. Nous opposons l’ordre de notre droit au droit de l’ordre établi. Comme le révolté, nous travaillons à la construction de la renaissance de la société burundaise. Si non, «l’histoire cherchera avec peine notre passage dans le monde des humains» N.B. Les témoignages sont à envoyer jusqu’au 31 décembre 2011 à la Personne de contact : Victor Ntacorigira Tél 00 32 2 514 57 85 Email : ntacovic@hotmail.com;

23:58 Écrit par victor ntacorigira dans commémorations | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |