15/08/2011

La nuit de ton combat sera lumière de midi

Ntacorigira Victor

Par cette chanson  d'action de grâce au cours de la  messe du 13 août 2011,
Nous voudrions remercier les Burundais et les amis du Burundi qui ont participé à la célébration Eucharistique du 13 août 2011 pour la commémoration du  23ème anniversaire de Ntega et Maragara

A Bruxelles

Ta nuit sera lumière de midi  -  G 212

 

1 - Si tu dénoues les liens de servitude

Si tu libères ton frère enchaîné

La nuit de ton chemin sera lumière de midi

La nuit de ton chemin sera lumière de midi

Alors, de tes mains, pourra naître une source,

La source qui fait vivre la terre de demain

La source qui fait vivre la terre de Dieu.

 

2 - Si tu partages le pain que Dieu te donne,

Avec celui qui est ta propre chair,

La nuit de ton amour sera lumière de midi

La nuit de ton amour sera lumière de midi

Alors, de ton cœur, pourra sourdre une eau vive

L'eau vive qui abreuve la terre de demain

L'eau vive qui abreuve la terre de Dieu.

 

3 - Si tu détruis ce qui opprime l'homme

Si tu relèves ton frère humilié

La nuit de ton combat sera lumière de midi

La nuit de ton combat sera lumière de midi

Alors, de ton pas, pourra naître une danse

La danse qui invente la terre de demain

La danse qui invente la terre de Dieu.

 

4 – Si tu dénonces le mal qui brise l'homme

Si tu soutiens ton frère abandonné,

La nuit de ton appel sera lumière de midi

La nuit de ton appel sera lumière de midi.

Alors, de tes yeux pourra luire une étoile,

L'étoile qui annonce la terre de demain,

L'étoile qui annonce la terre de Dieu.

 

5 – Si tu abats les murs entre les hommes

Si tu pardonnes à ton frère ennemi

La nuit de ta passion sera lumière de midi

La nuit de ta passion sera lumière de midi

Alors de ton pain pourra vivre une Eglise,

L'Eglise qui rassemble la terre de demain

L'Eglise qui rassemble la terre de Dieu.

 

 

http://honorernosheros.skynetblogs.be

http://www.ntega-marangara.populus.ch

 

23:55 Écrit par victor ntacorigira dans Actualités, commémorations, Victor Ntacorigira | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/08/2011

Maintenant,la situation dépasse la limite du tolérable

Lettre ouverte au Président de la République du 22 août 1988

Excellence Monsieur le Président,

Nous venons porter à votre connaissance la prise de position des hutu sur les événements qui sont en train de se dérouler au Burundi depuis le début du mois d’août. Nous nous attacherons ici de relever les contradictions que masque l’information officielle, légitimant ce que nous croyons être un nouveau « Plan Simbananiye » (génocide 1972). Certains d’entre nous avaient bien voulu l’exprimer samedi au cours des réunions du Parti ; mais comme les interventions étaient manifestement programmées à l’avance dans l’intention de consacrer l’attitude extrémiste tutsi dirigée en faveur d’un plan d’extermination qui transparaissait si clairement dans les idées et surtout dans la note finale dans toutes les localités de la capitale, nous nous trouvons dans l’obligation de résumer notre réaction à travers cette lettre ouverte, et nous osons espérer que vous y réserverez une bonne suite. Nous savons d’avance que ceci peut susciter des conséquences, puisque votre entourage risque d’y voir une justification des répressions que nous sentons venir : la Radio vient de l’annoncer par des termes révélateurs comme « ceux entendus depuis dimanche, trahissant le principe même de la transparence que le régime évoque et que le gouvernement vient de réaffirmer alors que des hutu sont déjà massacrés sans procès.

Avant d’entrer dans le vif de la question, nous demandons déjà à la Communauté internationale, en particulier, les missions diplomatiques accréditées à Bujumbura, de suivre de près la situation. Nous tendons la main aux pays voisins, à l’O.U.A., aux organismes du système des Nations Unies, à la Communauté internationale ainsi qu’aux différents organismes humanitaires... de suivre l’évolution des événements et d’intervenir si besoin pour éviter un massacre qui n’est plus caché.

Excellence Monsieur le Président,

Point n’est besoin de détailler le caractère préoccupant de la situation socio-économique difficile qui produit ce triste résultat. Les inégalités et les injustices sociales sont d’une réalité qui semble être cautionnée par le pouvoir en place dans le pays, en dépit des contestations incessantes des esprits progressistes et des promesses du discours politique. Il apparaît bien que les positions acquises depuis plus de vingt ans par la classe dirigeante doivent être sauvegardées, et tous les moyens sont devenus bons à cette fin. Le pouvoir reste régional, clanique et surtout tribal. Or, malheureusement, le Burundi, petit et pauvre, rend difficile le partage du gâteau qui s’amenuise de jour en jour ; cela n’est même plus possible à l’intérieur du groupe des dirigeants au pouvoir fussent-ils d’une même ethnie ou d’une même région. Lorsque cette contradiction, aujourd’hui matérialisée par l’enlisement des dossiers des anciens dignitaires du régime Bagaza coupables de crimes de haute trahison ou de détournements, entraîne une guerre froide entre l’ethnie dirigeante, il se trouve toujours un moyen de chercher les raisons ailleurs et de désigner des cibles. Comme en 1972, après le procès surprise des hommes de Muramvya, la communauté hutu devient « l’ennemi de la Nation » ; il faut la décapiter pour rétablir le dialogue tutsi menacé d’éclatement.

Le discours officiel se trouve, cependant, vite contredit par les faits.

1. Dans les événements de Marangara et Ntega, on parle de réfugiés hutu qui auraient entraîné d’autres à l’intérieur du pays de prendre des machettes et des lances pour massacrer les tutsi. Mais cela fait maintenant plus d’une semaine qu’on connaît les coupables, mais on n’a pas encore dit qui ils sont, comment ils s’appellent, d’où ils sont venus, les noms de ceux qui les aident, etc ; alors qu’on annonce l’ouverture prochaine des procès dans la transparence, on apprend en même temps l’exécution sommaire des intellectuels hutu et on couvre la nouvelle de beaucoup de secret alors que le mensonge surgit à la face du monde. Qui sera par exemple capable de montrer devant les barres Côme Bibonimana, ancien député, et depuis longtemps poursuivi pour avoir dénoncé les statistiques tribales du ministère de l’Éducation et qui vient d’être exécuté avec beaucoup d’autres ?

2. On a vite conclu à une rébellion paysanne inspirée par des intellectuels hutu, or d’après des informations convergeants, les événements qui ont commencé à Marangara au milieu de la première semaine du mois ont une grande explication qu’on n’a jamais dite à travers l’information diffusée par le pouvoir. On signale en effet la présence des militaires du 4e bataillon de Ngozi en manoeuvres dans la localité sans avoir prévenu la population, erreur qui a été notée par les paysans lors d’une « campagne de pacification » et qui a été reconnue par un chef militaire qui a parlé d’un ordre recu « du haut ». Cela se passait plus de dix jours avant le début des massacres. L’histoire dira comment les événements ont dégénérer en conflits sanglants, se déplaçant de Marangara à Ntega pour finalement gagner les communes environnantes. L’information officielle le cache, mais il est sûr que l’avenir le démontrera.

3. Officiellement, on apprend depuis mercredi que le calme est revenu et que la situation est maitrisée, mais le gouvernement instaure en même temps un couvre-feu sur tout le territoire national en priant la population de ne croire qu’à l’information de la Radio nationale. Et quand la presse internationale le dément, on reconnait qu’il y a encore quelques affrontements ! Oui, l’armée a provoqué des tensions ; oui, la même armée a amené la répression dans les campagnes. Des camions ont évacué les familles tutsi de la région vers Ngozi pour les sécuriser, pendant que des blindés, appuyés par des hélicoptères s’attaquaient aux hutu. Les survivants sont parvenus à fuir vers le Rwanda, et il est curieux d’entendre que des hutus exterminent les Tutsis et se comptent en même temps en grand nombre parmi les réfugiés !

4. Comment expliquer que les militaires aient refusé d’intervenir au début desdits massacres alors que leur premier devoir est d’arrêter rapidement tout danger en empêchant toute progression ? Il a fallu attendre quelques jours après pour faire croire à la paix alors que les engins militaires se mettaient à l’action. Cette abstention nous semble être une légitimation de l’agression pour rééditer la répression de 1972. Un montage donc ? Encore une fois, l’histoire le dira. élèves et les étudiants tutsi ont participé à une campagne d’intimidation au niveau national. Les coupables sont connus. Les dossiers sont là. Mais, paradoxalement, ce sont les hutus, forcés de quitter les écoles, sous la menace des couteaux comme ce fut le cas à l’École Technique Secondaire d’Art de Kamenge et des fusils à l’Université. De la même façon, le hutu va faire le drame des massacres actuels. Pourtant, quelques éléments tutsi progressistes et modérés ont souligné dans les réunions du Parti que le problème fondamental du Burundi actuel était essentiellement d’ordre politique et fondé sur les inégalités sociales ; ils ont attiré l’attention du public que la classe dirigeant pourrait être plus responsable que d’autres dans cette affaire.

Excellence Monsieur le Président,

Nous aimons la paix. Contrairement à ce que l’aile extrêmiste tutsi pourrait vous faire croire, seul moyen de maintenir sa place dans l’arène du pouvoir, en perpétrant un génocide nul hutu sensé ne rêve d’exterminer les Tutsis. Bien au contraire ! D’autant qu’il existe d’ailleurs des Tutsis prêts à construire le pays avec les hutus, l’obstacle étant l’absence de dialogue. Maintenant, la situation dépasse la limite du tolérable.

C’est pourquoi, Excellence Monsieur le Président, si vous visez l’objectif d’une paix durable au Burundi, nous vous proposons les quelques solutions suivantes : 1. Suspendre les massacres et les arrestations arbitraires des hutu, 2. Désigner avant la fin de cette semaine une Commission nationale multi-ethnique et représentative chargée d’analyser sans complaisance les mesures structurelles qui s’imposent pour éviter le pire. Nous recommandons qu’on y adjoigne des observateurs extérieurs pour garantir la neutralité de la commission. 3. Voir dans quelle mesure les hutu peuvent être associés à la Défense et à la_ Direction politique de leur patrie. Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président, l’assurance de notre considération très distinguée.

LES SIGNATAIRES

Habonimana Aloys

Sunzu Salvator

Ntabona Venant

Bampigiza Lin

Ndayakire Térence

Ndabashika Benoît

Ngendakumana Patrice

Nziya Zacharie

Niyonzima Alexandre

Busabusa R

Masabo Joseph Martin

Nsanze Augustin

Nsabimana Audace

Ntarataze Daphrose

Vyungimana Fréderic

Ndikumana Léonce

Birabisha Didace

Nyandwi Emmanuel

Hakizimana Déo

Nibogora Oscar

Mbonabuca Térence

Nyabenda Louis

Bahati Constantin

Ndaruhitse Jérôme

Katiyunguruza Gervais

Nshimirimana Pasteur

Ntimbirantije Abel

07/08/2011

La première alerte qui brisa la loi du silence "Ntega et Marangara"

Félicitations pour cette initiative dans la lutte contre l’oubli.


Le lendemain du 15 août 1988, dans l’après-midi, alors que j’étais allé saluer

les ouvriers de la briqueterie de Kabgayi (Gitarama), je fus interpellé par un monsieur.

-Toi, tu as l’accent burundais. Serais-tu originaire du Burundi ? - C’est exact.

-Désolé de t’annoncer de mauvaises nouvelles : Buyoya est en train de  rééditer 1972. Au moment où je vous parle, les massacres sont en cours dans les communes du nord du Burundi.

Sa parole tomba comme un coup de tonnerre dans un ciel d’été. Je lui objectais  que j’étais suffisamment informé de ce qui se passe au pays et que je n’avais rien entendu

de pareil. – Depuis hier, précisa-t-il, nous accueillons à Butare des flux de réfugiés.

Mon informateur était un haut fonctionnaire du ministère des Affaires Sociales.

J’avais intérêt à le croire.

 

Je rentrai précipitamment dans mon bureau, appelai mon ami de Butare, le professeur

Emmanuel Gahungu. Il ne savait rien. Et pourtant mon informateur était formel.

Je décidai de partir le lendemain très tôt à Butare. L’abbé Juvénal Bamboneyeho se joignit à moi.

Arrivés à Butare, nous cherchons à rencontrer ces réfugiés. Mais de tous ceux que nous interrogeons

personne n’est au courant, ni les Frères de la Miséricorde, qui pourtant sont en contact permanent avec les Burundais, ni le professeur que j’avais appelé la veille.

 

Gahungu me proposa alors de faire un tour du côté de la frontière. On nous assura qu’il n’y avait rien à signaler du côté de Higiro, le poste frontière qui  contrôle la route Butare-Ngozi. Rien non plus du côté de la route asphaltée qui va sur Kayanza. Ce n’est pas un bon chemin pour des fugitifs.

Notre choix se porta sur Kirarambogo, un coin perdu aux confins du Rwanda et du Burundi. Le petit centre avait comme unique fierté un dispensaire tenu par des volontaires  Italiens. Nous allons directement au dispensaire. Nous avions vu juste : une dizaine de blessés par arme blanche étaient déjà pris en charge par le centre. D’autres réfugiés étaient là attendant les secours de la commune.

Nous nous improvisons journalistes. Nous avions du mal à suivre les récits terrorisés  des fugitifs. Chacun voulait raconter son histoire, sa chance d’avoir franchi le marais  de l’Akanyaru, son inquiétude pour les siens qui n’avaient pas eu la même chance que lui.

On nous conduisit quelques mètres plus loin du dispensaire. Nous nous retrouvons au sommet d’une colline qui domine toute la vallée de l’Akanyaru. En contre-bas, on contemple

les collines du Burundi, voilées d’une fine brume, comme d’un linceul. Tout semble  calme sauf que, par-ci, par-là, on voit s’élever silencieusement une fumée blanche…

des maisons en feu ! Un silence chargé d’horreur. L’angoisse nous saisit à la gorge…

 

Nous courons vers le marché qui se tenait ce jour-là à Kirarambogo. Certains paysans Étaient venus de l’autre côté de la frontière pour vendre et acheter comme d’habitude

et ne comprenaient pas la rumeur des massacres qui grandissait heure par heure.

Ils se demandaient s’il fallait rentrer voir la famille ou s’il fallait chercher un asile.

Nous venions d’apprendre, quant à nous, qu’un conseiller communal était à peine arrivé  avec un groupe de rescapés.

C’est grâce à cet homme que nous allons essayer de reconstituer le film des événements,

en recoupant les divers récits. Le conseiller insista : « S’il vous plaît, faites connaître  au monde ce qui se passe à Ntega et à Marangara. Qu’on vienne à notre secours,

autrement les militaires vont massacrer tous les hutus de la région. Nous avons laissé derrière nous, cachés dans le marais, des personnes faibles, des vieillards, de femmes

des enfants, et plusieurs bléssés. L’armée de Buyoya n’épargne personne.

Elle tire sur tout ce qui bouge. Des hélicoptères mitraillent les personnes qui se regroupent,

des centres de négoce sont brûlés au napalm, et des commandos armés jusqu’aux dents ratissent la campagne.

S’il vous plaît, faites vite. Chaque minute compte ».

 

Le soir même, nous sommes rentrés à Butare, avons rédigé un texte que nous avons faxé à nos correspondants de Bruxelles. Ce fut la première alerte qui brisa la loi du silence.

 

Dan.