04/09/2011

Appel à la conscience mondiale-des jeunes de 10 à14 massacrés

TEMOIGNAGE D'UN ELEVE DU COLLEGE DON BOSCO (NGOZI)

 

Voici quelques détails des événements au collège Don Bosco durant les derniers mois de l'année scolaire 1971-1972.

Samedi, 29 avril, rien de particulier. Même la nouvelle d'après laquelle Micombero a dissous le gouvernement n'a pas encore pénétré l'intérieur de nos toits. Mais la paix n'allait point durer.

Dimanche matin, une voiture vint s'arrêter à l'entrée de notre salle d'études. Un homme en sort, en tenue militaire ; le commandant des forces armées de Ngozi, Mr Bizoza Joseph. Il s'avança vers notre groupe avec un air empressé. Sans doute a-t-il quelque chose de très urgent à nous dire : "Citoyens, notre pays est en danger, une bande de mercenaires veut s'emparer de notre cher patrimoine. Déjà à Bururi, des gens ont péri ; pour éviter que le désordre ne gagne votre secteur, vous devez rester enfermés au collège ; plus de consersations avec les ouvriers et n'écoutez plus la radio. Si l'un d'entre vous viole un de ces ordres il sera poursuivi par la justice. A vous de veiller de lutter". Puis il disparaÎt nous laissant dans le doute. Pourquoi de telles mesures ? Pourquoi un ton pareil ? Pourquoi de telles menaces ?


Toutes la semaine s'écoule dans le calme et dans la peur, car nous ignorons tout ce qui se passe au-delà de notre clôture. Mais la paix du collège était au bord de la tombe. Après six jours, un professeur hutu, maÎtre en chimie est arrêté. De quoi était-il coupable ? Je n'en savais rien alors. Ce ne fut pas lui seul, car un jour plus tard, trois autres le suivirent. Mais les Tutsi sont d'une ruse sans pareille ; pour ne pas faire soupçonner leur programme d'élimination, ils arrêtèrent tous lesprofesseurs hutu et tutsi. Pourtant la situation ne tarda pas à être éclaircie, car deux jours après, tous les tutsi étaient de retour alors que les hutu avaient succombé sous le poids du marteau.


Nous avons observé à la lettre les ordre de Bizoza, mais cela n'empêcha pas que mercredi 16 mai (ou le 17), les militaires pénétrèrent à l'intérieur de notre institut. Trois étudiants furent emportés par les ravisseurs ce jour-là. Le lendemain nous réservait une surprise.

Il était neuf heures du matin lorsque les mêmes militaires cernèrent le collège : trente-cinq élèves furent appelés et arrêtés, vingt-et-un hutu et quatorze tutsi. A sept heures du soir, la "belle" ethnie revint toute joyeuse. Il était inutile de leur demander où étaient leurs vingt-cinq autres condisciples. D'ailleurs, nous connaissions leur jugement sur les vingt-quatre hutu du cycle supérieur qui avaient déjà disparu.

Jusqu'à ce moment, nous sommes restés calmes et aimables envers les morts et les assassins. Les militaires, voyant qu'ils avaient tout leur temps et que nous étions étroitement surveillés, ne vinrent plus nous déranger dans les jours qui suivirent. Seul, le commandant Bizoza Joseph passait chaque jour au collège pour voir si tous les septante-quatre étaient là et qu'il n'y avait pas quelque problème à régler.


Les tutsi faisaient leur possible pour nous déranger, mais cela ne nous faisait rien. Personne ne répliquait malgré notre nombre important. Heureusement d'ailleurs, car si nous avions bougé, tout le collège aurait été écrasé.

La vie continua dans la même atmosphère jusqu'au 23 juin, veille de nos vacances. Mr Bizoza qui n'avait cessé de perturber notre tranquillité revint nous donner ses derniers ordres : "Demain, vous irez en vacances. Vous rencontrerez des gens qui vous diront toutes sortes de choses, et gare à vous si vous les croyez ! Vous ne pourrez partir qu'avec un laissez-passer que je vous donnerai tout à l'heure. Ce papier, vous irezle présenter à votre administrateur quand vous serez rentrés. J'insiste encore une fois pour que tout le monde aille chez lui et veille à ce que je viens de dire. Merci".

Après ce discours sec, des laissez-passer nous ont été distribués et nous sommes allés faire nos valises."Ce fut mon dernier jour au collège.


N.R. Collège de Ngozi


 

TEMOIGNAGE D'UN ETUDIANT A L'UNIVERSITE OFFICIELLE DE BUJUMBURE

 

Tout commença dans la nuit du samedi 29 avril 1972, alors qu'à midi, le président Micombero venait de révoquer son équipe ministérielle. Ce soirlà, j'avais eu l'occasion de passer la nuit dans ma famille, à la maison, en compagnie de mes frères et soeurs, comme c'était le cas chaque week-end.


Des racontars qui ne terrifient pas

Le lendemain matin, à mon réveil, des bruits couraient comme quoi il y avait eu une attaque en ville, que des hommes avaient été tués, des véhicules brûlés. Ces racontars ne me terrifièrent pas. J'y voyais un rejaillissement de ce régionalisme séculaire des Tutsi qui était le problème à la page. Je n'imaginais surtout pas un affrontement entre Hutu et Tutsi, car je savais que tous les Hutu intellectuels, fils issus des masses populaires, avaient été décimés au cours des dix années d'indépendance. J'étais sûr que le pays appartenait désormais aux Tutsi pour un certain nombre d'années et que le peuple n'arriverait plus à prendre les rênes du pays.

Le pays appartenait aux Tutsi, minorité seigneuriale et oisive passant une grande partie de son temps à parler de sa beauté et tenant en tutelle, en esclavage une majorité paysanne, travailleuse séculaire produisant pour la petite minorité. Et cette majorité c'est le peuple Hutu, d'origine bantoue.

Donc, ce lundi matin, je me rendis à l'université. Là comme toujours quand il y a un incident politique, on ne voyait que des groupes hermétiquement fermés ici des Tutsi du Bururi, là des Hutu, plus loin des Tutsi de Muramvya tout cela rendait la situation plus confuse. Petit à petit je commençais à y voir un mauvais présage : "Si c'est nous, me disais-je, nous seront particulièrement raccourcis".


Premières arrestations (ler mai)

Très vite, le voile fut levé, la situation devint claire. Ce soir-là, une petite camionnette arriva au campus universitaire avec deux agents de la Sûreté. L'un d'eux sortit un petit billet sur lequel étaient inscrits des noms. Et quand il commença à faire l'appel, il n'y eut plus de doute, nous étions visés. Des étudiants hutu, les plus remarquables, étaient convoqués afin de subir un interrogatoire comme dans toute société respectant la dignité humaine. Nous ignorions que c'était là l'extinction brusque de leur vie encore fleurie de jeunesse et de volonté. Ce qui fut surtout remarquable c'était que ce coup frappa d'abord les garçons intelligents des faculés de médecine et de sciences. Car il faut l'avouer, sans aucune prétention, ces deux facultés constituaient le fief des étudiants hutu tandis que les étudiants tutsi s'inscrivaient à la Faculé de Lettres et de Droit. La raison est simple : les Hutu savaient qu'il leur fallait posséder une carrière technique sérieuse, exigeant une formation incontestable et exigeante pour trouver un emploi.

 


   Donc, on emmena les vingt premiers étudiants hutu, tout le monde s'attendait un peu naïvement à leur retour, après un interrogatoire ; pour moi, le sort des Hutu était déjà décidé. Conscient du caractère sanguinaire des Tutsi et sur-tout de leur cynisme et de leur haine envers les masses paysannes hutu et envers la jeunesse intellectuelle montante, j'entrevis le prétexte dont ils allaient se servir pour laisser exploser leur haine, déjà difficilement contenue et pour massacrer impitoyablement le peuple. D'autres étudiants avaient aussi compris, mais sachant leur tristesse dans l'incapacité de se révolter et dans la réserve bien connue du peuple hutu, ils ne pouvaient que se taire et subir innocemment ces atrocités.


Mardi passa, mercredi, jeudi, les étudiants crurent que leurs compagnons arrêtés méritaient peut-être leur sort et qu'il n'y en aurait plus d'autres. Le coeur revint en place, le pessimisme céda à l'optimisme. Mais vendredi recélait dans son sein notre destinée. Ce vendredi qui restera éternellement gravé dans ma mémoire, vendredi qui montra la cruauté, combien dégradante du Tutsi, de son sous-développement mental, ce vendredi qui m'apprit que l'homme qui ne voit plus dans l'homme un semblable, est plus animal qu'un animal.


Hécatombe des universitaires hutu (5 mai)

Il était neuf heures, nous étions en classe. Brusquement un bruit se fit entendre à l'extérieur. Cric ! Crac ! Un bruit sec, saccadé. Et tout à coup, en un instant, la porte de l'auditorium s'ouvre. Trois hommes armés, en tenue de campagne, revolver au poing, prêts à tirer, font irruption dans la salle. Un soupir bref de désespoir s'échappe de la poitrine des étudiants "Silence", ordonna le premier des trois militaires. Il sortit alors d'un énorme livre, un papier qu'il présenta au Doyen de la faculté. Je pus voir sur la feuille deux photos - format de passeport - l'une du Président Micombero, l'autre du Procureur de la République : c'était le mandat d'arrêt.

Après avoir vu la signature même du Président, le professeur était désormais dans l'impuissance de dire quoi que ce soit. Le militaire était un commandant, homme noir, avec un nez en falaise, de petits yeux enfoncés profondément dans le crâne, un vrai représentant de la mort. Il se tourna vers les étudiants et vociféra "Certains parmi vous doivent être arrêtés. Tout le monde dehors Je vis tout d'un coup, parmi les étudiants, des visages pâles et décolorés, des visages sans plus aucun espoir dans la vie, et d'autres, au contraire, souriants et cyniques, des visages de trahison.

Quant à moi, je tremblais , une sueur formée de gouttes aussi grosses que des gouttes d'eau me dégoulina tout le long du visage. La mort était devant moi. C'était fini ! Les forces tribalistes avaient explosé, il était impossible de les retenir. Ou fuir, ou ne pas fuir ? Des instruments de mort étaient braqués dans tous les sens, tout le campus était encerclé ; des soldats avec armes lourdes : jeep, blindés, mitraillettes, mitrailleuses et 1es autres machines encore que le monde moderne a pu inventer. Un observateur étranger aurait cru deux fronts sérieux en guerre. C'était horrible à voir tout cet attirail d'armes légères et lourdes, de baïonnettes et de petits couteaux arrondis, que le gouvernement tutsi avait osé mobiliser pour réduire en pièces quelques étudiants innocents, complètement ignorants de ce qu'on leur reprochait.


 

Tout le monde, sauf les Blancs, fut groupé à l'extérieur de la salle Hutu, Tutsi, Zaïrois, travailleurs et professeurs barundis. L'instant de la fin était arrivé. Le commandant ouvrit à nouveau son grand livre et commença l'appel. Batungwanayo Romain,Nzoramba Dismas, Ryoni François... tous les hutu jusqu'à la fin. Seul un silence de mort répondit. Alors le commandant se fâcha et commença à charger sa mitraillette : "Celui qui ne répond pas, cria-t-il, sera fusillé sur place". Il recommença l'appel et le premier terrifié par ces paroles obéit et répondit.

Cher lecteur, je ne trouve pas les mots pour vous exprimer les tortures, combien inhumaines, que cette première victime dut subir. Le visage contre le sol, un soldat le piétina, lui frappa la tête avec sa balonnette, il lui transperça le côté avec un long couteau. Après l'avoir déshabilé, il lui trancha froidement et cyniquement les organes extérieurs de l'appareil reproducteur. Devant cet horrible spectacle, je fus glacé, je m'abandonnai à Dieu, car pour la première fois de ma vie, je me reconnaissais tout à fait impuissant. Je préfère qu'on me tue avec un revolver plutôt que de subir ce martyre. Je regardais, contemplais ce sang innocent qui coulait clair et limpide comme de l'eau jaillissant d'une source et je restai convaincu qu'il ne serait jamais pardonné à ces animaux à face d'homme.

"Nzoramba Dismas", le commandant continua la liste, et chaque étudiant cité, devait subir le même carnage. Chaque nom qui retentissait, symbolisait la disparition d'une élite qui se désagrégeait lentement.

A chaque nom appelé, mon coeur battait comme un tambour, mon âme s'évadait pour un instant. Au rythme martelé de chaque nom proclamé tout le monde fermait les yeux comme pour ne pas entendre le sien. C'était inutile, l'effectif diminuait, les hutu disparaissaient, la jeunesse intellectuelle issue de la masse de la nation subissait ces inqualifiables atrocités.

A la fin le commandant s'arrêta, les yeux rougis par ses crimes, insensible aux sentiments humains. Il vociféra : "C'est fini pour le moment, nous reviendrons demain". A ces mots, je respirai profondément : "Je ne suis pas du nombre!" me dis-je intérieurement. Ceux qu'on avait pris, furent embarqués dans un grand camion, les uns déjà morts,d'autres à moitié et un bon nombre encore vivants. Une trentaine de soldats montèrent dans le même camion et continuèrent leur inqualifiable boucherie.


Trente jours caché sans voir le soleil

Immédiatement, alors que les autres commençaient à échanger leurs émotions, je pris mes jambes à mon cou. Aveuglé par les visions de ce jour-là et surtout craignant d'être dénoncé par quelque camarade d'étude, je courus jusqu'à la maison. Arrivé à mon domicile, je n'expliquai rien à ma famille. Maman me demanda la cause de ma stupeur. Ma réponse fut : "Tu ne sais pas ce que je viens de voir". En un clin d'oeil, je fis mes malles, je mis des habits usés, habits que j'avais abandonnés il y a cinq ans. Frappée d'étonnement, toute la famille me regardait pleine de stupeur. Tout ce que je prononçais était : "Je m'en vais à l'intérieur, à Rushubi chez ma grandmère". Et je pris le chemin de la montagne.

Rushubi représentait pour moi un lieu de refuge, un lieu de bonheur et de salut. Situé à vingt-cinq kilomètres de Bujumbura, Rushubi hébergeait ma grand-mère et avait vu naÎtre maman. J'y espérais des lendemains

 


 meilleurs. J'avais la ferme conviction que les masses paysannes, masses sans culture seraient au moins à l'abri de ce massacre et de ce poison tribal. Mais ... je me trompais lourdement car chaque jour, la radio, la Voix de la Révolution, ne cessait d'attiser la flamme : "Militants du Parti", s 'exclamait-elle, "démasquez
l'ennemi où qu'il soit et quel qu'il soit". Cela voulait tout simplement dire "Traquez tout Hutu intellectuel". Ainsi les masses s'adonnèrent-elles aussi à leurs instincts sanguinaires, ignorant profondément le fin fond des choses. Je fus ainsi victime de cette délation, mais fort heureusement je fus relâché grâce à je ne sais
quel "Deus es machina".

Arrivé finalement à Rushubi, je dus me cacher pendant trente jours, sans voir aucun rayon de soleil. Comme tous les intellectuels du pays, la petite élite hutu de Rushubi fut également traquée à mort : commissaire d'arrondissement, directeurs d'écoles, moniteurs et monitrices, infirmières, tous furent tués par les troupes gouvernementales tutsi. Furent également exécutés : balayeurs des églises, chefs des marchés, commerçants et jusqu'aux cultivateurs qui avaient pu augmenter le rendement de leurs terres en appliquant les méthodes de rationalisation de l'agriculture. Finalement, les* soldats avançaient dans les églises, le dimanche, et emmenaient quiconque portait une chemise et un pnatalon un peu voyants.


Dans toute la région, il ne resta qu'un garçon nommé Honoré et moi-même. Honoré était un garçon arrivé en classe terminale des humanités au Collège du St. Esprit, dirigé par les Jésuites. Il avait pu échapper à la mort après avoir reçu des blessures graves lors d'une bataille qui avait opposé Hutu et Tutsi au Collège du St. Esprit. Mais à peine venait-il d'entrer en convalescence qu'il allait partager le sort commun. Les troupes gouvernementales le trouvèrent caché sous son lit et c'est ici que s'exprime une fois de plus la cruauté la plus horrible du Tutsi.


"Petit animal, pourquoi as-tu quitté l'école ?" interrogea un des flics. Sur ce, avec ses énormes bottes, il s'amusa à danser sur le ventre du garçon. Ensuite avec son couteau, il lui transperça le cou jusqu'à ce que la pointe ressorte dans la nuque. Satisfait, il contempla alors le sang qui s'écoulait sur le ventre du pauvre Honoré. Son camarade lui prêta ensuite main forte et avec un énorme marteau, à deux, il écrasèrent le crâne de l'adolescent. Honoré rendit l'âme à son Créateur. Son père et son oncle furent soumis aux mêmes atrocités. Toute la famille disparut ainsi. Qui pardonnera à ces hommes ?


Quand les personnes qui assistèrent à la tuerie me dirent ce qui s'était passé, je fus secoué par la peur et allai passer la nuit dans une bananeraie. Le matin venu, je décidai de redescendre à Bujumbura, à Kamenge, espérant que le déchaînement de violences serait ralenti là-bas. Je me déguisai en paysan avec des vêtements en haillons, en prenant soin de porter sur la tête un régime de bananes, car au Burundi, il faut être paysan pour survivre.


Encore trente jours à rester enfermé

En chemin, Dieu me garda jusqu'à la maison. Personne ne me reconnut, tellement j'étais changé. Et je m'engouffrai rapidement dans l'habitation familiale? Je m'y cachai pendant exactement trente jours, ne sortant que la nuit pour les nécessités habituelles.

 


 

Mais il fallait à tout prix quitter ce pays, ce pays où les droits les plus élémentaires de l'homme sont bafoués : le droit à la vie y est inexistant. Par une fente de la maison, je regardais comment des personnes étaient éventrées, comment des têtes sautaient pardessus les troncs ; et en même temps les chiens et les poules se promenaient tranquillement sans inquiétude aucune. "si je pouvais devenir momentanément chien", me disaisje, tellement je préférais à ce moment les animaux aux humains. L'humain n'avait plus de raison d'être.

 

L'absurde des philosophes existentialistes se réalisait. Dès ce moment, je commençais à former des plans pour une évasion, il fallait à tout prix quitter ces lieux.


Lueur d'espoir

Un jour je me décidai. D'intelligence avec mon grand frère, je me dirigeai vers la frontière du Zaïre. Maintenant la question la plus importante se posait : comment passer les postes de police ? Là, des milliers de vies humaines s'étaient éteintes en tentant une évasion. Heureusement, nous parvinmes à nous arranger avec de jeunes pêcheurs. Après avoir accepté une petite somme, ils nous conduisirent à sept heures précises vers le Tanganyika. La barque y était déjà prête.

Une lueur d'espoir m'envahit : l'enfer allait disparaître par morceaux pour faire place à une vie nouvelle toute pleine d'espoirs nouveaux.

De temps en temps les vedettes militaires qui sillonnaient le lac braquaient leurs phares de mort vers notre pirogue, mais le bon Dieu avait décidé de nous sauver. Notre pilote maîtrisait sa barque avec une adresse des plus rares. Lorsque les phares nous illuminaient, il stoppait la pirogue, immobile comme un arbre mort, tandis que nous nous écrasions contre le fond de la barque pour nous cacher. La lumière passait.

Finalement, nous arrivâmes à Uvira, sur la côte du Zaïre. Nous avions la vie sauve. Désormais, j'étais loin des cruels humains, face à une nouvelle existence.


P.B. Etudiant à l'UNAZA.

 


TEMOIGNAGE D'UN ELEVE DE PREMIERE (ATHENEE DE GITEGA)

La vie est dure partout de la haine, de la jalousie,partout les hommes s'entredéchirent! Que ne ferait-on pas pour que tous les hommes sachent qu'ils ont un seul Créateur ?

Qui a donné un pourboire pour naître hutu ou tutsi ? Je n'y suis pour rien! Alors pourquoi fait-on cette différence entre Hutu et Tutsi ?


Les pénibles découvertes d'un enfant

Dès mon enfance, j'avais remarqué que lorsqu'on présentait à boire à un tutsi (on utilise chez nous des chalumeaux pour la boisson), le premier geste de celui-ci était de couper ou de renverser le chalumeau. Quand je rendais visite à de jeunes Tutsi de mon âge, je n'avais pas envie de manger avec eux, tellement leurs maisons sont sales et remplies d'odeurs insupportables. Pour ne pas devoir construire des étables, ils abritent leurs animaux domestiques, surtout leurs vaches, dans leur maison. Ils méprisent les Hutu qui entretiennent leur maison, qui cultivent et font du commerce et qui, en travaillant, deviennent plus riches. Ils redoutent le Hutu qui progresse et tachent alors de le contrarier.

Dès 1962, le Tutsi a commencé la persécution du Hutu. J'étais jeune, mais j'avais des yeux et des oreilles. A l'école où un Tutsi enseigne, la majorité des Tutsi réussissent, tandis qu'une minorité de Hutu seulement percera. Ainsi il arrive que des Tutsi qui monte de classe sont intellectuellement inférieurs aux Hutu qui ont échoué.


A la campagne, l'administration, les comités du parti unique (Uprona) et les comités de la jeunesse (JRR) sont dirigés par des Tutsi. C'est encore plus fort à l'armée : aucun Hutu ne peut y être recruté. Uniquement ceux qui ressemblent physiquement aux tutsi parviennent parfois à se faire enrôler. Si donc les Hutu ne peuvent entrer dans l'administration, ni à l'armée, ils doivent se contenter d'emplois subalternes. De sorte qu'une minorité tusi règne sur la majorité hutu.


Jusqu'à la fin de ma troisième année post-primaire, j'ai pu monter de classe, grâce à mon physique. A ce moment, mes condisciples voyant que je ne participais pas à leurs activités criminelles contre les Hutu s'informèrent de mon origine. Il la découvrirent en 1969. Ils tentent alors de me faire emprisonner ; leurs accusations étant totalement fausses, ils échouent. Je remercie Dieu de m'avoir sauvé.


Les séparations entre étudiants deviennent complètes ; un Tutsi ne se promène pas avec un Hutu. Une jeune fille tutsi ne parle pas à un jeune homme hutu. N'y a-t-il pas un proverbe qui dit "Impene ntiziba mu ntama" (les chèvres ne fréquentent pas les brebis) ?


Etudes secondaires à Matana et à Gitega

J'ai suivi mes études secondaires jusqu'en seconde scientifique à Matana dans le Bururi. Cette région est fort anti-hutu ; on y rencontre les Tutsi les plus durs : Abahinda, Shibura, Sota, Abahima et le clan de

 


 Simbananiye Artémon. Il est presque impossible pour un étudiant hutu d'achever ses études à l'école secondaire de Matana, dirigée par un Rwandais tutsi Aimable NT. Dans toute la région, il n'y a pas un fonctionnaire hutu.

Grâce à mon physique, j'ai pu achever ma seconde scientifique en 1970-71 à Matana et comme il n'y avait pas de première, je suis passé à l'Athénée de Gitega. Dans les deux premières à Gitega (économique et scientifique), nous étions quarante-trois étudiants dont neuf Hutu (les autres avaient été systématiquement éliminés). Au début les étudiants de Gitega n'étaient pas tribalistes ni extrémistes, mais ils le deviendront sous l'influence des Tutsi venus avec nous de Matana : Joseph No, Séverin Si. et Juma de Bururi. C'est à cause de ces trois étudiants et de leur professeur, actuellement directeur de l'Athénée, que le sang des élèves hutu a été versé dès le 4 mai 1969.


Comment mourut l'ex-roi Charles Ndizeye

Le 30 avril à 8 heures du matin,- nous apprenons que Charles Ndizeye a été tué vers minuit. C'est une surprise pour nous tous, tant Tutsi que Hutu. Nous savions qu'il était enfermé depuis son retour au Burundi, au palais de l'ex-Mwami à Magarama et gardé par seize militaires, jour et nuit. Nous allons donc nous informer auprès des sentinelles ; elles nous affirment qu'il est toujours vivant. Durant la matinée nous apprenons par la radio de Bujumbura qu'il y a eu des troubles dans tout le pays et qu'à Gitega une bataille sanglante a fait plus de cinquante mille morts, dont Charles Ndizeye.

Peut-on mentir plus effrontément ? L'athénée de Gitega est à cinq cents mètres du camp militaire et à un kilomètre de l'ex-palais royal où Ndizeye était prisonnier. Pendant la nuit du 29 avril, je préparais une interrogation de dessin et me couchai à minuit. Je n'ai rien vu ni rien entendu de cette "sanglante bataille".

Dans l'après-midi un soldat tutsi de garde au palais nous dit qu'ils ont reçu l'ordre de l'état-major de Bujumbura de tuer froidement Charles Ndizeye, car "des mercenaires étrangers allaient attaquer le pays pour le libérer". C'est ainsi que le jeune ex-roi, revenu avec une garantie du chef de l'Etat, fut tué et enterré d'une façon ignominieuse près de la prison de Gitega sur la colline Nyabiharaga le ler mai 1971.

Entretemps, le gouverneur civil, Septime Bizimana, proclame le couvre-feu et fait barrer toutes les routes. Des fonctionnaires d'autres provinces, venus pour fêter le ler mai, sont arrêtés et jetés en prison. Les patrouilles militaires se multiplient, les écoles sont surveillées. Dès 16 heures, tout étudiant doit se mettre au lit, sauf les Tutsi qui tiennent des réunions hors de l'école pendant la nuit et rentrent sans aucun ennui. Par contre, tout Hutu pris à l'extérieur après 17 heures est immédiatement conduit en prison. Personne n'est tué en rue, et dans les villages pas un seul coup de feu n'éclate. L'ethnie Hutu sera décapitée dans un silence lourd et tragique.


Premières arrestations et brimades (4 mai)

Le 4 mai, vers 10 heures, une jeep militaire stoppe devant l'athénée. La peur et l'effroi m'envahissent. Un adjudant présente une liste à notre directeur, Mr Van H. Tous les professeurs hutu et cinq étudiants sont

 


 

arrêtés et conduits en prison. L'idée de nous évader germe dans notre esprit, mais par où passer ? Les militaires et les JRR sont partout. Les barrières coupent toutes les routes. Pas d'autre solution que d'attendre à l'école la mort certaine pour tout Hutu. Les étudiants tutsi s'ingénient à machiner des plans d'arrestation. Notre athénée devient le centre d'un véritable conseil de guerre : les élèves tutsi de l'I.T.A.B. du collège, de l'école normale, du Medico, viennent chercher des instructions pour savoir comment exterminer leurs condisciples.

Le dimanche 7 mai, à 3 heures du matin, les soldats arrêtent tous les petits fonctionnaires (surveillants, domestiques, plantons) de Gitega et des environs : les mains derrière le dos, ils sont conduits à la rivière Ruvyironza et fusillés.

Lundi, les étudiants - tutsi sur le conseil du  ex-proviseur Astère Ka. cachent leurs cahiers et nous accusent de les avoir volés. Ils commencent à nous injurier, torturent les plus jeunes Hutu de 6ème et 5ème moderne ; ils crèvent les yeux d'un domestique hutu ; tout cela pour nous provoquer. Leur but est clair : ils veule nt nous faire réagir et alors appeler les soldats sous prétexte qu'ils sont menacés et nous faire emmener. Nous sentons le piège et tâchons de rester calmes.


A 14 heures, ils refusent d'aller au cours. Le directeur, Mr Van H. vient, accompagner du proviseur, pour connaÎtre la cause de cette insubordination. Il les invite à se rendre en classe ; ils ne bougent pas. Le proviseur lui dit qu'il est inutile d'insister, car les cahiers ne se retrouveront jamais. "Il sait ce qu'il va faire... Il va essayer d'autres moyens", dit-il. Il se rend au Parquet. Nous restons à l'école, étroitement gardés, aux mains des Tutsi pendant toute la nuit.


Dix-huit étudiants conduits en prison (9 mai)

Le mardi 9, à l'heure du petit déjeuner, arrive un véhicule rempli de militaires. Ils entourent le réfectoire. Ils présentent une liste au surveillant, un Tutsi rwandais : son nom figure en tête de liste. Je me présente, les autres suivent. Nous sommes dix-huit étudiants conduits en prison. Ils nous enlèvent tout ce que nous avons : montre, argent, ceinture, souliers, quelques habits. Avant d'entrer au cachot, chacun de nous passe au bureau pour déclarer son identité, cela se résume à être hutu ou tutsi.

Au cachot, nous retrouvons nos cinq camarades encore en vie. Il nous racontent comment les soldats torturent et tuent les prisonniers ; nous sommes effrayés et impuissants à fuir. C'est au moyen de marteaux, de machettes, de lances et de baïonnettes qu'ils massacrent. Chaque jour arrivent des camions remplis de hutus venant de tous les coins de la province de Gitega, parfois six camions en un jour. Quand vient l'appel pour la tuerie, il semble que les étudiants soient réservés pour la fin.

Après une semaine, le capitaine arrête le massacre par les armes et propose l'asphyxie : les Hutu sont amenés en grand nombre, attachés à une même corde et sont entassés dans un même réduit de deux mètres de long sur un mètre de large. Ils étouffent lentement et crient pour avoir de l'eau; on leur répond par des injures et des coups de bâtons. C'est pendant deux semaines que nous assistons à ces massacres, sans manger, ni boire.


Tentative de révolte du 22 mai

Le 22 mai, notre heure arrive. Le capitaine, responsable des massacres entre, il nous dit que nous allons chercher de l'eau. Nous nous présentons, nous sommes septante-six étudiants, treize étudiants du Médico, sept infirmières et monitrices dont une vieille de septante ans. Mais nous sommes ligotés et entassés dans deux cachots. Nous prions le capitaine de nous tuer au fusil, il refuse et ferme la porte du cachot. Nous sommes écrasés, respirant avec peine, sans force.

Au bout d'un quart d'heure, une trentaine s'écroule, épuisée par manque d'air. Que faire ? Ensemble, nous rassemblons nos dernières forces et, Dieu nous aide, nous parvenons à briser la porte. Les militaires sont surpris et se retirent car nous lançons des pierres.

La porte extérieure de la prison est fermée, impossible de fuir par là et les militaires ouvrent le feu sur nous. Nous essayons de grimper sur les murs, mais les militaires tirent partout sur les étudiants révoltés. il faudra donc finir par mourir. Trois d'entre nous sont déjà tués dans la bagarre et d'autres blessés. Dans l'obscurité je me dirige vers un petit réduit sombre et infect, presque* pas moyen de respirer à cause de l'odeur d'urine mélangée de sang humain. Nous sommes trois ; les autres se sont rués ensemble sur la porte extérieure et sont parvenus à l'enfoncer. Les soldats en ont tué quelques-uns, les autres ont réussi à s'évader.

Toute la nuit on entend des coups de fusil. Nous perdons courage et nous décidons de nous présenter aux soldats. A ce moment j'aperçois dans le plafond un trou sombre, à trois nous y grimpons et nous cachons entre le plafond et les tôles. Des soldats recherchent tous les prisonniers dans le camp, ils tuent ceux qu'ils trouvent, mais ne nous aperçoivent pas. Dieu nous est venu en aide ! Ils ont épargné les filles et les enferment dans une chambre en-dessous de nous. Parmi les filles il y a une soeur, enseignante au Centre Médico-Social. Ses compagnes la trahissent en l'appelant "soeur". Les militaires s'en emparent et la torturent horriblement et la forcent aux relations sexuelles ; toutes ses compagnes subissent les mêmes tortures ; quand les soldats sont partis, nous avons pu parler à ces malheureuse épuisées et sans force. Le mercredi 25 mai, elles seront conduites au carnage.


Nous nous échappons, mais nous sommes repris

Le même jour à l'aube, nous parvenons à escalader enfin le mur de la prison, nous sautons vers l'extérieur et nous courons directement vers la vallée pour prendre de l'eau et du manioc. Nous buvons enfin et nous mangeons, puis nous nous cachons dans la forêt toute la journée. Pendant la nuit, nous allons frapper à la porte d'un paysan de notre connaissance. Il a peur, mais finalement nous reconnait, mais il refuse de nous cacher. Au matin, nous allons chez une Suédoise, qui fut notre professeur de religion. Elle nous donne argent, vêtements, nourriture et prie avec nous afin que Dieu nous protège.

Maintenant la fuite vers le sud, vers la Tanzanie, commence. Je me vois obligé de passer par la maison, car de là les chemins vers la Tanzanie me sont connus. Je pars avec un ami, l'autre va à Gitega pour y être caché par ses frères, je n'ai plus eu de nouvelle de lui.

A deux nous reprenons le voyage, habillés comme des paysans. Arrivés à la limite de la province de Gitega pour entrer dans le Burundi, les JRR de


Gishubi nous arrêtent et nous voilà de nouveau en prison. Les prisonniers nous racontent la douloureuse histoire de nos camarades évadés de prison. Ils ont été arrêtés dans cette même forêt de Gishubi et mis à mort après différentes tortures. On leur a enlevé les vêtements, ils'ont été mutilés et enfin tués, puis jetés à la rivière.


Enfin je puis m'échapper et fuir la mort

Grâce à mon physique, ils me prennent pour un des leurs. Ils me posent des questions et je réponds comme un Tutsi. Après une semaine de prison, les autres, y compris mon ami, sont conduits à la tuerie alors qu'un laissez-passer m'est accordé pour regagner mon domicile.

J'arrive à la maison dans les heures de la nuit, de crainte que ceux qui pourraient me reconnaître n'aillent le dire aux autorités. Comme je suis dans un milieu où tout le monde se connaît, je resterai enfermé à la maison sans sortir durant trois semaines.

Durant ce temps, ma charitable maman et mon petit frère me servent avec un grand dévouement et ma maman se donne toutes les peines du monde et court même le risque de se faire arrêter en allant se renseigner sur les chemins qui sont gardés dans la direction de la Tanzanie.

Le 26 juin, avec trois compagnons, pendant la nuit, nous quittons la maison et en suivant les rivières pour éviter les routes barrées, ne marchant que la nuit et passant les journées dans la forêt. Après deux jours, nous atteignons la Tanzanie.

Nous passons trois mois à Kigoma dans des familles tanzaniennes. Chaque jour arrivent des centaines de réfugiés car la persécution continue ; parmi eux se trouvent des étudiants cachés par les Pères et les Frères, qui cherchent à se regrouper à Kigoma. Les Tutsi rappellent les réfugiés par radio en leur faisant croire qu'ils peuvent rentrer en paix et que tout est fini, mais c'est faux ; dès que des réfugiés hutu rentrent au pays, ils sont refoulés dans la forêt pour être tués. J'ai quitté le Burundi parce que je suis Hutu ! Ah, si les hommes pouvaient comprendre qu'ils sont tous égaux devant le Créateur et que personne ne peut mépriser un autre. Je supplie tous les hommes droits à s'informer sérieusement sur les événements qui se sont passés au Burundi et à chercher à connaître la vérité.


P.S. Etudiant à l'UNAZA
République du Zaîre


 MEME DES JEUNES ELEVES DE 10 A 14 ANS DEVAIENT ETRE MASSACRES

 

TEMOIGNAGE D'UN ELEVE DE L'ECOLE NORMALE DE KIREMBA

 Les soldats investissent l'école

Samedi 29 avril, le directeur de l'internat interdisait aux élèves de rentrer chez eux à l'occasion du congé du ler mai. Le lendemain matin, les soldats envahissaient, armes à la main, le quartier où résidaient les missionnaires de l'école et de l'église. Ils s'emparaient d'un camion de l'école qu'ils allaient dorénavant employer pour le transport de leurs proies humaines.

A 9 heures, les élèves assistaient au culte à l'église située au bord de la route Bururi-Makamba. Tandis qu'ils célébraient l'office, le premier pasteur Mr Madengo Abel-Nego était appelé par des soldats qui rôdaient autour de l'église. Ils lui signifièrent de faire sortir tous ceux qui priaient de l'église.

 

Arrestation des professeurs hutu


Tandis que tous rentraient à l'école, les soldats arrêtèrent deux professeurs hutu, Mr Eléazar B. et Frédéric B., ainsi que leurs frères qui étaient venus leur rendre visite : ils étaient cinq à être appréhendés ainsi à l'improviste.

Terrifiés par la fureur des soldats, tous les élèves voulaient s'enfuir mais le pasteur Madengo les rassura mensongèrement en prétendant qu'il n'y avait aucun danger et que les soldats les protégeraient. Ils restèrent donc tous à l'internat.

Le soir du 2 mai, des soldats vinrent s'informer auprès d'un élève tutsi s'il n'y avait pas de querelles. Comme il répondait que tout était calme, le militaire quitta, mais mal en prit l'élève qui fut rossé par les autres Tutsi, pour avoir dit la vérité.

Jeudi 4 mai, les autres professeurs hutu et un surveillant furent arrêtés. Le soir quelques élèves ont tenté de s'enfuir, mais la plupart d'entre eux furent rattrapés et massacrés en chemin.

 

On prépare l'arrestation des élèves

Le jour suivant, le faux pasteur - car il était d'une fausseté et d'une fourberie majuscules - conseilla aux élèves de ne pas tenter la fuite : "Vous êtes innocents, leur disait-il, tout cela ne vous concerne pas, vous êtes trop jeunes, il n'y a pas de raison de vous enfuir". Or, déjà il s'était entretenu avec les soldats de la façon dont il fallait s'y prendre pour arrêter le plus grand nombre d'élèves. Cette nuit-là les JRR sont venus, lances et machettes à la main, fouiller les armoires des élèves hutu pour voir s'ils ne cachaient rien de suspect. Ils n'y trouvèrent rien.


Dès ce moment les élèves hutu voulaient à tout prix s'enfuir ; mais impossibilité totale de quitter l'internat : les JRR entouraient l'école

 


 et veillaient jour et nuit que personne ne s'évade. Et le pasteur Madengo allait même chercher les absents à la maison et les forçait à venir à l'école.

 


Arrestation de septante-deux élèves du cycle supérieur

Samedi, le 27 mai, le commandant du Centre d'instruction de Bururi, Nduwingoma Samuel, se présenta à notre école et entra dans le bureau du directeur. Un peu plus tard il en sortit et fit signe à sa troupe qui, aussitôt, investit l'établissement de toute part. Les élèves n'avaient pas les moyens d'échapper, d'autant plus qu'ils étaient tous en classe.

Un des soldats, muni d'une liste nominative, dressée par les élèves tutsi, dont faisait partie le fils du premier pasteur, Nathan Madengo, proclama le nom d'un grand nombre d'élèves, qui devaient être emmenés. Tous ces élèves du cycle supérieur, étaient poussés hors de la classe à coups de crosse, et forcés de monter dans le camion qui stationnait devant le bâtiment. Le nombre des élèves conduits' ce matin-là à la mort dans les pires tortures s'élève à septante deux.

 

Arrestation de cinquante-sept élèves du cycle inférieur

Mardi 30 mai, un soldat déguisé en civil se présenta auprès du directeur de l'internat et demanda à pouvoir parler aux élèves. On sonna la cloche. Les élèves arrivèrent et se rangèrent selon les classes. Alors le militaire tira de sa poche une nouvelle lsite et commença par appeler le nom de nombreux élèves. Ceux-ci étaient tirés hors des rangs et au même moment ils se virent encerclés par un grand nombre de militaires armés, surgis d'on ne savait où. Cette fois, le cycle inférieur était amputé on lui ravissait cinquante-sept victimes.

Tous ces garçons dirent adieu à leurs camarades et partirent pour ne plus jamais revenir. Ils regardaient une dernière fois leurs petits frères qui restaient en 6ème moderne. Et parmi ceux qui étaient conduits à la mort se trouvaient deux jeunes filles de lère normale. Ceux du deuxième groupe furent les plus cruellement massacrés, transpercés par des lances et des baîonnettes.

 
On veut arrêter les jeunes de 10 à 14 ans

Les plus jeunes élèves de 6ème étaient désormais exposés sans défense aux vexations et brimades des grands élèves tutsi. Ceux-ci poussèrent leur ruse jusqu'à déchirer la photo de Micombero puis rejetèrent la faute sur les élèves hutu et particulièrement sur une jeune fille : elle eut le privilège d'être renvoyée de l'école bien qu'elle était totalement innocente.

A la moindre occasion on voyait les élèves tutsi se ruer sur les petits hutu, les battre jusqu'à ce que le sang coule, parfois leur infliger de profondes blessures et leur arracher la peau. La cruauté de ces tutsi parvint aux oreilles de Mgr Martin, évêque de Bururi., Il en avertit le président lui-même. Celui-ci intervint pour arrêter ces atrocités. Ainsi ces jeunes eurent un peu de répit et à la fin de l'année scolaire ils sont rentrés chez eux, mais Dieu seul sait s'ils sont arrivés sains et saufs, eux les derniers survivants de notre Ecole normale. Du reste, le palmarès

 


 offrait de nombreuses pages presque entièrement blanches, à tel point que certaines classes étaient réduites à une petite dizaine d'élèves.

Si jamais une école à souffert et fut martyrisée, c'est bien l'école protestante de Kiremba. Et tout le monde songe au grand coupable : Madengo Abel-Nego. Car s'il l'avait voulu, aucun élève n'aurait été massacré, tel était son prestige, et s'il s'était opposé à la soldatesque et au commandant, on n'aurait pas touché à un seul de ses élèves. Au lieu de cela il fut la cause de l'hécatombe. Que répondra-t-il lorsque Dieu lui demandera compte pour le sang de tant d'innocents qu'il a laissé verser ?

L'école de Kiremba a été la plus éprouvée de toutes les écoles du Burundi: cent quatre-vingts élèves hutu y sont morts sur trois cent trente-neuf élèves, dont soixante-neuf tutsi et dix-sept jeunes filles.

Celui qui a écrit ces lignes a échappé par miracle au massacre commun. En essayant de s'évader il fut arrêté par les JRR qui encerclaient l'école, mais il se fit passer pour un tutsi - il dut même l'affirmer sous serment et fut alors relâché. En se cachant ensuite dans les bois et avançant péniblement pendant les nuits, il a pu gagner la Tanzanie, et de là passer au Zaïre hospitalier. Voilà le témoignage qu'il peut donner.


E.Z. Sixième Scientifique
République du Zaïre


21:06 Écrit par victor ntacorigira dans Rapport, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/08/2011

"Péril Hutu" et de la "Lutte pour la survie".

LE PLAN ARTHENON SIMBANANIYE D'EXTERMINATION DES HUTU

 RAPPORT POLITIQUE

MINISTERE DE L’INFORMATION

CABINET DU MINISTRE

N° 093/100/CAB/68

Objet : Rapport Politique

 A Monsieur le Président de la République du Burundi

à Bujumbura

Monsieur le Président,

Conformément à la politique du nouveau régime de confronter nos vues et de conjuguer nos efforts pour réaliser les idéaux de la révolution, j’ai l’honneur d’émettre quelques commentaires sur la situation politique du pays.

Le climat politique accuse une certaine tension. Des bruits de coup d’Etat et des incendiaires circulent et tourmentent l’opinion publique. La population s’inquiète, se méfie et veille.

Fort heureusement, des meetings d’information et d’apaisement organisés par le Ministère de l’Intérieur et le parti ramènent peu à peu la quiétude dans les esprits.

Si l’on analyse la cause de cette petite crise qu’on vient de passer, on remarque un refroidissement des rapports entre citoyens qui peut se développer en une haine raciale.

En effet, il existe aujourd’hui des manières et des façons non cartésiennes d’aborder les problèmes chaque fois qu’ils se posent. Les suspicions sont devenues "à sens unique". Et ceci s’explique à la longue parce que les diffuseurs des faux bruits développent toujours le même thème : la récidive de 65. Alors ce thème diaboliquement répandu dans la population provoque le réflexe de défense et devient "le péril hutu" réclamant "une lutte pour la survie". Résultat, on constate une vigilance pré-orientée qui guette et traque les mêmes cibles. Et une ethnie est sujette à des suspicions permanentes, chaque hutu devenant nécessairement raciste et subversif.

Si l’on se réfère à la vie courante, on relève vite ce regrettable état de choses. En effet, aujourd’hui quand deux ou trois Hutu se rencontrent pour trinquer un verre, on conclut tout de suite à un complot de subversion. Alors l’imagination féconde des esprits malicieux tisse une épopée autour du fait; et voilà une crise qui jette la masse dans la stupeur!

 

Si un Hutu monte pour visiter ses parents à l'intérieur, les autorités provinciales sonnent l'alerte et le filent indiscrètement et sans façon. Après son départ, elles organisent des interrogatoires pour toutes les personnes visitées, orchestrent des rumeurs diffamatoires et montent des complots de tactique pour simuler des incidences fâcheuses de sa visite. Et souvent des arrestations arbitraires s'ensuivent. Résultat, il y a des gens qui n'osent plus aller chez eux pour ne pas exposer leurs parents à des machinations torturantes.

Essayons d'éclaircir la situation en dénonçant les tactiques, les pratiques et les esprits en présence. C'est peut-être le seul moyen de sauver l'unité en péril. Car nos sermons et l'état actuel des choses démontrent la vulnérabilité des principes quand on les oppose aux passions.

La situation empoisonnée actuelle prouve l'existence d'un racismehutu-tutsi dans nos murs.

Du côté hutu, on compte des théoriciens d'une vraie démocratie à instaurer. Ceux-ci constatent que la structure administrative jusqu'en ses échelons les plus modestes est tutsi et condamnent le népotisme conscient ou inconscient qui résulte de ce monopole. En plus de ces incriminations, ils s'insurgent contre les tyrannies et les injustices facilitées par cette forte homogénéité éthnique dans l'administration de l'Etat.

Face au principe tutsi d'auto-défense, les Hutu trouvent que les Tutsi ont inventé des thèses du "péril hutu' et de la "lutte pour la survie" pour créer des occasions de les torturer et de prolonger ou perpétuer leur domination.

C'est ainsi, disent-ils qu'on jette la terreur dans la masse, qu'on oriente des suspicions préconçues aux Hutu devenus nécessairement racistes et subversifs, qu'on le guette, qu'on leur attribue des complots invraisemblables et qu'on les mine moralement et physiquement par des malices diaboliques.

On parle même d'un "apartheid" tutsi qui se prépare !

Voilà l'histoire : une organisation raciste tutsi possède un programme d'action dont SIMBANANIYE Arthémon serait l'auteur'. Le programme vise l'instauration d'un certain "apartheid" au Burundi. Sa réalisation s'opérerait en trois étapes :

1. Semer la haine entre les ethnies en noircissant fortement quelques hauts intellectuels Hutu ;

2. Vous faire disparaÎtre physiquement pour plonger le pays dans la confusion et la colère ;

3. Tablant sur les faux bruits déjà en circulation, crier haro sur les Hutu pour récidive de 65.

Alors il ne restera plus qu'à lancer une répression sanglante sur des cibles choisies d'avance et à se montrer très actif dans l'épuration criminelle pour réclamer le pouvoir comme rançon de son zèle. Après ce coup de balais, l'apartheid règnera au Burundi et le "péril hutu, sera anéanti à jamais.


La position hutu se définit essentiellement par cette peur, ces

 incriminations et ces revendications. Le Hutu regrette en outre son absence dans les organes de vigilance (la sûreté et la justice) et son accession difficile aux postes de confiance.

Mais, à mon avis, tous les Hutu, sauf certains qui sont à l'étranger et qui doivent justifier l'argent reçu des forces du mal, ne réclament que de vivre en paix et de bénéficier de la justice. Quant aux droits à recouvrer, je crois que tous confient cette mission au jeu de l'histoire dans une compétition loyale. Le mythe d'incendiaires et des subversifs qu'on leur attribue s'explique uniquement par l'adage : "Qui veut noyer son chien l'accuse de rage".

Aussi lorsqu'il y a une petite crise à caractère racial, il faudrait beaucoup d'impartialité, beaucoup d'exigences pour apprécier la valeur des renseignements et arriver à des conclusions justes de l'enquête. Et on devrait bannir la manie de coffrer les gens avant que le culpabilité ne soit établie ; car l'innocent qui y passe croit tout de suite à la complicité des organes de vigilance dans l'injustice endurée.

Ceci est vrai puisque souvent dès esprits chagrins mus par des rancunes ou des inimitiés personnelles fomentent une crise et s'arrangent avec des faux témoins pour faire coincer leurs ennemis personnels. Autre chose qui contribuerait à assainir les méthodes de répression, serait de sévir contre les faux témoignages et les faux renseignements. Car aujourd'hui, pour en avoir plus ou moins souffert tous, nous savons qu'il y a des gens qui s'évertuent à diffamer et à noircir des honnêtes hommes. Il est étonnant de constater qu'aucune répression ne se fait de ce c8té et qu'on se plait plut8t à se laisser prendre dans leur piège, alors que ces gens-là sont responsables des crimes que nous vivons trop souvent.

Aussi longtemps que toutes ces précautions et ces mesures ne seront pas prises, un fossé est en train de se creuser et une haine s'installe dans nos populations. L'unité que nous chérissons tous est donc au prix de la justice.

Du côté tutsi, beaucoup ont cru à la force du "péril hutu et s'organisent en défensive ou en offensive. L'exemple rwandais les hante et le coup de 65 les raffermit dans leur position. Il en résulte des méfiances et des suspicions envers tout geste hutu.

 Et il se crée tout le climat dont les Hutu se plaignent.

En conclusion, comme l'a constaté le conseil du Cabinet du 12 avril 68 dernier, nous nous trouvons en face d'un faux problème mais qui risque de devenir un vrai. Car ceux qui dénoncent le péril hutull cherchent par ce truchement de haine à servir leurs ambitions personnelles ou à se maintenir à des places acquises indûment, comme ceux qui parlent des droits à recouvrer veulent se hisser à tout prix à des postes convoités (ou sont à la solde des étrangers). Ce que veut le peuple, c'est le pain, la paix et la justice (le reste faisant l'objet d'une concurrence loyale. Cependant si le problème n'est pas traité adéquatement et impartialement pour que la sauvegarde, l'unité soit une conviction appliquée, il deviendra un vrai problème qui compromettra notre Révolution).

 Il nous faut donc maintenant prêcher par la parole et par l'exemple pour sauvegarder et raffermir l'unité monolitique de tout le peuple murundi sur les plans politique et idéologique. C'est alors, et alors seulement

 que se créera l'ambiance propice au rayonnement de la Révolution et où l'enthousiasme politique et l'ardeur au travail de tout le peuple s'élèveront d'une façon extraordinaire dans tous les domaines de la reconstruction nationale.

 

Le Ministre de l'Information, NDAYAHOZE Martin.

16:53 Écrit par victor ntacorigira dans plan simbananiye, Rapport | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/08/2011

Le silence est la première forme de la contre histoire

Le génocide de 1972 au Burundi : Les silences de l’Histoire
(Burundi Réalités 29/04/2007)


Il y a 30 ans, presque jour pour jour, le Burundi sombrait dans l’abîme  dans l’indicible d’une horreur génocidaire qui allait se répéter à une échelle encore plus dévastatrice au Rwanda, 22 ans plus tard. D’avril à juin 1972 de 100 000 à 200 000 Hutu tombèrent sous les coups de l’armée et des Jeunesses révolutionnaires rwagasore, l’une et l’autre dominées par des éléments Tutsi. Que ces massacres aient été précipités par une insurrection hutu, localisée dans le sud du pays, ne justifie en rien l’extraordinaire brutalité de la répression. Que le génocide de 1972 ait été pratiquement occulté par celui de 1994 est non moins justifiable. Dans un cas comme dans l’autre le meurtre de masse porte tous les signes du génocide : le ciblage ethnique des victimes, l’intentionnalité exterminatrice des bourreaux et l’ampleur des massacres.

Plusieurs questions nous interpellent : pourquoi cette conspiration du silence qui encore aujourd’hui jette le voile sur les atrocités commises en 1972 ? En quoi les deux génocides, celui de 1972 et de 1994, partagent-ils des traits communs ? En quoi l’un diffère-t-il de l’autre ? Quelle est la pertinence de 1972 pour comprendre 1994 ? Et tout d’abord, pourquoi est-il impératif de combler cette lacune de la mémoire ?

Les lacunes de la mémoire

‚ Commémoration “ est indissociable de ‚ mémoire “. On se remémore certains événements pour les commémorer. Or la mémoire est sujette à de multiples défaillances, delibérées ou accidentelles, surtout lorsqu’il s’agit d’une mémoire collective ; sa géométrie est variable suivant qu’elle s’articule à un groupe ou à un autre ; elle met au jour des discordances par rapport à l’histoire. Mon propos est d’essayer de réconcilier mémoire et histoire. Alors que ce trentième anniversaire nous ramène brutalement aux sanglants événements de 1972, rien n’est plus difficile que de leur restituer leur historicité, tant le présent  celui de 1993 au Burundi et de 1994 au Rwanda  nous prive des points de repère nécessaires au travail de la conscience.

L’intention, ici, n’est pas de raviver les haines, de remettre à vif les blessures de l’histoire, mais d’aider à les repenser pour mieux les panser. Devant la symétrie de l’horreur qui a frappé les Hutu au Burundi et les Tutsi au Rwanda on ne peut que souligner l’impérieuse nécessité d’un devoir de mémoire, la nécessité de combler la brèche qui sépare le passé de l’avenir.

Si pénible soit-il de l’évoquer, l’événement doit être reconnu. Car s’il est vrai que le silence est la première forme de la contre-histoire (Ferro 1985 : 71), c’est aussi la source première des haines que nourrit la complicité de l’oubli avec le pouvoir.

Reconnaître l’événement c’est aussi admettre sa complexité. C’est le libérer des vérités à sens unique (et inique). Le génocide de 1972 est certes le génocide des Hutu par des éléments tutsi. Mais comment ignorer les centaines, peut-être les milliers de Tutsi massacrés par les insurgés ? Et comment ne pas mettre cette insurrection dans le contexte des répressions qui se sont abattues sur les élites hutu en 1965 et 1969, et de la politique d’exclusion plus ou moins systématique pratiquée par le gouvernement du Président Micombero ? La responsabilité des Tutsi dans ces tristes événements est évidemment loin d’être partagée par toute l’ethnie tutsi. Tout aussi arbitraire et injuste serait de faire porter le poids des massacres sur tout le groupe Tutsi-Hima, même si la majorité des exactions fut commise par des Hima de la province de Bururi. C’est peu dire que l’amalgame ethnique va à l’encontre des faits ; il voue à l’échec tout effort de réconciliation.

La recherche de la vérité est d’autant plus compliquée que de nombreuses zones d’ombre entourent les circonstances des massacres. Nous ne savons pratiquement rien de l’identité des leaders de la rébellion, de leurs bases sociales, du nombre des insurgés, de la participation congolaise, soitdisant
‚ muleliste “, à la rébellion. En dehors d’un ordre de grandeur approximatif, le nombre des victimes de la rébellion est aussi difficile à préciser que celui des victimes de la répression. Notons cependant que le chiffre de 25 000 rebelles, avancé par les autorités du Burundi, surpasse de beaucoup les estimations les plus fiables, qui ne dépassent pas 4 000. En ce qui concerne les victimes tutsi, les estimations varient entre 3 et 5 000, alors que la répression entraîne la mort d’au moins 100 000 Hutu et certains, comme Boniface Kiraranganiya, un Tutsi, disent 300 000 (Kiraranganiya 1985 : 79 ; Nsanze 1998 : 157).

Les blessures de l’Histoire

Un examen détaillé de la toile de fond historique sur laquelle se déroule le drame nous entraînerait trop loin. L’histoire du Burundi ne commence pas en 1972, pas plus que celle du Rwanda en 1994. Nous nous sommes efforcés, dans plusieurs travaux parus en anglais, de débroussailler les conflits qui suivirent l’indépendance en 1962, et qui opposèrent non seulement les élites hutu et tutsi mais certains Tutsi-Hima aux Tutsi-Banyaruguru, ces derniers accompagnés de multiples intrigues, et donnant lieu, en 1971, à un procès politique visant un certain nombre de Banyaruguru suspectés de fomenter un complot monarchique (Lemarchand 1995 : 76-106 ; Lemarchand & Martin 1973 ; Nsanze 1998 : 111-175 ; Ntibantuganya 1999). Ces déblayages préliminaires sont loin d’avoir épuisé le champ de la recherche. Sur un point cependant je tiens à préciser que rien n’autorise à souscrire à l’hypothèse émise par certains analystes suivant laquelle les événements de 1972, comme ceux de 1965, auraient été le produit d’une manipulation du pouvoir ayant pour objet de provoquer une insurrection des élites hutu pour mieux les exterminer. Ce qui n’exclut pas la possibilité que le gouvernement, en 1972, ait eu vent d’une insurrection avant que celle-ci n’éclate, et ait attendu le moment propice pour ‚ frapper fort “. Plus crédible est l’information fournie par B. F. Kiraranganiya (1985 : 77-78) : selon lui le ‚ cerveau “ de la rébellion serait un groupe de trois étudiants de l’Université officielle de Bujumbura (Albert Butoyi, D. Ndabiruye et celui qu’il décrit comme ‚ leur chef d’équipe “, Celius Mpasha), probablement affiliés au Parti du peuple burundais (PPB) et qui auraient pris la fuite en 1969 à la suite des épurations qui frappèrent les élites hutu. Ils furent rejoints par un quatrième larron,Ezechias Biyolero, ‚ un grand ami de longue date “, ‚ qui militait avec nous dans le groupe Monrovia “, et récemment sorti de la prison ‚ où il pourrissait depuis longtemps “ (ibid.).

Ce qui est certain c’est que depuis le 19 octobre 1965, date qui marque l’échec du coup de force organisé par un groupe de gendarmes et de militaires hutu contre la monarchie, les relations entre élites hutu et tutsi n’avaient cessé de se détériorer. Déjà en septembre 1967, le correspondant du journal belge Le Soir1 décrivait en termes prophétiques le climat de tension qui régnait à Bujumbura :‚ Face à la division des Tutsi au pouvoir, perdus dans leurs multiples intrigues, le monde des Hutu a recommencé de tenter un redressement. Des cases de Tutsi, trois ou quatre aux environs de Bujumbura, davantage à l’intérieur, ont été incendiées. Des ministres hutu ont été arrêtés, mais quelque chose est à nouveau en marche chez les Hutu. Les surprises pourraient bientôt être de dimensions inquiétantes. Faut il n conclure que le pays court droit à une épreuve de force aussi bien raciale (sic)que politique ? C’est hasardeux ; les Hutu manquent de chefs, les Tutsi gardant une très grande influence, et gardant l’armée de leur coté. Mais la chose est dans l’air.On peut dès lors s’attendre à de sérieux soubresauts prochainement, sinon à une insurrection plus ou moins généralisée. “

Dans ses grandes lignes, le drame de 1972 peut se résumer de la façon suivante. L’insurrection éclate le 29 avril, dans les régions de Minago,Vyanda, Nyanza Lac et de Rumonge, lorsque des groupes rebelles, dont certains ont, semble-t-il, suivi un entraînement en Tanzanie, attaquent et tuent à la machette des douzaines de civils tutsi. Les tueries se poursuivent dans tout le sud du pays, accompagnées d’atrocités qui ne sont pas sans rappeler celles du Rwanda de 1994 : ‚ Ils ont tué femmes et enfants “,‚ éventré et coupé en morceaux des femmes enceintes, torturé avant de tuer. Leurs hommes, drogués et enragés, ont attaqué des innocents, dont mon propre cousin, Isidore Rwimo, qu’ils ont coupé en morceaux, comme l’un de mes neveux, le jeune commandant Venant Kashirahamwe “ (Kiraranganiya1985 : 78). A` Bururi, toutes les autorités civiles et militaires sont massacrées. Pendant quelques jours est proclamée, à Vyanda, une ‚ République de Martyazo “ et l’on dresse un drapeau vert barré de rouge. Comme le rapportent les médias, parmi les rebelles figurent des éléments congolais venus du Sud-Kivu, les fameux ‚ Mulélistes “. Si leur nombre est inconnu, on peut supposer que la solidarité qui les unit aux Hutu s’inscrit dans le‚ retournement “ des populations Banyamulenge lors de la rébellion de1964-1965, ceux-ci étant globalement assimilés aux Tutsi du Burundi (tout comme aujourd’hui certains Congolais les assimilent aux Tutsi du Rwanda)2. Le lendemain s’enclenche l’engrenage de la répression et aucune province n’y échappe. Appuyées par les Jeunesses révolutionnaires rwagasore (JRR)3, l’armée, la police et la gendarmerie se livrent à une chasse aux Hutu à travers tout le pays, tandis qu’à Gitega, Charles Ndizeye, le jeune Mwami déchu (également connu sous le nom de Ntare), tombé dans un piège tendu par Micombero, est sommairement exécuté, prévenant ainsi l’éventualité d’un ralliement hutu autour de lui4.

Orchestrée par le ministre de la Justice, Arthémon Simbananiye, la répression est particulièrement sanglante à Bururi où un millier de Tutsi ont été tués par les rebelles : environ 20 000 Hutu y sont massacrés par l’armée. A` Bujumbura, entre 5 000 et 10 000 Hutu sont sommairement exécutés,y compris tous les membres du gouvernement et les fonctionnaires des services publics d’origine Hutu. Selon un témoin, près de Mutumba l’armée intervient pendant un service religieux dirigé par un catéchiste et l’abattent sur place en même temps que quarante fidèles hutu5. A` l’école anglicane, près de Bururi, c’est le ‚ headmaster “, un réfugié rwandais d’origine tutsi qui, armé d’un revolver, ‚ supervise les arrestations de ses propres enseignants ainsi que d’autres Hutu “6. Commentaire de l’évêque de Bujumbura (voir note 6) : ‚ C’est en cassant quelques Sufs qu’on fait une parfaite omelette “. D’après le correspondant du journal Le Soir7, ‚ tout élément hutu un tant soit peu intellectuel est arrêté, battu, torturé, voire abattu surplace sans jugement [...]. Même les employés subalternes sont atteints parla répression : plantons, domestiques, ainsi que certains employés hutu de diverses sociétés privées “. Selon la même source : ‚ Des Hutu sont exécutés sur simple dénonciation, certains ont été fusillés en public par les forces de l’ordre [...]. Les gens arrêtés sont empilés dans des camions, couchés sur le ventre ; les soldats se tiennent debout sur eux, le doigt sur la détente ;plusieurs camions de cadavres venant du camp militaire ont été aperçus [...].Cette répression prend de plus en plus l’allure d’un véritable génocide de l’élite hutu. “ A` l’exception de ceux qui prirent la fuite vers le Rwanda, la Tanzanie et le Congo, pratiquement toutes les élites hutu furent annihilées,y compris la plupart des étudiants de l’université de Bujumbura, des écoles techniques, des athénées et des écoles normales. Parmi les exilés de marque qui échappèrent aux tueries figurent les noms de Melchior Ndadaye, Pontien Kalibwami, Richard Ndikumwami, et Sylvestre Ntibantuganya. Un document d’origine missionnaire dresse un très sombre bilan des pertes subies par les effectifs scolaires et universitaires jusqu’en juillet8. A`l’université de Bujumbura ‚ un tiers des étudiants a disparu, c’est-à-direenviron 250 sur 350. Une soixantaine est tuée soit après arrestations, soit dans les environs du campus par d’autres étudiants “. A` l’École normale de Ngagara on compte ‚ environ 40 &percnt de disparus sur 314 élèves “ ; à l’École normale supérieure de Bujumbura, ‚ 55 élèves sur 135 ont disparu “ ;à l’école technique de Kamenge-Bujumbura ‚ 170 élèves ont disparu sur un total de 415, une soixantaine de tués soit après arrestations, soit appréhendés après fuite. [...] Un jour on est venu arrêter 46 élèves, mais seulement26 étaient présents “ ; à l’Athénée de Bujumbura ‚ 40 &percnt ont disparu sur environ 700 élèves [...] ; quelques élèves ont été tués à l’hôpital par des militaires après avoir reçu des soins médicaux suite à une bagarre “ ; à l’Athénée de Gitega, ‚ 148 élèves partis sur 380 ; une bonne quarantaine est tuée, plusieurs lors de la répression dans la prison de Gitega ; d’autres se sont enfuis “ ; à l’Institut technique de Gitega ‚ 40 élèves sur 79 ont disparu “ ; à l’École normale de Kiremba ‚ au moins 100 exécutions sur355 élèves, et trois ou quatre professeurs [... ] ; parmi les élèves exécutés il y avait des garçons de 13 à 14 ans [...] “. Le même document estime le nombre total d’élèves disparus  c’est-à-dire ‚ exécutés, en fuite ou renvoyés avant la fin de l’année scolaire“  à un minimum de 1 450 ; ‚ On peut dire en général qu’un élève sur 5 ou 6 a été exécuté dans le cycle supérieur des écoles secondaires et dans l’enseignement supérieur, garçons et filles ensemble, mais en prenant seulement les garçons la proportion est nettement plus élevée. “ A` cette comptabilité macabre s’ajoute l’exécution de 18 abbés barundi sur un total de 138, y compris le très respecté abbé Michel Kayoya, ‚ un écrivain bien connu “, nous dit Boniface Kiraranganiya(1985 : 81), ‚ qui mourut saintement en pardonnant à ses assassins “.L’armée fut totalement épurée d’éléments hutu. Environ 700 soldats (c’est-à-dire presque la moitié des troupes) furent passés par les armes dès le début de la rébellion, ainsi que tous les éléments hutu ayant atteint le rang d’officier, dont le très brillant capitaine Martin Ndayahoze : ‚ Ces officiers seront pris et torturés en vue de leur faire signer des aveux drôles, ridicules. Après quoi ils furent massacrés et jetés dans les fosses communes “(ibid. : 79). 150 furent exécutés durant la nuit du 22 mai, 40 pendant celle du 27. Quelques semaines plus tard un contingent de 800 nouvelles recrues d’origine tutsi, dont 50 officiers, en majorité de Bururi, étaient soumis à une formation accélérée en remplacement des pertes d’éléments hutu9.

Témoignages et désinformation

Si révélatrices soient-elles de l’étendue des nettoyages ethniques opérés au niveau des écoles, ces statistiques sont impuissantes à décrire l’horreur. Écoutons le témoignage de l’ancien président, Sylvestre Ntibantuganya (1999 : 112) : ‚ J’ai vu des bras d’hommes vraisemblablement enterrés vivants, et qui avaient tenté, jusqu’au dernier souffle, de sortir de leur trou ! J’ai vu des chemises sans doute arrachées à des hommes que des bourreaux allaient massacrer comme des imbéciles, des bêtes, quoi ! En voyant cette fosse commune je me suis fait l’idée de la sauvagerie des hommes, de leur barbarie. Je me suis rendu compte des dangers d’avoir un État qui n’est pas là pour promouvoir le peuple mais pour le massacrer [...]. Au départ les victimes ont été tuées par balles, mais ensuite le sadisme de leurs tortionnaires et l’épuisement des munitions ont entraîné ces derniers à recourir à d’autres méthodes, comme l’usage du marteau ou simplement l’enterrement des condamnés encore vivants. “

Citons également le terrible commentaire de Boniface Kiraranganiya (1985 : 76) : ‚ Si un jour, par malheur, je devenais fou [...] les événements d’avril-mai 1972 à eux seuls y auraient contribué pour au moins 95 &percnt [...]. Je ne vois pas ce que je n’aurais pas donné pour ne pas voir 1972. Avril -mai 1972, ça dépasse tout ce qu’on a déjà eu. C’est le comble. La goutte d’eau. C’est le paroxysme de la démence, l’exemple le plus parfait de ce qu’un homme est capable de faire lorsque le pouvoir lui permet tout, lorsque plus rien ne l’oblige à dominer son instinct de destruction. “Quelques extraits des dépêches confidentielles de l’ambassade des États-Unis à Bujumbura suffisent à résumer l’atmosphère sinistre qui règne àBujumbura10. Malgré toutes ces informations concernant les tueries, qualifiées de ‚ génocide sélectif “ par le Premier sécrétaire d’ambassade, Michael Hoyt, les États-Unis (et ceci est vrai aussi de la France et la Belgique), en1972 comme en 1994, ne firent rien pour y mettre fin, s’étonnant par ailleurs que les États africains ‚ ne fassent quoique ce soit pour mettre un terme à ces terribles violations des droits de l’Homme dans un État indépendant “.

Ce que le gouvernement Micombero appela la mission de ‚ pacification“ ne fut en réalité qu’une vaste entreprise de désinformation visant à accréditer l’idée qu’il n’y eut jamais de conflit entre Hutu et Tutsi, mais des attaques de ‚ malfaiteurs “ venus de l’extérieur qui furent réprimées juste à temps pour ne pas entraîner le génocide des Tutsi. Pour mieux faire passer le message, furent enrôlés un certain nombre de Hutu de service, tel ce vieux Hutu ‚ chenu et vacillant “ qui, ‚ d’une voix rauque, fait un long discours pour dire la paix tant aimée des collines, la beauté des vaches, la saveur des fruits, le bonheur d’être gouverné par Micombero “11. C’est ce même thème du génocide évité de justesse que reprend le livre blanc publié par la délégation du Burundi aux Nations-Unies : confrontées à des ‚ agresseurs qui voulaient non seulement renverser la république du Burundi mais voulaient systématiquement procéder à l’extermination de tous les Tutsi “,les autorités n’avaient d’autre choix que de ‚ traiter sévèrement les responsables de ce génocide “12. On le retrouve également dans la mise au point qu’a fait l’ambassadeur du Burundi à Bruxelles, M. Nzeyimana : ‚ Outre l’ampleur considérable de l’attaque “, à la suite de la ‚ conspiration barbare de quelque 25 000 nationaux et étrangers “, il faut souligner ‚ son caractère barbare et génocidaire “, et pourtant, ajoute-t-il, dans un élan d’optimisme repris par certains historiens, ‚ aucun problème d’ordre ethnique ou tribal ne se pose au Burundi “13. Dans ces conditions il était normal que les biens des génocidaires fussent appropriés par le régime pour venir en aide aux victimes tutsi ; c’est ainsi qu’en octobre 1972 le procureur de la république,Philippe Minani, annonçait que ‚ les véhicules privés appartenant aux personnes condamnées seront vendus en faveur des victimes de la rébellion,que les biens mobiliers saisis de ces personnes seront restitués à leurs familles et ayants droit, que leurs comptes en banque seront débloqués en faveur de leur famille à concurrence de 100 francs Burundi, le solde étant consacré aux victimes de la rébellion “14. Sans doute pour compenser la perte de leurs biens, le gouvernement annonçait en même temps que des mesures d’amnistie seraient prises en faveur ‚ des veuves et des orphelins des personnes condamnées au cours des événements qui ont ensanglanté le Burundi “15. A` la lumière d’un pareil cynisme les commentaires du très officiel Flash-Info mériteraient de figurer dans une anthologie de l’humour noir : ‚ Dans son désir constant de réconciliation et d’unité nationale, le colonel Michel Micombero a voulu que les veuves et les orphelins trouvent dans cette mesure de grâce l’expression de son indéfectible attachement à la cause de tout le peuple burundais “16.11. La Libre Belgique, 15 juin 1972.

Silences et négationnisme

Au regard de l’immense émotion suscitée par le génocide rwandais, comment expliquer la quasi-indifférence de la communauté internationale et de la plupart des médias à propos de ce drame sans précédent dans l’histoire de la région des Grands Lacs : pourquoi ce silence ? Deux éléments conjoints nous donnent la réponse. Non seulement le Burundi avait cessé d’être un enjeu de la guerre froide, comme il le fut en 1964 et 1965 lorsque le pays devint un point d’implantation privilégié de la Chine communiste17, privant du même coup le monde occidental de ses points de repère idéologiques pour départager les bons des méchants, mais la question des droits humains n’avait encore qu’une très faible résonance à l’échelle internationale. Une mobilisation des énergies humanitaires, comparable à ce qui eut lieu au Rwanda en 1994-1995, était pratiquement inconcevable en 1972. Un autre facteur jouait en faveur de l’indifférence : la profonde méconnaissance des observateurs occidentaux à propos du Burundi, de son histoire, de ses composantes sociales, de l’imbrication de ses traditions et des forces surgies de la modernité, comme si ce micro-État était décidément trop difficile à déchiffrer pour en comprendre les déchirements.

De là à conclure que l’oubli se confond avec l’ignorance, il n’y a qu’un pas. Qu’on le veuille ou non, l’oubli, comme nous le rappelle Benjamin S Tora (2002 : 8), est aussi ‚ organisé par les États “, une forme d’oubli qui‚ instaure des amnisties visant à dissimuler, à ne pas assumer ses torts et ses responsabilités “. Des amnisties, sans doute, mais aussi des amnésies, des silences consciemment entretenus par l’État. Marc Ferro (1985 : 65)évoque ces silences qui, ‚ dans une certaine complicité, sont partagés avec .la société, qui de gré ou de force les intériorise “. Ils portent, nous dit-il, ‚ sur tous ces martyrs collectifs que les guerres, croisades et autres djihads font subir aux vaincus, sur la répression qu’exercent les régimes à foi unique, ou à race élue, quels que soient leurs lieux d’origine ou leur date de naissance “.Rien n’est plus typique de ce phénomène d’amnésie que le zèle avec lequel chacun des régimes qui se sont succédé au pouvoir depuis 1972 se sont efforcés d’occulter la terrible vérité. Jusqu’à présent rien n’a été fait pour réhabiliter la mémoire des victimes ; le seul génocide officiellement reconnu est celui qui a frappé les dizaines de milliers de Tutsi massacrés par les militants du Frodebu en octobre 1993, à la suite de l’assassinat de Melchior Ndadaye. Ne sont jamais mentionnées les victimes hutues exterminées au cours de la répression, en nombre égal à celui des victimes tutsi ; dans l’optique des autorités de Bujumbura cette opération de ‚ nettoyage “n’avait rien de génocidaire puisqu’elle visait à éliminer les Hutu du Frodebu, les seuls véritables génocidaires !

On constate le même processus d’inversion derrière les propos négationnistes du gouvernement Micombero en 1972, visant à rejeter l’anathème génocidaire sur les rebelles. En les insérant dans le schéma manichéen d’une lutte à mort entre les initiateurs de cette entreprise d’extermination et l’Etat salvateur, l’objectif était de donner une nouvelle légitimité à un État extrêmement fragilisé par les querelles intérieures. Quoi de plus efficace, en effet, pour faire oublier les affrontements entre Tutsi-Hima et Tutsi-Banyaruguru, et pour masquer les bases de plus en plus vacillantes et régionalistes du
pouvoir en place, qu’un consensus de tous les Barundi fabriqué contre des rebelles présentés comme des génocidaires ? On pense à la remarque de Pascal Bruckner (1995 : 210), ‚ plus le forfait que l’on projette est monstrueux, plus la future victime elle-même doit paraître monstrueuse “.

1972/1994 : convergences

La question du négationnisme nous renvoie à l’un des parallèles les plus troublants entre le génocide de 1972 et celui de 1994. Déni de l’évidence génocidaire, rejet de la responsabilité sur les victimes, inversion des rôles des victimes et des bourreaux, autant de traits caractéristiques des deux apocalypses. Tout comme les autorités de Bujumbura ont nié de la façon la plus catégorique leur participation à un génocide, la même volonté négationniste anime aujourd’hui les milieux hutus extrémistes rwandais. C’est ainsi qu’un ancien ministre du Président Habyalimana, dans une lettre a l’auteur, exprime son étonnement que ‚ personne ne se pose même plus la question de savoir si ce fameux génocide des Tutsi est un vrai génocide et comment on en est venu à qualifier ainsi les massacres perpétrés au Rwanda d’avril à juillet 1994 “ ; le seul ‚ vrai génocide “, pour l’auteur de cette lettre, est ‚ le génocide dont les Hutu sont victimes depuis le1er octobre, perpétré par les hommes du général Kagame “. Le plus inattendu est le témoignage d’un Tutsi rwandais se disant d’origine royale, Antoine Nyetera qui, lors d’un colloque dans l’enceinte du Sénat français, le 4 avril2002, prétend ‚ qu’il y a eu des massacres, mais pas de génocide “, soutenu dans son affabulation par l’ancien représentant des Nations-Unies au Rwanda, Roger Boboh, qui affirme ‚ sans hésitation “ que ‚ dire qu’il y a eu génocide au Rwanda, cela relève plus de la politique surréaliste que de la vérité “18. C’est plutôt à ce degré de l’imposture que perce le surréalisme !

Un autre parallélisme se rapporte aux motivations qui président aux violences génocidaires. Dans un cas comme dans l’autre nous sommes en présence de ce qu’Helen Fein (1990 : 30) appelle ‚ a retributive genocide “,un génocide qui s’opère en réaction à une menace, réelle ou imaginaire. Il est certain que le danger soulevé par l’insurrection hutu au Burundi et parle FPR au Rwanda, n’avait rien d’imaginaire. Alors que l’insurrection de1972 a été immédiatement perçue par le régime Micombero comme portant es germes d’une déstabilisation du régime, au Rwanda l’invasion du FPR allait provoquer une véritable hantise du danger tutsi. Et pour cause : à la veille du génocide, après une guerre civile ou périrent des milliers de Hutu et de Tutsi, près d’un tiers du territoire national était sous le contrôle du FPR. Tout ceci explique pourquoi le concept de ‚ retributive genocide “revêt une pertinence toute particulière pour expliquer le drame rwandais,et pourquoi, à la différence du Burundi, l’idéologie génocidaire a bénéficié d’une très grande réceptivité. A` elle seule, l’idéologie anti-tutsi distillée par les médias rwandais  ce nazisme tropical dont parle Jean-Pierre Chrétien  ne suffit pas à expliquer les massacres. La psychologie du ‚ passage à l’acte “, pour employer l’expression de Jacques Semelin (à paraître),est difficilement compréhensible sans tenir compte de la réceptivité des masses, rendues d’autant plus vulnérables à ces incitations par le désarroi mêlé de panique qui les saisit le jour de l’écrasement de l’avion présidentiel19.Le ‚ dilemme sécuritaire “ créé par l’événement du 6 avril est indissociable du passage à l’acte.

Le génocide, est-il besoin de le souligner, est un crime d’État. Au Burundi comme au Rwanda, c’est l’État qui planifie le meurtre de masse, qui met en marche et dirige les mécanismes d’extermination, qui veille à ce que nul n’échappe au massacre, et qui s’oppose, au nom de la souveraineté nationale, aux inquisiteurs venus du dehors. L’État, c’est-à-dire l’armée, la police, la gendarmerie, et les milices, les Jeunesses révolutionnaires rwagasore (JRR) au Burundi, les interahamwe au Rwanda. Or, dans un cas comme dans l’autre, l’État se tourne contre lui-même, au risque de s’autodétruire,et n’hésite pas à massacrer ses ‚ fidèles serviteurs “. Au Burundi tous les ministres hutu (déjà démis de leurs fonctions comme tous les autres ministres, à la veille de l’insurrection) sont immédiatement exécutés ; au Rwanda les principaux leaders des partis d’opposition, y compris le Premier ministre, Agathe Uwilingiyimana, sont tués par l’armée le lendemain de l’écrasement de l’avion présidentiel. Un État, certes, mais un État-bidon,un État-monstre, dominé par des réseaux ethnico-régionaux  les Hima de Bururi au Burundi, les Kiga du nord au Rwanda , qui donne les pleins pouvoirs aux milices  les JRR au Burundi, les interahamwe au Rwanda pour massacrer les populations civiles. Au Rwanda, cependant, si l’ampleur et la rapidité des tueries dépassent tout ce qu’on a pu observer au Burundi,ceci est lié en partie à des circonstances propres au Rwanda : à quelques exceptions près, les cadres préfectoraux et communaux font intégralement partie de l’appareil génocidaire ; en outre, les dizaines de milliers de Hutu déplacés par l’avancée du FPR  les ‚ internally displaced persons “(IDPs)  constituent un phénomène sans équivalent au Burundi : il semble bien que la grosse majorité des interahamwe ait été recrutée parmi les IDPs,dont l’ardeur génocidaire fut à la mesure des conditions de vie (et parfois de mort) intolérables que leur imposa, durant des mois et des années, l’envahisseur tutsi.

En évacuant de la mémoire le génocide de 1972 on élimine du même coup certains des fils conducteurs qui nous aideraient à comprendre celui de 1994. Au Rwanda les ondes de choc de 1972 créent les désordres qui permettent au Président Juvénal Habyarimana de prendre le pouvoir en 1973,et aux gens du Nord de remplacer ceux du Sud aux postes-clés du gouvernement et des services publics. Les terribles vengeances dont sont victimes des centaines d’étudiants tutsi dans plusieurs écoles secondaires et à l’Université du Rwanda sont un prétexte idéal pour la mise en place de comités de vérification d’identités ethniques, puis de comités de salut public, ceux-ci servant de bases politiques pour l’ascension d’un certain nombre d’hommes politiques du Nord, et éventuellement pour la prise de pouvoir de l’homme convaincu. J’aimerais vous revoir dans ce beau pays une fois débarrassé du monstre “, Aperçu sur la situation politique au Rwanda, Archives personnelles. Voir également l’excellente enquête menée par Filip REYNTJENS (1995).fort du Bushiru par le coup d’état de juillet 1973. Sans tomber dans un excès de déterminisme historique, on peut se demander si la montée en puissance des élites kiga (les Hutu du Nord), compte tenu des particularismes qui ont façonné leurs attitudes notoirement anti-tutsi, ne constitue pas un des éléments qui ont ensemencé le terreau de l’ethnisme, et si l’histoire du Rwanda n’aurait pas pris un tour différent si ses destinées avaient été confiées aux gens du Sud.

La présence des Nordistes au gouvernement ne suffit pas à expliquer le drame de 1994. Le thème qui revient incessamment dans l’histoire de ces ‚ faux jumeaux “ est la contagion de leurs traumatismes, comme si les crises qui frappent le Burundi devaient inévitablement se répercuter au Rwanda et inversement. Comme l’ont relevé nombre d’observateurs, l’assassinat du Président Melchior Ndadaye est incontestablement la crise qui a le plus fortement contribué à la radicalisation des élites politiques du Rwanda à la veille du génocide. On ne peut que souscrire à l’affirmation d’Alison Des Forges (1999 : 135) : ‚ C’est sur le cadavre de Ndadaye que s’est constitué le Hutu Power. “ Or, ici aussi, on peut s’interroger sur la relation des événements de 1972 à cet assassinat. Le Burundi des années qui ont suivi la boucherie de 1972, et jusqu’en 1989, fut un État soumis à l’hégémonie tutsi à un degré qui n’est pas sans rappeler l’apartheid sud-africain, et ceci autant par la force des circonstances, puisque les élites hutu avaient pratiquement toutes disparu, que par la volonté des dirigeants. Sans doute le complot de 1993 a-t-il été ourdi par une infime minorité. Il n’empêche que pour beaucoup de Tutsi qui se sentaient menacés par le coup de balai Frodebiste, autant dans l’armée que dans la fonction publique, l’une et l’autre solidement contrôlées par des Tutsi, le défi que posait l’élection de Melchior Ndadaye à cette situation d’apartheid était perçu comme inacceptable (Lemarchand 1998).

Nous avons déjà évoqué les terribles massacres de Tutsi après l’assassinat de Ndadaye. Mais peut-être faudrait-il ici aussi introduire une référence aux événements de 1972. Un membre du clergé hutu, interrogé par la commission internationale d’enquête de 1995, rapporte les paroles d’un tueur hutu : ‚ En 1972 ils nous ont eus ; ils ne nous auront plus. “ Sommé de ne plus ‚ verser de sang “, un autre répond : ‚ Depuis 1972 c’est notre sang qui a été versé. Aujourd’hui on apprend que le Président Ndadaye a été tué. S’ils ont pu faire cela, demain ce sera nous [...] “ (Lemarchand 1995). Comment ne pas voir dans cette rage meurtrière les réminiscences d’un génocide dont personne ne parle, mais dont beaucoup se souviennent ?

Restituer la mémoire

Pourquoi, dira-t-on, mettre à nu les blessures de l’histoire ? Certains y verront un geste d’hostilité à l’encontre de la communauté tutsi, d’autres diront qu’il ne sert à rien d’évoquer un passé lointain, si tragique soit-il, sinon à compliquer davantage encore les efforts de cohabitation entrepris à Arusha. Mon intention est tout le contraire. Rien n’est plus dangereux que le nondit, a fortiori le négationnisme. L’un et l’autre ne peuvent qu’attiser la haine née d’une mémoire tronquée, ethnicisée, qui met les bons d’un côté et les méchants de l’autre.

Au Burundi comme ailleurs dans le monde  et aujourd’hui de manière particulièrement dramatique en Israël et en Palestine  il n’y a pas de communauté qui peut honnêtement se dire innocente. Ce que l’histoire nous révèle c’est que les deux communautés partagent la responsabilité des crimes que l’une impute à l’autre. Qu’on le veuille ou non, des Hutu et des Tutsi se sont rendus coupables de crimes contre l’humanité, au Rwanda comme au Burundi, mais il est tout aussi vrai que nombre de Hutu et de Tutsi ont aussi donné la preuve de leur commune humanité : combien de Hutu, en 1994, ont risqué leur vie pour protéger celle de leurs voisins Tutsi ?

Combien de Tutsi, en 1972, à l’instar de Boniface Kiraranganiya, n’ont pas hésité à dénoncer les crimes du gouvernement Micombero, et à protéger leurs amis Hutu ?

Ce que dit Benjamin Stora (2002) des ‚ retrouvailles de la mémoire “ en Algérie, s’applique aussi au Burundi : ‚ Elles permettent de regarder l’histoire en face, de pouvoir l’écrire, mais elles sont aussi révélatrices de problèmes. Le risque existe d’une apparition de mémoire communitarisée où chacun regarde l’histoire de l’Algérie à travers son vécu, son appartenance familiale. Ce regard particularisé ne permet pas le métissage des mémoires pour éviter que l’histoire ne se rejoue. Un retour problématique répète le cloisonnement des mémoires où chacun vient disputer une date, un lieu
de commémoration. “

‚ Pour liquider les peuples, on commence par leur enlever la mémoire “, nous dit Milan Kundera dans son Livre du rire et de l’oubli. Mais alors quelle mémoire restituer ? Deux écueils sont à éviter, celui de la mémoire sélective et celui qui consiste à niveler les crimes. La première évacue du souvenir les crimes des uns pour mieux souligner ceux des autres. Le danger de cette mémoire sélective est apparu de manière particulièrement choquante au Rwanda lors des récentes commémorations du génocide rwandais, où seule fut saluée la mémoire des victimes tutsi. Exclus de cet hommage commémoratif, aucune parole, aucun geste ne vint rappeler aux prières du public la disparition de dizaines de milliers de Hutu, les uns massacrés par les milices d’Habyalimana, les autres par les troupes du FPR. Claudine Vidal (2001) est parmi les rares observateurs à avoir relevé cet ‚ oubli “ : ‚ Les commémorations du génocide, depuis 1996, non seulement excluent du deuil national les victimes hutu des génocides, mais refusent explicitement le statut de victime aux très nombreux autres Hutu qui, sans avoir été des bourreaux, furent massacrés à titre de représailles et pour instaurer un climat de terreur [...]. Comment parler de réconciliation si l’exposition des squelettes consiste à rappeler à certains que les autres ont tué les leurs ?

C’est maintenir les uns dans une position de culpabilité éternelle, ce n’est pas seulement raviver la haine chez les autres, c’est ne pas permettre à leurs plaies de se cicatriser. La haine grandissante d’un côté, de l’autre la peur permanente. “ N’est-ce pas aussi le danger qui menace le Burundi lorsque le pouvoir ne cesse d’attirer l’attention sur le génocide commis par les Hutu à la suite de l’assassinat de Ndadaye, mais ne souffle mot de celui de 1972, infiniment plus dévastateur par le nombre de victimes ?

C’est tout aussi injuste d’invoquer un principe d’équivalence qui consisterait à mettre à égalité dans le crime les victimes et les bourreaux. S’il est vrai que le nombre des victimes de 1972 est très largement supérieur à celui des Tutsi massacrés au Burundi en 1993, il est non moins évident, même
si les chiffres restent encore très approximatifs, que l’échelle des tueries commises contre les Tutsi en 1994 dépasse de loin les massacres de Hutu au Rwanda. Certes l’horreur ne se mesure pas par des chiffres. Mais comment ne pas admettre, avec Pascal Bruckner (1995 : 224) ‚ qu’il est des degrés dans l’infamie, que tous les meurtres ne se valent pas “.

Le moment est venu de restituer leurs mémoires aux communautés hutu et tutsi, une mémoire ni sélective ni vengeresse, mais une mémoire ‚ métisse “ qui maintienne vivante la commune humanité des uns et des autres. Et ceci pour mieux les libérer du cancer de l’ethnisme et du fantasme, en un mot pour faciliter le travail de conscience qui s’impose à tout un chacun. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, qu’un nouveau Burundi pourra renaître des cendres de son passé.



2. Très contestable, en revanche, est l’affirmation d’Augustin NSANZE (1998 : 121) selon laquelle la rébellion ‚ comportait aussi des éléments banyamulenge, donc d’anciens Tutsi Rwandais. Ceux-ci auraient été utilisés par le pouvoir de Bujumbura pour suivre les préparatifs des rebelles et concevoir une répression en conséquence “. Malgré l’emploi du conditionnel, c’est avec la plus grande réserve qu’on doit accueillir cette information.

3. Les milices Sans-Échec et Sans-Défaite et espèces apparentées, coupables de douzaines d’assassinats de Hutu Bujumbura, sont les descendants directs des jeunesses rwagasore. Voici comment un journaliste belge les décrivit en septembre 1967 : ‚ Ces jeunes gens, le plus souvent sans armes, barrent les routes, arrêtent le trafic parfois durant des jours, molestent, injurient, enlèvent des adversaires politiques, sans provoquer jusqu’ici de véritables réactions du gouvernement, qui paraît les redouter. Progressivement incontrôlables, ces milices jouent au Burundi le rôle que jouent au Congo (Brazzaville) les JMNR et à Kinshasa les JMPR, masses de manSuvre qui peuvent se retourner contre leurs initiateurs mais qui, en attendant, procurent aux chefs politiques le personnel des basses besognes dont ils ont besoin. C’est ainsi que la vague d’enlèvements dont sont surtout
victimes les Hutu qui sévit maintenant à Bujumbura doit leur être attribuée “, Le Soir, 16 septembre 1967.

4. Notons en passant l’affirmation totalement fantaisiste du Colonel Albert Shibura dans son livre Témoignages : ‚ C’est la CIA qui a envoyé Ntare à Kampala, en compagnie de ses agents et qui a obligé Idi Amin, sa créature, de le livrer au Burundi “ (cité in NSANZE 1998 : 14). En fait tout donne à penser que l’opérationfut menée par ses soins, en collaboration étroite avec le ministre de la Justicede l’époque, Artémon Simbananiye, le véritable chef d’orchestre du génocide,depuis lors reconverti en ‚ born again Christian “.
5. Le Soir, 25 mai 1972.

6. Information extraite des télégrammes confidentiels envoyés au Départementd’État par l’ambassade des États-Unis à Bujumbura, 25 mai 1972. Plusieurscentaines de ces dépêches font partie de ma collection de documents sur leBurundi. Ils sont disponibles auprès de la bibliothèque de l’université de Floride.(Lemarchand papers, American Embassy Cables, Box 11. website : www.uflib.ufl.edu/cm/africana/fulltext.htm).

7. 27 mai 1972.

8. Quelques données sur les arrestations et les départs dans les écoles secondaires et supérieures du Burundi : événements du 29 avril 1972 et des mois de mai et juin ; liste arrêtée le 2 juillet 1972. Comme le précise ce document, les données qui suivent ne sont pas complètes : ‚ Les chiffres donnés sont des chiffres minima. Pour certaines écoles, nous n’avons pas ou peu de renseignements précis. Toutefois la liste est assez complète ; s’il y a des corrections à faire, elles obligeraient surtout à augmenter les chiffres “ (Lemarchand papers, University of
Florida, op. cit.).

9. US. Embassy cables, no 1028, 25 juillet 1972. Lemarchand papers, op. cit.

10. 25 mai, ‚ a missionary from the interior fears Hutu may be reaching breaking point [...]. Increasing number of educated Hutu in eastern Burundi have fled towards Tanzania border [...] “ ; 26 mai, ‚ no respite, no letup. What apparently is a genocide continues. Arrests going on around the clock. Charge d’affaires’laundry boy fled JRR band last night, says they are killing most Hutu on the spot [...] “ ; 11 juillet, ‚ Tutsi reprisals unabated in interior but have slackened somewhat in Bujumbura [...]. In north Hutu take cover upon arrival of any vehicle, reflecting pervasive fear. Tutsi continue to be haunted by fear for their own survival no matter how casually they may saunter around. Hutu males normally go at a dogtrot in groups of 7 or 8 as night approaches [...] “ ; 21 juillet,‚ in two days following July 14 three new ditches filled with Hutu bodies near Bujumbura airport. Arrests have continued throughout the week in Bujumbura, in the hills around town, in Ngozi region and in central Burundi. Military unit sent north of Bubanza to carry out widespread organized reprisas “ ; 25 juillet,‚ repression against Hutu is not simply one of killing. It is also an attempt to remove them from access to employment, property, education, and the general chance to improve themselves. In Bujumbura the Hutu who were in prison whenthe new government was named have apparently been executed “ ; 4 août, ‚ killings have not stopped but they have slackened off while arrests continue in almost all parts of the country, with particular concentration on Ngozi “ ; 11 août,‚ we have clear report mass graves near airport again utilized at beginning of week. Prime Minister Nyamoya continuing his stumping of the country “, (ibid.).

12. Le Monde, 11 juin 1972.
13. Le Monde, 8 juin 1972.
14. Le Soir, 4 octobre 1972.
15. Ibid.
16. Ibid.

17. La présence de la Chine communiste à Bujumbura est signalée dans un documentconfidentiel d’octobre 1964, probablement d’origine missionnaire, destiné aux chancelleries occidentales : ‚ L’emprise des Chinois communistes devient chaque jour plus forte. Bien que leur objectif principal soit la conquête du Congo à travers l’aide qu’ils donnent aux rebelles et à tous ceux qui s’opposent au gouvernement de Léopoldville, ils ne négligent pas leur action au Burundi même [...].Les champs d’action et d’influence des Chinois sont multiples ; ils font montre d’une grande activité et d’une remarquable puissance de séduction. Ils misent à fond sur les sentiments anti-américains et anti-belges des Barundi ; et par ce biais, ils arrivent même à des positions tolérantes à l’égard de leurs activités chez certains membres du clergé local. Les hommes politiques sont, évidemment,l’objet de leur attention, et ils ne manquent pas de leur faire des cadeaux importants pour obtenir leur sympathie et leur appui [...] “, L’action communiste auBurundi (octobre 1964), archives personnelles. L’assassinat du Premier ministre hutu, Pierre Ngendadumwe, en janvier 1965, est à mettre en relation directe avecla pénétration chinoise au Congo : c’est pour s’être opposé à voir le Burundi devenir le point de transit des armements chinois à destination de la rébellion‚ muleliste “ de 1964-1965 que Ngendadumwe devint la cible des Tutsi ‚ durset purs “ de l’Uprona. Notons pour mémoire que de nombreux réfugiés tutsi dela révolution rwandaise rallièrent la rébellion, et que c’est un réfugié tutsi duRwanda qui fut chargé de tuer Ngendadumwe, à la sortie de l’hôpital rwangasoreoù sa femme venait d’accoucher

18. Le résumé de cet extraordinaire colloque m’a é




Burundi, 2007-04-29 (Cahiers d’Études africaines, 167, XLII-3, 2002, pp. 551-567.) -

René Lemarchand

23:43 Écrit par victor ntacorigira dans Actualités, Communiqués, Rapport, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |