27/07/2011

Dire les faits et nommer le drame

 

Suisse : Commémoration du génocide des Hutu du Burundi.

Mis en ligne: admin mai 6, 2009

Source : Burundibwacu.org

Génocide de 1972 contre les Bahutu au BURUNDI

Dire les faits et nommer le drame.

Depuis cette fatidique nuit du 29 avril 1972, le Voile noir couve toujours sur cette créature, le Burundi de ce Murundi.

Ce Murundi primitif et vigoureux, qui, “..A peine le feu créé par la puissance imaginaire de l’homme, (…), s’est attaqué à la forêt immense, terrible, menaçante, il l’a éloigné par le feu, le pays est devenu habitable, arable, une herbe fraîche a poussé, des pâturages immenses, sans limites, un tapis de verdure était uniformément couché, sur des collines inviolés, belles comme des reines, penchées comme une vierge qui salue son père. C’est ce spectacle qui a attiré les belles vaches orientales, ces bêtes hautes comme des chevaux de course, majestueusement comme la rein de Saba. Arrivés dans ce pays de rêves, leurs pasteurs n’ont plus continué leur voyage mille fois séculaire (…). Ils ont noué conversation (…). Tous dansaient leur joie dans l’existence” (…) sur cette terre “riante de soleil de gaieté et de beauté”.

C’est ainsi que Michel Kayoya, cet autre Murundi, né quelque part dans ce Burundi verdoyant, aimait raconter la belle histoire de ce peuple, peuple uni, sur une terre qu’il a appris à dompter et à embellir.

Et pourtant, les forces du mal ont fait de cette terre un enfer. Ce Murundi Michel Kayoya, créature de Dieu comme d’autres centaines de milliers d’autres créatures, hommes, femmes et enfants, ont été cruellement massacrés parce que la nature créatrice a voulu qu’ils naissent Hutu.

La terre les a sauvagement englouti, parce que jetés dans l’anonymat des fosses communes, ici et là, à travers le Burundi, dans la quasi indifférence du monde libre, ce monde profondément horrifié par la terreur nazi et qui avait juré : plus jamais ça ! Et pourtant…

Pour honorer la mémoire des nôtres emportés par cette folie meurtrière des hommes, on se doit de témoigner : dire les faits et nommer le drame, refuser et combattre la banalisation de ce crime, se battre pour qu’enfin justice soit rendue. Les veuves, veufs, orphelins pourront enfin faire le deuil des leurs dans la dignité.

Trente sept ans après, les faits sont toujours niés, la vérité étriquée à travers une forme de banalisation qui interdit toujours aux veuves, orphelins et survivants le droit de faire le deuil, d’honorer la mémoire des leurs.

C’est ainsi qu’on parle – encore- de ce génocide en terme d’événement ou de “désastre naturel”, - “ikiza”- .

Oui, ce génocide contre les Bahutu du Burundi est un désastre. Il s’agit d’un désastre que le pouvoir de Michel Micombero a créé. Parce que le génocide, rappelons-le, est un crime d’Etat et que ce genre de crime est commis de sang froid, sur un ordre donné délibérément par les détenteurs d’un pouvoir politique despotique . Point alors n’est besoin de nommer les faits, les rappeler et dire qu’en 1972 et durant les années antérieures, le Burundi est sous un régime dictatorial avec un Parti-Etat, l’UPRONA, caractérisé par une confusion totale entre le pouvoir politique et le parti.

Le despotisme, rappelons-le, est à son apogée à la veille de 1972. D’une part, la purification ethnique au sein du pouvoir opérée dès le lendemain de l’indépendance a atteint son paroxysme en 1972. Le pouvoir est exclusivement aux mains de l’élite Tutsi, avec une dominance Hima, sous clan tutsi avec un capitaine à la tête, Michel Micombero. Les quelques éléments hutus au sein de l’armée ne font pas le poids. Le contrôle des médias, celui de la diplomatie est assuré par des hommes du pouvoir. Il n’est pas inintéressant de rappeler qu’une partie de l’élite, majoritairement hutu, dont des élus, avait été massacrée en 1965. D’autres cadres du pays, hauts officiers de l’armée et cadres civils, exclusivement hutu, avaient été aussi exécutés en 1969 après une parodie de justice dont personne ne saurait dire actuellement où sont gardés les procès verbaux des jugements y relatifs .

Il n’est pas superflu, encore moins intéressant de rappeler que nous sommes dans un contexte très particulier où la guerre froide bat son plein. Les puissances, garants d’un certain ordre mondial, s’intéressent peu à ce qui se passe au Burundi et donc, l’outil de propagande n’a pas de difficultés à se déployer et à produire les faits escomptés : désabuser l’opinion internationale.

Parallèlement, le Burundi compte une grande masse populaire non scolarisée et faiblement politisée, un aspect qui aura son importance dans la manipulation de l’information à l’intérieur du pays.

Le 28 avril 1972, la veille de la date fatidique, le chef de l’Etat a dissout son gouvernement. Il est désormais le seul maître à bord avec ses lieutenants et idéologues. Dans la foulée, le monde apprendra que des assaillants ont attaqué des populations Tutsi dans Rumonge, le sud du pays et comme un effet de boule de neige, c’est l’hécatombe dans tout le pays.

Dès le 29 avril 1972 le Burundi sombrera dans l’horreur. La chasse à l’homme se mettra en action. A base des listes pré-établies, des étudiants des écoles secondaires et de l’Université seront arrêtés et exécutés dans la foulée. A travers le pays et dans les administrations, hommes, femmes, enfants, commerçants et de simples paysans, fonctionnaires de l’état, militaires, homme et femme de l’église seront arrêtés, torturés et exécutés, parfois enterrés vivant dans des fosses communes par la seule faute d’être nés Hutu.

Cela s’est passé comme ça à Bujumbura et dans tout le reste du pays. Des hommes ont tué leurs voisins de la colline. Des militaires ont tué leurs compagnons d’armes. Des élèves ont livré et tué leurs camarades d’école. Des femmes - qui donnent la vie-, ont donné la mort et parfois en livrant au bourreau leurs maris - les êtres censés être chers pour elle- …Ainsi des citoyens ordinaires de ce pays, le Burundi, sont devenus pour la circonstance, les bourreaux de ” leurs semblables”…

Outré par l’ampleur de ce génocide, le chanoine Piccard, de retour du Burundi, s’adressera ainsi au président du Burundi : Monsieur le président, “… Vous êtes en train de stériliser une race et, à travers elle, tout un peuple. Seuls, les “purs” (c’est-à-dire quelques-uns des Batutsi) ont le droit de survivre et de régner. ” .

Comment les idéologues de ce crime ont-ils fait pour embrigader une grande partie du peuple burundais dans l’engrenage du crime ? Il faut d’abord comprendre que le génocide est un processus et une construction, certes macabres. C’est toujours l’œuvre des intellectuels. C’est une entreprise -imaginaire- de prévention de la violence des autres contre sa propre intégrité, ce que le pouvoir en place au Burundi dans les années 1972 a appelé “le péril Hutu”.

De ce peuple, jadis, dansait la joie dans l’existence, les idéologues du mal sont parvenues à les catégoriser et à les définir en « Nous, les Tutsi » , qui doit se protéger et en « Eux, les Hutu », un ennemi à combattre et à éliminer.

Cette construction et mise en scène macabre d’un ennemi imaginaire sera l’œuvre des intellectuels et penseurs du régime du capitaine Micombero. Des cadres hutu essayeront, en vain, d’alerter l’opinion sur le drame qui se préparait. Dans ses tentatives de stopper l’engrenage du crime, devenu quasi inévitable au vu des agissements des idéologues de ce génocide, le Commandant Martin Ndayahoze, Hutu, Ministre de l’information alertera ainsi le président Michel Micombero. “…Face au principe tutsi d’autodéfense, les Hutu trouvent que les Tutsi ont inventé des thèses du “péril hutu” et de la “lutte pour la survie” pour créer des occasions de les torturer et de prolonger ou perpétuer leur domination. “

Il aura également le courage de désigner le chef des idéologues à savoir Simbananiye Arthemon, Ministre des affaires étrangères du Burundi au moment du génocide, de créer et de renforcer les antagonismes sociaux au sein d’un peuple, qui au départ n’aspirent qu’à vivre en paix.

Dès la nuit du 29 avril et les jours qui ont suivi, le pouvoir a déployé tout ce qu’il disposait comme outil de propagande et d’appel au meurtre. Face à une partie de la population suffisamment conditionnée à la cause des idéologues du crime, le passage à l’acte se fera sans remord et ce, d’autant plus que, l’ “Autre, le Hutu” à détruire est devenu absolument différent. Il est représenté comme totalement ennemi, n’ayant plus rien d’humain, diabolisé, animalisé et réduit à une simple chose.

A travers la radio dite de la révolution, média devenu pour la circonstance outils de propagande du génocide, du hutu, on lui ôtera de ce qui rend humain.

Il sera déshumanisé. C’est ainsi qu’il- le Hutu- sera désigné comme quelqu’un de “Inyankaburundi/ ennemi de la nation”, “Muleliste, homme de petite taille, laid, drogué, qui tue sans scrupule”, ” Umumenja/complice du regicide”, “la holde au service des impérialistes” etc…

Quoi de plus rationnel pour se débarrasser de ce genre de chose, qui hier étaient des humains ? Voilà comment cette violence a été canalisée, orientée et construit contre les Bahutu et a pris très rapidement la forme d’une action collective, que l’État du Burundi - avec tout ce qu’il avait comme outil de propagande et par la mobilisation de ses agents- a impulsée.

Le journal “Le monde” relatera ainsi l’état de la situation : “… Excités par la Voix de la Révolution, qui encourage « les forces vives de la nation à débusquer les ennemis du peuple », les Tutsis, surtout les membres du parti Uprona, dénoncent tous les Hutus qu’ils connaissent, collègues de travail, subordonnés, supérieurs, voisins, condisciples..”.

“…L’ENS a perdu soixante élèves (tous Hutu), l’UOB cent étudiants (tous Hutu). Le massacre continue. Par camions entiers on charroie, nuit et jour, des cadavres. On arrête tous les « suspects ». On les oblige à se dévêtir. On les fait coucher à plat ventre, les mains derrière la nuque. On les cogne à coups de crosse, de bâton, de pierres. On les torture. Puis on les transperce à la baïonnette. Les bulldozers font le reste. Sans parler des innombrables règlements de comptes ! Dans les écoles, les élèves tutsi assassinent leurs camarades à coup de pierres, de machette, de bâton…

La J.R.R., constituée en groupes d’autodéfense, « ratisse » les collines, tue les gens, incendie les fermes…”

Y’a-t-il un crime sans criminels/ un génocide sans génocidaires ?

Trente sept ans après, mon constat est toujours amer.

Pour conclure mon propos, je m’autorise de sortir de l’anonymat ne fut-ce que ces quelques noms, parmi les centaines de milliers.

Ntikajahato Grégoire et Kinyarugunda étaient mes voisins sur cette colline de Budagari. Ils ne savaient ni lire ni écrire. Un jour du mois de mai, Pontien, l’administrateur de la commune Muramvya les a convoqués. Nous les avions plus revus.

André de la même colline, fils de Nzigo avait étudié à l’ETS. Il a été tué, un jour du mois de mai 1972. Fabien, mon oncle, lieutenant dans la gendarmerie est parti au travail. Il n’est jamais revenu. Léopold, le frère à ma mère, ne savait ni lire, ni écrire. Il est disparu gratuitement, un jour du mois de mai 1972. Le mari de Renata, ma tante, et ses deux enfants, ont été tués, un jour du mois de mai 1972.

Pontien, de Nyagisozi, aimait dormir chez nous quand la rivière Mucece, l’empêchait de rentrer. Etudiant à l’Athénée de Bujumbura, il a été embarqué dans un camion militaire avec des centaines d’autres étudiants. Nous ne l’avons jamais revu.

Evariste Gahungu, frère de Gashaza Alfred, travaillait à la Brasserie. Arrêté et conduit dans un camp militaire. Il y a été tué.

Sylvana Ndayambaje, tante d’Alfred travaillait au ministère des travaux publics. Elle a subi le même sort que son neveu Evariste. Gatwa Daniel, le papa à Jacqueline, a été assassiné un jour du mois de mai 1972.

Yahiba, ce commerçant de Muramvya, Louis, ce policier, Siro et son frère de Saga (commune Mbuye), Rwenda ce pauvre paysan, Emmanuel, cet enseignant de l’Ecole primaire officiel à Muramvya et beaucoup d’autres, sont stockés dans des fosses communes à Rwasazi, tout près de la prison du même nom, où ils ont transité, avant d’être tués.

Nestor Ntirandekura de Buhangura, était militaire, tout comme le fils de Rwena de Murama. Ils ont été tués par leurs compagnons d’armes. Je pense aussi à ce papa de B.B -de ses initiales- parce qu’il l’a souhaité ainsi. Il repose quelque part sous la terre de Saswe à Kibumbu, parce que à Saswe, l’hécatombe a eu lieu.

Et puis, il y a Michel Kayoya et ces dizaines d’autres religieux et religieuses et bien d’autres anonymes.

Non, Mesdames et Messieurs, ces hommes, ces femmes et ces enfants étaient des Bahutu. Ils portaient un nom, une identité parce que fils et filles de cette nation.

Ils n’étaient pas “Mulelistes/ Ba Mulele”

Ils n’étaient “Abamenja/ coupable du régicide”

Ils n’étaient pas des “Ennemis de la Nation/Abansi b’igihugu”

Ils n’étaient pas “Twa Mujeli/ Ces petits bestioles”

Ils l’ont été, parce qu’il fallait les déshumaniser pour les rendre des choses. Ils ont été victimes d’un génocide.

Pasteur Nshimirimana

Le 29 avril 2009.

 

 

 

 

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00:38 Écrit par victor ntacorigira dans commémorations, Pasteur Shimirimana, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/07/2011

Coup de baïonnettes pour un nouvel ordre social

Burundi - Genocide'72 : US and KISSINGER & Burundi'72

AGNEWS thanks Yves Mr. and Yves Geoffrey N.
Sources of these historical documents:
http://www.state.gov/r/pa/ho/frus/nixon/e5/c15651.htm
This document allows Burundian justice or (international) to seize itself of this file. The current Burundian State has from now on an official proof of the “mouth” of the US that a genocide took place in Burundi in 1972 well. Certain characters as “Simbananiye” (still alive) are quoted. Again, it is noticed that FRANCE officially supported the GENOCIDARY REGIME of MICOMBERO. For this 35 birthday of the genocide, downgrading of these documents of the Secretariat of US State for although the genocide of the HUTU of Burundi with good take place.

 

Rapportés par des témoins rentrés en Belgique/Des récits effroyables sur les massacres au Burundi/Les enfants seraient pris dans les écoles pour être exécutés
Dans cette sinistre hiérarchie de la liquidation, ils en étaient, la semaine dernière, à venir enlever dans leurs écoles techniques des élèves de 14 à 17 ans et commençaient à s'en prendre aux femmes et aux jeunes filles. Il y a une huitaine de jours, les estima tions les plus sérieuses du nombre des victimes du génocide allaient de cinquante mille à cent mille. Mais depuis lors le massacre s'est' poursuivi. Notre confrère de la B.R.T., M. Geerts, a vu, à Bujumbura, des captifs étendus en couches super posées dans un camion, emmenés vers le lieu de leur supplice. Une heure après le couvre-feu, chaque soir, il voyait des camions chargés de cadavres roulant en direction du champ d'aviation à proximité duquel une fosse commune se comblait peu à peu de corps.

 Les témoignages se multiplient /La population Hutu du Burundi est l'objet d'une liquidation systématique /Il y aurait entre cinquante et
cent cinquante mille morts

Cependant, les témoins rapportent que la répression contre les Hutus a dépassé en horreur cette révolte. On cite les cas de petits élèves hutus qu'on irait chercher dans les écoles pour les tuer. Des centaines de personnes seraient soumises à des séances de matraquages par des membres des Jeunesses révolutionnaires. Les blessés seraient laissés sur place jusqu'à ce que mort s'ensuive. A Bujumbura, l'armée s'ést emparée d'étudiants hutus et les ai mis à mort dans les camions qui les emportaient, parfois à l'arme blanche. Des professeurs hutus ont également été massacrés. Cette répression systématique ne viserait pas seulement les élites, mais également les éléments hutus qui, au niveau du primaire et du secondaire, en étaient au stade de l'alphabétisation.

  Comment porter secours aux Hutus encore vivants par CÉLINE COSSETTE

On dresse les premiers bilans de l'hécatombe et une horrible arithmétique officielle répartit même les victimes par zones géographiques. Avec toujours un même total 50 000 morts. "En vérité les massacres ont été beaucoup plus importants que ne l'admet la version officielle. Et ils continuent encore avec cependant un peu plus de discrétion." "Selon nos sources, la tuerie aurait fait 200.000 morts et constituerait l'horrible aboutissement d'un plan conçu par un ministre du colonel Micombero, M. Artémon Simbananiye , que l'on retrouve à chaque étape de la répression contre les Hutus. Un "plan diabolique", échafaudé en juillet 1967, visant à amener les deux ethnies (Tutsis 15% et Hutus 85%)à égalité."

 

GÉNOCIDE SÉLECTIF AU BURUNDI
Voici comment Jeremy Greenland décrit le déroulement des opérations de nettoyage: Des Tutsi de l'endroit arrivaient au lieu dit, appréhendaient instituteurs, dirigeants de mouvements ecclésiastiques, infirmiers, fonctionnaires, commerçants, Hutu, et leur faisaient signe de monter dans leurs Land-rovers. Des bandes de Tutsi ratissaient les faubourgs de Bujumbura et emmenaient des camionnées de Hutu vers une destination inconnue. Durant tout le mois de mai et jusqu'à la mi-juin les excavatrices fonctionnaient chaque nuit à Gitega et à Bujumbura, aménageant les fosses communes. Dans les écoles secondaires les maîtres assistaient impuissants aux ratissages d'étudiants ... Ceux qui étaient arrêtés étaient pour la plupart liquidés la nuit même, souvent dévêtus et assommés à coups de trique sous les bâches des camions avant même d'arriver à la prison, puis achevés sur place, à la nuit tombante à coups de gourdins. Il ne fallait pas qu'on gaspille inutilement des cartouches.

Un "Génocide selectif"
("Le Peuple", 29 novembre 1972)
D'après le Père Boon, prêtre beige, professeur à l'université de Bujumbura durant les tragiques événements de mai. dernier, on peut parler de "génocide sélectif ". 150.000 à 200.000 personnes sont mortes, parmi lesquelles toute, élite Hutu (ministres, fonctionnaires, étudiants) et la jeunesse Hutu se voit refuser l'accès aux écoles.

M.Eyskens: "un véritable génocide au Burundi"
(La Cité, 21-22 mai 1972)
Les informations que nous publions, depuis quinze jours, sur les horribles massacres perpétrés au Burundi viennent d' être confirmées par le gouvernement beige.Hier, à l'issue dit Conseil des ministres, M. Eyskens - qui. la semaine dernière déjà, avait souligné le caractère dramatique de la situation - a déclaré que " le gouvernement avait pris connaissance d'informations complémentaires indiquant que le Burundi n'est pas confronté avec une lutte tribale, mais avec un véritable génocide" !

Génocide
(Le Peuple, 25 mai 1972)
C'est M. Eyskens qui, à l'issue du conseil de cabinet de vendredi dernier, parlait de -génocide - un mot qu'un Premier ministre n'emploie pas à la légère. L'ambassadeur belge a été rappelé en consultation. La presse belge publie des témoignages «privés» mais directs, qui tous font état de massacres compris parmi les étudiants et compris parmi les étudiants et les élèves des écoles. Des camions transportent les corps vers les charniers. Les estimations les plus " modérées" font état de milliers de morts, sinon de dizaines de milliers.

Le génocide des Hutus se poursuit dans le plus pur style hitlérien.
C'est ainsi, disent nos correspondants, qu'on casse les membres des victimes pour les faire tomber puis on les achève en les écrasant sous les roues de camions ou encore on les parque dans des camions pour les y tuer par un système d' électrodes dès avant d'aller' les enfouir dans des charniers. Ce ne sont là, que es exemples, entre autres, cités par nos informateurs

Naufrage au Burundi
Ligue Belge pour la Défense des Droits de l'Homme./ Section de Louvain.Septembre 1972 Ed. resp. G. Beauthier, B. Dejemeppe./
On a tué. On a tué tous ceux qui auraient voulu lever la tête on a tué dans les universités, dans les écoles jusqu'au niveau de l'enseignement primaire. On a tué dans l'administration, du Ministre au petit employé. On ne saura jamais combien. Au moins 150,000 personnes, Hutu pour la plupart. Dans ce pays sans statistiques et sans informations libres, comment pourrait-on savoir ? Qu'importe.

TÉMOIGNAGES SUR UN GÉNOCIDE (Le Monde)
Plusieurs lecteurs, témoins des troubles au Burundi, nous adressent des précisions sur les massacres qui, selon le premier ministre belge. M. Gaston Eyskens. ont pris les proportions d'un " véritable génocide " ("le Monde" du 26 mai)... Depuis une semaine, la répression qui fait suite à la rébellion du 29 avril s'est considérablement aggravée. Elle prend l'allure d'une élimination systématique des intellectuels hutus, et, en général, de tous ceux qui savent quelque chose ou possèdent quelque bien. Dans la capitale, les arrestations et les exécutions sommaires se poursuivent. Excités par la Voix de la Révolution, qui encourage « les forces vives de la nation à débusquer les ennemis du peuple »,les Tutsis, surtout les membres du parti Uprona, dénoncent tous les Hutus qu'ils connaissent, collègues de travail, subordonnés, supérieurs, voisins, condisciples... Quarante-cinq noms figuraient sur la liste des arrestations, mais une vingtaine d'élèves en fuite n'ont pas répondu à l'appel.

 UN JOURNALISTE BELGE CONFIRME QU'UN VERITABLE GENOCIDE A LIEU ACTUELLEMENT AU BURUNDI

Le journaliste a affirmé que des camions ont transporté de nombreux corps qui ont été inhumés près de Bujumbura. Même des étudiants de 15 ans auraient été exécutés, selon lui. A l'issue du Conseil de cabinet de vendredi dernier, on s'en souvient, le Premier ministre, M. Eyskens, avait déclaré que la situation au Burundi était particulièrement alarmante et qu'on était, en réalité, confronté à un gigantesque génocide.

 La répression contre les Hutus'est déchaînée le 7 mai après un appel lancé à la radio (Source: La Libre Belgiques,29-05-1972)
Les événements qui se sont déroulés et se dérouleraient encore au Burundi, apparaissent d'une extrême gravité. En dépit du black-out systématique imposé par les autorités, on commence à avoir des détails - grâce aux témoignages d'Européens qui ont quitté le pays récemment - sur le véritable génocide que l'armée, la police, les militaires du parti unique et la « jeunesse révolutionnaire » ont entrepris à l'encontre des Hutu.

 La répression contre les Hutu

Un appel à la radio : Le dimanche 7 mai, au matin la radio a annoncé que les tribunaux militaires, ayant siégé le samedi, avaient prononcé plusieurs condamnations à mort sans en préciser le nombre et que les jugements avaient été aussitôt exécutés. Mais la radio a demandé aussi aux militants du parti unique, l'UPRONA, et à la "jeunesse révolutionnaire RWAGASORI" de demeurer vigilants, d'arrêter tous les suspects, au besoin de les désarmer et de les livrer aux autorités militaires...Le dimanche matin, aussitôt après l'appel lancé par la radio, la jeunesse révolutionnaire et les militants du parti ont procédé à des arrestations dès la sortie de la messe dans plusieurs localités. lis ont également arrêté, dans les hôpitaux, des infirmières, et des médecins africains. L'un d'eux a été battu à mort. Lorsque sa femme, mère de huit enfants, est venue proposer un matelas pour son mari, les gardes lui ont dit qu'il n'en avait plus besoin.

Selon le secrétaire de l'O. N. U.: «Les dimensions de la tragédie au Burundi sont effarantes»/Les efforts de développement ont été gravement affectés

« Le gouvernement du Burundi lui-même, indique le rapport, a informé la mission spéciale que quatre-vingt mille personnes avaient trouvé la mort depuis le 29 avril, et que cinq cent mille autres, parmi lesquelles cinquante mille veuves et des dizaines de milliers d'orphelins, étaient en proie à de graves souffrances et avaient besoin d'une assistance humanitaire. La mission spéciale a également été informée que quarante mille personnes environ avaient cherché refuge au Ruanda, en Tanzanie et au Zaïre, pays voisins du Burundi. »

TÉMOIGNAGES : L'extermination d'une ethnie (Le Monde, 01/06/1972)

L'E.N.S. (2) a perdu soixante élèves (tous Hutu), l'U.O.B. (3) cent étudiants (tous Hutu). Le massacre continue. Par camions entiers on charroie, nuit et jour, des cadavres. On arrête tous les « suspects». On les oblige à se dévêtir. On les fait coucher à plat ventre, les mains derrière la nuque. On les cogne à coups de crosse, de bâton, de pierres. On les torture. Puis on les transperce à la baïonnette. Les bulldozers font le reste.Sans parler des innombrables règlements de comptes ! Dans les écoles, les élèves tutsi assassinent leurs camarades à coups de pierres, de machette, de bâton...La J.R.R., constituée en groupes d'autodéfense, «ratisse» les collines, tue les gens, incendie les fermes.

Des massacres du Burundi - A la prison de Bujumbura,les prisonniers sont exposés au soleil jusqu'à ce que mort s'ensuive ( Le Soir, 25.05.1972)Passant outre à la consigne du silence qui leur avait été donnée par le représentant diplomatique de la Belgique à leur départ de Bujumbura, des ressortissants belges récemment rentrés du Burundi témoignent de l'ampleur du génocide des Hutus mené par les Tutsi, dont une des cinq grandes familles du pays détient actuellement le pouvoir. Il s'agit du groupe des Bahimas du Sud, par ailleurs mal considéré, rapporte-t-on, par les autres grandes familles, royales celles-là.

Le sénateur Edward Kennedy alarmé par les évènements sanglants au Burundi./WASHINGTON. - Le sénateur Edward Kennedy, qui est président de la sous-commisslon sénatoriale pour les réfugiés a demandé ait secrétaire d'Etat, M. William Rogers, de faire preuve publiquement d'une certaine inquiétude au sujet des tueries et des réfugiés, au Burundi.Le sénateur démocrate du Massachusetts a déclaré, devant le Sénat: "Il est désolant de voir qu'après plusieurs semaines de carnage au Burundi, il ne semble toujours pas y avoir de manifestations sérieuses d'inquiétude de la part de certains gouvernements, y compris le nôtre"

Burundi: ce n'est pas fini /Signalons d'autre part que des informations fraîches en provenances du Burundi font état de nouveaux massacres de Hutus.L'indignation dans les pays limitrophes du Burundi est telle que certains se demandent si les présidents Mobutu Sese Seko' (Zaïre) et-Nyerere, ne seront pas amenés à ne concerter pour exercer une pression déterminante sur le ,régime de Bujumbura. Mobutu choqué Le président Mobutu Sese Seko a été choqué, dit-on, d'apprendre qu'il avait été mal informé par M. Simbananye lors de la demande d'assistance militaire burundaise.


Sous la pression de leur gouvernement : Les étudiants hutus du Burundi sont obligés de quitter l'École royale militaire
La persécution des Hutus, leur écartement de la vie sociale et de la vie tout court, se poursuivent au Burundi
en défit des déclarations périodiques de la " Voix de la révolution"; qui annonce le retour au calme, la réconciliation, le pardon.Au moment où la radio de Bujumbura déclarait que le' Procureur général de la République, M. Philippe Minani, avait pris des mesures visant à restaurer l'unité nationale telles que des restitutions de biens aux familles des personnes condamnées, on apprenait que les élèves-officiers hutus de l'Ecole militaire belge devaient quitter cette école de par la volonté expresse du gouvernement du Burundi qui voulait aussi leur extradition. (Voir "La Cité" du 2 octobre). Un grand émoi s'était même manifesté parmi les professeurs et étudiants belges qui craignaient que leurs camarades hutus ne soient ramenés en avion de force et, ainsi, envoyés à la mort.

1972-1997: maccabre anniversaire d'un génocide qui continue

En 1972, le Premier Ministre belge, Gaston EYSKENS, fut le premier Chef de Gouvernement étranger à qualifier cet acte innommable de « GENOCIDE ». Celui-ci n'épargna personne: des ecclésiastiques, aux simples fidèles, des militaires aux civils, des cadres politiques aux enfants d'écoles primaires,... Tous furent touchés ou prirent le chemin de l'exil. Pour couronner le tout, les autorités politiques burundaises expulsèrent tous les témoins étrangers gênants, spécialement des missionnaires et des coopérants.

 

 

00:51 Écrit par victor ntacorigira dans Communiqués, les journaux, Rapport, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/07/2011

Un Tutsi militaire confirme le génocide ,l'état est mis en cause

Il Y A 32 ANS, LA FOLIE MEURTRIERE FRAPPAIT LE BURUNDI

 Par Gratien Rukindikiza et Siméon Barubiriza 

 Les jeunes générations burundaises connaissent la tragédie qui frappa le Burundi à travers les conversations au sein des familles, dans les partis politiques, à l’école, les rares écrits quasiment partisans qui ont circulé, etc… Le nombre des victimes varie selon les sources et les sentiments tribaux, calvaire duquel nous devons nous affranchir. Dès lors, la présente contribution n’a aucune intention de compter ces morts et de part et d’autre, mais nous nous concédons l’honneur d’en laisser la place et la tâche à ceux qui en sont plus dignes que nous. Nous restons convaincus, en effet, que le peuple burundais doit, devra, coûte que coûte, panser ses blessures béantes oubliées par l’histoire des humains, car il est condamné à vivre et à survivre tout uni en tant qu’entité nationale, une, indivisible et unique.

 Les Burundais qui ont connu cette monstruosité n’ont pas eu la chance de rencontrer des psychologues  indispensables pour soigner les séquelles issues de cette barbarie meurtrière. Des centaines de milliers de Burundais sont morts. Des hutu ont été tués parce qu’ils étaient hutu. Des tutsi ont été tués parce qu’ils étaient tutsi. L’histoire est une et indivisible. Elle s’impose aux tutsi comme aux hutu. Hélas ! Il reste toujours des zones d’ombre frappées d’une myopie ethnique, d’amnésie et d’impunité même au sommet de l’Etat… 

Beaucoup de hutu pensent qu’en 1972, seuls les membres de leur groupe ethnique ont été massacrés par le pouvoir en place. Ils vont jusqu’à ignorer, par manque d’informations adéquates, que beaucoup de tutsi ont été massacrés dans la province de Bururi et dans une partie de la capitale Bujumbura par des groupes de hutu organisés qui, armés d’armes blanches par lesquelles ils entendaient couper les blindés gouvernementaux et autres engins militaires modernes, ont envahi le Burundi à partir de la Tanzanie.

En revanche, le pouvoir étatique a massacré les hutu sur toute l’étendue du territoire national, même là où aucun tutsi n’avait été inquiété ; pouvoir qui avait l’obligation matérielle, morale et historique de protéger tous ses citoyens sans distinction aucune. Beaucoup de tutsi pensent, eux aussi par méconnaissance des responsabilités devant l’histoire, que les hutu qui ont été assassinés avaient participé au complot visant les tutsi ; d’autres, suite à  une manipulation ethniste de la part du pouvoir devenant mono ethnique décidé à en finir avec les hutu sur le modèle inverse de la situation rwandaise, celui de  la solution finale anti-péril hutu.

Ces tutsi croient que tous ces hutu fonctionnaires, commerçants, élèves, femmes et filles ont été punis à juste titre pour avoir participé à l’élaboration du plan pour les éliminer ; circonstance que plusieurs hutu, manipulés par une propagande ethniste, réfutent catégoriquement. Pourtant d’autres hutu affirment que le plan a été conçu, élaboré et exécuté par des burundais  réfugiés à Kigoma en Tanzanie depuis 1971.

Plusieurs sources confirment cette version ; mais faute de ne pas devoir entrer en profondeur, nous nous devons de signaler, ici, le livre La Vérité Sur Le Burundi, par Boniface Kiraranganya, auteur, des fois, cité à tort et à travers selon la propagande des utilisateurs.

 Dans toute cette ballade d’opinions contraires selon le groupe ethnique d’appartenance, la justice nationale et internationale ne s’exprime pas et la victime semble bien être la seule détentrice de la  vérité. Par ailleurs, certains faits sont là, clairs, têtus. Les rarissimes miraculés exclus, presque tous les hutu intellectuels, fonctionnaires, cadres des entreprises, officiers, sous-officiers, soldats, commerçants, élèves, etc., ont été tués par l’armée et la gendarmerie après une purge douloureuse et myope.

 Les rescapés ont pu fuir le pays et d’autres ont été cachés par les tutsi. Ils ont été tués pour la simple raison qu’ils étaient hutu et savaient lire et écrire ! Même des paysans hutu ont été trucidés par des milices tutsi affiliées au parti unique Uprona et par l'armée gouvernementale, dans le but « de prévenir les massacres des tutsi » ou mieux, d’endiguer le soi-disant « péril hutu. » Ce n’est pas pour amour des redites, mais que chacun prenne ses responsabilités en faveur ou contre la vérité, la seule qui nous rendra des hommes libres. Le Burundi a été donc vidé des hutu fonctionnaires, étudiants et élèves, militaires, etc. Ainsi, plusieurs appareils étatiques sont devenus monoethnique tutsi. Le cas le   plus flagrant fut l’armée et la gendarmerie.

 Dans tout événement, il y a toujours une histoire cachée et l'histoire réelle. Avril 1972 contient toujours une mine d’informations non explorée. Les historiens burundais, et étrangers qui s'y intéressent, ont encore du pain sur la planche. C’est un travail passionnant, mais difficile car la vision ethniste est toujours aux aguets.

 Au mois d’avril 1972, plusieurs faits se sont succédés à une vitesse vertigineuse et sont à analyser avec les événements en soi, sans parti pris. Quelques jours avant l’attaque de la province de Bururi par les rebelles hutu qui massacraient les tutsi, le Roi Charles Ndizeye est tombé dans un véritable guet-apens et s’est retrouvé au Burundi, à Gitega, alors qu’il croyait survoler l’Ouganda à bord d'un hélicoptère d’Idi Amin Dada, Président ougandais.

 Le plan a été organisé par A.Simbananiye, ambassadeur plénipotentiaire, le tout puissant ministre des affaires étrangères de M.Micombero Président et l’ami de celui-ci, le Président ougandais. Ntare V Ndizeye vivait en Suisse et il était en mission d’affaires en Ouganda. Le jeune roi Charles Ndizeye Ntare V a été assassiné dans la prison de Gitega par des éléments de l’armée commandités par le pouvoir étatique militaire. L’exécution du roi Ntare V a été justifiée par son supposé complot, de connivence avec les rebelles hutu qui auraient voulu le remettre au pouvoir. Cette thèse ne tenait pas, et elle ne tient pas debout d’autant plus que Ntare V, disposé à rentrer au pays en tant que « simple » citoyen, ne voulait pas reprendre le pouvoir et aucune preuve n’a été fournie sur ses contacts avec les rebelles hutu.

 Le Président burundais, Colonel Michel Micombero, a dissout le gouvernement quelques jours avant l’attaque. Ce gouvernement était au courant de cette attaque et il savait qu’un groupe de rebelles s’entraînait au maniement de quelques armes à feu fournies par les mulelistes congolais ; lesquels mulelistes étaient en contact direct avec l’Etat burundais. 

 Micombero a gardé à ses côtés un seul ministre, le tristement célèbre Arthémon  Simbananiye. Certains se demandent même si Simbananiye n’était pas le véritable Président du Burundi en collaboration avec compères André Yanda et autres acolytes. Des soirées dansantes pour les fonctionnaires et les commerçants ont été organisées dans tout le pays le 29 avril 1972, la nuit de l’attaque de Bururi et de Bujumbura par les rebelles « mulele ». Qui a organisé ces soirées ?  Les réponses divergent. Pour plusieurs tutsi, les soirées ont été organisées par les hutu afin de les surprendre. Pour plusieurs hutu, elles ont été organisées par les tutsi afin d’arrêter ceux qui étaient  encore libres. Dans tous les cas, le pouvoir était complice car il ne les a pas interdites.

 Le  Président avait même prévu de participer à cette soirée, au mess des officiers, alors qu’il savait que la situation était explosive. Il a échappé de justesse et son garde du corps, le commandant Kinyomvyi, a été tué à hauteur de la cathédrale de Bujumbura par les rebelles. Le pouvoir a organisé les arrestations et les massacres de plusieurs hutu avant même l’attaque des rebelles « mayi mayi » ou « mulele ». Aucune mesure n’a été  prise pour défendre le pays. Même les officiers de Bujumbura ont échappé par miracle à l’attaque du mess où devait se dérouler une soirée dansante. Pourtant, la ville de Rumonge avait été attaquée la journée. Pourquoi en cette nuit d’insécurité, Micombero voulait-il participer à la soirée dansante des officiers ? Certains burundais pensent que le Président a été manipulé et son sort était déjà scellé. L’attaque des rebelles devait coïncider avec une sorte de changement au sommet, un vrai coup d’Etat musclé et camouflé.  

 L’appareil étatique et son pouvoir coercitif et répressif ont assassiné des citoyens burundais innocents au cours de ces attaques, citoyens qu’ils étaient censés devoir protéger. Dès lors, au moment où le gouvernement était renvoyé, la voie était libre pour celui qui était resté maître de la situation : L'ineffable Simbananiye. Ce nom a été évoqué à plusieurs reprises. Plusieurs politiciens hutu ont alerté le pouvoir sur des événements sanglants en perspective. On peut citer le commandant Ndayahoze, hutu, ministre de l’information et secrétaire général du parti Uprona. Dans sa lettre-rapport portant le numéro 093/100/CAB/68, le plus cité, Ndayahoze a averti le Président d’un complot qui le visait, puisqu’il ne le croyait pas de mèches.

 Que disait-elle cette lettre ? Nous citons, en la note y relative (1). le commandant Martin Ndayahoze, nous limitant à renvoyer le lecteur au livre Hutu, Tutsi, Twa : Pour une Société Sans Castes au Burundi, par M.Mbonimpa, en son superbe article sur ce collaborateur de M.Micombero. Le commandant Ndayahoze a été tué par les militaires du bataillon para à Bujumbura. Nous signalons au passage que le Président Ndadaye a été tué par ces paras dans « leur » camp militaire. Ndayahoze a été emporté par le complot qu’il avait dénoncé quatre ans avant. Les militaires étaient-ils préparés à l’attaque par ces « rebelles hutu » ? Une chose est sûre !

 L’armée était composée de hutu et tutsi. Les hutu étaient majoritaires dans certaines unités. Deux unités d’élites. Le bataillon commando de Gitega et le bataillon para de Bujumbura posaient des problèmes au commandement militaire pro tutsi. Il y avait beaucoup de militaires hutu dans ces deux unités. Au moment où la guerre tournait vers une vengeance ethnique et vers un règlement de compte entre quelques tutsi, le commandement tutsi, après avoir liquidé les officiers supérieurs hutu, avait besoin d’éliminer physiquement les hutu de l’armée, surtout de ces deux unités d’élite. Au cours d’une nuit qui suivit l’attaque de Rumonge, en province de Bururi, des consignes furent données. Tous les hutu furent zigouillés aux poignards, juste pour ne pas gaspiller les munitions et pour ne pas faire de bruits nocturnes.

 La mission suivante fut confiée au bataillon commando, mono ethnique depuis. Celle-ci  était de tuer tous les militaires hutu du bataillon para. Le bataillon para fut envoyé à Nyanza-Lac pour une mission à déterminer sur place. Jusqu’à ce moment, ce bataillon était composé de hutu et de tutsi presque dans les mêmes proportions. Parallèlement à cette mission, le bataillon commando devait camper aux alentours de Nyanza-Lac. En attendant que sa mission lui soit communiquée, le bataillon para devait s’occuper. Par une tactique élaborée de commun accord avec les militaires tutsi du bataillon para, les hutu furent tués au cours d’un match de football entre ces militaires. Après ces deux tragédies, le Burundi a eu « son » armée mono ethnique ! Dans certaines communes comme à Kayokwe, la gendarmerie et une milice tutsi ont profité d’une révolte de hutu (qui n’ont pas commis de massacre) pour tuer systématiquement tous les hutu, jeunes ou vieux qui eurent le malheur de passer aux alentours.

  La répression fut sanglante, aveugle pour ainsi dire. Tous les militaires hutu, une bonne partie des intellectuels hutu, des élèves hutu, etc.,  furent massacrés. Beaucoup d’intellectuels hutu partirent en exil au Rwanda, en Tanzanie, en Europe, au Canada, etc. Plusieurs milliers de tutsi furent massacrés dans le pays par les rebelles hutu. Le commandant Ndayahoze, qui avait dénoncé le plan Simbananiye, fut tué au bataillon para sans aucun jugement, et comme lui tant d’autres. Le bilan fut très lourd. Au-delà des morts physiques, les douleurs morales et psychologiques, la destruction de la cohésion nationale, etc., sont les plaies difficiles mais pas impossible à soigner. Cette année a marqué les esprits ; mais pour combien de temps encore ? Elle continue à hanter les consciences des Burundais jusqu’à nos jours. La tragédie se « termina » par un triomphe éphémère de l’extrémisme tutsi après une lutte décennale contre des moulins à vent.

 Plusieurs tutsi ont cru à tort avoir résolu le problème ethnique en éliminant l’élite hutu. Le 29 avril 1972 est une plaie dans le cœur des burundais. Cette plaie a contaminé le corps, et  les différents massacres qui se sont succédés sont des conséquences de cette maladie non soignée. Ceux qui ont perdu les membres de la famille n’ont même pas eu le « privilège » de les enterrer, de les pleurer.  

 Aujourd’hui, l’histoire burundaise garde les séquelles de cette folie meurtrière. Ceux qui sont nés après 1972 n’ont pas eu droit à une information fiable sur ces événements. Aucun rapport international fiable n’a été rendu pour permettre à tout ce monde de connaître la vérité. Plusieurs hutu évoquent le terme de génocide pour caractériser ces explosions de violences fratricides.

 Oui, il y a eu des massacres, à grande échelle, de membres d’une ethnie : Massacres organisés par un Etat : L’ Etat burundais. Oui, ils ont été d’une ampleur nationale. Peut-on dire que c’est un génocide ? Les éléments cités ci- haut nous conduisent à parler de génocide. Toutefois, la sagesse nous invite à laisser la réponse définitive aux pénalistes et autres conseillers juridiques du gouvernement du Burundi, et de l’ONU de laquelle l’on prétend que toute reconnaissance de crimes de génocide devra porter son cachet. Sur le Burundi et ses Hutu et ses Tutsi, en attente que l’ONU mette fin à son silence éternel, toujours rigoureux et d'or, même trente-deux après car il n’est jamais trop tard… ! nous demandons que justice soit faite en faveur de toutes les victimes des différentes tueries depuis l’indépendance politique jusqu’aujourd’hui.

 A la date d’aujourd’hui, cinq génocides, si pas plus, ont été reconnus par la Communauté internationale ; à savoir : Le génocide des mongols qui a fait 18 millions de morts bien avant la naissance de l’ONU ; le génocide arménien organisé par l’Etat turc, le génocide juif organisé par l’Etat allemand, le génocide inter-ethnique hutu-tutsi rwandais organisé par qui de compétence. La réalité ne s’arrête pas, même pas en cas d’inertie juridique pénale.

 Génocide ou pas génocide, on peut lire utilement l’écrivain François Mauriac ; le pénaliste Raphaël Lemkin, inventeur de ce mot lugubre dérivé du grec en 1944 en ses deux particules : « genos » et « cide », mais il est père de la législation onusienne et de celle du Tribunal Pénal de Nuremberg sur le génocide... (2) ; Pierre Truche et André Kaspi dans Les Cahiers de la Shoah ; le nouveau Code pénal français en son Article 201-1, Livre III ; le Code pénal ivoirien, pour ne citer qu’eux, pendant que l’Etat burundais se tait mais le rwandais est dans la nuit et il essaie peut-être d'y voir un peu plus clair, et les hutu et tutsi burundais se chamaillent sur le sens des mots « gonos » et « cide » ! Est-ce la guerre des mots ? Et pourquoi les Burundais ne se mettent-ils pas d’accord sur leur propre histoire ?

Notes

(1) « On parle même d’un « apartheid » Tutsi en préparation. Qu’en est-il ? Une organisation raciste Tutsi possède un programme d’action dont Arthémon SIMBANANIYE serait l’auteur. Le programme vise l’instauration d’un certain « apartheid » au Burundi. Sa réalisation s’opérerait en trois étapes : 

1. Semer la haine entre les ethnies en noircissant fortement quelques intellectuels Hutu. 

2. Vous faire disparaître physiquement pour plonger le pays dans la confusion et la colère.

3. Tablant sur les faux bruits déjà en circulation, crier haro sur les Hutu pour récidiver les événements de 1965. Alors il ne restera plus qu’à lancer une répression sanglante sur des cibles choisies d’avance et à se montrer très actifs dans l’épuration criminelle pour réclamer le pouvoir comme rançon de son zèle. Après ce coup de balai, l’apartheid règnera au Burundi et le « péril Hutu » sera anéanti à jamais. 

 En conclusion », écrivit le commandant Ndayahoze, « comme l’a constaté le conseil du cabinet du 12 avril 68 dernier, nous nous trouvons en face d’un faux problème mais qui risque de devenir un vrai, car ceux qui dénoncent le « péril Hutu » cherchent par ce truchement de haine à servir leurs ambitions personnelles ou à se maintenir à des places acquises indûment,  comme ceux qui parlent des droits à recouvrer, veulent se hisser à tout prix à des postes convoités (ou à la solde des étrangers). Ce que veut le peuple, c’est le pain, la paix et la justice ; le reste faisant l’objet d’une concurrence loyale. Cependant, si le problème n’est pas traité adéquatement et impartialement pour que la sauvegarde de l’unité soit une conviction appliquée, il deviendra un vrai problème qui compromettra notre révolution. »

(2) Nous ne savons pas ou nous ne voulons pas savoir combien de la contribution originaire du pénaliste, psychologue, économiste et mathématicien polonais d’origine juive est resté d’ influences dans la conception actuelle dont au Code humanitaire pénal de l’ONU sur le génocide. Nous disposons d’une étude concise sur ce sujet. Le moment verra, de la publier, quand les âmes se seraient calmées.