20/07/2011

La plus grande révélation sur le génocide du 29 avril 1972

Les origines du génocide au Burundi
Les Tutsi ont voulu régler le sort des Hutu pour vingt ans

Le Soir

Paul TANNENWALD.

01.06.1972

La victoire des Hutu aux élections de mai 1965 (1) provoque chez les Tutsi une prise de conscience plus inquiète. L'exemple rwandais est plus présent que jamais. L'idée se renforce parmi eux qu'il faut conjurer au plus tôt le"péril hutu". Dès ce moment, les événements se précipitent. Las d'attendre une traduction politique réelle de leur supériorité numérique, (le Premier ministre nommé est un prince féodal, le secrétaire personnel de Mwambutsa et cela au mépris du sens des élections), quelques officiers hutu improvisent à la hàte un coup d'Etat en octobre 1965. Quelques coups de feu contre le palais (le Premier ministre Biha sera blessé), quelques huttes de Tutsi incendiées à l'intérieur du pays, puis c'est l'échec. Le coup d'Etat fait long feu. La répression est confiée à celui qui est aujourd'hui président du Burundi, Michel Micombero. Pour "couper le mal à sa racine", Micombero, sa gendarmerie et des groupes de Tutsi durs réalisent en petit ce qui se fait maintenant en grand : ils traquent et massacrent les leaders hutu les plus influents, décapitent tout net l' essentiel du personnel politique adverse. Cela se traduit par environ trois cents exécutions sommaires. Dans ce pays qui ne possèdent alors que quelques dizaines d'universitaires, des leaders de grande valeur et des cadres précieux sont exécutés.
Dès le coup d'Etat, Mwambutsa s'est enfui en Suisse. Il ne reviendra plus au pays. On peut dire que dès ce moment, la monarchie a vécu : le sacre de son jeune fils Ntare en septembre 1966 n'est qu'un intermède. Ce jeune mondain, plus européen que murundi, ne fait pas le poids devant Micombero et son groupe de Tutsi décidés. En novembre 1966, la monarchie est abolie. La République est proclamée et Micombero devient président.
A ce moment, les Tutsi les plus ouverts au progrès hésitent encore : ne pourrait-on associer les élites Hutu au pouvoir? N'est-ce pas indispensable de dépasser les querelles ethniques pour mobiliser le pays, désespérément sous-développé, autour du seul objectif valable : le développement ? Mais hélas, c'est l'autre politique qui l'emporte : la Tutsisation systématique. Peu à peu, les cadres administratifs, mêmes subalternes (bourgmestres, secrétaires communaux), les autorités locales, l'accès aux écoles et surtout - vu l'importance politique de ce corps -- l'armée vont être " épurés ". En 1969, un pseudo complot est "découvert" : il se traduit par une nouvelle série d'exécutions (soixante cadres hutu environ sont passés par les armes: des officiers, un des rares ministres hutu, quelques autres intellectuels).
Cette politique finit par créer un semblant d'ordre. Le pays est calme car les Hutu se terrent dans un silence craintif. Quelques Hutu restent chargés de responsabilités: ils sont un alibi à la tutsisation. Mais le peuple couve sa rancune et n'oublie pas d'autant que la situation économique est stagnante et que l'Uprona - avec notamment des jeunesses fanatisées - quadrille le pays et surveille toute velléité d'opposition.
A la faveur de ce calme relatif, les dissensions naissent parmi l'élite tutsi dirigeante. Le " péril hutu" , apparemment conjuré, les clivages régionaux, les querelles entre familles aristocratiques, les ambitions de personnes apparaissent, semant la zizanie dans les ailes du pouvoir. Il faut dire que Micombero, " petit" Tutsi originaire du Sud s'est entoure systématiquement d'hommes sûrs, c'est-à-dire d'hommes de sa région. Intrigues et tensions internes occupent les conversations et les activités des dirigeants avec même ce curieux intermède : un procès contre des Tutsi opposants accusés de subversion et condamnés à mort - aboutit à une série de condamnations à mort puis â l'amnistie générale et à la condamnation des témoins. Cela ne fait que renforcer l'amertume des Hutu qui n'ont jamais eu droit à des mesures de grâce lors des "procès" qui leur furent intentés.


L'explosion : la force contre le nombre

Le retour de Ntare - exilé en Suisse et qui demande à venir au Burundi en simple citoyen - est, l'occasion d'une agitation : on agite une menace « réactionnaire » ou «monarchiste ». Peut-être les masses hutu ont-elles vu dans ces événements un espoir de changement ? Peut-être les Tutsi évincés y ont-ils vu une occasion de retour au pouvoir? Toujours est-il que ce retour (fin avril 1972) coïncide avec une tentative de subversion dont les détails sont encore peu connus. En fait, ces événements ne sont que l' "occasion" d'une explosion de colère populaire d'ailleurs localisée dans le Sud principalement. La cause est à rechercher dans la politique des années précédentes. La rancune accumulée par les répressions successives va se traduire par des jacqueries locales : des paysans butu, armés de machettes et aidés par des réfugiés zaïrois, anciens simbas ou mulélistes qui habitent la côte du lac Tanganyika - parcourent la campagne en brûlant des huttes de Tutsi et en massacrant sauvagement environ cinq mille d'entre eux.
Il faut savoir qu'au Burundi, l'idée d'une résistance populaire organisée n'existe pas : rébellion signifie nécessairement surgissement sauvage et mal préparé. Ces bandes de paysans n'ont pas de véritables leaders (et pour cause...). ils n'ont pas d'armes, pas d'organisation, pas d'idéologie. L'aide extérieure est presque nulle (on parle de mystérieux conseillers chinois mais le soutien étranger a certainement été très limité). Ils n'ont que leur rancune et leur pauvreté : ce ne sont ni des Vietcongs, ni des Tupamaros, ni des maquisards. Leurs ennemis sont le plus souvent les petits Tutsi, leurs voisins de collines et non les véritables détenteur du pouvoir. Et c'est le déferlement sanglant et souvent d'une inutile cruauté.
Mais le pouvoir, lui, dispose de la force (l'armée) et de l'organisation. Sa répression sera plus vaste, plus systématique et cyniquement dirigée vers une «solution finale» du «péril hutu ». Face à la rébellion, les Tutsi oublient leurs dissensions et font bloc. Il s'agit cette fois de régler le problème pour les vingt années à venir. On va radicalemept exterminer l'élite et par l'élite il faut entendre tous ceux qui savent lire et écrire ou qui ont quelque influence. «Génocide» qualifie bien cette politique délibérée: fonctionnaires, commerçants, prêtres, catéchistes, écoliers, petits employés, bref tous les hutu qui ne sont pas les simples paysans illetrès des collines sont menacés et souvent sommairement passés par les armes, cinquante mille morts semble un chiffre confirmé officiellement. On imagine ce que cela représente comme saignée dans un pays qui ne comptait que quelques centaines d'étudiants dans l'enseignement supérieur. Des années de scolarisation ou de formation technique sont anéantis en quelques heures. Les Hutu sont, pour longtemps, stérilisés intellectuellement. Les Tutsi triomphent mais sur un pays exsangue.


Un engrenage désespérant

L' auteur de ces lignes au retour d'un séjour de plusieurs années au Burundi, écrivait en 1970 : " l'impasse est tragique : les espoirs frustrés des Hutu et la répression quasi permanente ont à ce point creusé le fossé (...) que tout relachement du strict contrôle politico-militaire risque de conduire à l'explosion sauvage (la machette et l'allumette, armes traditionnelles des jacqueries). Il est vrai que la population n'a aucune habitude de résistance organisée, que les élites hutu ne forment pas une opposition cohérente, que l'art de la guerilla est ignoré toutes les tentatives ont échoué à cause d' indiscrétions ou de dénonciations) mais cela ne durera pas toujours. Du fait d'occasions manquées, il est à craindre que le choix actuel ne soit entre un ordre de privilégiés, soutenu par une police efficace et une armée définitivement épurée de ses éléments Hutu et d'autre part une revanche anarchique à laquelle on accule peu à peu une population déjà écrasée par l'obligation de subsister. Il faudrait à ceux, Hutu ou Tutsi, qui voudraient débloquer cette situation un singulier courage moral, une héroïque volonté d'oublier le passé et surtout des réalisations capables de rendre confiance au peuple et d'orienter les forces vives vers le développement". L'alternative choisie a été la plus sombre : même les Tutsi ouverts qui sont conscients de cette aberration qui consiste à éliminer périodiquement les cadres patiemment formés et à ignorer 85% de la population, sont acculés - tant la haine est profonde - à ce choix absurde : dominer par la terreur ou disparaitre brutalement. Aujourd'hui, à l'ombre des charniers, aucune lueur d'espoir ne transparait...
La Belgique - vu l'histoire et vu son poids sur la destinée ou la simple survie économique du pays - tient en mains un levier important négocier son aide contre une politique qui soit simplement humaine. C'est évidemment de l'ingérence. Mais est-il imaginable que nous fassions comme si rien ne s'était passé et que nous maintenions en vie ce régime qui s'est disqualifié par des actions dont le cynisme défie l'imagination ?

Paul TANNENWALD.
FIN



Le Soir/1.6.1972 (suite)

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18/07/2011

Afin que nul n'oublie...Montréal,le 29 avril 1999

Communauté Burundaise du Canada

Journée du souvenir du génocide

des Hutu du Burundi commis par

l’armée tutsi en avril 1972

 Afin que nul n’oublie...

 Montréal, le 29 avril 1999


"Nés à l'époque précoloniale, entretenus à l'époque allemande jusqu'en 1918, et belge de 1918 à 1962, les antagonismes tribaux qui dévastent la République du Burundi expliquent le génocide dont est victime l'ethnie hutu et dont on ne peut exactement dire ni quand ni comment il prendra fin". (Le Monde, 1er juin 1972).


 

 

Table des Matières

Sommaire..............................................................................................................5

I. Concept de Génocide..........................................................................................6

II. Planification du génocide contre les Hutu...........................................................7

III. Les faits...........................................................................................................8

IV. Indifférence de la communauté internationale...................................................10

V. Recommandations............................................................................................11

Quelques photos des principaux auteurs du génocide de 1972................................12

Annexes: - Coupures de Journaux.........................................................................13

 


Sommaire

Le 29 avril 1972 fut l’un des jours les plus sombres de l’histoire de l’humanité. Ce fut le début du génocide contre les Hutu par l’armée tutsi du Burundi consacrant l’aboutissement d’un plan dit "Plan Simbananiye" élaboré en 1967 sous le régime dictatorial du colonel Michel Micombero (1966-76). Ce plan diabolique visait à amener les deux ethnies (Hutu: 85% et Tutsi: 15%) à égalité numérique. Un plan tristement célèbre qui, malheureusement, continue son petit bout de chemin!

Les témoignages les plus accablants ont été rapportés par les média étrangers. Dans "Le Devoir" du Vendredi, 26 mai 1972, on pouvait lire ceci: " En fait, selon l’envoyé spécial de la radio flamande, un plan de liquidation systématique des Hutus a été appliqué. L’armée et la sûreté aidées par les jeunesses révolutionnaires Rwagasore (JRR) ont d’abord capturé des fonctionnaires de rang élevé, puis subalterne, des comptables d’entreprises, des universitaires, des étudiants d’écoles normales, a-t-il rapporté. Dans cette sinistre hiérarchie de la liquidation, ils en étaient la semaine dernière à venir enlever dans leurs écoles techniques des élèves de 14 à 17 ans, et commençaient à s’en prendre aux femmes et aux jeunes filles, a-t-il ajouté. Il y a une huitaine de jours les estimations les plus sérieuses du nombre de victimes du génocide allaient de cinquante à cent mille personnes, mais depuis, le massacre s’est poursuivi ". Le bilan de cette tragédie s’avéra très lourd: entre 200 000 et 300 000 civils hutu furent massacrés et 200 000 autres exilés dans les pays voisins, en l’espace de trois mois.

Les rescapés du génocide dispersés à travers le monde en sont toujours à se demander comment une telle tragédie ait pu se dérouler sans la moindre attention de la communauté internationale. Pourtant, les faits brillaient par leur limpidité et tous les media s’accordaient pour dire que ce fut l’un des génocides les plus soigneusement planifiés de notre temps. Sous le thème: afin que nul n’oublie, ce document reprend certains des témoignages recueillis par les média.

 

I. Concept de génocide

Même si le terme " génocide " est un néologisme relativement récent introduit dans le lexique en 1944 par le professeur et juriste polonais Raphael Lemkin, l’odieux crime est vieux et constitue, de l’avis unanime, la plus grave violation des droits de l’homme qu’il soit possible de commettre. Cependant, c’est seulement au milieu du 20ième siècle, après le génocide Nazis contre les juifs, que la communauté internationale a souligné, à travers la convention des Nations Unies du 9 décembre 1948, le caractère distinctif de cet horrible crime et s’est engagé à tout mettre en œuvre pour le réprimer. D’après l’article II de cette convention "  le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel: a) Meurtre de membres du groupe; b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe; c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle; d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe; e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un groupe ".

Plusieurs experts sont d’accord que c’est surtout l’intention de détruire un groupe déterminé, traduite par l’exécution systématique d’un plan préétabli, qui donne un caractère spécial au crime de génocide. Ainsi, la version révisée et mise à jour de l’Étude sur la question de la prévention et la répression du crime de génocide établie par M.B. Whitaker (1985) précise que "c’est l’intention de détruire en tout ou en partie un groupe déterminé qui fait que les crimes de masse contre l’humanité constituent le crime spécial du génocide " . De même, A.Toynbee (1969) relève que " ce crime est commis de sang froid, sur un ordre donné délibérément par les détenteurs d’un pouvoir politique despote et que ses auteurs emploient toutes les ressources de la technologie et de l’organisation actuelles pour exécuter complètement et systématiquement leurs plans meurtriers ". Comme l’affirme la version révisée de l’Étude Whitaker (1985) ci-haut citée, les horribles crimes qui ont été commis en 1972 sur les Hutu du Burundi par le régime tutsi de Michel Micombero mais dont, malheureusement, les auteurs n’ont jamais été poursuivis, correspondent parfaitement à cette description et constituent un des cas de génocides du 20ième siècle.

II. Planification du Génocide des Hutu burundais

Plusieurs affirmations soutiennent l’hypothèse d’un génocide planifié de longue date:

Après trois ans de tensions marqués par des emprisonnements et des assassinats, on en arrivera à l’effroyable génocide de 1972 connu par les Hutus sous le nom de "Plan Simbananiye ..." (La Cité, 25-31 août 1988).

À propos de ce plan, Mme Céline Cossette écrit: " Selon nos sources, la tuerie aurait fait 200 000 morts et constituerait l’horrible aboutissement d’un plan conçu par un ministre du colonel Micombero, M. Artémon Simbananiye, que l’on retrouve à chaque étape de la répression contre les Hutu. Un plan diabolique, échafaudé en juillet 1967, visant à amener les deux ethnies (Tutsi 15% et Hutu 85%) à égalité.

Voici maintenant quelques lignes explicatives sur l’esprit de ce plan:

  • Accepter de sacrifier quelques membres tutsi pour déclencher un génocide hutu.
  • Faire en sorte que les étrangers ne découvrent pas leur action.
  • Supprimer tous ceux qui pourraient dévoiler la réalité: Ministres, prêtres, étudiants, fonctionnaires, commerçants...etc, toute personne suffisamment ouverte pour causer préjudice aux Tutsi.
  • Informer la population, l’intoxiquer, l’imprégner d’une optique aberrante, l’endoctriner...la rendre totalement aveugle.
  • Ne jamais procéder aux arrestations en même temps: prendre de petits groupes, laisser un peu de repos pour donner l’impression que le calme est revenu et que le la paix est retrouvée.
  • Continuer de fonctionner normalement dans le pays: l’enseignement doit continuer, les travaux (constructions de routes etc.) les cultures, les récoltes doivent se poursuivre normalement. Les familles éprouvées ne peuvent montrer ni mécontentement, ni tristesse.
  • Créer des conseils de guerre à Bujumbura, Gitega, Ngozi et Bururi, faire semblant de juger les inculpés et profiter du couvre-feu et de la nuit pour les fusiller et les jeter dans les fosses communes.
  • Organiser les masses à massacrer les leurs. Dans l’ampleur des massacres, jeter la poudre aux yeux, mettre en prison ou tuer certains des leurs, soi-disant pour mater ceux qui se livrent à arrêter et à assassiner les innocents ". (Le Devoir, mardi 3 octobre 1972).

III. Les Faits

Le génocide des Hutu du Burundi a été exécuté avec une extrême minutie comme en témoigne les quelques extraits de la presse internationale ci-après :

" Simbananiye qui, depuis des mois, avait fait ficher (avec nom, adresse et résidence de rechange) la plupart des Hutu lettrés (étudiants, élèves des écoles, missionnaires, fonctionnaires, prêtres, infirmiers, moniteurs, etc.), déclenche son plan " sud-africain ": à l’université de Bujumbura, des commandos de tueurs tutsi sortent des dortoirs tous les étudiants hutu et - sous les yeux de professeurs étrangers (dont quatre Suisses) - les exécutents dans la cour. Même scénario dans la plupart des écoles, missions et hôpitaux de l’intérieur. En quelques semaines, le peuple hutu est décapité ". (Jeune Afrique No. 656, 4 août 1973).

" In mid-May there was a body of evidence that Tutsi leaders were arresting and executing (all without trial) Hutu intellectuals, teachers, and secondary-school students. We feared that few, if any, educated professionals among the Hutus would survive.

In my report to the State Department on May 10, I indicated for the first time that the embassy felt the period of the civil strife was cleary past and the actions now were approaching selective genocide. This opinion was shared by most diplomats ". [(T.P. Melady 1974, US Ambassador to Burundi, November 1969 to June 1972. Burundi: The Tragic Years. Orbis Books, Maryknoll, N.Y.].

" D’après le Père Boon, prêtre belge, professeur à l’Université de Bujumbura durant les tragiques événements de mai dernier, on peut parler de " génocide " sélectif. 150 000 à 200 000 personnes sont mortes, parmi lesquelles toute l’élite Hutu (ministres, fonctionnaires, étudiants) et la jeunesse Hutu se voit refuser l’accès aux écoles ". (Le Peuple, 29 novembre 1972).

" Quant aux méthodes d’extermination employées par les militaires, la police et autres participants au génocide, elles sont selon les assistants et missionnaires qui en sont témoins, en tous points aussi horribles que les méthodes employées par les nazis dans la persécution juive en Allemagne. C’est ainsi, disent nos correspondants, qu’on casse les membres des victimes pour les faire tomber puis on les achève en les écrasant sous les roues de camions ou encore on les parque dans des camions pour les y tuer par un système d’électrodes avant d’aller les enfouir dans des charniers. Ce ne sont là que des exemples, entre autres, cité par nos informateurs ". (La Cité, 2 août 1972).

"They are trying to annihilate all the Hutu intellectuals," a missionary who had just come out of Burundi reported, adding, "Any Hutu who can write his name is considered an intellectual and a threat to the Government."

Refugees reported that at Gitega, in the center of the country, an average of 400 peaople were killed daily by beatings and shootings.

A foreign doctor said that Hutus were being herded into prisons with as many as 16 persons crushed into cells with space for two. "They were given some food at first," he said, "but now they’re dropping dead because they’re getting nothing, not even air." (The New York Times, Saturday, June 3, 1972).

"It was barbaric, unbelievably inhuman," said a foreign resident who had seen a man clubbed to death in front of the Bujumbura post office by a gang of Revolutionary Youth. "They picked up almost all the Hutu intellectuals above secondary school level," a Tutsi professor said.

The university here was severely affected. Students were seen assaulting Hutus in the university grounds, beating them to death with rocks and clubs. In the beginning, soldiers came into the lecture halls threw them into trucks and took them away.

In the first week of repression at Bujumbura, witnesses said, Hutus were piled up in trucks and taken off for burial at a mass grave at the airport. "I used to see the trucks almost every evening at around 9, after the curfew, going down Avenue Lumumba in front of the cathedral and sometimes I could hear people screaming inside", one resident said. (The New York Times, Sunday, June 11, 1972).

 

IV. Indifférence de la communauté internationale

Malgré que la terrible réalité du génocide des Hutu qui était en cours était très bien connue comme en témoignent les déclarations du premier ministre belge M. Eyskens selon lesquelles "le gouvernement avait pris connaissance d’informations complémentaires indiquant que le Burundi n’est pas confronté avec une lutte tribale mais un véritable génocide "(La Cité 21-22 mai 1972), la communauté internationale a brillé par son incapacité à défendre le principe de " Never again " qu’elle s’était fixé après l’holocauste juif de la deuxième guerre mondiale.

Certaines voix se sont élevées pour exprimer leur indignation, mais elles n’ont pas pu faire sortir les gouvernements et les Nations Unis de leur mutisme, ni pendant, ni après le génocide. A titre illustratif, le sénateur américain Edward Kennedy a jugé la situation inacceptable et a déclaré : " Il est désolant de voir qu’après plusieurs semaines de carnage au Burundi, il ne semble toujours pas y avoir de manifestations sérieuses d’inquiétude de la part de certains gouvernements, y compris le nôtre "(La Cité 21-22 mai 1972). De même, le coopérant canadien Mark Dunphy a exprimé sa révolte en ces termes : " les petits nègres du Burundi meurent comme des mouches en hiver, et nous on s’en fou" (Le Devoir du 25 juillet 1972).

Concernant les Nations Unies, le secrétaire général Kurt Waldheim s’est contenté d’exprimer sa " vive inquiétude du point de vue humanitaire ", mais à l’ONU l’on a pas manqué de justifier sa non assistance au peuple hutu en danger d’extermination en prétextant que " légalement, le secrétaire générale des Nations Unies ne peut aller plus loin dans ses admonestations et ses avertissements car les massacres du Burundi sont une affaire intérieure relevant de la souveraineté de ce pays " (Le Devoir du 2 juin 1972). Jusqu’à présent, malgré les faits relatés par les survivants de ce premier génocide dans la région des Grands Lacs Africains, la communauté internationale n’a jamais cherché à lever le voile sur cette tragédie, et personne de ceux qui ont commis ce génocide n’a été inquiété. Pourtant: " un rapport a été établi avec précision sur l’ensemble des massacres qui se déroulent depuis avril 1972 par la "Carnegie endowment for international peace de New York" (et qui d’ailleurs comporte de vifs reproches à l’adresse du "State department" américain pour sa passiveté devant des événéments bien connus de ses spécialistes des affaires africaines) ". Jeune Afrique No. 656, 4 août 1972.

V. Recommandations

Vu les multiples témoignages sur le génocide perpétré en 1972 contre les Hutu du Burundi par l’armée tutsi du dictateur Michel Micombero ;

Vu la convention du 9 décembre 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide qui stipule que " la répression du crime de génocide est une affaire d’intérêt international " et " pour lequel les auteurs principaux et les complices, qu’ils soient des personnes privées, des fonctionnaires ou des hommes d’États, doivent être punis ";

Vu la convention du 26 novembre 1968 sur l’imprescribilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, les rescapés du génocide recommandent :

que le génocide soit reconnu par l’Organisation des Nations Unies;

qu’il y ait une enquête internationale pour établir les responsabilités;

que tous les responsables soient traduits devant un tribunal pénal international.

 

Ce document a été préparé en collaboration avec le Conseil pour la Paix dans la région des Grands Lacs Africains (CPRGLA), Montréal, Québec.

 


 

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08/07/2011

L'histoire du génocide n'est pas close

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L’histoire du génocide contre les Hutu du Burundi en 1972 n’est pas close

 « Ivyabaye muri 1972 » (« Evènements de 1972 ») ou Ihonyabwoko ry’Abahutu (Génocide hutu de 1972), qu’allons-nous commémorer le 29 avril 2007 ?

 Par Roger Macumi - Suisse, 23 avril 2007

 1. Que s’est-il passé pour qu’on n’oublie jamais ?

 Il est de ces dates qui marquent pour toujours la mémoire des individus et des peuples. Il est de ces jours que l’on n’oublie jamais. L’homme n’est pas fait pour oublier mais pour se souvenir. Se souvenir du passé pour construire l’avenir. Le peuple burundais serait-il un de ces rares à avoir la mémoire trop courte ? Non, les Barundi/kazi n’ont pas oublié. Ils n’oublieront jamais 1972. Rien n’effacera de leur mémoire la maudite année 1972. Qui dit le contraire ? En tous cas pas la « Génération 72 » !

 Mais, que s’est-il passé pour qu’on n’oublie jamais ?

 Beaucoup, même parmi les Barundi/kazi, parlent encore de « Ivyabaye muri 1972 », traduction : « Ce qui s’est passé en 1972 » ou encore « Les événements de 1972 » ! Pour finir, certains ne savent pas ou ne veulent pas vraiment savoir ce qui s’est passé.

 En une année, il se passe beaucoup de choses dans la vie d’un peuple : les progrès socio-politiques, les échecs des dirigeants, la criminalité de toute sorte, les famines, les décès de personnes liés à diverses causes, les règlements de comptes, les assassinats politiques, les massacres interethniques ou intercommunautaires, etc. Mais, quand l’Etat s’en mêle, quand il cible une population déterminée, quand il massacre systématiquement et méthodiquement en triant ses victimes selon leur appartenance ethnique (gutsemba ubwoko), peut-on encore parler de « ivyabaye » ou les « évènements » ? Non, il s’agit de génocide, selon la définition juridique qu’en donne le droit international.

 Il est réconfortant de constater qu’aujourd’hui, la majorité des Barundi/kazi, à l’intérieur comme à l’extérieur du Burundi, a pris la résolution de ne plus fuir devant les faits. En 1972, au moins 300'000 personnes, quasiment toutes Bahutu, ont été exterminées par l’Etat burundais d’alors, avidement accaparé par une minorité tutsi hégémonique et sanguinaire. A la tête de cet Etat foncièrement criminel, se trouvait le capitaine Michel Micombero, mort sans avoir répondu de ces crimes devant aucune instance judiciaire nationale ou internationale.

 2. Reconnaître pour éviter la culpabilisation collective

 Ni les Batutsi, ni les Bahutu, ni les Batwa ne gagneront à la culpabilisation collective. Le langage hypocrite et dangereux qui consiste à dire que « Nous avons tous perdu les nôtres (twese twarabuze) »  ou pire : « Nous avons tous tué (Twese twarishe) » doit être combattu avec la plus grande énergie. A écouter ce genre de discours, on a l’impression qu’en 1972, il n’y a eu ni victimes ni bourreaux. Autrement dit, il n’y a pas eu de génocide hutu. On est en pleine idéologie négationniste qui se retrouve malheureusement chez de prétendus intellectuels. Quant à certains pseudo érudits Bahutu ou Batutsi, la résignation, l’amnésie ou les deux à la fois ont pris la place de la mémoire. Alors, où allons-nous ?

 Ne nous y trompons pas. Il n’y a ni guerre civile, ni rébellion, ni quelque événement politique ou social que ce soit qui puisse justifier le génocide hutu de 1972. Le génocide (itsembabwoko en Kirundi) est tout simplement injustifiable. Il convient de préciser que le fait qu’il y ait eu des Batutsi qui périrent ne saurait légitimer ce génocide hutu, conçu, planifié et exécuté par l’Etat d’alors. Ce dernier a dramatiquement failli à son devoir de protection de toute sa population. Du même coup, il ne mérite plus le qualificatif d’Etat. Il s’agissait d’une bande de voyous criminels qui avaient usurpé le pouvoir du peuple. Ironie de l’histoire, beaucoup de ceux-là sont encore aujourd’hui vénérés par la République et sont même proposés ou imposés en modèles de vertu pour les générations futures.

 La diaspora hutu, même les Batutsi de bonne foi, ne contestent plus le génocide hutu de 1972 au Burundi. La date du 29 avril deviendra tôt ou tard la Journée du Souvenir. Il ne faut pas avoir peur des mots. Cette date marque le début de l’holocauste des Bahutu du Burundi. Oui, ils ont été sacrifiés à l’autel de l’hégémonie criminelle d’une minorité tutsi sadique et dévoyée. Le drame est que cette minorité avait le pouvoir politique, économique et militaire. Elle bénéficiait naturellement des complicités de bien d’Occidentaux qui voyaient dans ces « événements » une simple bagarre entre nègres. Qui a compris cela ? En tous cas peu de Bahutu ou de Batutsi dont le plus grand rêve était pour certains de ressembler à ceux qui avaient anéanti leur culture et violé leur mémoire. Ne dit-on pas en kirundi : « Usenya urwiwe bamutiza umuhoro » ? Personne ne reconstruira le Burundi à la place des Barundi/kazi. Personnes ne dira la vérité à leur place. Aucun spécialiste du Burundi ne saura mieux que les victimes du génocide hutu de 1972 ce qu’elles ont vécu. Aucune parole ne sera plus forte que celle d’un rescapé. Aucune trace ne sera plus pertinente que ce trou dans le mémoire collective et les fosses communes. Aucun cri ne sera plus fort que celui des veuves et des orphelins.

 3. « Génération 72 », où êtes-vous ?

 La diaspora burundaise, en particulier hutu, doit continuer à commémorer ce génocide pour que les générations n’acceptent jamais l’inacceptable, pour que les victimes soient honorées et réhabilitées, pour qu’un jour justice soit rendue. Le chemin est encore long mais on doit espérer que la prise de conscience soit progressive et irréversible.

A titre personnel, je lance un appel à toutes les victimes et leurs proches de se regrouper pour lutter contre l’impunité des crimes graves commis aussi bien avant, pendant et après 1972. Celles et ceux qui le souhaitent peuvent adhérer à l’association AVIB 1972, Mémoire et défense pour les victimes du génocide de 1972 au Burundi. Nous parlons de 1972 comme centre et sommet du génocide hutu commencé déjà en 1965, les massacres des Bahutu de Ntega-Marangara (génocide, édition 1988), les camps de regroupement forcés sous Buyoya II étant notamment d’autres conséquences et les prolongements de ce génocide.

 C’est donc par un devoir de mémoire et un impératif de justice que nous commémorerons le 35ème anniversaire du génocide hutu au Burundi que le monde a choisi d’ignorer. Ne l’occultons pas à notre tour par peur ou par lâcheté. En effet, certains nous invitent à « nous retrouver ensemble ce 29/04/2007 pour penser aux nôtres qui sont partis sans nous dire « Au revoir ». Ces « nôtres », qui sont-ils ? Sont-ils vraiment « partis sans nous dire Au revoir » ? Voilà que des Bahutu, prétendument intellectuels, parmi eux des universitaires, n’osent même pas appeler chat un chat. Par hypocrisie ou par médiocrité, ils n’ont pas évoqué le terme de « génocide », encore moins de « génocide hutu ». Ah non, surtout pas ! Ont-ils peur d’être traités d’« extrémistes hutu » alors qu’il est plus opportun d’appartenir à la caste des « Hutu modérés » ? Dans tous les cas, ils nous invitent à commémorer ce qu’ils ne disent pas. Ce qu’ils ne nomment pas. S’agit-il alors de « Ivyabaye », c’est à dire des « évènements » ? Finalement, ces compatriotes des temps troublés nous inviteraient-ils à commémorer ce qu’ils donnent l’impression de nier consciemment ou inconsciemment ? Il ne s’agit pas de commémorer pour se donner bonne conscience. Il faut être cohérent.

 Je trouve regrettable que cette Journée du Souvenir soit traitée par certains avec légèreté en lui dédiant par exemple 2 petites heures dimanche en fin d’aprèsmidi,en la meublant de manière plus ou moins aléatoire par des programmes presque fantaisistes. Quel message ce comportement envoie-t-il à nos enfants et au monde par rapport à un crime international aussi grave ?

 Les criminels ont accompli leurs forfaits dans le secret des frontières et dans le silence du monde. Allons-nous nous souvenir des victimes dans le secret des lamentations, sous le manteau de la fausse pudeur ?

 4. Reconnaître pour reconstruire et réconcilier

 Pour ma part, je crois profondément que la reconnaissance inconditionnelle du génocide hutu de 1972 par l’Etat burundais est l’une des clés, peut-être même la plus importante, pour ouvrir la porte de la paix et de la réconciliation. Une telle reconnaissance ne viserait ni à culpabiliser ni à condamner collectivement une ethnie, ses éléments fussent-ils au pouvoir pendant des décennies. Les Batutsi, générations après générations, ont-il à répondre collectivement du génocide hutu de 1972 (« Abatutsi baratumaze », littéralement : « Les Batutsi nous (Bahutu) ont exterminés ») ?

 Quelques milieux extrémistes tutsi veulent faire partir la « crise burundaise » de 1993 en parlant même du « génocide tutsi ». C’est de bonne guerre. Mais quand on est honnête, on doit d’abord se poser la question de ce qui s’est passé dans la nuit du 20 au21 octobre 1993. Que recherchaient les putschistes en assassinant Monsieur Ndadaye ? Quel était véritablement leur plan ? Au-delà d’autres questions qu’on se posera toujours, il convient de remarquer que l’assassinat du premier Président hutu de l’histoire du Burundi fut suivi par un chaos total. Il n’y avait plus d’Etat. Hutus et Tutsi se sont massacrés comme des abrutis avec ou sans arbitres. Le génocide de 1972 étant nié et resté impuni, qu’est-ce qui empêchait des Bahutu de croire que l’assassinat du Président Ndadaye était un coup d’envoi à la réédition du génocide hutu ? Qu’est-ce qui empêchait des Batutsi, surtout des militaires, de rêver encore une fois de la « solution finale » au problème hutu ? Qui peut prouver que le plan d’extermination des élites bahutu n’était plus d’actualité après les élections de juin 1993 ? Le Président Ndadaye était hutu, faut-il le rappeler ! La classe dirigeante tutsi d’alors, dont le major-président Buyoya, avait qualifié les élections de 1993 de « recensement ethnique ». Quel mépris ! Au Burundi comme ailleurs, les mêmes causes appellent les mêmes effets.

 

Un peuple sans mémoire et un peuple sans avenir. ABE !

 

 

11:08 Écrit par victor ntacorigira dans Roger Macumi, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |