06/07/2011

Mai 1972 à Rutovu.

Mai 1972 à Rutovu !
Par Siméon Barubiriza


Rébellion ! Attention ! Les bruits qui courent ne sont pas des mensonges ! « Mai 1972 à Rutovu ! » fut mon premier cheval de Troie, ma croisade, heureusement pas solitaire, contre le tribalisme burundais !
Il fut publié en août 2001 et répliqué chez le même éditeur, Burundi-info, en mai 2002. Lecteur généreux ! Permettez-moi, dès lors, de vous le proposer encore une fois ! Notez, je vous en remercie, que les termes Tutsi et Hutu furent et sont utilisés, par pur hasard, en raison de 39 et 61%, respectivement. Les problèmes que vit notre Pays, de 1964 à nos jours, naissent, donc, de ces Mesdames Tribus imaginaires !
Appliqué aux négociations actuelles, entre le Gouvernement de Transition et le CNDD-FDD, ce pourcentage casuel, bien qu'anonyme, signifie que l’armée gouvernementale devrait occuper 40% d’importance dans la future Armée Nationale, car elle est, l'armée, l’origine et à l’origine du conflit décennal armé ; et la rébellion 60% restant tel une prime de productivité de Paix et de Non Retour En Arrière Dans Notre Préhistoire Récente ! Tenu compte du fait que les belligérants doivent avoir la même dignité, sans vainqueurs ni vaincus, 50% d'un côté et 50% de l'autre me semblent être une mesure sage ; mais encor faut-il bannir le tribalisme à l'origine de nos malheurs, donc les quotas ethniques !
De source bien informée, je sais, depuis ! « Le Haut Commandement militaire gouvernemental et son armée n’attendent que la nuit de l’intégration avec la rébellion pour tuer les ex-rebelles dans les garnisons ! »
Je répète ! L’information est de source bien digne de foi, et la protéger est mon devoir ! Je n’ai pas voulu la donner à cause des négociations en cours entre les vrais belligérants : Tous ? En date 14 septembre 2003, Gratien Rukindikiza a écrit, et je cite, à propos du « cadeau empoisonné et l’arme diplomatique rapportera plus que l’arme militaire », mais :
« Les FDD devront se dire qu’en face, il y a une armée aigrie par une dizaine d’années de combats. Les 60% de l’armée », contre 40% de la rébellion dans la future Armée Nationale Burundaise, 40% « qui ne garantit pas la sécurité », « peuvent avoir une mission officieuse, celle d’écraser les combattants des FDD dans les garnisons » !
L’information que Gratien Rukindikiza nous a donnée dans son article « Le Sommet Décisif Pour Le Burundi » est absolument exacte. A bon entendeur, peu de mots ! (Simba. Septembre 2003.)
Mai 1972 à Rutovu !
Excusez-moi, mais c'est une dette avec la mémoire au rendez-vous du donner et de l'avoir.

L'objet de cette ébauche n'est pas de ressasser les raisons des uns et de rejeter celles des autres, d'innocenter les uns et de culpabiliser les autres; chose je laisse à une Magistrature impartiale, à l'Histoire. C'est une « bouteille à la mer », fraternelle pour ainsi dire ! Vous pouvez l'écraser contre les rochers ou ouvrir son contenu. Mais la réalité est plus cruelle.
Nous sommes étrangers qui, perdus chez Cassandre à Waterloo, nous nous étreignons mortellement. Nous sommes incapables de nous dépouiller de notre armature idéologique pour regarder derrière. Nous sommes incapables de regarder à l'horizon, et de reprendre les ailes en vol de l'albatros vers un avenir meilleur.
« Une idéologie est comme une religion. Quand vous adhérez à une religion, on ne vous demande pas de comprendre, on vous demande de croire. C'est tout. Avec cependant cette différence fondamentale que les religions sérieuses, enseignent l'amour du prochain et non la haine », a écrit le Prof. Joseph Ndayisaba, « Les bantous, les hamites et les bahantoumites.
D’autre part, d’après une étude sociologique par le prof. Barnabé Ndarishikanye à Bujumbura, dans « La conscience historique des jeunes Burundais », les Hutu et les Tutsi avons chacun notre version de l'histoire nationale. C'est extraordinaire !
Dans la démarche absurde où Hutu et Tutsi s'affrontent à coup de parti pris et d'états d'âme exaspérée, d'où voulez-vous mes frères que puisse recommencer l'espérance pour reprendre les ailes, en vol de l'albatros ? L'avenir peut se construire sur les cendres du passé. Je vous conte une histoire vécue.
I. L'exil

Le temps lave les blessures mais il ne délave pas la mémoire. Le Burundi est un paradis terrestre, toujours verdoyant et rouge vermeille de sang de l'innocence. C'est ici que l'on pleure trois fois : à la naissance, lorsqu'on comprend les mécanismes de l'imbroglio, quand l'on part sans retour.
J'ai demandé au monde de m'apprivoiser : « Excusez-moi, mais il est question de mes aventures. » Le monde s'est mis à rire avec fracas. Je me regardais derrière pour savoir si j'avais fait caca !
Et quand je suis parti en exil, c'est un ami Tutsi qui est venu me prendre à la Normale de Rutovu renonçant à ses vacances au mois de septembre. Pour ce faire, il s'était procuré une camionnette et un chauffeur, lui aussi rigoureusement Tutsi. Mais, à la seconde tentative, nous avions décidé de commun accord de faire tout le trajet à pieds. Par précaution, car le sort qui pouvait nous frapper aurait dû être le même.
Avec la complicité de l'obscurité, nous arrivâmes à domicile de son grand-frère dont l'épouse avait été mise à l'écart avec quelque stratagème. Mon ami s'était éclipsé, disparu, englouti par la nuit noire, sans laisser ni trace ni adresse. Nous ne nous sommes plus revus. J'ai su par la suite qu'il était parti sans le billet de retour. Que Dieu ait son âme !
Son frère m'accompagna jusqu'à la frontière. Il m'a dit : «Vas ! Tu es un homme libre, et sois heureux». Je regardais les collines burundaises dans leurs poitrines superbes, arrondies et pointues comme les seins de l'avenir. Elles s'éloignaient inexorablement à chaque pas que je faisais vers le néant. Je me disais pour m'encourager embrassant ce néant : « Les bulldozers, non ! »
II. Ubukoko bwateye

« Mbese shenge kw'akazu kahiye, none Serugo niyaza gutaha agacumu agashinga he ? Baba arabizi ! Agashinga k'utuguru ! » Le régime du Président Colonel Micombero avait décidé la mise en application du plan Simbananiye Arthémon.
D'après les Rapports confidentiels du Ministre de l’Information Colonel Martin Ndayahoze au Président de la République, le plan consistait en l'élimination physique de tout Hutu qui savait lire et écrire. Dans le rapport 093/100/CAB/68 (1), en ce qui concerne le Burundi, le mot « apartheid tutsi » est utilisé pour la première fois. La date prévue pour ce grand rendez-vous avec l'histoire était le 1er mai 1972. La solution finale était aux aguets, invisible, implacable, inutile.

Un groupe de Hutu l'aurait su, semble-t-il, de la part des amis Tutsi, et il aurait décidé de provoquer l'explosion du chaos avant cette date fatidique pour consentir à quelques-uns, Hutu, de se mettre à l'abri. Ces Hutu étaient un groupe de hors-la loi. L'Etat avait le droit, le pouvoir et le devoir de les rendre inoffensifs, de les arrêter si vivants et de les juger.
D'après d'autres sources, – Boniface Kiraranganya, La Vérité sur le Burundi – ces Hutu se préparaient pour aller à la rescousse du régime militaire, armés jusqu'aux dents de bâtons et de machettes, comme si le bâton et la machette coupaient les blindés : l’arsenal de ces héros de hors-la loi complique la responsabilité et l'héroïsme étatiques idéologiques graves !
Le régime a cherché ses prétextes, écrasant tout Hutu sur son passage de bulldozer. Il a culpabilisé toute une communauté humaine ; et voilà la mesure du passé et du présent. L'amalgame est explosif et il faut le manier avec précaution.
Une semaine avant le génocide de Hutu par le Régime Tutsi, le Ministre Albert Shibura (2) a communiqué finalement la date aux militaires réunis près l'habitation du Commissaire L. Basumbwa, le 27 avril 1972 à Nyanza-Lac au cours d'une de leurs cérémonies secrètes, d’après Tina Novelli que je cite :
« A la lumière de la situation rwandaise, force est de conclure : outre que trop nombreux, les Hutu sont devenus extrêmement dangereux. Nous risquons de subir le sort de nos frères Rwandais. C'est pour cette raison, que nous avons décidé de les réduire, à partir du 1er mai, ne laissant en vie que les paysans les plus ignorants. »
Aussi, le Ministre aurait-il donné l'ordre de détruire les barques sur les plages du Lac Ntanganika : de Nyanza-Lac à Bujumbura en passant par Rumonge et Minago, à partir du 28 avril 1972 pour rendre minimale la fuite de l'ennemi.
III. Mai 1972 à Rutovu

La scène du crime des crimes, restreinte et dégoûtante est donc la suivante. Les militaires conduisaient les victimes dociles à l'abattoir dans d'énormes « Je m'en fous ! »
Elles y étaient entassées si bien qu'on les aurait prises pour des sardines dans des boîtes de conserve. Le sang dégoûtait par moment. La différence entre les victimes d'en bas et celles d'un haut, pas si essentielle. Celles-ci pouvaient respirer et elles avaient en plus l'honneur de recevoir directement les baïonnettes dans la chair en sueur.

Un jour ensoleillé, un après-midi triste, mai 1972. Un paysan Hutu, échappé par la force du désespoir d'un des « Je m'en fous ! » stationnant à l'Ecole Normale de Rutovu s'était mis à courir. Les militaires l'avaient rejoint : un coup de bottes militaires, et une baïonnette à la gorge pour compliment. Le dessert ? Des bulldozers tout neufs pour tous ces damnés de la terre ! Même les rivières se rassasiaient !
Remarquons en passant que sous l'ordonnance du Major Samuel Nduwingoma, il était strictement interdit aux étudiants Hutu de la province de Bururi de rentrer chez leurs familles respectives ou ce qui était resté de celles-ci.
Nous avons passé les vacances en internats de fortune, appelés avec un euphémisme crachant : camps de travail, à Rutovu, à Rumeza... Rappelons aussi que Monsieur l'Abbé Gérard a été extrêmement utile, consolateur, un vrai Homme d'Eglise : « Les Hutu vont attaquer de Tanzanie et du Rwanda, et ils ont l'appui des avions et des ogres de Staline ! J'ai peur que la réaction des Autorités burundaises sera plus incisive. » Ah ! Qui sait ce qu’il aurait voulu dire !
A l'Ecole Normale de Rutovu, les étudiants Tutsi sous le guide spirituel de l’enseignant Mathias Mashwabi et de l'étudiant Gérard Haziyo avaient fait la grève d'une semaine. Le Commandant Samuel Nduwingoma était venu les calmer. Il nous avait fait un discours « concret », démagogique, hypocrite : « C'est le fruit du hasard que de naître Hutu ou Tutsi. » La découverte était saisissante.
Au cours de cette grève, je me suis improvisé leader, à en croire au témoignage d’Alphonse Ndanga Muvero dont à sa lettre qui me fut remise à Saint Pierre, Cité du Vatican par notre ex-professeur de mathématiques : « Calme, évitez les provocations. Sourire, mon message. »
Nous allions dormir grâce aux militaires devenus nos surveillants. Leurs bottes faisaient un bruit infernal, telles des Cyclopes en marche sur les cailloux de l'enfer : « Doum, doum », puis, le silence de la nuit !
Les Tutsi riaient parce qu'ils savaient que l'on jouait à la comédie inhumaine. Mais nous les Hutu, nous tremblions de peur et de froid dans le dos. Combien de nuits blanches passées regardant du coin de l'œil si ces militaires en tenue de combats, armés jusqu’aux dents, n'avaient pas, aussi, pour arsenal quelques baïonnettes ! Ils en avaient en fait, pour un ennemi désarmé, leur ombre ! Entre temps, tous les instituteurs et professeurs Hutu, de l'Ecole primaire et secondaire de Rutovu avaient été conduits à l'abattoir dans un « Je m'en fous ! » de couleur noire. Au Directeur de l'Ecole primaire, on avait volé l'épouse, la moto gigantesque et la maison.
Même les femelles et les mâles Hutu paysans de la colline de Rutovu et des « environs », Victoria et les quatre frères Kineza par exemple, avaient subi le même sort ! Les étudiants Tutsi avaient fait la grève parce que Major Samuel Nduwingoma n'était toujours pas venu nous ramasser, nous les bamenja, ubukoko.
Il fallait répéter à Rutovu le miracle accompli avec compétence à l'Ecole Normale de Kiremba où l'on avait exterminé tous les Hutu : au Collège de Matana, ces gaillards Tutsi avaient accompli leur mission avec précision ! Et partout ailleurs dans le pays. Au Collège du Saint-Esprit à Bujumbura, on avait assassiné huit Hutu seulement. A l'Athénée à Bujumbura, tous les Hutu : « Caput » !
Je me rappelle combien Luc Rukingama était frustré ! Ayant perdu « tout» d'un coup la chance « d'être Tutsi », il était comme cloué dans le ridicule, entre le Ciel et la Terre à la fin d'un rendez-vous mortel en connivence pour l'écraser. J'étais le premier sur la liste noire d'étudiants Hutu qui devaient faire le dernier voyage en « Je m'en fous ! » ; le second de la liste était Paul, puis Alphonse; puis encore l'autre de la 4ième Normale mort en exil en Tanzanie : je creuse dans la mémoire et j'ai oublié son nom et son prénom. Maintenant que j'y pense, il s'appelait sans doute: Albert. Albert Duniya. Qu'importe cependant, son nom et son prénom, après son départ !
Je considérais, et je considère encore le titre ethnique comme une abondance. Et c'est à ce titre peut-être que même Gérard Haziyo me traitait de surcroît comme si j'eus été un être humain. Mathias Mashwabi me grinçait les dents : je ne comprenais pas ! C'est que quelques années auparavant, j'avais refusé un de ses conseils précieux.
Je devais interrompre mes études à l'enseignement élémentaire, celles supérieures étant trop compliquées pour moi … Le professeur Rufyiri avait gaspillé les énergies dans le même sens. A Paul, on avait conseillé la même chose.
Le délit commis et pour lequel nous méritions les baisers nuptiaux avec la mort, en pleine éclosion de la fleur de la vie est « l'erreur d'être nés. » Je ne sais pas s'ils m'auraient tué avant les autres criminels.
Le Ministre Albert Shibura (André Yanda ?) posa au camp militaire de Burundi un geste exemplaire : il aligna des Hutu et d'un seul coup de mitrailleuse, il les balaya pour montrer qu'ils n'étaient pas si invulnérables, selon Frère Arthur Aubry nous reportant les propos de ce grand Ministre pour nous calmer. Frère Aubry aimait nous répéter, avec l’honnêteté d’un sacristain : « Les Militaires donnent des ordres. Les ordres ne se discutent pas, ils s’observent », pour « nous » « inviter » à nous tenir coi…
Le Ministre était ensuite venu à l'Ecole Normale de Rutovu pour exiger notre départ, en compagnie de Militaires armés jusqu'aux dents en uniforme scintillant en quatre voitures cérémonielles bleues. C'était la première fois que je voyais toutes ces belles voitures cérémonielles noircies par le sang et par la douleur de l'autre, toutes pour nous et qui venaient nous chercher pour nous conduire vers la fin de la course humaine.
J'étais de nouveau le premier des listes préfabriquées. Le Directeur de l'Ecole Normale, Frère Arthur Aubry, un canadien de la Congrégation des Frères de l'Instruction Chrétienne, s'était refusé de donner son consentement pour notre interrogatoire final. Il était d’une équité et d’une sévérité presque paternelle.
J 'en parle sans rancune, sans gêne ni fierté. Les criminels ne pouvions pas tous être les premiers des listes mortuaires. Je n'en tirais aucun avantage ni honneur.
Le Ministre Shibura et ses Hommes avaient menacé Frère Aubry avec leurs revolvers et mitrailleuses légères. Ils étaient repartis bredouille ayant manqué par caprice des gibiers succulents. Ils auraient dû nous ravir nuitamment, comme au Collège du Saint-Esprit. L'Université du Burundi avait été complètement purifiée, sauf l'un ou l'autre rescapés miraculeusement dont Celius Mpasha, Jean, Prospère.
Pourquoi un tel miracle s'est-il accompli à l'Ecole Normale de Rutovu et au Petit Séminaire de Buta, mais pas ailleurs ? Le fruit du hasard. A l'Evêché, les militaires du camp de Bururi avaient violé puis assassiné des femelles, des sœurs pour la plupart, Hutu naturellement.
Son Excellence l'Evêque Bernard Bududira avait téléphoné au Président de la République Colonel Michel Micombero. Je ne me souviens plus s'il téléphonait de l'étranger. Ce Haut Prélat part toujours à l'étranger, à chaque baiser nuptial avec la mort de l'autre à grande échelle: « Vous dites Monsieur le Président de la République que le calme est revenu, que la situation est sous contrôle, mais voilà que l'on vient de zigouiller tout le personnel féminin de mon Evêché, les sœurs comprises. » Je crois qu'ils se tutoyaient ! Son Excellence l'Evêque ne le savait peut-être pas. Mais à Rutovu les femelles Hutu étaient, chaque soir, violées par nos anges gardiens militaires ; les femmes Tutsi, non ! Qui sait où était-ce, cette différence !
Le Président de la République ordonna à Major Nduwingoma Samuel de suspendre la chasse sur Buta et Rutovu en ce qui concernait les élèves. Au mois de juin, un soir vers 8h00, S.E. le Président de la République était entré aussi dans ma classe : Mwige neza. Ntimwige gutera imipanga ! nous a-t-il dit. Qui sait ce qu'Il voulait dire !
L'ébauche pourrait se conclure ici. Je voudrais cependant que le lecteur courageux qui m'a suivi jusqu'ici s'en aille dégourdi, détendu : Bonne chance, Burundi !
IV. Le quiproquo !
Bujumbura a les yeux et les oreilles un peu partout dans le monde. 1992. J'avais pris l'avion à l'aéroport Grégoire Kayibanda. John, un Tutsi géant était là à Kanombe par hasard. Pour me saluer, il se plia en deux.

Pour deux fois il m'avait tiré de situations difficiles à Kigali. Il disait, avec le ton explicite d'un Commandant : « Mbese Nyakarundi mwagira se ngo ni Kanyarwanda ? » Je compris que Kanyarwanda avait perdu la guerre, non une bataille, la Guerre. « Les ânes ne fusionnent pas avec les Chevaux, kandi igisoda gikurwa n'ikindi », aurait-il dit, Jean Bikomagu ? Colonel, alors chef d’Etat Major !
Suivra le double Génocide. Après l'escale à Naïrobi pour Paris, j'avais remarqué qu'il y avait devant et derrière tant de visages excités. L'assoupissement permettant, j'ai vu qu'ils étaient tous partis dans la Classe de Businessmen. Plongé dans la lecture nocturne, un autre John m'avait réveillé de sursaut, à 2H00. La nuit battait son plein.
« Vous êtes Rwandais du FPR en mission, n'est-ce pas ? » « Non. Je suis burundais. » « Et vous qui êtes vous » ?
« Togolais, fonctionnaire de la Banque Mondiale. » « Et vous que faites-vous dans la vie » ? « Chômeur ! »
« Venez avec moi dans la 1ière Classe pour un drink. Le Ministre des Finances désire vous voir. Il dit qu'il vous connaît. » J'avais remercié gentiment, déclinant l'invitation. Je crois qu'ils allaient me « mayugiser ».
La mort survient inexorable quand l'espérance meurt. 1992. J'ai rencontré à 22h à l'aéroport Charles de Gaules un Tutsi blessé, sur une chaise « roulante. » Je lui ai demandé quel malheur il avait rencontré sur son parcours ? « Un accident d'auto, à Bujumbura, avec une jambe cassée », la réponse.
« Mais vous avez de la chance. Parce que vous êtes né Tutsi. Au Hutu à Bujumbura, on aurait aussi taillé la jambe saine pour lui rendre un service un peu plus équilibré. » Il n'avait pas fait de commentaires. Nous échangeâmes un sourire complice : « Viens me voir à Gitega, voilà mon adresse. » Je crois qu'il était sincère : il était commerçant de l'espérance.
1996. J'ai rencontré un ex-Gouverneur Tutsi sous le gouvernement de l'éphémère, à l'aéroport de Madrid. Il m'a regardé et il s'est exclamé : « Mais, de Hutu aux cheveux blancs, on n'en voit plus au Burundi, surtout s'ils sont instruits. Si tu rentres au pays, – mais il ne faudra pas te scandaliser –, on te dira : « None wewe waducitse ute ko twagira ngo akazi kari kose » ?
Vous êtes tous des poètes. Et ce qui sauvera le monde c'est la poésie et la chanson : « Les hommes qui chantent ne sont jamais mauvais. » Essayez : ne gaspillez pas votre poésie ! « Le Temps est limité. »
V. Le sourire d'une femme !

Elle me rappelle les collines burundaises, cette femme. Je la « défigure », car elle ne m'a pas demandé de lui faire de la publicité. Un soir à Londres, j'avais rencontré une jeune femme Tutsi burundaise au cours d'une authentique cérémonie nuptiale.
«Pourquoi ce tatouage sur la joue gauche ? » lui ai-je demandé. « En 1972, j'avais six mois, à Bujumbura. Les Hutu pendant les événements m'ont machettée, au visage, dans les bras de ma mère. »
Nous comprîmes que nous sommes tous coupables : coupables pour ne pas avoir su nous protéger, coupables pour ne pas avoir pu réagir, coupables pour avoir aimé le néant, coupables pour avoir laissé faire. Elle me demanda de quel coin j'étais originaire.
« Jenda, mais : crû à Rutovu-Bururi », la réponse qu'elle avait bien comprise. « Ah ! uva hamwe na biriya bikoko Micombabu ?», a-t-elle répliqué. Le temps d'une ébauche d'un sourire, mais elle regardait déjà de l'autre côté !

Je n'aime pas qu'on me raconte de quelle couleur ethnique était l'être humain qu'on a enterré hier. C'était une personne humaine partie avec tout son bagage-humanité, sans laisser ni trace ni adresse. Il était peut-être un frère. Sans doute, il était un homme, unique au monde, appartenant dans sa singularité à la communauté humaine.

Siméon Barubiriza
(1) Prof. Mbonimpa Melchior a publié et commenté les Rapports politiques du Colonel Martin Ndayahoze, dans Hutu, Tutsi, Twa : Pour une Société sans Castes au Burundi, L’Harmattan, Paris, 1993.
(2) Tina Novelli, Burundi : Requiem per Abele, p. 68. L’auteur cite un témoin oculaire qui a requis l’anonymat, invité à la réunion pour avoir été pris pour Tutsi. Le Ministre Shibura parlait au nom du Président de la République Colonel Michel Micombero.


17:34 Écrit par victor ntacorigira dans Siméon Barubiriza, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/07/2011

Les victimes de l'hécatombe de 1972 réclament justice

Burundi : Les victimes de l’hécatombe de 1972 réclament toujours justice Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Opinion

@rib News, 21/04/2011

L’opprobre de 1972 au Burundi : 39 ans déjà !

Par Mpfayokurera Egide

L’histoire nationale, du moins du côté du gouvernement, ignore ostensiblement l’hécatombe de 1972. Les familles brisées, décimées ou meurtries crient mais seul l’opprobre leur répond. On reste confondu et scandalisé par l’indifférence, pour ne pas pointer l’éternel doigt accusateur vers la communauté internationale face à cet autre génocide d’avril.

Tout commença dans la nuit du samedi 29 avril 1972, alors qu’à midi, le président Micombero venait de révoquer son équipe ministérielle afin de réaliser en toute quiétude son plan d’extermination. Le Burundi allait être vidé, martyrisé, endeuillé pour longtemps….pour toujours ?

Le 30 avril 1972 à 8 heures du matin, on apprend que le Roi Charles Ndizeye a été tué vers minuit. Officiellement, il avait été tué lors de combats contre des mulelistes. Pour justifier cet assassinat, les autorités prétendirent que la victime voulait rétablir la monarchie. Il fallait donc massacrer cette masse de Hutus qui vénérait le monarque.

Le 1er mai 1972, la radio de Bujumbura annonce que de sérieux combats se déroulent dans le Sud du pays et qu’il s’agit de mulelistes venant du Zaïre aidés par les Inyenzi (monarchistes Rwandais) et des Burundais monarchistes…Dans tout le pays, les arrestations et les exécutions sommaires sont organisées au nom du parti UPRONA et du président Michel MICOMBERO. Le massacre se poursuit et encouragé par les messages officiels diffusés par la radio, la voix de la révolution : « les forces vives de la nation doivent s’impliquer à débusquer les ennemis du peuple ». A la redoutable prison de Bujumbura, les personnes arrêtées sont exposées au soleil, torturés jusqu’à ce que mort s’en suive…

Dans le dossier « Naufrage au Burundi » de septembre 1972, on lisait : « Dans ce pays sans statistiques et sans informations libres, comment pourrait-on savoir ? Qu’importe… de tels massacres ont déjà eu lieu en territoire décolonisé, mais une tentative de naufrage radical par la suppression de l’élite politique, sociale et culturelle d’une ethnie par l’autre, avait-on jamais vu cela ? Même au Biafra ? Même au Bengale ?… ». Plus de trois cent mille personnes sont tuées. Impunément.

Et pourtant, la convention de l’ONU sur l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité condamne ces crimes, même lorsque ces actes ne constituent pas une violation du droit interne des Etats où ils sont commis. Du côté du régime en place, les familles attendent la mise en place de la Commission Vérité et Réconciliation assortie d’une juridiction internationale. Trente-neuf ans plus tard ? Est-ce au moins le bout du tunnel ? Encore une fois, la communauté internationale est interpellée.

Aujourd’hui plus que jamais au Burundi, beaucoup de victimes des actes de barbarie réclament justice. Et Dieu seul sait combien ils sont nombreux. Dieu et les Burundais savent et mesurent le poids de l’injustice. Trente-neuf ans plus tard, nous attirons toujours l’attention sur les suppliciés de 1972. Trente-neuf ans d’attente ; trente-neuf ans d’indifférence, de déni de justice. Malgré le foisonnement d’associations de la société civile qui œuvrent au Burundi, la violation de la dignité humaine semble ne causer point d’insomnie aux criminels.

Avec l’hécatombe de 1972, les Hutus et les Ganwas sont minoritaires dans les associations qui élèvent la voix pour revendiquer le respect des droits de l’homme. On peut se tromper mais le scandale crève les yeux. L'opprobre est devenu insupportable après la restauration de la démocratie. A moins que la victoire n'ait été qu'un leurre ! A moins que les orphelins aux commandes de l'Etat n'aient renié leurs parents, n'aient vendu l'âme au diable !

Le Roi Charles NDIZEYE croupit dans une fosse commune ; le Roi Mwambutsa reste en exil en Suisse. Les charniers de Buterere, du Pont Peke et d’autres à identifier disparaissent avec leurs secrets macabres. Trente-neuf ans après les faits, les orphelins consciencieux et les veuves inconsolables réclament justice, un peu d’humanité de la part des dirigeants du Burundi et du monde.

De l'intérieur du pays ou de la diaspora, mobilisons-nous ; mettons plus d’énergie et de moyens dans cette bataille contre la mort, l’oubli et le déni de justice. Les victimes de l’hécatombe de 1972 attendent un mot, un geste, un coup de main dans cette lutte pour la renaissance de l’âme burundaise. Agissons pour que cette plaie, cette gangrène nationale cesse d’être une pierre d’achoppement des efforts de reconstruction et de réconciliation nationale. Mobilisons-nous pour toutes les victimes des barbaries burundaises depuis la veille de l'indépendance jusqu'à celles qui paient aujourd'hui des calculs mesquins des politiciens sans scrupules.

Trente-neuf ans plus tard, il y a encore au Burundi des cadavres dans les rivières. Cette malédiction réclame une prise de conscience : le droit de dire non, debout !

 

14:01 Écrit par victor ntacorigira dans Mpfayokurera Egide, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

La version des responsables du génocide

Burundi/1972 : La version relayée par les coresponsables du génocide Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Analyses

@rib News, 29/04/2011

Le génocide des Hutu du Burundi de 1972-1973.

La version des responsables politiques, militaires et diplomatiques.

-A travers quelques coupures de presse significatives-

Perpétue NshimirimanaPar Perpétue Nshimirimana

La lecture des quelques déclarations officielles faites les jours suivant le 29 avril 1972 pour expliquer les tueries en cours, installe une sensation de profonde perplexité.

Ces justifications de la violence extrême, dans laquelle disparaissent des centaines de milliers de Burundais cette année-là et l’année suivante, constituent un stratagème inhumain, donc imprescriptible.

Un mois après le déchaînement incompréhensible des violences, le journal « UBUMWE[1] » du 2 juin 1972 a annoncé  livrer toute la vérité sur l’actualité dans un texte centré autour de quatre points : les faits, les causes, les auteurs, les complices.

La première découverte, la plus stupéfiante, est qu’aucun des articles et des commentaires ne sont signés[2]. Personne n’a donc endossé la responsabilité des textes remis à la presse pour publication.

Aujourd’hui, personne ne connaît la provenance et l’identité des auteurs. Même le nom de l’imprimeur n’est mentionné nulle part dans ce journal.  En réalité, ces textes officiels, sous couvert de l’anonymat, ne sont rien d’autre que des tracts.

Une cellule parallèle sans nom ni visage, émanation directe des responsables du génocide, a concocté des documents remis à la presse pour publication. Dès le départ, le fait de masquer l’identité des auteurs des articles est une préméditation destinée à brouiller les pistes de recherches. Les auteurs des articles et des crimes ont cherché ensemble à se dissimuler derrière l’anonymat avec la certitude de celui « ni vu, ni connu… » Jamais pris !

Les mêmes informations  données par voix officielle (mais de provenance inconnue)  ont été diffusées par la « Voix de la Révolution », la radio nationale, comme le rapporte l’Agence Reuters le 30 mai 1972.

La même version des faits a été donnée par les représentations diplomatiques à l’étranger comme en témoigne la conférence de presse tenue à Bruxelles par l’ambassadeur du Burundi en Belgique à cette époque, M. Laurent Nzeyimana[3], le mardi après-midi 6 juin 1972.

Par contre, celle tenue  un mois auparavant, le 2 mai 1972, à Genève (Suisse) par Térence Nsanze, représentant du  Burundi aux Nations-Unies apportait un autre angle d’éclairage de la situation. En effet, pour lui, la responsabilité des évènements incombe à des individus ou des intérêts privés qui ont financé l’opération dans le but de perpétrer un génocide, de prendre le pouvoir au Burundi, pour constituer une base arrière en vue d’un putsch contre le gouvernement de Kinshasa.(…)[4]

A titre de rappel, le gouvernement avait été dissout le 29 avril 1972 et M. Arthémon Simbananiye nommé ambassadeur extraordinaire et ministre plénipotentiaire.  « Le ministre-ambassadeur omnipuissant devait gérer les massacres à l’intérieur du pays en même temps qu’il organisait la désinformation dans tous les pays et organismes où le Burundi avait une mission diplomatique, notamment à  l’ONU. Térence  Nsanze faisait le relais à l’ONU et à L’OUA »[5]

Un des rares noms cités dans le journal UBUMWE comme détenteur de la vérité officielle est celui de M. Bwakira Melchior[6]. Il est écrit précisément :

« M. Bwakira Melchior, Directeur Général du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale a accordé une interview à ce sujet à des journalistes de la RTB (Radio Télévision Belge section Flamande). Cette interview donnait la version officielle des faits. Elle éclairait tout le monde  (sauf ceux qui étaient de partis pris) sur les récents événements qui ont ensanglanté le pays »

La version anonyme, relayée par les co-responsables du génocide[7]

Arrêtons-nous un instant sur quelques éléments de cette « vérité » qui a vu environ  trois cent mille Burundais ayant en commun le fait d’appartenir à l’ethnie Hutu disparaître en quelques mois.

Voici le film des événements tel que donné par ce journal officiel UBUMWE du 2 juin 1972 :

Les Faits.

« C’était le 29 avril. Presque à la même heure (entre 7H00 et 8H30 du soir), des bandes d’environ 10.000 nationaux et étrangers, armées de machettes empoisonnées, de massues, d’armes automatiques et de Cocktail Molotov, déferlent sur le Burundi : au sud (Nyanza-Lac-Rumonge) à l’ouest (Bujumbura la capitale) au Centre (Kitega) et à l’Est (Cankuzo) »

Quelques incohérences sont à relever.

Le texte reste très vague car aucune indication précise n’est donnée sur l’identité de ces personnes venues en masse attaquer le Burundi. Qui avait le décompte, la composition  et les informations exacts sur ces  dix mille personnes (burundais ou étrangers)?

Le chiffre avancé donne la représentation d’un contingent impressionnant qui  s’est déplacé à travers les pays en passant inaperçu. Pour que plusieurs personnes soient signalées au même moment à quatre endroits différents du pays notamment à Nyanza-Lac, Rumonge, Bujumbura, Kitega), cette capacité de déploiement demande un minimum de logistique et de coordination.

Qui en a assuré le commandement ?

Le journal UBUMWE poursuit :

« A Bujumbura, vers 8H30 plusieurs groupes de rebelles coupent, près du Camp Muha, les antennes de la Voix de la Révolution. Deux officiers : Le Capitaine Kinyomvyi et le Lieutenant Ndayikeza qui étaient sortis du Mess des Officiers pour s’enquérir de ce qui se passait sont sauvagement mutilés à coups de machettes. Les forces de l’ordre interviennent. Une parti des criminels parviennent à s’enfuir vers la ville. Ils tuent les militaires et les civils qui rentrent vers le camp Muha et la banlieue de Musaga. Une dizaine de véhicules sont réduits en cendre »

Encore une fois, toute une série d’approximations entoure toutes les informations avancées sur le déclenchement des hostilités dans la ville de Bujumbura.

De quels « différents groupes de rebelles », s’agit-il ? Lequel d’entre - eux coupe les antennes de la Voix de la Révolution ? Pendant combien de temps celle-ci  a-t-elle cessé d’émettre suite à cet acte ?

La majorité des Burundais relégués dans l’illettrisme ne sont informés qu’à travers la radio des principaux messages de l’Etat adressés à la population. Existe-t-il une copie du communiqué de la Voix de la Révolution s’excusant de l’arrêt d’émission involontaire suite à une panne de diverse nature ?

En 1972, la ville de Bujumbura était encore une très petite agglomération. Par  quel endroit  de la capitale une partie des criminels parvient-elle à fuir ?

Nouvel extrait du journal UBUMWE :  

 « Mais les groupes qui attaquent Bujumbura ne sont qu’un fragment d’un contingent de 4.600 personnes qui étaient encore occupés à massacrer les populations de la région de Nyanza-Lac et Rumonge et celles situées sur l’axe routier Bujumbura-Nyanza-Lac. D’autre part, plus de 3.000 rebelles envahissent par le Sud-Est en direction de Bururi. C’est dans cette région qu’ils établissent un véritable camp de retranchement et qu’ils plantent leur drapeau vert-rouge-vert. Les postes de Vyanda Makamba et Mabanda sont investis. Toujours vers les mêmes heures soit entre 7H et 8H30 du soir le poste de Cankuzo et l’Est du pays est assailli par une centaine de ces criminels mais ils sont rapidement taillés en pièces par les forces de sécurité de la Brigade de Cankuzo. La ville de Kitega est également assiégée. C’est au cours de l’attaque de cette ville que l’ex-Roi Ntare V trouve la mort » 

« Pauvre roi du Burundi ! »

La version officielle n’explique pas les raisons de la présence au pays de Charles Ndizeye, Ntare V, le dernier roi du Burundi, en ce milieu d’année 1972. Le monarque a longtemps vécu à l’étranger, notamment à Lausanne en Suisse où il a fait ses études. 

Dans quelle circonstance se retrouve-t-il prisonnier à Kitega ?

Des années ont passé, bien que tout n’ait pas encore été dit sur son assassinat, des informations sur les circonstances de sa mort  commencent à circuler et n’ont absolument rien à voir avec la fable servie par les officiels burundais[8]. Aujourd’hui, il est indispensable de donner les détails sur cette mort et d’établir les responsabilités de chaque participant au délit. Si les officiels ont semblé s’indigner sur le triste sort du jeune roi et qu’ils n’avaient pas de reproches à redouter liés aux circonstances de  sa mort, pourquoi ne l’ont-ils pas enterré avec tous les honneurs dus à un souverain ?

Malgré les indignations de façade, un fait indubitable de l’époque est à noter. Le Roi Ntare V a été jeté dans une fosse commune et il y demeure jusqu’à aujourd’hui.

Extrait du journal UBUMWE :

« Dans toutes les régions assiégées, des groupes d’auto-défense civile composés de Hutu et de Tutsi se constituent Sous l’égide du Parti et des Mouvements intégrés et secondent les forces de l’ordre qui ont fait preuve d’un courage remarquable. Neuf jours après, le chef de l’Etat, le Colonel Micombero pouvait annoncer sur les antennes de la « Voix de la Révolution », la mort de la majorité de ces criminels et la mise en déroute des quelques débris restant de la rébellion »

Dès lors que la rébellion est mise en déroute, comment expliquer que les massacres des citoyens innocents se soient poursuivis jusqu’à la fin de 1973 ? 

Extrait du journal UBUMWE :

« Toutes ces bandes attaquent et massacrent de la même manière. Ils sont sous l’influence d’une drogue qui les met dans un état d’excitation destructrice aigüe. Ils sont convaincus d’être invulnérable aux balles qui selon eux se transforment en eau en les atteignant. D’où le slogan qu’ils lancent : « Mayi Mayi » c’est-à-dire « les balles ne sont que de l’eau ». Leur corps est couvert de tatouages et de scarifications destinées à les protéger »

Concrètement, quelle drogue les mettait dans un état d’excitation destructrice aigüe ?

Extrait du journal UBUMWE :

« Très vite, il apparut que ces criminels ne massacraient pas indistinctement ; dans tous les postes et dans toutes les localités qu’ils assiégeaient, ces brutes étaient guidés par les indicateurs qui leur désignaient toujours les victimes d’une même ethnie. Mais il est nécessaire, et aussi réconfortant, de constater que des nombreux Barundi qui n’étaient pas de l’ethnie à exterminer ont préféré mourir plutôt que d’assassiner leurs frères. D’autres ont choisi la fuite. La dénombrement effectué par les équipes de volontaires chargés d’inhumer les corps des victimes porte à près de 50.000 le nombre de morts sans parler des disparus et des réfugiés en Tanzanie et au Zaïre »

Selon cette version officielle, puisque les attaques ont eu lieu simultanément dans quatre coins du pays, qui sont précisément les indicateurs chargés de guider ces rebelles dans les différentes villes à Bujumbura,  Rumonge-Nyanza-Lac, Cankuzo, Kitega ?

Extrait du journal UBUMWE :

« Toute les autorités administratives de Bururi : Commissaires d’Arrondissement, Administrateurs communaux Procureurs de la République Substituts  Médecins Comptables ; en tout 40 personnes furent tuées après avoir été  ignominieusement mutilées sans compter leurs femmes et leurs enfants »

Une nouvelle fois, des affirmations gratuites sans aucune indication précise ni vérifiable sont présentées comme fiables.  Si les officiels admettent qu’en tout quarante personnes (soit toutes les autorités administratives de Bururi) ont trouvé la mort,  de quelle manière sont  réparties les quarante neuf mille, neuf cent soixante (49.960) autres victimes  admises par le gouvernement ?

D’où étaient-elles originaires ?

Le journal officiel parle ensuite de l’existence de nombreux tracts distribués dans la région de Rumonge. La traduction d’un de ces documents est livrée au public. Par définition, un tract ne porte aucune signature. N’importe qui peut en être l’auteur !

Les auteurs.

Extrait du journal UBUMWE :

« D’autre part, une carte saisie au domicile d’un des chefs des rebelles, l’ex-Ministre des Télécommunications M.Bubiriza Pascal est sans équivoque. Toutes les régions à prédominance Tutsi étaient hachurées. Lui-même devait déclarer devant le Parquet que c’est dans ces régions que les massacres devaient s’opérer »

Si M. Pascal Bubiriza[9], a été désigné par le pouvoir de Micombero comme le chef des « rebelles », les Burundais ont le droit de savoir  le bien fondé de tous les éléments d’accusation. Quels liens avait-il exactement avec ces « rebelles » ?

C’est une des rares personnes qui, apparemment, s’est retrouvée devant un tribunal en 1972.

Qu’a-t-il dit exactement ?

Dans quelles conditions  a-t-il fait des aveux? Spontanément ou extorqués suite à des actes de torture ? A-t-il eu droit à un avocat pour sa défense face à des accusations si graves ?

En attendant, les officiels burundais ont présenté « les propos prêtés à un exécuté » dans des circonstances obscures comme une vérité sans faille. Les minutes du procès devraient être accessibles au public pour aider les Burundais en général et sa famille, en particulier,  à comprendre le rôle réel du ministre dans « la rébellion ».

Même la photo de M. Pascal Bubiriza publiée dans ce même journal UBUMWE et dans un numéro du journal Ndongozi de la même époque ne rend pas du tout crédible les faits qui lui sont reprochés. On se serait attendu à le voir pris en flagrant délit, entouré de « rebelles ». Bien au contraire, c’est un homme en costume-cravate, assis dans son bureau, plume à la main, l’image des plus classiques d’un haut fonctionnaire. 

Extrait du journal UBUMWE :

« Environ 25.000 personnes nationaux et étrangers surtout mulélistes s’étaient entraînés en dehors du Burundi au maniement des armes  et aux actions de sabotage. Les participants étaient liés par le serment de ne jamais trahir quoi qu’il arrive »

Dans quels pays, en dehors, du Burundi ces vingt cinq mille personnes se sont-elles entraînées ? Qui les a entraînés et quels  moyens ont été mis à leur disposition ?  Quel est ce pays étranger, voisin du Burundi, qui était prêt à être accusé  de facilitateur de  l’invasion du Burundi  et  par conséquent de base arrière pour les combattants ?

Certainement pas, le Zaïre et la Tanzanie, puisque les deux pays  se trouvent parmi ceux à qui les officiels Burundais ont pris soin de confier la vérité comme le montre cet extrait du journal UBUMWE :

« Que s’est-il passé dans notre pays ? Nous allons l’exposer en détail à nos amis et frères africains qui ont volé à notre secours. Au Président Mobutu Sese Seko et à son grand peuple zaïrois qui nous ont accordé une aide militaire en hommes et en matériel et un appui logistique important. Au Président Julius Nyerere et à son grand peuple tanzanien qui nous ont fourni une aide militaire très appréciable. Au Vice-Président de la République de Somalie et au Secrétaire Général de l’OUA qui sont venus nous voir  pour nous assurer de leur solidarité agissante. A tous les chefs d’Etats et aux mouvements africains qui ont envoyé au Président de la République, le Colonel Michel Micombero et au peuple du Burundi des messages de sympathie et de soutien »

L’autre pays qui a apporté une aide substantielle aux autorités burundaises est la Chine[10]. L’information est donnée par l’Ambassade du Burundi en Belgique dans son « Bulletin des nouvelles du Burundi » N°14 de juillet-août 1972 qui précise:

« L’Ambassadeur de la République Populaire de Chine au Burundi Mr. Cheng Feng, a remis ce mardi 27 juin 1972 au gouvernement du Burundi représenté par M. Clément Kidomo, Directeur Général à la Maison du Parti une aide appréciable représentant 204.690 tonnes de haricots et de riz.

Rappelons que cette aide n’est qu’une partie, l’autre étant attendue incessamment »

Les complices.

Extrait du journal UBUMWE :

« Des liaisons étaient établies avec d’autres criminels résidant au Burundi. Les correspondants collectaient toutes les deux semaines des fonds de soutien. C’est à leur domicile que furent saisies des caisses de drogue (opium, etc.), des armes automatiques et des machettes. Des sommes importantes (près de 50 millions de nos francs) furent également saisies chez les dirigeants Barundi du mouvement ainsi que des listes noires des autorités administratives à exterminer »

Qui sont ces correspondants et à qui ces fonds sont-ils demandés ? Aux domiciles de qui ces caisses de drogues, d’armes automatiques et de machettes ont-elles été saisies ? Dans quelles coupures les près de cinquante millions de francs burundais  ont-ils été distribuées ?

Toutes les indications manifestes  d’implication dans la « rébellion » constituent d’importantes pièces à conviction. Qui les a récupérées et que sont-elles devenues ? Pourquoi les officiels burundais n’ont pas exposé au regard de tous les Burundais et à tous les amis du Burundi, la capture des preuves utilisées pour l’invasion de leur pays?

Extrait du journal UBUMWE :

« Le jour de l’attaque, des soirées dansantes étaient organisées sur l’ensemble du pays et jusque dans les plus  petits postes à l’initiative des chefs du mouvement et cela dans le but d’exterminer facilement tous les Tutsi, ainsi rassemblés »

Dans quels endroits exactement ces soirées ont été organisées ? Dans les chefs-lieux de province ? Et dans quelles autres petites localités ? Qui étaient les principaux animateurs de ces soirées ? Que veut dire une soirée dansante pour les burundais ? Qui a lancé les invitations ?

Extrait du journal UBUMWE :

« Voilà la vérité nue et effroyable. Mais malgré la mort dans des conditions atroces de milliers d’innocents, les Pouvoirs publics n’ont pas appliqué la loi du talion, Notre pays, de culture humaniste séculaire sait que la responsabilité est individuelle. Seuls les coupables ont été châtiés »

Mensonges, que des mensonges ! Au nom de ces légendes, qui ne reposent sur aucun élément sérieux, sur aucune enquête, trois cent mille Burundais ayant en commun le fait d’appartenir à l’ethnie Hutu ont disparu.

Méthodiquement, le pouvoir de Michel Micombero les a fait disparaître grappe par grappe, puis, un à un. Dans l’administration, dans les différents ministères, les fonctionnaires, les commerçants, les religieux, les étudiants de l’université, les élèves des écoles secondaires, les paysans sur les collines etc. la répression a été féroce du 29 avril 1972 à la fin de l’année 1973.  

Pascal Bubiriza figure parmi les premières personnalités  en vue à succomber au génocide des Hutu de 1972-1973.

Au nom de ces légendes, les chefs de zone des différents quartiers de la ville de Bujumbura de Nyakabiga, Bwiza, Buyenzi, Kamenge, Kinama, Cibitoke, Ngagara, à Musaga ont  facilité l’arrestation et la disparition des Hutu vivant dans ces quartiers sur simple dénonciation ou convoitise de leur biens.

Au nom de ces légendes, les gouverneurs militaires des différentes provinces ont accompli la même tâche en simultané avec les rafles de la ville de Bujumbura.

Au nom de ces légendes, un pillage systématique des biens appartenant à ces disparus a été organisé à commencer par les biens meubles et immeubles jusqu’aux objets personnels à la valeur uniquement affective. Nombreux de ces pilleurs ont fait grandir leurs propres enfants dans des biens qui ne leur appartenaient pas. Cette spoliation suivie d’usurpation en tout genre dure depuis trente neuf ans sans remise en cause morale de la part des profiteurs.

En parcourant les articles de la revue UBUMWE, l’autre découverte terrifiante révèle la cruauté des acteurs du génocide de 1972.

Pour endormir la conscience des gens et les empêcher de saisir la nature du danger autour d’eux, une campagne de « pacification »  a été lancée  sur toute l’étendue du pays.

Par exemple, le lundi 29 mai 1972, au cours d’un meeting tenu à 14 heures sur le terrain de football du Quartier 3 à l’OCAF réunissant les habitants de ce quartier et ceux de Kinama, Kamenge et Cibitoke, le Gouverneur militaire de Bujumbura, le Commandant Ndikumana Gabriel  a indiqué comme le montre cet extrait du journal UBUMWE du 2 juin :

« Aujourd’hui, chers compatriotes, je vous amène la paix, tout le pays est dans la paix. Les gens qui racontent ce qu’ils ne savent pas, il ne faut pas les écouter, écoutez plutôt la radio et lisez les journaux officiels pour connaître toute la vérité »

En connaissance de cause, ce gouverneur avait l’assurance que les massacres systématiques contre les populations Hutu n’en étaient qu’à leur début. Par contre, les indignations et les descriptions des massacres par la presse internationale commençaient à agacer quelques personnes influentes de l’entourage du président Micombero. A ce propos, il fallait stopper toute tentative de la presse étrangère d’en faire une lecture autre que celle de leur volonté.  En même temps, il fallait continuer de tuer dans le calme sans éveiller de soupçon chez les prochaines victimes Hutu, ni chez les curieux et autres témoins.

L’opération  a réussi.

Deux semaines auparavant, dans un numéro spécial du journal « UBUMWE » du 16 mai 1972 dont les articles ne portent pas de signature, le Lieutenant-Colonel Thomas Ndabemeye, Commandant en Chef des Forces Armées Burundaises, avait  fait le point de la situation.

Des affirmations sorties  de nulle part, sans la moindre preuve et destinées à émouvoir les Burundais et les amis des Burundais.  Le journal conclut :

« En se basant sur un chiffre approximatif des réfugiés gravitant autour de 500.000 et compte tenu que ces malheureux sont pratiquement sans abris, ne disposant pas de vivre et que parmi eux, nombreux sont ceux qui sont blessés, sans oublier beaucoup d’enfants, le Gouvernement Burundais sollicite de la part des gouvernements amis, une aide et assistance, pour faire face à cette situation inattendue. Le Gouvernement souhaiterait recevoir une aide : en vivre, en médicaments, et en vêtements. Le Burundi remercie à l’avance les Missions diplomatiques et consulaires pour le secours qu’ils prêtent aux populations sinistrées. D’autre part, le gouvernement a ouvert un compte où les nationaux ou étrangers qui veulent venir en aide pour ces régions sinistrées pourront verser leur contribution. Le numéro du compte est 6486, Banque Commerciale du Burundi »

Les cinq cent mille (500.000) réfugiés dont parle le journal, desquels s’agissait-il ? Des réfugiés intérieurs ou ceux qui avaient déjà traversé les frontières burundaises pour se mettre à l’abri ?

Le premier cas de figure semble le plus probable, les réfugiés en dehors du Burundi n’étant plus dans  la préoccupation première du pays d’origine.

Pour ce qui concerne les réfugiés de l’intérieur du pays, à quel endroit du Burundi une population deux fois plus grande que celle de la capitale, Bujumbura, a-t-elle été regroupée? Quelles ont été les infrastructures utilisées  et la prise en charge adéquate dans ce genre de situation?

Qui était chargé de gérer le compte ouvert à la Banque Commerciale du Burundi ? Quel montant a été versé, par qui,  en faveur de quels bénéficiaires ?

Il est très étonnant que ces personnes  ne se soient pas manifestées pour geindre des brutalités de 1972 et le plus curieux, pour exprimer leurs remerciements pour ce geste magnanime posé pour les sortir des difficultés de l’infortune et de la précarité !

Qui sont les  réels bénéficiaires de la générosité et pourquoi tant de discrétion autour d’eux ?

La vérité et la réconciliation annoncées à grand coup de communiqués semble être un leurre pour faire croire momentanément à un début de résolution. Quelques  acteurs et bénéficiaires du génocide des Hutu de 1972-1973 vivent encore paisiblement aux côtés de leurs nombreuses victimes.

Le temps est arrivé pour eux de répondre aux questions et assumer leur responsabilité dans le déclenchement de la tragédie.

Ils doivent s’attendre à faire face à la justice pour tous les crimes commis en cette période.

Perpétue Nshimirimana

Lausanne (Suisse), le 29 avril 2011.


[1] Hebdomadaire en langue française. (Le reste des indications est à préciser par les créateurs  à l’origine de ce journal)

[2] Pour avoir travaillé de 1985 à 1993 à la Radio Télévision Nationale du Burundi (RNTB), cette découverte m’a rappelé les curieuses pratiques observées lors de certains grands faits marquants du pays. A titre d’exemple, au coup d’état du major Pierre Buyoya pour renverser le président Jean-Baptiste Bagaza le 03 septembre 1987, j’ai été choisie avec d’autres journalistes en mesure de préparer des éditoriaux à radiodiffuser dans la campagne de dénigrement du régime déchu. Il fallait démontrer que la décennie du régime de Bagaza a été caractérisée par le népotisme, la corruption, l’injustice, les détournements des deniers publics etc. Les textes que mes confrères et moi avions préparés, selon les directives données par le directeur général de la radio de l’époque, M. Donatien Nahimana, ont été simplement mis de côté. A la place, sans nous en avertir, d’autres textes prêts à être radiodiffusés ont été apportés à la rédaction. C’est à ce moment-là que j’ai découvert l’existence d’une cellule parallèle efficace chargée de faire le travail confié auparavant à des professionnels. Un laboratoire inconnu s’était assuré de l’exactitude des idées que le nouveau régime entendait transmettre. Le principal contenu des articles du  journal UBUMWE du 2 juin 1972 relève exactement de cette démarche.

[3] Le Monde, 8 juin 1972

[4]Birame N’diaye : l’Année Africaine 1972.

[5] Source : Augustin Nsanze. Le Burundi contemporain. L’Etat-nation en question (1956-2002). L’Harmattan. p.219

[6] Ministre des Télécommunications et de l’Aéronautique dans le gouvernement nommé le 14 juillet 1972.

[7] Elle sera assumée collectivement par l’Etat représenté par son gouvernement, en particulier son ministère de l’information, dans une publication ultérieure intitulée « Livre blanc sur les évènements survenus au mois d'avril et mai 1972. » Bujumbura: Ministère de l'Information, Commission du Burundi aux Nations Unies, New York, 6 juin 1972,

[8] Des indications ont été réunies par la radio Publique Africaine (R.P.A). D’autres témoignages existent.

[9] Né en novembre 1932 à Rugazi, il avait fréquenté, exceptionnellement pour un Hutu, la section administrative au Groupe Scolaire d’Astrida (Butare, Rwanda). En 1963, sous le gouvernement Ngendandumwe, il devient Ministre de l’intérieur. Sous le Premier ministre Nyamoya, il fut nommé Ambassadeur au Congo (Zaïre). De 1965 à 1967, il était ambassadeur en Ethiopie. Il devint ensuite Ministre des Communications.

Source : Laurent Kavakure. Le conflit burundais II. La tragédie de 1972. Editions du Centre Ubuntu. Octobre 2002. p.223

[10] Six mois auparavant, le 1er janvier 1972, à la demande du gouvernement chinois, une délégation burundaise était en visite officielle en Chine.

Chef fe mission : Artémon Simbananiye, ministre des affaires étrangères, de la coopération et du plan.

Membres de la délégation :

Major Rwuri, chef d’état major (CGS) de l’armée et membre du Conseil suprême de la république,

Protais Mangona, ambassadeur du Burundi en Tanzanie,

Pascal Kabura, directeur général des cultures industrielles du  Burundi,

Philippe Minani, avocat à la cour d’appel,

Capitaine Bagaza,

Jérôme Ndikuriyo, officiel du département du protocole au Ministère des affaires étrangères.

Accueillis par un officiel du Ministère des Affaires étrangères et le Vice-Chef d’état major de l’armée chinoise

Source : archives du Quotidien du Peuple.

13:56 Écrit par victor ntacorigira dans Perpétue Nshimirimana, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |