13/04/2012

L'opprobe de 1972 au Burundi:40 ans déjà

Burundi : pour une prise de conscience de la gravité du génocide de 1972 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Opinion

@rib News, 12/04/2012

L’opprobre de 1972 au Burundi : 40 ans déjà !

Par Kazirukanyo Martin

Lors des élections de 1961 qui avaient consacré la victoire au Prince Louis Rwagasore et son équipe, les perdants à cette époque avaient aussitôt ourdi l’assassinat du prince et par la suite s’engouffrèrent dans le parti orphelin pour récupérer le parti et le pouvoir bien évidemment en écartant sine die les objectifs et les idéaux du prince par l’instauration d’un régime basé sur l’exclusion ethnique. La suite tout le monde la connaît trop bien.

Il s’en est suivi un cycle de violence orchestré par ces  antidémocrates dont le bilan en coût humain est trop lourd, assassinats ciblés en 1965, 1969, génocide en 1972, massacres 1988, assassinat du 1er Président démocratiquement élu en 1993 ainsi que ses principaux collaborateurs et massacres généralisés sur tout l’étendu du territoire en toute impunité ; sans parler du coût économique dont le Burundi souffre encore aujourd’hui (parmi les 10 pays les plus pauvre au monde).

Ce n’est qu’en 1968 que Micombero commença à dévoiler quelques coins de son plan, lors de son discours du 1er juillet 1968, il expliqua sa tactique en disant que quand on a un fagot à brûler, il vaut mieux s'y prendre arbuste par arbuste (kuvuna rumwe rumwe), sinon on se complique la vie,…. A ce propos il faut lire le plaidoyer de Monsieur Mpozagara à l’endroit de la politique menée à cette époque dans son ouvrage publié en 1971 intitulé « La République du Burundi » dans l’encyclopédie politique et constitutionnelle, série Afrique, de l’Institut International d’Administration Publique.

Dans l’Accord d’Arusha, est prévue la création d’une Commission nationale pour la Vérité et la Réconciliation chargée, entre autres, d’enquêter. Cette mission est spécifiée de la façon suivante : « La Commission fait la lumière et établit la vérité sur les actes de violences graves commis au cours des conflits cycliques qui ont endeuillé le Burundi depuis l’indépendance (le 1er juillet 1962), qualifie les crimes et établit les responsabilités ainsi que l’identité des coupables et des victimes ».

Le 18 septembre 1969, Michel MICOMBERO, conseillé par Simbananiye et Mpozagara, fit procéder à des arrestations de certains officiers de l’armée pour débuter sa purification ainsi que des civils et religieux Hutu. Les moyens de torture appliqués aux détenus furent multiples et variés, relevant de l'imagination diabolique la plus prodigieuse. Les témoins affirment qu’à côté de cela les nazis n'avaient aucune imagination ! Ces tortures brutales et cruelles menèrent à trépas plusieurs détenus. Les plus illustres de ces victimes sont le docteur Cyprien Henehene ancien ministre de la santé, les officiers Karolero, Katariho et Bazayuwundi. Lorsque les accusés de 1969 sont arrêtés, Mpozagara ne mentionne pas qui les a dénoncés. Nous savons par contre que "l'interrogatoire" est rondement mené, elle est musclée  puisque Mpoazagara a l'habitude. Le soir Mpozagara se trouve chez Micombero entouré de son ami Ntungumburanye alors chef de la sûreté et le ministre de la Justice pour confectionner le questionnaire du lendemain. Il en sera ainsi jusqu'à la fin de l'instruction. Le verdict est donc prononcé au cours de ces soirées bachiques. On le donnera au tribunal pour le prononcer la plupart des fois les juges en ignorent jusqu'à la dernière minute le contenu. Sur 80 personnes interpellées, 25 furent condamnées à mort dont 19 militaires et 6 civils.

L’histoire nationale n’a pas encore mesuré la gravité de l’hécatombe de 1972. Les familles brisées, décimées ou meurtries encore crient mais seul l’opprobre leur répond. On reste confondu et scandalisé par l’indifférence de cette société civile burundaise qui jusque maintenant est seulement zélée quand il s’agit d’embêter le gouvernement mais qui, sommes toutes, quand il s’agit des crimes d’ampleur nationale commis par les dignitaires des anciens régimes et touchant les simples citoyens dont les plaies sont encore ouvertes à ce jour, se désintéresse complètement à se demander quels droits de l’homme elle défend, jusqu’à passer outre le génocide d’avril 1972.

Tout commença dans la nuit du samedi 29 avril 1972, alors qu’à midi, le président Micombero venait de révoquer son équipe ministérielle afin de réaliser en toute quiétude son plan d’extermination. Toutefois, il avait gardé à ses côtés un seul ministre Monsieur Arthémon  Simbananiye. Certains se demandent même si Simbananiye n’était pas le véritable Président du Burundi en collaboration avec d’autres compères notamment André Yanda, Shibura et autres acolytes. Le Burundi allait être vidé, martyrisé, endeuillé pour longtemps….pour toujours ? Le 30 avril 1972 à 8 heures du matin, on apprend que le roi Charles Ndizeye a été tué vers minuit. Officiellement, il avait été tué lors de combats contre des mulelistes. Pour justifier cet assassinat, les autorités prétendirent que la victime voulait rétablir la monarchie. Il fallait donc massacrer cette masse de Hutu qui vénérait le monarque.

Le 1er mai 1972, la radio de Bujumbura annonce que de sérieux combats se déroulent dans le sud du pays et qu’il s’agit de mulelistes venus du Zaïre aidés par les Inyenzi (monarchistes Rwandais) et des Burundais monarchistes…Dans tout le pays, les arrestations et les exécutions sommaires sont organisées au nom du parti UPRONA et du président Michel MICOMBERO. Le massacre se poursuit et encouragé par les messages officiels diffusés par la radio, la voix de la révolution : « les forces vives de la Nation doivent s’impliquer à débusquer les ennemis du peuple ». A la redoutable prison de Bujumbura, les personnes arrêtées sont exposées au soleil, torturés jusqu’à ce que mort s’en suive… Mworoha Emile alors secrétaire général, tel Joseph Goebbels, pendant cette période mobilisait la JRR organisée en milice pour appliquer les consignes données à ces prétendues forces vives de la nation, par sa propagande en raison de ses talents d'orateur et de rhétoricien. Son rôle était très important dans la mise en place du dispositif d’extermination et de diffusion des mots d'ordre. Pour lui, l'essentiel était que la JRR soit organisée avec une telle finesse pour qu'elle soit en quelque sorte l’avant garde de l’appareil répressif et d’extermination des bamenja et autres inyankaburundi, comme on les appelait avant de les tuer (voir document infra).

Le Dr Stef Vandeginste s’offusque dans sa réflexion sur la CVR et la qualification des faits : « lorsqu’ils parlent de certaines atrocités commises dans le passé, les Burundais ont souvent tendance à parler d’événements et/ou de la crise. L’utilisation d’un euphémisme n’est ni unique au cas burundais (dans le cas de l’Irlande du Nord, par exemple, il était question de « troubles ») ni surprenant (car l’utilisation de certains termes, notamment le mot « génocide », pour décrire certains événements était très souvent automatiquement associée à une prise de position politique et à une appartenance ethnique). A un moment donné, notamment dans le cadre de la recherche de la vérité, les termes événements et crise ne suffisent plus. Un des objectifs communs à toutes les CVR – une quarantaine depuis environ trente-cinq ans – est qu’elles doivent éclairer une société sur son passé. Elles doivent permettre une lecture largement partagée de l’histoire, entre autre afin d’enseigner l’histoire du pays aux futures générations. Pour ce faire, un qualificatif des différents cycles de violences et des souffrances des citoyens s’impose. Le qualificatif permet à la société, notamment à travers le rapport de la CVR, d’exprimer une évaluation, une appréciation, un jugement de valeur, au-delà de la simple description des faits. La vérité et la reconnaissance des victimes et de leurs souffrances exigent à ce que le viol, la torture, le crime de guerre, etc. soient appelés par le nom qui leur convient ».

Des soirées dansantes pour les fonctionnaires et les commerçants avaient été organisées dans tout le pays le 29 avril 1972, la nuit du début de l’hécatombe. Qui avait organisé ces soirées ? Dans tous les cas, le pouvoir était complice car il ne les a pas interdites. Au contraire juste après, par des messages codés et ambigus (voir infra) les mouvements intégrés à l’UPRONA étaient utilisés pour traquer et infliger des châtiments exemplaires aux fauteurs de troubles. Les fausses communes ici et là dans tout le pays donnent quelques indices pour identifier ceux qui devaient être châtiés dans ce contexte.

Dans le dossier « Naufrage au Burundi » de septembre 1972, on lisait : « Dans ce pays sans statistiques et sans informations libres, comment pourrait-on savoir ? Qu’importe… de tels massacres ont déjà eu lieu en territoire décolonisé, mais une tentative de naufrage radical par la suppression de l’élite politique, sociale et culturelle d’une ethnie par l’autre, avait-on jamais vu cela ? Même au Biafra ? »

Et pourtant, la convention de l’ONU sur l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité condamne ces crimes, même lorsque ces actes ne constituent pas une violation du droit interne des Etats où ils sont commis. Les familles attendent la mise en place de la Commission Vérité et Réconciliation assortie d’une juridiction internationale. Quarante ans plus tard ? Est-ce au moins le bout du tunnel ? Encore une fois, la communauté internationale est interpellée.

Aujourd’hui plus que jamais au Burundi, beaucoup de victimes des actes de barbarie réclament justice. Et Dieu seul sait combien ils sont nombreux. Dieu et les Burundais savent et mesurent le poids de l’injustice. Quarante ans plus tard, nous attirons toujours l’attention sur les suppliciés de 1972. Quarante ans d’attente ; Quarante ans d’indifférence, de déni de justice. Malgré le foisonnement d’associations de la société civile qui œuvrent au Burundi, la violation de la dignité humaine semble ne causer point d’insomnie aux criminels.

Avec l’hécatombe de 1972, les Hutus et les Ganwas sont minoritaires dans les associations actuelles de la société civile qui élèvent la voix pour revendiquer cyniquement le respect des droits de l’homme, leur composition reflète encore trop l’image des régimes du passé. On peut se tromper mais le scandale crève les yeux. L'opprobre est devenu insupportable après la restauration de la démocratie.

Le roi Charles NDIZEYE croupit encore dans une fosse commune ; le roi Mwambutsa reste en exil en Suisse. Les charniers de Buterere, du Pont Peke et d’autres à identifier disparaissent avec leurs secrets macabres. Quarante ans après les faits, les orphelins et les veuves inconsolables réclament justice, un peu d’humanité s’il vous plaît.

De l'intérieur du pays ou de la diaspora, mobilisons-nous ; mettons plus d’énergie et de moyens dans cette bataille contre la mort, l’oubli et le déni de justice. Les victimes de l’hécatombe de 1972 attendent un mot, un geste, un coup de main dans cette lutte pour la renaissance de l’âme burundaise. Agissons pour que cette plaie, cette gangrène nationale cesse d’être une pierre d’achoppement des efforts de reconstruction et de réconciliation nationale. Mobilisons-nous pour toutes les victimes des barbaries burundaises depuis la veille de l'indépendance jusqu'à celles d’aujourd'hui conséquence des calculs mesquins des politiciens sans scrupules. Quarante ans plus tard, il y a encore au Burundi des cadavres non identifiés dans les fausses communes et trop de disparus. Cette malédiction réclame une prise de conscience : le droit de dire nom.

23/10/2011

Héroïsme du peuple Hutu du Burundi

 

DEPORTATION DU PEUPLE HUTU .

 

 

ENTRE 1930ET1940


28/08/2011

Quand l'homme ne trouve plus dans l'homme un semblable

 Le génocide de 1972


 MECANISMES DU GENOCIDE DE 1972.

Dans le dossier "Naufrage au Burundi" de septembre 1972, on lisait :

"Dans ce pays sans statistiques et sans informations libres, comment pourrait-on savoir ? Qu'importe. De tels massacres ont déjà eu lieu en territoire décolonisé, mais une tentative de naufrage radical par la suppression de l'élite politique, sociale et culturelle d'une ethnie par l'autre, a-t-on vu cela ? même au Biafra ? même au Bengale ? Lorsque les haines raciales se déchaÎnent, il est rare que les bourreaux se trouvent dans un camp et les victimes dans l'autre".

 Les faits

Le 15 mars 1972, Mgr Makarakiza dénonce un complot hutu. La sûreté générale administrée par Bizindavyi et le commandant NDIKUMANA partent en Tanzanie pour organiser une surveillance des Hutu, les frontières restent ouvertes.

Le 30 mars 1972 se passe le kidnapping de Ntare V en Uganda grâce à la complicité d'Idi Amin et de Micombero. Ramené à Bujumbura, il est accusé d'avoir voulu renverser la république pour réinstaurer la monarchie avec l'aide des mercenaires blancs et des Burundais monarchistes. La radio invite la population à veiller.

Le 26 avril 1972, une assemblée du parti Uprona prend des mesures de répression contre tous ceux qui n'ont pas encore adhéré à la JRR et demande au président de la république de décréter une loi instituant la suprématie du parti Uprona.

Le 27 avril 1972 Shibura Albert, ministre de l'Intérieur, va à Nyanza Lac et distribue des armes aux intellectuels Tutsi et ceux qui sont influents dans la masse ; par erreurs quelques Hutu en reçoivent.

Le 28 avril 1972 se réunit le Conseil des ministres. On ne sait trop ce qui s'est décidé, mais il semble que l'unanimité ne s'est pas faite quant au sort à réserver à Ntare V. Le tiraillement décida probablement

Micombero à révoquer son gouvernement. Les ministères sont dirigés par les directeurs généraux.

Le 29 avril 1972 Shibura et Yanda terminent la distribution des armes dans la province de Bururi et reviennent à Bujumbura dans la nuit. Une fête des officiers était organisée. Plus tard le gouvernement dira que le complot des Hutu consistait en une exécution de tout le monde participant à cette fête. Remarquons qu'il n'a pas exhibéles preuves de ce complot Hutu.


Ntare V est exécuté, dans la nuit, à Gitega (par le major Shibura ?). Un couvre-feu est imposé à tout le pays.

Le ler mai 1972 la radio de Bujumbura annonce que de sérieux combats se déroulent dans le sud du pays et qu'il s'agit de Mulelistes venant du Zaire aidés par les Inyenzi (monarchistes rwandais) et des Barundi monarchistes. Tout rassemblement de plus de trois personnes est interdit


 

près des bâtiments administratifs ou dans des lieux publics. Remarquons que le gouvernement a parlé de "Mulelistes", sans doute pour attirer l'attention de Mobutu, d'"Inyenzi" pour ne pas inquiéter Kayibanda et de 11 monarchitesl' pour endormir les Hutu. Le 2 mai 1972 la radio annonce que le devoir et le droit de tout Burundais sont de dénoncer tout fauteur de trouble. La révolte est cette fois attribuée aux tribalistes, sous-entendu les Hutu, dans le but de mobiliser les Tutsi contre les Hutu et attirer la sympathie de la Tanzanie, de toute l'Afrique au sein de l'OUA ainsi que l'opinion internationale.

 

Synthèse des mécanismes du génocide

 

Les mécanismes du génocide sont synthétisés dans "le plan de génocide" élaboré par André Muhirwa et repris par Simbananiye.

1. Semer la haine entre les ethnies en noircissant fortement quelques hauts intellectuels Hutu.

2. Faire disparaÎtre physiquement le chef de l'Etat pour plonger le pays dans la confusion et la colère.

3. Tablant sur les faux bruits déjà en circulation, crier haro sur les Hutu pour la récidive de 1965. Alors il ne restera plus qu'à lancer une répression sanglante sur les cibles choisies d'avance et se montrer très actif dans l'épuration criminelle pour réclamer le pouvoir comme rançon de son zèle. Après ce coup de balais, l'apartheid règnera au Burundi et le "péril Hutu" sera anéanti. à jamais (rapport politique 093/100 Cab/68, Bujumbura 1968).

Remarquons que le plan de génocide a connu quelques modifications : ce n'est pas le chef de l'Etat de l'époque, Michel Micombero, qui a été éliminé, conformément au point 2 du plan de génocide, mais l'ex-chef' d'Etat, Ntare V.

 

Les méthodes utilisées pour tuer


Cela dépendait de la région où on se trouvait. Les premières victimes, c'est-à-dire pendant les trois premiers jours, ont été tuées au fusil, ceci répondant à la nécessité de faire vite étant donné qu'il s'agissait de faire disparaÎtre les hauts fonctionnaires Hutu. Dans la région de Jenda-Mwaro, on tuait les Hutu à l'aide de bambous. Dans la région du sud, on utilisait des machettes et des massues ...
A Bujumbura (vers le
15 mai 1972), à la prison de Mpimba on tuait avec des bambous qu'on avait fait venir de Jenda. Dans la région de Kirimiro et du nord on tuait à la massue et beaucoup furent enterrés vivants. La plupart des étudiants ont été tués à la baillonnette. Beaucoup sont morts d'étouffement dans les salles où on les enfermait en surnombre. D'autres Hutu martyrisés ont été tués par empalement et écartèlement.

 

Les listes :

Les listes des fonctionnaires et des personnes influantes d'ethnie Hutu avaient été faites longtemps à l'avance. Néanmoins, dans les écoles, ce sont les élèves Tutsi qui établissaient les listes de leurs camarades. Quant aux paysans, ils ne nécessitaient pas de listes. Comme la JRR et l'Uprona avaient encadré le pays depuis 1968, les paysans Tutsi savaient très bien qui était Hutu et qui ne l'était pas ; le ramassage se faisait sans aucune confusion.

 

Les responsabilités :

La responsabilité ou l'établissement de la culpabilité du régime ségrégationniste Tutsi est aisée à établir étant donné les faits cités plus haut. 

Grâce à la Sûreté les listes des Hutu étaient centralisées et confiées soit à l'armée quand son concours était nécessaire, soit à la JRR organisée en milice paramilitaire par le Parti Uprona.

Quant à la radio nationale elle servait de courroie de transmission rapide entre les mains des commanditaires du génocide dont Micombero était le chef. Elle trompait les Hutu pour mieux les faire attraper, tout ignorants qu'ils étaient du programme en cours de réalisation.  Elle annonce aussi que quelques-uns ont été capturés et que certains rebelles se dirigent vers Ngozi. "Habwirwa benshi hakumva benevyo", les Tutsi, à partir de ce jour mettent à jour les listes des Hutu et certaines étaient déjà dans les mains de la Sûreté, les rafles avaient déjà commencé.

Le 3 mai 1972, des munitions, deux cents hommes de troupes et deux bombardiers arrivent du Zaîre. La radio nationale annonce pour la première fois que des étudiants et des mercenaires entraînés à l'étranger ont envahi le pays.

Le 4 mai 1972 la radio nationale répète que le soulèvement est l'oeuvre des tribalistes (sous-entendu Hutu) antirévolutionnaires et que les auteurs ont été arrêtés. Elle demande à la population de former des groupes de vigilance et appelle les membres de la JRR à Ngozi à coopérer pour combattre l'ennemi.

Depuis le ler mai 1972 les habitants de Bujumbura voient des camions chargés de prisonniers et de cadavres dissimulés sous les bâches, s'en aller vers des charniers où les buldozers les recouvrent de terre.

Les fonctionnaires, les dirigeants d'entreprises, les responsables, les étudiants, les professeurs, les possesseurs de comptes dans les caisses d'épargne ou à la poste, les employés, les ouvriers, même des domestiques ... tous d'origine Hutu, ont été arrêtés et exécutés. Quant au peu de Hutu qui étaient encore à l'armée, leur sort avait été réglé au début des massacres.

Le 14 mai 1972, Nyamoya Albin est nommé premier ministre et deux jours après la formation du gouvernement les massacres de Hutu continuent.

L'armée continue à tuer à Bubanza, Bujumbura, Ngozi, Gietaga et Muramvya. Quant à Burui la tuerie n'a plus de raison d'être, vu l'extermination des Hutu qui s'y était opérée depuis le 29 avril et la grande masse qui avait fui en Tanzanie.

Le 24 novembre 1972, des promotions sont décernées au sein de l'armée. Le Lieutenant-Colonel Ndabemeye Thomas devient Général et Chef d'Etat-Major, le Major Nzohabonayo et le Capitaine Bagaza deviennent



 

Lieutenants-Colonels, en même temps que ce dernier est nommé Chef d'Etat Major adjoint. On peut se poser la question suivante : est-ce que ces promotions n'étaient pas une récompense à leur bravoure dans les massacres des Hutu.

Le 5 juin 1972, le "Pourquoi Pas ? "avançait le chiffre de deux cent mille victimes contrairement au chiffre de dix mille rebelle tués avancé par le gouvernement pour cacher son ignominie, le 30 mai 1972. Dans toutes les guerres il existe des prisonniers et les victimes dans les deux camps, mais dans celle qui s'est déroulée au Burundi il n'y a eu que des victimes Hutu.Si la thèse que le gouvernement avance, à savoir des combats sanglants dans tout le pays, pourquoi n'y a-t-il eu que des réfugiés hutu dans les pays limitrophes ? La seule thèse que nous pouvons retenir pour nous et faire valoir à l'opinion internationale est qu'il y a bel et bien eu un génocide dirigé contre les Hutu, qui tire ses sources des structures héritées de la colonisation et de la féodalité qui ont favorisé les Tutsi, et qui a été orchestré dans le cadre d'un plan préétabli (cfr. plan de génocide).

Bilan : environ 300.000 morts, soit plus de 7 % de la population et plus de 13 % de la population masculine de l'ethnie hutu.

Tel un serpent qui hypnotise un rat, le gouvernement empêchait les Hutu de fuir ou de se défendre en leur répétant sans cesse qu'il n'y avait que les coupables qui étaient visés. Alors, les Hutu se sachant honnêtes ne voyaient pas la nécessité de s'inquiéter, jusqu'au moment où le rouleau compresseur frappait à la porte. En outre, la radio nationale servait les sanguinaires en trompant l'opinion internationale par la diffusion de fausses informations, comme on l'a vu plus haut. La Sûreté, l'armée, le parti Uprona et ses mouvements intégrés, font partie intégrante du régime, leur responsabilité dans ces tueries est nette.

 

L'attitude de la population :

 

a) La population Tutsi :

Pendant cette période, la population tutsi s'est révélée d'une cruauté et d'un sadisme jusque là insoupçonnés. L'union tutsi, ayant été renforcée après l'affaire des Banyaruguru. Jusqu'à l'adolescent, ils se sont montrés très actifs dans l'élimination des Hutu pour mieux exécuter le plan de génocide. Par exemple, des jeunes Tutsi de neuf' à douze ans établissaient des listes de leurs camarades de classe pour qu'ils soient exécutés. Quant aux adultes, leur comportement barbare dépasse l'entendement ; ils allaient jusqu'à éventrer les femmes enceintes, soi-disant pour éradiquer la mauvaise graine hutu.

 
b) L'attitude des Hutu :

Contrairement aux Tutsi unis, pour eux c'était le sauve-qui-peut. Un



Hutu n'hésitait pas à dénoncer d'autres s'il était contraint à le faire. D'autres qui ne savaient pas de quoi il s'agissait, livraient même leurs enfants. C'est ainsi, par exemple, qu'une mère livra son enfant qui étudiait en 7ème année primaire, parce que l'autorité communale s'était présentée, disait-elle, pour faire une enquête. Alors, la mère estimant son enfant assez grand et intelligent pour répondre aux questions l'autorité, l'envoya à la mort. D'autres, enrôlés dans la JRR, de gré ou de force, exécutèrent leurs frères sans savoir que leur tour viendrait le lendemain. Ceux qui se rendaient compte de la réalité, prirent le chemin de l'exil, vers les pays limitrophes.


c) L'attitude du clergé burundais

Contrairement à la réaction de l'épiscopat burundais lors du procès de Banyaruguru (Tutsi), qui demandait l'arrêt de l'arbitraire et le respect des droits de l'homme, cette fois la réaction des évêques allait dans le sens voulu par les auteurs du génocide. L ' évêque de Bujumbura, Michel Ntuyahaga; s'en prit aux tribalistes "Hutu" au cours d'un sermon à la cathédrale Regina Mundi. L'archevêque du Burundi, André Makarakiza, fut encore plus virulent dans son célèbre sermon du
15 août 1972 à la grotte Marielle de Mugera contre les tribalistes, "fauteurs de troubles". Bref, ils soutinrent l'injustice.


L'attitude du monde extérieur :

Ce n'est qu'après l'exécution du plan de génocide que le monde extérieur a été mis au courant de ce qui s'était passé au Burundi. Ceci est dû au fait que les autorités burundaises avaient verrouillé les frontières jusqu'aux environs du
20 mai 1972. C'était trop tard. Les observateurs étrangers ne pouvaient plus rien voir : tous les cadavres étaient déjà enterrés et les traces de sang minutieusement effacées. Néanmoins, le monde extérieur a été horrifié. Le premier ministre belge de l'époque a parlé de génocide, le secrétaire général de l'ONU a parlé de tragédie, le pape a envoyé une lettre de protestation à Micombero...Toutefois, nous regrettons vivement le silence des chancelleries étrangères établies à Bujumbura, qui n'ont rien dit alors qu'elles avaient les moyens de contourner le verrouillage de l'information imposé par le gouvernement.

Extraits de "L'histoire des relations Hutu-Tutsi", par la Communauté des réfugiés burundais en Belgique
1986-1987

23:22 Écrit par victor ntacorigira dans Actualités, commémorations, Communiqués, Conférences | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |