12/10/2011

si non,"L'histoire cherchera avec peine notre passage dans le monde des humains"

 

Lancement de la Campagne « Honorer nos Héros »

 

Le 20 Mars 1999, le Frère (Père Dominicain) Emmanuel Ntakarutimana, anime une conférence intitulée «Exorciser la mémoire comme thérapie collective en vue de la réconciliation ».  C’était dans le cadre de deux journées de réflexion (20 et 21 mars) organisée à Padoue sur le thème «L’apport de la communauté burundaise en Italie et de la société civile italienne au processus de paix au Burundi ». Le Frère Ntakarutimana commence par planter le décor en ces termes : «Nous vivons actuellement une société profondément blessée et les blessures historiques exigent la création de structures appropriées qui pourront alors entreprendre une thérapie longue et délicate (…).  Le peuple a besoin de signes toujours plus convaincants.  Ceci entraîne un profond travail sur les structures. Il ne suffit pas de donner quelques coups de peinture à un ancien édifice et envoyer de nouvelles figures à travers le pays et à l'étranger pour faire l'éloge de l'opération pour résoudre une crise aussi profonde de la société ».

 

Pour arriver à ce travail titanesque, le Frère Emmanuel propose plusieurs pistes dont.

            -  Oser témoigner

            -  Réhabiliter l'homme juste et honorer nos héros

 

Commentant ce deuxième point, il déclare: «C'est par amour et par passion pour ce pays que nous devons faire en sorte que ce qui s'est passé ne se répète plus.  En cherchant à faire la vérité, à faire mémoire de tous les hommes justes, à honorer nos héros et nos saints, il faut désirer guérir le pays, non pas dans le sens des "healing processes" qui cherchent à dissoudre les révoltes de ceux qui subissent les effets pervers des politiques actuelles.  Cela ne serait qu'astuce et ruse politique, or le mensonge a de très courtes jambes (comme disent les Allemands).  Il s'agit de s'investir dans une thérapie commune de la souffrance, et en partageant la souffrance de l'autre.  L'affrontement des logiques du vainqueur et du vaincu ne saurait conduire à l'harmonie.  Même le semblant de paix auquel on pourrait aboutir ne serait qu'une trêve couvant des bombes à retardement ».

 

Avant d’avoir découvert ce texte du Frère Ntakarutimana, notre groupe, qui s’est justement baptisé «Honorer nos héros», avait décidé, dès le 14 Mai 2007, de commémorer et de rendre hommage à toutes les personnes physiques et morales, burundaises et non burundaises, de toutes les ethnies, de tous les continents, de toutes les conditions sociales, des plus connues aux illustres inconnues, qui, au risque de leurs vies, ont sauvé, caché, accompagné, défendu, nourri, habillé, volé au secours des Hutu.  Ce n’est pas le moment de retracer le film des horreurs qu’ont vécues nos parents, frères et sœurs, cousins et cousines, amis et amies, voisins et voisines, vieux et vielles, jeunes, jusqu’aux enfants en bas âge, et même ceux qui étaient encore dans le ventre de leurs mères, qui ont été tués comme du gibier par les sbires du régime du Président- Michel Micombero. Le génocide contre les Hutu, débuté le 29 Avril 1972, continuera longtemps et nous en subissons encore aujourd’hui les conséquences et les traumatismes.

 

Lancement officiel de notre campagne

Aujourd’hui le 29 Avril 2011, notre groupe a décidé de lancer notre campagne «Honorer nos héros» qui ne peut évidemment se comparer en rien aux campagnes menées par des Etats comme Israël dans ce qu’il appelle «la reconnaissance des «Justes parmi les nations».  Cette reconnaissance est organisée au milieu des projecteurs mondiaux et avec des moyens humains, politiques et financiers internationaux en Israël, aux Etats-Unis, au Canada, en Belgique, en France, aux Nations Unies, pour ne citer que ceux-là.

 

Nous ne pouvons évidemment pas organiser ce genre de manifestations et nous n’avons aucun pouvoir de dédier à nos héros une stèle, une rue, un livre, un film, un spectacle.  Nous avons cependant confiance que ce qui n’est pas possible aujourd’hui le sera demain.  Forts de cette conviction, nous demandons à tous les Burundais et amis du Burundi de nous envoyer les noms des personnes, physiques et morales selon les indications données plus haut pour que nous leur rendions hommage à partir de l’année prochaine, à l’occasion de la commémoration du 40ème anniversaire du génocide contre les Hutu du Burundi. 

 

Concrètement, nous invitons chacune et chacun ici présents et celles et ceux qui n’ont pas pu être des nôtres, Burundais (Hutu, Tutsi et Twa) et amis du Burundi, à nous envoyer leurs témoignages et propositions de personnes à honorer.  Pour autant que possible, il faudrait mentionner les éléments suivants :

1)     Nom et Prénom

2)     Dates de naissance et de mort (si décédé)

3)     Nationalité

4)     Fonction

5)     Brève description de leurs vies et activités

6)     Les personnes qu’il (elle) a sauvées

7)     Les conditions dans lesquelles il ((elle) les a sauvées

8)     Les conséquences de cet acte : Le héros (homme ou femme) a-t-il survécu ? A-t-il été assassiné ? A-t-il été contraint à vivre dans la clandestinité ? A-t-il perdu son travail ? A-t-il du  partir en exil ?  Est-il encore en vie, et si oui, que fait-il aujourd’hui ?

 

Vous l’aurez compris, le champ de notre recherche n’a pas de frontières.  Il couvre

1)     Tous les pays : Burundi, Pays africains, Pays européens, L’Amérique du Nord et du Sud, Asie, Pacifique

2)     Toutes les nationalités : Burundais, Africains, Européens, Américains, Asiatiques

3)     Tous les sexes : Hommes Femmes

4)     Tous les âges: Vieux, vielles, jeunes, enfants

5)     Toutes les professions et vocations : laïcs, religieux, écrivains, artistes, politiciens, travailleurs des ONG, paysans et paysannes, enseignants, commerçants, chercheurs, syndicalistes, médecins, juristes, journalistes, etc.

 

Quelques noms – à titre d’exemple – de personnes que nous pensons devoir faire partie de cette liste.

 

1)     Mgr Jean-Berchmans Nterere.  Alors qu’il était aux études en Europe, il laissa ses études et partit en Tanzanie dans les camps des réfugiés pour leur venir en aide matériellement, moralement et spirituellement

2)     Mgr Joachim Ruhuna. Recteur du Grand Séminaire de Bujumbura, il prit toutes les mesures – de concert avec le corps professoral – pour qu’aucun grand séminariste ne fut victime du génocide de 1972.  Il vint aussi en aide à toutes les personnes qui recoururent à ses services.

3)     Mgr André Perraudin. Ancien évêque du Diocèse de Kabgayi, il accueillit les séminaristes burundais qui venaient de fuir leur pays et leur trouva un grand séminaire pour continuer les études dans l’ex-Zaïre.  Il fonda le Collège de Rilima pour les élèves burundais réfugiés.

4)     Mgr Roger Mpungu surnommé ironiquement « Umuganwa w’Abahutu » (le Prince des Hutu) sauva de la mort au péril de sa vie beaucoup de Hutu et encourageant les prêtres hutu exilés à rentrer. Il les accueillit et les encadra.

5)     Le Pasteur HOYOIS, Président du Comité de Soutien aux Réfugiés Hutu du Burundi (en Belgique) œuvra beaucoup avec toutes les personnalités membres de ce Comité pour venir en aide aux réfugiés dans beaucoup de domaines.

6)     Frère Bernard Heylen.  Frère de la Charité, Directeur du Groupe Scolaire de Butare. Il a accueilli les étudiants Hutu burundais dans l’établissement dont il assurait la direction.  A travers lui, ce sont tous les Frères de la Charité à qui il faut rendre hommage.  Il dénonça aussi en termes très clairs le génocide.

7)     L’Abbé Albert Collin.  Prêtre du Diocèse de Tournai, il fut Directeur du Collège Notre Dame de Gitega puis Directeur du Collège de Rilima fondé par Mgr André Perraudin comme relevé plus haut.

8)     Le Père Henry Farcy.  Missionnaire d’Afrique, il vint en aide à de nombreux élèves du secondaire et de l’université réfugiés à Bukavu, dans des conditions très difficiles et au péril de sa vie

9)     M. Jean Birihanyuma.  Ce syndicaliste réfugié à Bukavu depuis 1962 collabora très étroitement avec le Père Farcy dans l’accueil des réfugiés burundais.

10)L’Abbé Juvénal Bukubiyeko.  Alors qu’il était en mission en Belgique en tant qu’aumônier militaire; il laissa tout tomber pour venir en aide aux réfugiés burundais, spécialement au Rwanda.

11)L’Abbé Raphaël Ntigahera.  Professeur au Grand Séminaire de Murhesa (RDC) en 1972, il accueillit les grands séminaristes burundais réfugiés partis étudier dans ce séminaire et fut à la base de la création du «Comité d’Aide aux Réfugiés Hutu du Burundi (CARHB)» qui a vu le jour en Belgique.

12)M. Tharcisse Ntemere. Membre du Palipehutu, il a beaucoup ouvré pour la cause et l’aide aux réfugiés en Belgique et ailleurs.

13)M. Rémy Gahutu. Président fondateur du PALIPEHUTU, il consacra sa vie à la cause des réfugiés jusqu’à en payer le prix le plus fort.

14)Le Père Minguetti. Prêtre italien, il fonda la Paroisse catholique de Rilima et se consacra à la vie des réfugiés pour lesquels il ouvrit aussi un dispensaire.

15)Mme Rika De Baecker-Van Ocken. Ancien ministre belge, elle a beaucoup fait pour venir en aide aux réfugiés.

16)L’Abbé Epitace Ntawanka. Ancien recteur du séminaire de Muyinga et ancien curé au Grand-Saconnex (Genève), il a beaucoup aidé les réfugiés matériellement et spirituellement.  Nous lui devons notamment la création du Centre Ubuntu de Genève.

17)M. Gérard Rushishikara. Membre du Comité solidarité Burundi, il a publié en mars 1976 un petit ouvrage intitulé « Génocide vite oublié » qui raconte le drame vécu par les Hutu du Burundi.

18)L’Abbé Michel Kayoya.  Ce prêtre, écrivain et philosophe est une des grandes figures pour tous les Burundais épris de justice et de paix.  Alors qu’on le conduisait avec d’autres victimes à la fosse commune, il encouragea ses malheureux compagnons par la prière et l’appel à l’amour du prochain.

19)Les Pères Comboniens.  Au péril de leurs, ils sauvèrent beaucoup de Hutu traqués comme du gibier en les cachant et en les aidant à fuir.

 

Conclusion

Comme le demandait encore le Frère Emmanuel dans sa conférence déjà citée, «il est important que les langues se délient, que des témoignages soient donnés sur l'histoire pénible de notre peuple.  Mais il faut aussi que ces efforts de vérité se fassent suivant une éthique de responsabilité.  Ce sens de responsabilité engage autant le passé que le présent et le futur.  Nous devons nous sentir responsables face à nos fils et filles et à toutes les générations futures.  C'est là la mesure de notre engagement à la réconciliation, et ainsi nous reviendrons à l'UBUNTU, l'ITEKA et l'IBANGA ». En d’autres termes, honorer nos héros éclaire la nuit du génocide d’une lumière qui rappelle que, si nous sommes ici aujourd’hui, pour communier avec nos morts, c’est parce qu’il y a eu des hommes et des femmes qui ont dit « NON A l’INHUMANITE » pour que la vie puisse continuer.  Nous pensons qu’une société qui ne peut honorer ses héros ne peut prétendre être réellement une véritable société humaine.

Pour paraphraser Albert Camus, en lançant cette campagne, nous nous révoltons contre le silence qui est l’expression du fatalisme, voire de l’esclavage devant l’idéologie de la force qui nous opprime.  Nous opposons l’ordre de notre droit au droit de l’ordre établi.  Comme le révolté, nous travaillons à la construction de la renaissance de la société burundaise. Si non, «l’histoire cherchera avec peine notre passage dans le monde des humains»[1]

N.B. Les témoignages sont à envoyer jusqu’au 31 décembre 2011 à la

      Personne de contact : Victor Ntacorigira Tél 00 32 2 514 57 85

Email : ntacovic@hotmail.com;



[1] Abbé Michel Kayoya, « Sur les traces de mon père, Jeunesse du Burundi à la découverte des valeurs », Presses Lavigerie, Bujumbura,, 2ème édition, 1971,   p. 135

23:59 Écrit par victor ntacorigira dans Actualités, commémorations, Echanges, Invitation | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/08/2011

Maintenant,la situation dépasse la limite du tolérable

Lettre ouverte au Président de la République du 22 août 1988

Excellence Monsieur le Président,

Nous venons porter à votre connaissance la prise de position des hutu sur les événements qui sont en train de se dérouler au Burundi depuis le début du mois d’août. Nous nous attacherons ici de relever les contradictions que masque l’information officielle, légitimant ce que nous croyons être un nouveau « Plan Simbananiye » (génocide 1972). Certains d’entre nous avaient bien voulu l’exprimer samedi au cours des réunions du Parti ; mais comme les interventions étaient manifestement programmées à l’avance dans l’intention de consacrer l’attitude extrémiste tutsi dirigée en faveur d’un plan d’extermination qui transparaissait si clairement dans les idées et surtout dans la note finale dans toutes les localités de la capitale, nous nous trouvons dans l’obligation de résumer notre réaction à travers cette lettre ouverte, et nous osons espérer que vous y réserverez une bonne suite. Nous savons d’avance que ceci peut susciter des conséquences, puisque votre entourage risque d’y voir une justification des répressions que nous sentons venir : la Radio vient de l’annoncer par des termes révélateurs comme « ceux entendus depuis dimanche, trahissant le principe même de la transparence que le régime évoque et que le gouvernement vient de réaffirmer alors que des hutu sont déjà massacrés sans procès.

Avant d’entrer dans le vif de la question, nous demandons déjà à la Communauté internationale, en particulier, les missions diplomatiques accréditées à Bujumbura, de suivre de près la situation. Nous tendons la main aux pays voisins, à l’O.U.A., aux organismes du système des Nations Unies, à la Communauté internationale ainsi qu’aux différents organismes humanitaires... de suivre l’évolution des événements et d’intervenir si besoin pour éviter un massacre qui n’est plus caché.

Excellence Monsieur le Président,

Point n’est besoin de détailler le caractère préoccupant de la situation socio-économique difficile qui produit ce triste résultat. Les inégalités et les injustices sociales sont d’une réalité qui semble être cautionnée par le pouvoir en place dans le pays, en dépit des contestations incessantes des esprits progressistes et des promesses du discours politique. Il apparaît bien que les positions acquises depuis plus de vingt ans par la classe dirigeante doivent être sauvegardées, et tous les moyens sont devenus bons à cette fin. Le pouvoir reste régional, clanique et surtout tribal. Or, malheureusement, le Burundi, petit et pauvre, rend difficile le partage du gâteau qui s’amenuise de jour en jour ; cela n’est même plus possible à l’intérieur du groupe des dirigeants au pouvoir fussent-ils d’une même ethnie ou d’une même région. Lorsque cette contradiction, aujourd’hui matérialisée par l’enlisement des dossiers des anciens dignitaires du régime Bagaza coupables de crimes de haute trahison ou de détournements, entraîne une guerre froide entre l’ethnie dirigeante, il se trouve toujours un moyen de chercher les raisons ailleurs et de désigner des cibles. Comme en 1972, après le procès surprise des hommes de Muramvya, la communauté hutu devient « l’ennemi de la Nation » ; il faut la décapiter pour rétablir le dialogue tutsi menacé d’éclatement.

Le discours officiel se trouve, cependant, vite contredit par les faits.

1. Dans les événements de Marangara et Ntega, on parle de réfugiés hutu qui auraient entraîné d’autres à l’intérieur du pays de prendre des machettes et des lances pour massacrer les tutsi. Mais cela fait maintenant plus d’une semaine qu’on connaît les coupables, mais on n’a pas encore dit qui ils sont, comment ils s’appellent, d’où ils sont venus, les noms de ceux qui les aident, etc ; alors qu’on annonce l’ouverture prochaine des procès dans la transparence, on apprend en même temps l’exécution sommaire des intellectuels hutu et on couvre la nouvelle de beaucoup de secret alors que le mensonge surgit à la face du monde. Qui sera par exemple capable de montrer devant les barres Côme Bibonimana, ancien député, et depuis longtemps poursuivi pour avoir dénoncé les statistiques tribales du ministère de l’Éducation et qui vient d’être exécuté avec beaucoup d’autres ?

2. On a vite conclu à une rébellion paysanne inspirée par des intellectuels hutu, or d’après des informations convergeants, les événements qui ont commencé à Marangara au milieu de la première semaine du mois ont une grande explication qu’on n’a jamais dite à travers l’information diffusée par le pouvoir. On signale en effet la présence des militaires du 4e bataillon de Ngozi en manoeuvres dans la localité sans avoir prévenu la population, erreur qui a été notée par les paysans lors d’une « campagne de pacification » et qui a été reconnue par un chef militaire qui a parlé d’un ordre recu « du haut ». Cela se passait plus de dix jours avant le début des massacres. L’histoire dira comment les événements ont dégénérer en conflits sanglants, se déplaçant de Marangara à Ntega pour finalement gagner les communes environnantes. L’information officielle le cache, mais il est sûr que l’avenir le démontrera.

3. Officiellement, on apprend depuis mercredi que le calme est revenu et que la situation est maitrisée, mais le gouvernement instaure en même temps un couvre-feu sur tout le territoire national en priant la population de ne croire qu’à l’information de la Radio nationale. Et quand la presse internationale le dément, on reconnait qu’il y a encore quelques affrontements ! Oui, l’armée a provoqué des tensions ; oui, la même armée a amené la répression dans les campagnes. Des camions ont évacué les familles tutsi de la région vers Ngozi pour les sécuriser, pendant que des blindés, appuyés par des hélicoptères s’attaquaient aux hutu. Les survivants sont parvenus à fuir vers le Rwanda, et il est curieux d’entendre que des hutus exterminent les Tutsis et se comptent en même temps en grand nombre parmi les réfugiés !

4. Comment expliquer que les militaires aient refusé d’intervenir au début desdits massacres alors que leur premier devoir est d’arrêter rapidement tout danger en empêchant toute progression ? Il a fallu attendre quelques jours après pour faire croire à la paix alors que les engins militaires se mettaient à l’action. Cette abstention nous semble être une légitimation de l’agression pour rééditer la répression de 1972. Un montage donc ? Encore une fois, l’histoire le dira. élèves et les étudiants tutsi ont participé à une campagne d’intimidation au niveau national. Les coupables sont connus. Les dossiers sont là. Mais, paradoxalement, ce sont les hutus, forcés de quitter les écoles, sous la menace des couteaux comme ce fut le cas à l’École Technique Secondaire d’Art de Kamenge et des fusils à l’Université. De la même façon, le hutu va faire le drame des massacres actuels. Pourtant, quelques éléments tutsi progressistes et modérés ont souligné dans les réunions du Parti que le problème fondamental du Burundi actuel était essentiellement d’ordre politique et fondé sur les inégalités sociales ; ils ont attiré l’attention du public que la classe dirigeant pourrait être plus responsable que d’autres dans cette affaire.

Excellence Monsieur le Président,

Nous aimons la paix. Contrairement à ce que l’aile extrêmiste tutsi pourrait vous faire croire, seul moyen de maintenir sa place dans l’arène du pouvoir, en perpétrant un génocide nul hutu sensé ne rêve d’exterminer les Tutsis. Bien au contraire ! D’autant qu’il existe d’ailleurs des Tutsis prêts à construire le pays avec les hutus, l’obstacle étant l’absence de dialogue. Maintenant, la situation dépasse la limite du tolérable.

C’est pourquoi, Excellence Monsieur le Président, si vous visez l’objectif d’une paix durable au Burundi, nous vous proposons les quelques solutions suivantes : 1. Suspendre les massacres et les arrestations arbitraires des hutu, 2. Désigner avant la fin de cette semaine une Commission nationale multi-ethnique et représentative chargée d’analyser sans complaisance les mesures structurelles qui s’imposent pour éviter le pire. Nous recommandons qu’on y adjoigne des observateurs extérieurs pour garantir la neutralité de la commission. 3. Voir dans quelle mesure les hutu peuvent être associés à la Défense et à la_ Direction politique de leur patrie. Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président, l’assurance de notre considération très distinguée.

LES SIGNATAIRES

Habonimana Aloys

Sunzu Salvator

Ntabona Venant

Bampigiza Lin

Ndayakire Térence

Ndabashika Benoît

Ngendakumana Patrice

Nziya Zacharie

Niyonzima Alexandre

Busabusa R

Masabo Joseph Martin

Nsanze Augustin

Nsabimana Audace

Ntarataze Daphrose

Vyungimana Fréderic

Ndikumana Léonce

Birabisha Didace

Nyandwi Emmanuel

Hakizimana Déo

Nibogora Oscar

Mbonabuca Térence

Nyabenda Louis

Bahati Constantin

Ndaruhitse Jérôme

Katiyunguruza Gervais

Nshimirimana Pasteur

Ntimbirantije Abel