07/10/2011

Umuganda w'inkwi ou massacres par intermittence

 La strtégie du capitaine Michel Micombero envers les Hutus.

 

"Ingene umwana azi ubwenge yavunye umuganda w'inkwi wananiye mukuruwiwe"

 

"Comment un enfant malin brisa un fagot de branches sèches que son frère aîné ne réussissait pas à casser".

Un jour un père appela ses deux fils pour qu'ils lui brisent un fagot de branches sèches.L'aîné prit le fagot et tenta de briser en une seule fois mais échoua lamentablement.

Le cadet demanda d'essayer.Il prit une première branche et la brisa.Il en prit une autre et la brisa de même;il procéda ainsi jusqu'à ce que tout le fagot soit complètement brisé.

Alors le Père félicita le cadet et maudit l'aîné pour avoir fait preuve de stupidité.

En incluant ce proverbe le capitaine Michel Micombero faisait allusion à la manière de se débarrasser des Hutu tant redoutés par ses congénères  tutsi à cause de leur grand nombre.

La solution trouvée était et est encore semble-t-il de "se créer des occasions" pour en éliminer un petit groupe à chaque fois".

D'où,les massacres "par intermittence"  soit au totale une tuerie, massacre,génocide de quelques 1000.000 de Hutu et des tutsi dits modérés depuis l'indépendance le 01 juillet 1962

 

(Extrait de "L'armée burundaise et institutions démocratiques" par les officiers burundais,1974,2dition rue du moulin 131,1030 Bruxelles

 

 

25/07/2011

Coup de baïonnettes pour un nouvel ordre social

Burundi - Genocide'72 : US and KISSINGER & Burundi'72

AGNEWS thanks Yves Mr. and Yves Geoffrey N.
Sources of these historical documents:
http://www.state.gov/r/pa/ho/frus/nixon/e5/c15651.htm
This document allows Burundian justice or (international) to seize itself of this file. The current Burundian State has from now on an official proof of the “mouth” of the US that a genocide took place in Burundi in 1972 well. Certain characters as “Simbananiye” (still alive) are quoted. Again, it is noticed that FRANCE officially supported the GENOCIDARY REGIME of MICOMBERO. For this 35 birthday of the genocide, downgrading of these documents of the Secretariat of US State for although the genocide of the HUTU of Burundi with good take place.

 

Rapportés par des témoins rentrés en Belgique/Des récits effroyables sur les massacres au Burundi/Les enfants seraient pris dans les écoles pour être exécutés
Dans cette sinistre hiérarchie de la liquidation, ils en étaient, la semaine dernière, à venir enlever dans leurs écoles techniques des élèves de 14 à 17 ans et commençaient à s'en prendre aux femmes et aux jeunes filles. Il y a une huitaine de jours, les estima tions les plus sérieuses du nombre des victimes du génocide allaient de cinquante mille à cent mille. Mais depuis lors le massacre s'est' poursuivi. Notre confrère de la B.R.T., M. Geerts, a vu, à Bujumbura, des captifs étendus en couches super posées dans un camion, emmenés vers le lieu de leur supplice. Une heure après le couvre-feu, chaque soir, il voyait des camions chargés de cadavres roulant en direction du champ d'aviation à proximité duquel une fosse commune se comblait peu à peu de corps.

 Les témoignages se multiplient /La population Hutu du Burundi est l'objet d'une liquidation systématique /Il y aurait entre cinquante et
cent cinquante mille morts

Cependant, les témoins rapportent que la répression contre les Hutus a dépassé en horreur cette révolte. On cite les cas de petits élèves hutus qu'on irait chercher dans les écoles pour les tuer. Des centaines de personnes seraient soumises à des séances de matraquages par des membres des Jeunesses révolutionnaires. Les blessés seraient laissés sur place jusqu'à ce que mort s'ensuive. A Bujumbura, l'armée s'ést emparée d'étudiants hutus et les ai mis à mort dans les camions qui les emportaient, parfois à l'arme blanche. Des professeurs hutus ont également été massacrés. Cette répression systématique ne viserait pas seulement les élites, mais également les éléments hutus qui, au niveau du primaire et du secondaire, en étaient au stade de l'alphabétisation.

  Comment porter secours aux Hutus encore vivants par CÉLINE COSSETTE

On dresse les premiers bilans de l'hécatombe et une horrible arithmétique officielle répartit même les victimes par zones géographiques. Avec toujours un même total 50 000 morts. "En vérité les massacres ont été beaucoup plus importants que ne l'admet la version officielle. Et ils continuent encore avec cependant un peu plus de discrétion." "Selon nos sources, la tuerie aurait fait 200.000 morts et constituerait l'horrible aboutissement d'un plan conçu par un ministre du colonel Micombero, M. Artémon Simbananiye , que l'on retrouve à chaque étape de la répression contre les Hutus. Un "plan diabolique", échafaudé en juillet 1967, visant à amener les deux ethnies (Tutsis 15% et Hutus 85%)à égalité."

 

GÉNOCIDE SÉLECTIF AU BURUNDI
Voici comment Jeremy Greenland décrit le déroulement des opérations de nettoyage: Des Tutsi de l'endroit arrivaient au lieu dit, appréhendaient instituteurs, dirigeants de mouvements ecclésiastiques, infirmiers, fonctionnaires, commerçants, Hutu, et leur faisaient signe de monter dans leurs Land-rovers. Des bandes de Tutsi ratissaient les faubourgs de Bujumbura et emmenaient des camionnées de Hutu vers une destination inconnue. Durant tout le mois de mai et jusqu'à la mi-juin les excavatrices fonctionnaient chaque nuit à Gitega et à Bujumbura, aménageant les fosses communes. Dans les écoles secondaires les maîtres assistaient impuissants aux ratissages d'étudiants ... Ceux qui étaient arrêtés étaient pour la plupart liquidés la nuit même, souvent dévêtus et assommés à coups de trique sous les bâches des camions avant même d'arriver à la prison, puis achevés sur place, à la nuit tombante à coups de gourdins. Il ne fallait pas qu'on gaspille inutilement des cartouches.

Un "Génocide selectif"
("Le Peuple", 29 novembre 1972)
D'après le Père Boon, prêtre beige, professeur à l'université de Bujumbura durant les tragiques événements de mai. dernier, on peut parler de "génocide sélectif ". 150.000 à 200.000 personnes sont mortes, parmi lesquelles toute, élite Hutu (ministres, fonctionnaires, étudiants) et la jeunesse Hutu se voit refuser l'accès aux écoles.

M.Eyskens: "un véritable génocide au Burundi"
(La Cité, 21-22 mai 1972)
Les informations que nous publions, depuis quinze jours, sur les horribles massacres perpétrés au Burundi viennent d' être confirmées par le gouvernement beige.Hier, à l'issue dit Conseil des ministres, M. Eyskens - qui. la semaine dernière déjà, avait souligné le caractère dramatique de la situation - a déclaré que " le gouvernement avait pris connaissance d'informations complémentaires indiquant que le Burundi n'est pas confronté avec une lutte tribale, mais avec un véritable génocide" !

Génocide
(Le Peuple, 25 mai 1972)
C'est M. Eyskens qui, à l'issue du conseil de cabinet de vendredi dernier, parlait de -génocide - un mot qu'un Premier ministre n'emploie pas à la légère. L'ambassadeur belge a été rappelé en consultation. La presse belge publie des témoignages «privés» mais directs, qui tous font état de massacres compris parmi les étudiants et compris parmi les étudiants et les élèves des écoles. Des camions transportent les corps vers les charniers. Les estimations les plus " modérées" font état de milliers de morts, sinon de dizaines de milliers.

Le génocide des Hutus se poursuit dans le plus pur style hitlérien.
C'est ainsi, disent nos correspondants, qu'on casse les membres des victimes pour les faire tomber puis on les achève en les écrasant sous les roues de camions ou encore on les parque dans des camions pour les y tuer par un système d' électrodes dès avant d'aller' les enfouir dans des charniers. Ce ne sont là, que es exemples, entre autres, cités par nos informateurs

Naufrage au Burundi
Ligue Belge pour la Défense des Droits de l'Homme./ Section de Louvain.Septembre 1972 Ed. resp. G. Beauthier, B. Dejemeppe./
On a tué. On a tué tous ceux qui auraient voulu lever la tête on a tué dans les universités, dans les écoles jusqu'au niveau de l'enseignement primaire. On a tué dans l'administration, du Ministre au petit employé. On ne saura jamais combien. Au moins 150,000 personnes, Hutu pour la plupart. Dans ce pays sans statistiques et sans informations libres, comment pourrait-on savoir ? Qu'importe.

TÉMOIGNAGES SUR UN GÉNOCIDE (Le Monde)
Plusieurs lecteurs, témoins des troubles au Burundi, nous adressent des précisions sur les massacres qui, selon le premier ministre belge. M. Gaston Eyskens. ont pris les proportions d'un " véritable génocide " ("le Monde" du 26 mai)... Depuis une semaine, la répression qui fait suite à la rébellion du 29 avril s'est considérablement aggravée. Elle prend l'allure d'une élimination systématique des intellectuels hutus, et, en général, de tous ceux qui savent quelque chose ou possèdent quelque bien. Dans la capitale, les arrestations et les exécutions sommaires se poursuivent. Excités par la Voix de la Révolution, qui encourage « les forces vives de la nation à débusquer les ennemis du peuple »,les Tutsis, surtout les membres du parti Uprona, dénoncent tous les Hutus qu'ils connaissent, collègues de travail, subordonnés, supérieurs, voisins, condisciples... Quarante-cinq noms figuraient sur la liste des arrestations, mais une vingtaine d'élèves en fuite n'ont pas répondu à l'appel.

 UN JOURNALISTE BELGE CONFIRME QU'UN VERITABLE GENOCIDE A LIEU ACTUELLEMENT AU BURUNDI

Le journaliste a affirmé que des camions ont transporté de nombreux corps qui ont été inhumés près de Bujumbura. Même des étudiants de 15 ans auraient été exécutés, selon lui. A l'issue du Conseil de cabinet de vendredi dernier, on s'en souvient, le Premier ministre, M. Eyskens, avait déclaré que la situation au Burundi était particulièrement alarmante et qu'on était, en réalité, confronté à un gigantesque génocide.

 La répression contre les Hutus'est déchaînée le 7 mai après un appel lancé à la radio (Source: La Libre Belgiques,29-05-1972)
Les événements qui se sont déroulés et se dérouleraient encore au Burundi, apparaissent d'une extrême gravité. En dépit du black-out systématique imposé par les autorités, on commence à avoir des détails - grâce aux témoignages d'Européens qui ont quitté le pays récemment - sur le véritable génocide que l'armée, la police, les militaires du parti unique et la « jeunesse révolutionnaire » ont entrepris à l'encontre des Hutu.

 La répression contre les Hutu

Un appel à la radio : Le dimanche 7 mai, au matin la radio a annoncé que les tribunaux militaires, ayant siégé le samedi, avaient prononcé plusieurs condamnations à mort sans en préciser le nombre et que les jugements avaient été aussitôt exécutés. Mais la radio a demandé aussi aux militants du parti unique, l'UPRONA, et à la "jeunesse révolutionnaire RWAGASORI" de demeurer vigilants, d'arrêter tous les suspects, au besoin de les désarmer et de les livrer aux autorités militaires...Le dimanche matin, aussitôt après l'appel lancé par la radio, la jeunesse révolutionnaire et les militants du parti ont procédé à des arrestations dès la sortie de la messe dans plusieurs localités. lis ont également arrêté, dans les hôpitaux, des infirmières, et des médecins africains. L'un d'eux a été battu à mort. Lorsque sa femme, mère de huit enfants, est venue proposer un matelas pour son mari, les gardes lui ont dit qu'il n'en avait plus besoin.

Selon le secrétaire de l'O. N. U.: «Les dimensions de la tragédie au Burundi sont effarantes»/Les efforts de développement ont été gravement affectés

« Le gouvernement du Burundi lui-même, indique le rapport, a informé la mission spéciale que quatre-vingt mille personnes avaient trouvé la mort depuis le 29 avril, et que cinq cent mille autres, parmi lesquelles cinquante mille veuves et des dizaines de milliers d'orphelins, étaient en proie à de graves souffrances et avaient besoin d'une assistance humanitaire. La mission spéciale a également été informée que quarante mille personnes environ avaient cherché refuge au Ruanda, en Tanzanie et au Zaïre, pays voisins du Burundi. »

TÉMOIGNAGES : L'extermination d'une ethnie (Le Monde, 01/06/1972)

L'E.N.S. (2) a perdu soixante élèves (tous Hutu), l'U.O.B. (3) cent étudiants (tous Hutu). Le massacre continue. Par camions entiers on charroie, nuit et jour, des cadavres. On arrête tous les « suspects». On les oblige à se dévêtir. On les fait coucher à plat ventre, les mains derrière la nuque. On les cogne à coups de crosse, de bâton, de pierres. On les torture. Puis on les transperce à la baïonnette. Les bulldozers font le reste.Sans parler des innombrables règlements de comptes ! Dans les écoles, les élèves tutsi assassinent leurs camarades à coups de pierres, de machette, de bâton...La J.R.R., constituée en groupes d'autodéfense, «ratisse» les collines, tue les gens, incendie les fermes.

Des massacres du Burundi - A la prison de Bujumbura,les prisonniers sont exposés au soleil jusqu'à ce que mort s'ensuive ( Le Soir, 25.05.1972)Passant outre à la consigne du silence qui leur avait été donnée par le représentant diplomatique de la Belgique à leur départ de Bujumbura, des ressortissants belges récemment rentrés du Burundi témoignent de l'ampleur du génocide des Hutus mené par les Tutsi, dont une des cinq grandes familles du pays détient actuellement le pouvoir. Il s'agit du groupe des Bahimas du Sud, par ailleurs mal considéré, rapporte-t-on, par les autres grandes familles, royales celles-là.

Le sénateur Edward Kennedy alarmé par les évènements sanglants au Burundi./WASHINGTON. - Le sénateur Edward Kennedy, qui est président de la sous-commisslon sénatoriale pour les réfugiés a demandé ait secrétaire d'Etat, M. William Rogers, de faire preuve publiquement d'une certaine inquiétude au sujet des tueries et des réfugiés, au Burundi.Le sénateur démocrate du Massachusetts a déclaré, devant le Sénat: "Il est désolant de voir qu'après plusieurs semaines de carnage au Burundi, il ne semble toujours pas y avoir de manifestations sérieuses d'inquiétude de la part de certains gouvernements, y compris le nôtre"

Burundi: ce n'est pas fini /Signalons d'autre part que des informations fraîches en provenances du Burundi font état de nouveaux massacres de Hutus.L'indignation dans les pays limitrophes du Burundi est telle que certains se demandent si les présidents Mobutu Sese Seko' (Zaïre) et-Nyerere, ne seront pas amenés à ne concerter pour exercer une pression déterminante sur le ,régime de Bujumbura. Mobutu choqué Le président Mobutu Sese Seko a été choqué, dit-on, d'apprendre qu'il avait été mal informé par M. Simbananye lors de la demande d'assistance militaire burundaise.


Sous la pression de leur gouvernement : Les étudiants hutus du Burundi sont obligés de quitter l'École royale militaire
La persécution des Hutus, leur écartement de la vie sociale et de la vie tout court, se poursuivent au Burundi
en défit des déclarations périodiques de la " Voix de la révolution"; qui annonce le retour au calme, la réconciliation, le pardon.Au moment où la radio de Bujumbura déclarait que le' Procureur général de la République, M. Philippe Minani, avait pris des mesures visant à restaurer l'unité nationale telles que des restitutions de biens aux familles des personnes condamnées, on apprenait que les élèves-officiers hutus de l'Ecole militaire belge devaient quitter cette école de par la volonté expresse du gouvernement du Burundi qui voulait aussi leur extradition. (Voir "La Cité" du 2 octobre). Un grand émoi s'était même manifesté parmi les professeurs et étudiants belges qui craignaient que leurs camarades hutus ne soient ramenés en avion de force et, ainsi, envoyés à la mort.

1972-1997: maccabre anniversaire d'un génocide qui continue

En 1972, le Premier Ministre belge, Gaston EYSKENS, fut le premier Chef de Gouvernement étranger à qualifier cet acte innommable de « GENOCIDE ». Celui-ci n'épargna personne: des ecclésiastiques, aux simples fidèles, des militaires aux civils, des cadres politiques aux enfants d'écoles primaires,... Tous furent touchés ou prirent le chemin de l'exil. Pour couronner le tout, les autorités politiques burundaises expulsèrent tous les témoins étrangers gênants, spécialement des missionnaires et des coopérants.

 

 

00:51 Écrit par victor ntacorigira dans Communiqués, les journaux, Rapport, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/07/2011

La plus grande révélation sur le génocide du 29 avril 1972

Les origines du génocide au Burundi
Les Tutsi ont voulu régler le sort des Hutu pour vingt ans

Le Soir

Paul TANNENWALD.

01.06.1972

La victoire des Hutu aux élections de mai 1965 (1) provoque chez les Tutsi une prise de conscience plus inquiète. L'exemple rwandais est plus présent que jamais. L'idée se renforce parmi eux qu'il faut conjurer au plus tôt le"péril hutu". Dès ce moment, les événements se précipitent. Las d'attendre une traduction politique réelle de leur supériorité numérique, (le Premier ministre nommé est un prince féodal, le secrétaire personnel de Mwambutsa et cela au mépris du sens des élections), quelques officiers hutu improvisent à la hàte un coup d'Etat en octobre 1965. Quelques coups de feu contre le palais (le Premier ministre Biha sera blessé), quelques huttes de Tutsi incendiées à l'intérieur du pays, puis c'est l'échec. Le coup d'Etat fait long feu. La répression est confiée à celui qui est aujourd'hui président du Burundi, Michel Micombero. Pour "couper le mal à sa racine", Micombero, sa gendarmerie et des groupes de Tutsi durs réalisent en petit ce qui se fait maintenant en grand : ils traquent et massacrent les leaders hutu les plus influents, décapitent tout net l' essentiel du personnel politique adverse. Cela se traduit par environ trois cents exécutions sommaires. Dans ce pays qui ne possèdent alors que quelques dizaines d'universitaires, des leaders de grande valeur et des cadres précieux sont exécutés.
Dès le coup d'Etat, Mwambutsa s'est enfui en Suisse. Il ne reviendra plus au pays. On peut dire que dès ce moment, la monarchie a vécu : le sacre de son jeune fils Ntare en septembre 1966 n'est qu'un intermède. Ce jeune mondain, plus européen que murundi, ne fait pas le poids devant Micombero et son groupe de Tutsi décidés. En novembre 1966, la monarchie est abolie. La République est proclamée et Micombero devient président.
A ce moment, les Tutsi les plus ouverts au progrès hésitent encore : ne pourrait-on associer les élites Hutu au pouvoir? N'est-ce pas indispensable de dépasser les querelles ethniques pour mobiliser le pays, désespérément sous-développé, autour du seul objectif valable : le développement ? Mais hélas, c'est l'autre politique qui l'emporte : la Tutsisation systématique. Peu à peu, les cadres administratifs, mêmes subalternes (bourgmestres, secrétaires communaux), les autorités locales, l'accès aux écoles et surtout - vu l'importance politique de ce corps -- l'armée vont être " épurés ". En 1969, un pseudo complot est "découvert" : il se traduit par une nouvelle série d'exécutions (soixante cadres hutu environ sont passés par les armes: des officiers, un des rares ministres hutu, quelques autres intellectuels).
Cette politique finit par créer un semblant d'ordre. Le pays est calme car les Hutu se terrent dans un silence craintif. Quelques Hutu restent chargés de responsabilités: ils sont un alibi à la tutsisation. Mais le peuple couve sa rancune et n'oublie pas d'autant que la situation économique est stagnante et que l'Uprona - avec notamment des jeunesses fanatisées - quadrille le pays et surveille toute velléité d'opposition.
A la faveur de ce calme relatif, les dissensions naissent parmi l'élite tutsi dirigeante. Le " péril hutu" , apparemment conjuré, les clivages régionaux, les querelles entre familles aristocratiques, les ambitions de personnes apparaissent, semant la zizanie dans les ailes du pouvoir. Il faut dire que Micombero, " petit" Tutsi originaire du Sud s'est entoure systématiquement d'hommes sûrs, c'est-à-dire d'hommes de sa région. Intrigues et tensions internes occupent les conversations et les activités des dirigeants avec même ce curieux intermède : un procès contre des Tutsi opposants accusés de subversion et condamnés à mort - aboutit à une série de condamnations à mort puis â l'amnistie générale et à la condamnation des témoins. Cela ne fait que renforcer l'amertume des Hutu qui n'ont jamais eu droit à des mesures de grâce lors des "procès" qui leur furent intentés.


L'explosion : la force contre le nombre

Le retour de Ntare - exilé en Suisse et qui demande à venir au Burundi en simple citoyen - est, l'occasion d'une agitation : on agite une menace « réactionnaire » ou «monarchiste ». Peut-être les masses hutu ont-elles vu dans ces événements un espoir de changement ? Peut-être les Tutsi évincés y ont-ils vu une occasion de retour au pouvoir? Toujours est-il que ce retour (fin avril 1972) coïncide avec une tentative de subversion dont les détails sont encore peu connus. En fait, ces événements ne sont que l' "occasion" d'une explosion de colère populaire d'ailleurs localisée dans le Sud principalement. La cause est à rechercher dans la politique des années précédentes. La rancune accumulée par les répressions successives va se traduire par des jacqueries locales : des paysans butu, armés de machettes et aidés par des réfugiés zaïrois, anciens simbas ou mulélistes qui habitent la côte du lac Tanganyika - parcourent la campagne en brûlant des huttes de Tutsi et en massacrant sauvagement environ cinq mille d'entre eux.
Il faut savoir qu'au Burundi, l'idée d'une résistance populaire organisée n'existe pas : rébellion signifie nécessairement surgissement sauvage et mal préparé. Ces bandes de paysans n'ont pas de véritables leaders (et pour cause...). ils n'ont pas d'armes, pas d'organisation, pas d'idéologie. L'aide extérieure est presque nulle (on parle de mystérieux conseillers chinois mais le soutien étranger a certainement été très limité). Ils n'ont que leur rancune et leur pauvreté : ce ne sont ni des Vietcongs, ni des Tupamaros, ni des maquisards. Leurs ennemis sont le plus souvent les petits Tutsi, leurs voisins de collines et non les véritables détenteur du pouvoir. Et c'est le déferlement sanglant et souvent d'une inutile cruauté.
Mais le pouvoir, lui, dispose de la force (l'armée) et de l'organisation. Sa répression sera plus vaste, plus systématique et cyniquement dirigée vers une «solution finale» du «péril hutu ». Face à la rébellion, les Tutsi oublient leurs dissensions et font bloc. Il s'agit cette fois de régler le problème pour les vingt années à venir. On va radicalemept exterminer l'élite et par l'élite il faut entendre tous ceux qui savent lire et écrire ou qui ont quelque influence. «Génocide» qualifie bien cette politique délibérée: fonctionnaires, commerçants, prêtres, catéchistes, écoliers, petits employés, bref tous les hutu qui ne sont pas les simples paysans illetrès des collines sont menacés et souvent sommairement passés par les armes, cinquante mille morts semble un chiffre confirmé officiellement. On imagine ce que cela représente comme saignée dans un pays qui ne comptait que quelques centaines d'étudiants dans l'enseignement supérieur. Des années de scolarisation ou de formation technique sont anéantis en quelques heures. Les Hutu sont, pour longtemps, stérilisés intellectuellement. Les Tutsi triomphent mais sur un pays exsangue.


Un engrenage désespérant

L' auteur de ces lignes au retour d'un séjour de plusieurs années au Burundi, écrivait en 1970 : " l'impasse est tragique : les espoirs frustrés des Hutu et la répression quasi permanente ont à ce point creusé le fossé (...) que tout relachement du strict contrôle politico-militaire risque de conduire à l'explosion sauvage (la machette et l'allumette, armes traditionnelles des jacqueries). Il est vrai que la population n'a aucune habitude de résistance organisée, que les élites hutu ne forment pas une opposition cohérente, que l'art de la guerilla est ignoré toutes les tentatives ont échoué à cause d' indiscrétions ou de dénonciations) mais cela ne durera pas toujours. Du fait d'occasions manquées, il est à craindre que le choix actuel ne soit entre un ordre de privilégiés, soutenu par une police efficace et une armée définitivement épurée de ses éléments Hutu et d'autre part une revanche anarchique à laquelle on accule peu à peu une population déjà écrasée par l'obligation de subsister. Il faudrait à ceux, Hutu ou Tutsi, qui voudraient débloquer cette situation un singulier courage moral, une héroïque volonté d'oublier le passé et surtout des réalisations capables de rendre confiance au peuple et d'orienter les forces vives vers le développement". L'alternative choisie a été la plus sombre : même les Tutsi ouverts qui sont conscients de cette aberration qui consiste à éliminer périodiquement les cadres patiemment formés et à ignorer 85% de la population, sont acculés - tant la haine est profonde - à ce choix absurde : dominer par la terreur ou disparaitre brutalement. Aujourd'hui, à l'ombre des charniers, aucune lueur d'espoir ne transparait...
La Belgique - vu l'histoire et vu son poids sur la destinée ou la simple survie économique du pays - tient en mains un levier important négocier son aide contre une politique qui soit simplement humaine. C'est évidemment de l'ingérence. Mais est-il imaginable que nous fassions comme si rien ne s'était passé et que nous maintenions en vie ce régime qui s'est disqualifié par des actions dont le cynisme défie l'imagination ?

Paul TANNENWALD.
FIN



Le Soir/1.6.1972 (suite)

23:56 Écrit par victor ntacorigira dans les journaux, Paul Tannewald, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |