28/05/2012

40 ans de génocide " Les Hutu peuple cible de génocide"

Les Hutu du Burundi "peuple cible de génocide" selon le rapport Whitaker Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Analyses

@rib News, 29/04/2012

1972-2012.

-Quarante ans de silence sur le génocide des Hutu du Burundi.-

A quand la reconnaissance officielle par les autorités burundaises ?

Contribution à la Commission Vérité et Réconciliation

Perpétue NshimirimanaPar Perpétue Nshimirimana

Environ trois cent mille personnes ayant en commun le fait d’appartenir à l’ethnie Hutu ont disparu à partir du 29 avril 1972 dans un contexte de quasi huis-clos.

C’est le génocide de 1972 au Burundi. En effet, les enlèvements et les arrestations suivis de disparitions forcées se sont déroulés dans le calme et la tranquillité. Les responsables politiques et militaires de l’époque, leurs divers soutiens, sont auteurs de massacre à grande échelle sur toute l’étendue du pays. Ils se sont arrangés pour le réaliser sans faire de bruit, en maintenant  un semblant de vie normale déconcertante pour quiconque aurait des soupçons sur le drame en cours.

Les futures victimes n’ont pas très bien compris ce qui leur arrivait, malgré les soupçons infondés contre eux et les accusations colportées avec force.

C’était le statut de coupable désigné d’office.

Ces personnes n’ont pas fui parce qu’elles estimaient ne rien avoir à se reprocher qui  justifierait de quitter le pays. Elles ne se sont pas révoltées, non plus, parce qu’aucune raison comprise de le faire ne sautait aux yeux. A ce moment, personne ne percevait  que  la cadence des arrestations était programmée de longue date.  C’était une organisation avec des résultats  mathématiques. Très peu de gens ont eu le temps d’alerter convenablement les autres. L’astuce était simple : les futures victimes étaient invitées à se rendre à des lieux administratifs pour répondre à quelques questions sur les événements entendus. Elles ne connaissaient pas le contenu des interrogatoires ni le sens, en réalité, de la convocation. Convaincues de la rapidité de l’entretien,  le temps de prouver leur bonne foi et leur innocence, elles y sont allées tête normale, sans méfiance, en toute ignorance du piège.

C’était un voyage en aller simple vers la fin de vie dans des conditions atroces. Ainsi, des arrestations se sont étalées sur plus d’une année d’avril 1972 à la fin de l’année 1973.  Tout ce que le Burundi comptait de force vive d’intellectuels Hutu, de fonctionnaires du public et du privé, des prêtres, des commerçants,  des élèves, des étudiants et même des paysans, a disparu sans laisser de trace. Ces arrestations ont été suivies systématiquement de la spoliation des biens meubles et immeubles des personnes concernées.

Le Président Nixon et Henry KissingerDès 1972, le président des Etats-Unis et son Conseiller à la Défense nationale, Henry Kissinger qui sera par la suite secrétaire d’Etat, ont été parmi les premiers responsables politiques internationaux à qualifier dans leurs écrits l’acte de « génocide » opéré la même année par les autorités burundaises, comme le montre cet extrait :

Photo : Le Président Nixon et Henry Kissinger, en 1972[1]

Source illustration : http://burundi-agnews.org/news.php?ID=834&G=N&L=ENG 

Dans un mémorandum daté du 20 septembre 1972, l’ancien secrétaire d’Etat américain avait relevé que la Belgique, ancien colonisateur du Burundi avait publiquement dénoncé le génocide de 1972 et avait arrêté sa coopération militaire. Dans le même document, Henry Kissinger a qualifié les officiels burundais de l’époque, responsables du génocide en cours, de « bouchers » (voir extrait[2]).

Sept ans plus tard, en 1985, le rapport Whitaker[3] qualifiait de génocide, les massacres perpétrés au Burundi en 1972 mais également ceux de 1965. A titre de rappel ce rapport dit : 

« En matière de génocide, le 20ème siècle se distinguait par le fait que ce crime est commis de sang-froid sur un ordre donné délibérément par les détenteurs d’un pouvoir politique despotique et que ses auteurs emploient toutes les ressources de la technologie et de l’organisation actuelles pour exécuter complètement et systématiquement leurs plans meurtriers. L’aberration nazie n’est malheureusement pas le seul cas de génocide au 20ème siècle. On peut rappeler aussi le massacre des Hereros en 1904 par les Allemands, le massacre des Arméniens par les Ottomans en 1915-1916, le pogrom ukrainien en 1919 contre les Juifs, le massacre des Hutu par les Tutsi au Burundi en 1965 et en 1972, le massacre au Paraguay des Indiens Aché avant 1974, le massacre auquel les Khmers rouges se sont livrés au Kampuchea entre 1975 et 1978 et actuellement le massacre des Baha’is par les Iraniens ».[4]

Les Hutu du Burundi  et les Arméniens de Turquie, ont été répertoriés par le rapport Whitaker comme peuple cible de génocide. Ils ont  en commun le fait que les deux génocides ne sont pas encore reconnus officiellement par leurs pays respectifs. Entre-temps, chacun dans la mesure de ses possibilités,  s’est engagé pour que la communauté internationale donne suite à cette lacune dans le sens d’une justice efficace à rendre face aux crimes documentés mais toujours impunis.

A la publication du Rapport Whitaker en 1985, le Burundi était présidé par le colonel Jean-Baptiste Bagaza. En avril 1972, il est chef d’état-major adjoint de l’armée burundaise. De manière certaine, il a pris une part active dans la mise en œuvre du projet criminel.  Curieusement, le rapport Whitaker est resté coincé dans les tiroirs onusiens et de nombreuses années sont passées avant que les victimes Hutu n’apprennent son existence. Le pouvoir du colonel Bagaza, représenté dans les différentes instances internationales, ne s’est  pas pressé de  le porter à la connaissance des Barundi et du monde entier. Aucune protestation de la part du gouvernement, à ma connaissance, n’a été formulée. Pourquoi  participer à sa propre condamnation  par des polémiques intenables? Bien au contraire, son intérêt a été que le rapport reste inaccessible le plus longtemps possible. Mission accomplie.

Dans le cadre de la coopération internationale,  de nombreux européens étaient présents au Burundi au moment du génocide de 1972-1973. Ils occupaient des postes dans l’enseignement, dans les différents ministères, dans la coopération technique etc. Ils ont été témoins directs des drames. Certains européens ont perdu des amis, des collaborateurs etc. et ont été profondément touchés par la disparition brutale d’une partie de la population burundaise. Ils n’ont pas compris les raisons exactes de cette hémorragie.

Un français, enseignant à l’Ecole Technique Secondaire de Kamenge (E.T.S.), qui garde l’anonymat aujourd’hui, conscient à l’époque d’être spectateur de l’horreur, a tenu un journal sur le quotidien des événements en 1972. 

Un intermédiaire, avec son consentement, m’a fait parvenir ses notes. Je vous livre quelques extraits.

-Le 21 mai 1972 et les jours suivants, il a écrit :

« Depuis une semaine, la répression qui fait suite à la rébellion du 29 avril s’est considérablement aggravée. Elle prend l’allure d’une élimination systématique des intellectuels Hutu et, en général  de tous ceux qui savent quelque chose ou possèdent quelques biens. Dans la capitale, les arrestations et les exécutions sommaires se poursuivent. Excités par la Voix de la Révolution (la radio nationale) qui encourage « les forces vives de la nation à débusquer les ennemis du peuple », les Tutsi, surtout les membres du parti UPRONA (Union pour le Progrès National, parti unique), dénoncent tous les Hutu qu’ils connaissent, collègues de travail, subordonnés, supérieurs, voisins, condisciples…

Dans les écoles, des batailles rangées opposent les enfants des deux ethnies ; ainsi en est-il au Collège du Saint-Esprit (Jésuites),  à l’Athénée, à l’Ecole Normale de l’Etat de Ngagara où des bagarres dans la nuit du 18  au 19 (mai) ont fait 5 morts. A l’Ecole Normale Supérieure, créée et encadrée par l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture, l’UNESCO, 60% des élèves ont disparu. A l’Ecole Nationale d’Administration, 40 élèves sont manquants, dont une vingtaine officiellement arrêtés.

Le 17 mai, l’Ecole Technique Secondaire de Kamenge a été encerclée par la troupe. Quarante-cinq noms figuraient sur la liste des arrestations, mais 22 en fuite n’ont pas répondu à l’appel. Les autres, parmi lesquels des enfants de 13 à 14 ans,  jetés dans les camions, piétinés par les soldats, ne reviendront plus. On a appris que parfois, les prisonniers ne sont même pas débarqués. Tués à coup de baïonnette, ils sont aussitôt emmenés au charnier de la plaine de la Ruzizi.

Les nouvelles de l’intérieur sont semblables : partout, même dans les provinces épargnées par la rébellion, les élèves Hutu sont éliminés. Les enseignants, les religieux sont particulièrement frappés et, bien sûr, la masse paysanne impuissante. »

Sur la réaction des autorités burundaises,  le témoin a poursuivi :

 « Le directeur général des Affaires étrangères faisant fonction de Ministre, M. (Melchior) Bwakira[5] a accordé une interview à des journalistes de la télévision belge. Il a dénoncé le génocide dont était menacée l’une des ethnies nationales. Génocide organisé par des rebelles, soutenus et encouragés par des puissances étrangères impérialistes. Le schéma est classique. Certes, nul ne doute qu’une victoire des rebelles eut été sanglante elle-aussi. On ne pense pas cependant que l’élite des vaincus aurait été aussi froidement massacrée, encore que les répressions de 65 et 69 n’inclinaient pas au pardon. M. Bwakira accuse les ennemis d’avoir voulu renverser l’ordre établi. Quel ordre établi ? Les Hutu représentent 85% de la population, les Tutsi 15% (sans compter quelques milliers de pygmées-Twa). La répartition des responsabilités du pouvoir, des richesses et des chances de promotion était pratiquement inversée : 3 ministres  sur 14 étaient Hutu, le cinquième à peine des fonctionnaires, moins de la moitié des étudiants. Sans doute M. Bwakira a-t-il répondu à une question des journalistes belges, qu’il approuvait l’opinion du président Mobutu (du Zaïre) selon laquelle la notion de démocratie n’avait pas le même sens en Afrique qu’en Europe. On accuse maintenant les étrangers d’avoir créé le problème ethnique et d’avoir rompu une entente entre les deux ethnies, c’est vrai.  Il y a moins d’un siècle il n’y avait pas non plus de problème ouvrier en Europe, jusqu’au jour où la masse exploitée  a pris conscience de son état. Si le présent est tragique, l’avenir le sera encore plus. 500.000 Tutsi ne  pourront  éternellement écraser leurs 3 millions de compatriotes. Il y aura « une prochaine fois » et d’autres encore, jusqu’à ce que la victoire change de mains. Et ce jour-là, les pays amis qui se taisent aujourd’hui devant les abus de la répression, auront perdu le droit de parler. Les nations sont-elles donc si peu unies que soit étouffée la voix des hommes de bonne volonté ? »

Amédée Kabugubugu, arrêté près de la ville de Ngozi.

Il était en route pour retirer  un laissez-passer.

Le témoin a relaté les circonstances :

Amédée Kabugubugu« Quatorze prêtres liquidés (dont un Tutsi) dont Kayoya, écrivain. Les prisonniers sont xécutés à la baïonnette. Les évêques Hutu n’ont pas de laissez-passer et n’ont pu se rendre à la conférence épiscopale »

« Dès le début, tous les fonctionnaires Hutu furent arrêtés ainsi que les quelques professeurs dans l’enseignement secondaire. Parmi ceux-ci les 3 ministres Hutu (Travaux Publics, Affaires sociales et Fonction Publique), le directeur de l’enseignement Boyayo, le directeur de la poste (si aimable), M. Amédée Kabugubugu (professeur à l’université, directeur au ministère des Affaires sociales) arrêté par un barrage près de Ngozi alors qu’il allait chercher un laissez-passer. Il venait de participer à une retraite avec quelques autres foyers européens. Il fut arrêté devant ceux-ci, puis, emmené à Kitega. Quelque temps plus tard, sa femme reçut des condoléances de la part des autorités : c’était une erreur !

Les professeurs du secondaire Stanislas Kasa, le seul professeur Hutu au Collège du Saint-Esprit, Arthémon Ndabahariye et Albert Mafiyiti, professeur à l’E.T.S. etc.

Maintenant dans les bureaux, on ne rencontre que des Tutsi, beaucoup de places sont inoccupées, à la poste des guichets sont fermés.

A la librairie Saint-Paul, une vendeuse a été arrêtée (son mari avait déjà disparu lors des événements précédents), deux autres sont veuves (l’une venait de se remarier depuis 18 jours) ».

Source photo Kabugubugu : Laurent Kavakure. Le conflit burundais II. La tragédie de 1972. Editions du Centre Ubuntu. Octobre 2002. P 224

Dans les écoles, les mêmes drames.

Le témoin français s’est indigné :

« Les écoles sont encerclées par l’armée, chacune à son tour :

-          A l’université, plus du 1/3 des étudiants ont été liquidés. Il ne reste pas un Hutu (le dernier a été arrêté dans la semaine du 14 au 21

-          À l’E.N.S. (Ecole Normale Supérieure), il ne reste plus que 58 élèves sur 130 (école créée et encadrée par l’UNESCO)

-          À l’E.N.A. (Ecole Nationale d’Administration), 40 élèves sont manquants

-          À l’Athénée (de Bujumbura), des bagarres ont eu lieu entre élèves. Un abbé soigna les blessés. On l’accusa de semer la division ( ! ). Les fuyards de cette école furent pourchassés par la J.R.R. (Jeunesse Révolutionnaire Rwagasore, mouvement de jeunesse du parti UPRONA) et emmenés…

-          À l’E.N.E. (Ecole Normale de l’Etat), des bagarres ont eu lieu dans la nuit du 18 au 19 mai et il y aurait entre 5 et 10 morts

-          Au Collège du Saint-Esprit, des bagarres ont également eu lieu. Il y a eu trois élèves arrêtés. Le tour de cette école n’est pas encore venu.

-          À l’E.T.S. (Ecole Technique Secondaire de Kamenge), les Hutu des grandes classes avaient déjà été arrêtés dès le début des événements ainsi que 14 professeurs et 5 surveillants. Le mercredi 17, la troupe encercla l’école. La veille, les élèves Hutu, alertés par les bruits qui circulaient, s’étaient enfuis dans la brousse. Le directeur de l’enseignement affirma que l’armée ne viendrait pas à l’E.T.S. et notre directeur fit revenir les élèves (quelques uns restèrent cachés). Mais, à 8H30 du matin, les élèves furent rassemblés sur la pelouse assis par terre et les professeurs africains et européens debout derrière. 45 noms furent appelés dont deux professeurs. Mais 22 n’ont pas répondu à l’appel. Les autres ont été jetés dans des camions le nez contre terre, puis piétinés par les soldats. Aucun ne reviendra.

Les listes sont établies par des mouchards qui existent partout. N’importe qui peut dénoncer n’importe qui. On ne vérifie pas les accusations. Très peu sont ceux qui essayent de fuir. Fatalisme ? Résignation ? »

Dans les centres de soins et les hôpitaux, les médecins ne sont plus libres de soigner selon l’éthique de la corporation. La J.R.R. (Jeunesse Révolutionnaire Rwagasore, mouvement intégré au parti UPRONA) dirigée en mai 1972 par Emile Mworoha[6] joue un rôle majeur dans l’exécution du génocide.

« La J.R.R. (Jeunesse Révolutionnaire Rwagasore, mouvement intégré au parti UPRONA) est chargée de dépister « les fauteurs de trouble », c’est-à-dire tous les Hutu. On peut imaginer tous les règlements de compte qui peuvent s’opérer. Les premiers touchés sont ceux qui savent quelque chose et possèdent quelques biens. Dans certaines régions, ce sont ceux qui possèdent une maison avec un toit en tôles qui sont tués. Si dans une famille le mari est arrêté, les biens sont saisis, la femme et les enfants jetés à la rue et le compte en banque bloqué. Les « accusés » ne peuvent pas entrer en contact avec un prêtre avant de mourir.

Dans les hôpitaux, les médecins ne peuvent pas soigner qui ils veulent. Un médecin russe qui était en train d’opérer un blessé a vu entrer dans la salle d’opération des soldats qui, aussitôt, ont tué le blessé. Le docteur a donné sa démission qui ensuite a été refusée par l’ambassade de Russie ».

Partout, une désolation visible et des  drames sont répertoriés à travers le pays.

Le témoin a comptabilisé :

« -Batailles des filles dans un home.

-Dans chaque établissement, des personnes sont payées par la suite pour épier les autres.

-La région sud du pays est maintenant un désert : dans la première phase, les Tutsi ont été massacrés, puis, dans une deuxième phase les Hutu sont liquidés par l’armée et la J.R.R.

-Aucun organisme de secours ne peut distribuer des médicaments et des vivres. C’est exclusivement la J.R.R. qui en est chargée. De source sûre, les médicaments donnés se vendent.

-Les régions qui ont été les plus touchées pendant les événements de 1965 sont aujourd’hui des plus calmes. A Bukeye, les gens ont formé un comité interdisant aux personnes extérieures à la commune d’arrêter des gens. A Kiganda, le gouverneur militaire est venu exciter la population mais celle-ci veut rester calme.

-Des barrières tenues par la J.R.R. sont placées dans tout le pays, si bien que les gens de l’intérieur ne savent pas ce qui se passe à Bujumbura. Les évêques n’ont pas de laissez-passer et ne peuvent se réunir.

-Silence de l’ambassade de France.

-Les militaires de la coopération continuent leur travail et participent indirectement à la répression. »(…)

Ceux qui pensent que la Commission Vérité et Réconciliation est une entreprise « trop compliquée » se trompent énormément. La Commission Vérité est en action à partir du    premier jour de sa création en 2000. Depuis, les Burundais en cercles privés en ont parlé et en parlent encore. Ils alimentent par des souvenirs ou des révélations sur bien des aspects méconnus ou ignorés de la politique et de la société du Burundi. 

Où étiez-vous pendant les différentes périodes de violences présentées comme ethnique en 1962, 1965, 1972, 1988, 1991, 1993 et suivants ? Qu’avez-vous fait ? Qu’avez-vous vu  et entendu sur votre lieu de travail, à votre école, sur votre avenue, dans votre quartier, dans votre commune, dans votre province ?

Qu’ont-ils réellement « gagné » à entretenir tant de violence ?

Un compte-rendu public sur toutes ces périodes sombres de l’histoire du Burundi est nécessaire dans un cadre élémentaire de restitution de la Vérité, face au pays lui-même et ses citoyens. En plus, les divers partenaires et les différents pays avec qui le Burundi est en relation, ont le droit de comprendre la définition exacte des problèmes récurrents. Pourquoi c’est toujours violent et compliqué chez vous ? Qui complique ?

Le Burundi ne pourra pas faire l’économie de ce travail de mémoire. Les Etats-Unis, la Belgique, le rapport Whitaker, pour ne citer que ceux-là,  ont reconnu l’exécution d’un génocide  contre les Hutu du Burundi en 1972. Qu’attend le Burundi pour le faire ?

Perpétue Nshimirimana

Lausanne, le 29 avril 2012.


[1]http://www.stripes.com/blogs/archive-photo-of-the-day/archive-photo-of-the-day-1.9717/president-nixon-and-henry-kissinger-1972-1.129224

[2]extrait :

(…) “This is one of the most cynical, callous reactions of a great government to a terrible human tragedy I have ever seen. When Paks try to put down a rebellion in East Pakistan, the world screams. When Indians kill a few thousand Paks, no one cares. Biafra stirs us because of Catholics; the Israeli Olympics because of Jews; the North Vietnam bombings because of Communist leanings in our establishment. But when 100,000 (one-third of all the people of a black country) are murdered, we say and do nothing because we must not make blacks look bad (except, of course, when Catholic blacks are killed).

I do not buy this double standard. Tell the weak sisters in the African Bureau of State to give a recommendation as to how we can at least show moral outrage. And let's begin by calling back our Ambassador immediately for consultation. Under no circumstances will I appoint a new Ambassador to present credentials to these butchers.” (…)

1Source: National Archives,NixonPresidential Materials,NSCFiles, Box 735, Country Files, Africa, Burundi, Vol. I. Administratively Confidential. Drafted by F. E. Rondon and based on a report that he and Richard Kennedy forwarded toKissingeron September 20. (Ibid.) The memorandum is stamped: The President Has Seen. The President hand wrote a lengthy note on page two of the memorandum, which was transcribed in the White House on September 21. The transcription is included as part of the document.

[3] Rapport de M. Benjamin Whitaker. Conseil économique et social des Nations unies sur les droits de l’homme. 2 juillet 1985

[4]Jean-Marie Sindayigaya. Grands Lacs : Démocratie ou Ethnocratie ? L’Harmattan, 1998. P 111-112

[5] Melchior Bwakira, acteur et multi-bénéficiaire du génocide des Hutus du Burundi de 1972-1973. Pour rappel, il devient ministre des Transports, Télécommunication et Aéronautique  après avril 1972 jusqu’en 1974. 

-Ministre des Affaires étrangères  de 1975-1976. 

-Ambassadeur de 1978-1986 et de  1997-2001.

-Diplomate jusqu’en 2001. (…) Il décède en 2009.

[6]( …)

Emile MworohaPhoto : Emile Mworoha, co-auteur et multi-bénéficiaire du Génocide des Hutu du Burundi. Déjà secrétaire général de la J.R.R. en 1972, il est sur ce cliché de 1984, secrétaire général du parti UPRONA. En 2001, « historien », il interviewe, pour Jean-Pierre Chrétien et Jean François Dupaquier, Thomas Ndabemeye, le chef d’état major de l’armée burundaise,  lui aussi co-auteur du génocide de 1972-1973.

Source photo :   http://www.idcpc.org.cn/english/album/cornerstone_e/2-2-1...

Jean-Pierre Chrétien et Jean François Dupaquier ont écrit « Burundi 1972. Au bord des génocides », éditions Karthala, mars 2007.

Dans le cadre de l’ouvrage, les auteurs réaliseront, en 2006 à Paris, une interview d’Emile Mworoha, acteur et témoin du génocide des Hutu de 1972- 1973.

Emile Mworoha a occupé plusieurs fonctions :

-Secrétaire général de la Jeunesse Révolutionnaire Rwagasore  (J.R.R.) en  1972 au plus fort de l’exécution du génocide.

-Ministre de la jeunesse, des sports et de la Culture de 1976 à  mai 1978. (…)

-Président de l’Assemblée nationale de 1982 à 1987 sous la présidence de Jean-Baptiste Bagaza, (…)

-Député de l’UPRONA depuis les années 2000 et actuel président de la Commission des « sages » de l’UPRONA. (…)

-Une carrière d’historien, universitaire. Principalement, professeur à l’université du Burundi. Mais, également chercheur et enseignant (Burundi, Afrique, Francophonie, UNESCO, Bujumbura, Paris, Bordeaux, Pau, etc.). (…)

En janvier 2012, il s’exprime publiquement en qualité de Président de la Commission internationale pour la réécriture de l’Histoire du Burundi (UNESCO) (…)

-Une carrière de fonctionnaire (Francophonie) et de consultant international

Directeur général de la culture et la communication, directeur général des politiques et de la planification à l’Agence de coopération culturelle et technique (A.C.C.T.).  (…)

01/07/2011

La version des responsables du génocide

Burundi/1972 : La version relayée par les coresponsables du génocide Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Analyses

@rib News, 29/04/2011

Le génocide des Hutu du Burundi de 1972-1973.

La version des responsables politiques, militaires et diplomatiques.

-A travers quelques coupures de presse significatives-

Perpétue NshimirimanaPar Perpétue Nshimirimana

La lecture des quelques déclarations officielles faites les jours suivant le 29 avril 1972 pour expliquer les tueries en cours, installe une sensation de profonde perplexité.

Ces justifications de la violence extrême, dans laquelle disparaissent des centaines de milliers de Burundais cette année-là et l’année suivante, constituent un stratagème inhumain, donc imprescriptible.

Un mois après le déchaînement incompréhensible des violences, le journal « UBUMWE[1] » du 2 juin 1972 a annoncé  livrer toute la vérité sur l’actualité dans un texte centré autour de quatre points : les faits, les causes, les auteurs, les complices.

La première découverte, la plus stupéfiante, est qu’aucun des articles et des commentaires ne sont signés[2]. Personne n’a donc endossé la responsabilité des textes remis à la presse pour publication.

Aujourd’hui, personne ne connaît la provenance et l’identité des auteurs. Même le nom de l’imprimeur n’est mentionné nulle part dans ce journal.  En réalité, ces textes officiels, sous couvert de l’anonymat, ne sont rien d’autre que des tracts.

Une cellule parallèle sans nom ni visage, émanation directe des responsables du génocide, a concocté des documents remis à la presse pour publication. Dès le départ, le fait de masquer l’identité des auteurs des articles est une préméditation destinée à brouiller les pistes de recherches. Les auteurs des articles et des crimes ont cherché ensemble à se dissimuler derrière l’anonymat avec la certitude de celui « ni vu, ni connu… » Jamais pris !

Les mêmes informations  données par voix officielle (mais de provenance inconnue)  ont été diffusées par la « Voix de la Révolution », la radio nationale, comme le rapporte l’Agence Reuters le 30 mai 1972.

La même version des faits a été donnée par les représentations diplomatiques à l’étranger comme en témoigne la conférence de presse tenue à Bruxelles par l’ambassadeur du Burundi en Belgique à cette époque, M. Laurent Nzeyimana[3], le mardi après-midi 6 juin 1972.

Par contre, celle tenue  un mois auparavant, le 2 mai 1972, à Genève (Suisse) par Térence Nsanze, représentant du  Burundi aux Nations-Unies apportait un autre angle d’éclairage de la situation. En effet, pour lui, la responsabilité des évènements incombe à des individus ou des intérêts privés qui ont financé l’opération dans le but de perpétrer un génocide, de prendre le pouvoir au Burundi, pour constituer une base arrière en vue d’un putsch contre le gouvernement de Kinshasa.(…)[4]

A titre de rappel, le gouvernement avait été dissout le 29 avril 1972 et M. Arthémon Simbananiye nommé ambassadeur extraordinaire et ministre plénipotentiaire.  « Le ministre-ambassadeur omnipuissant devait gérer les massacres à l’intérieur du pays en même temps qu’il organisait la désinformation dans tous les pays et organismes où le Burundi avait une mission diplomatique, notamment à  l’ONU. Térence  Nsanze faisait le relais à l’ONU et à L’OUA »[5]

Un des rares noms cités dans le journal UBUMWE comme détenteur de la vérité officielle est celui de M. Bwakira Melchior[6]. Il est écrit précisément :

« M. Bwakira Melchior, Directeur Général du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale a accordé une interview à ce sujet à des journalistes de la RTB (Radio Télévision Belge section Flamande). Cette interview donnait la version officielle des faits. Elle éclairait tout le monde  (sauf ceux qui étaient de partis pris) sur les récents événements qui ont ensanglanté le pays »

La version anonyme, relayée par les co-responsables du génocide[7]

Arrêtons-nous un instant sur quelques éléments de cette « vérité » qui a vu environ  trois cent mille Burundais ayant en commun le fait d’appartenir à l’ethnie Hutu disparaître en quelques mois.

Voici le film des événements tel que donné par ce journal officiel UBUMWE du 2 juin 1972 :

Les Faits.

« C’était le 29 avril. Presque à la même heure (entre 7H00 et 8H30 du soir), des bandes d’environ 10.000 nationaux et étrangers, armées de machettes empoisonnées, de massues, d’armes automatiques et de Cocktail Molotov, déferlent sur le Burundi : au sud (Nyanza-Lac-Rumonge) à l’ouest (Bujumbura la capitale) au Centre (Kitega) et à l’Est (Cankuzo) »

Quelques incohérences sont à relever.

Le texte reste très vague car aucune indication précise n’est donnée sur l’identité de ces personnes venues en masse attaquer le Burundi. Qui avait le décompte, la composition  et les informations exacts sur ces  dix mille personnes (burundais ou étrangers)?

Le chiffre avancé donne la représentation d’un contingent impressionnant qui  s’est déplacé à travers les pays en passant inaperçu. Pour que plusieurs personnes soient signalées au même moment à quatre endroits différents du pays notamment à Nyanza-Lac, Rumonge, Bujumbura, Kitega), cette capacité de déploiement demande un minimum de logistique et de coordination.

Qui en a assuré le commandement ?

Le journal UBUMWE poursuit :

« A Bujumbura, vers 8H30 plusieurs groupes de rebelles coupent, près du Camp Muha, les antennes de la Voix de la Révolution. Deux officiers : Le Capitaine Kinyomvyi et le Lieutenant Ndayikeza qui étaient sortis du Mess des Officiers pour s’enquérir de ce qui se passait sont sauvagement mutilés à coups de machettes. Les forces de l’ordre interviennent. Une parti des criminels parviennent à s’enfuir vers la ville. Ils tuent les militaires et les civils qui rentrent vers le camp Muha et la banlieue de Musaga. Une dizaine de véhicules sont réduits en cendre »

Encore une fois, toute une série d’approximations entoure toutes les informations avancées sur le déclenchement des hostilités dans la ville de Bujumbura.

De quels « différents groupes de rebelles », s’agit-il ? Lequel d’entre - eux coupe les antennes de la Voix de la Révolution ? Pendant combien de temps celle-ci  a-t-elle cessé d’émettre suite à cet acte ?

La majorité des Burundais relégués dans l’illettrisme ne sont informés qu’à travers la radio des principaux messages de l’Etat adressés à la population. Existe-t-il une copie du communiqué de la Voix de la Révolution s’excusant de l’arrêt d’émission involontaire suite à une panne de diverse nature ?

En 1972, la ville de Bujumbura était encore une très petite agglomération. Par  quel endroit  de la capitale une partie des criminels parvient-elle à fuir ?

Nouvel extrait du journal UBUMWE :  

 « Mais les groupes qui attaquent Bujumbura ne sont qu’un fragment d’un contingent de 4.600 personnes qui étaient encore occupés à massacrer les populations de la région de Nyanza-Lac et Rumonge et celles situées sur l’axe routier Bujumbura-Nyanza-Lac. D’autre part, plus de 3.000 rebelles envahissent par le Sud-Est en direction de Bururi. C’est dans cette région qu’ils établissent un véritable camp de retranchement et qu’ils plantent leur drapeau vert-rouge-vert. Les postes de Vyanda Makamba et Mabanda sont investis. Toujours vers les mêmes heures soit entre 7H et 8H30 du soir le poste de Cankuzo et l’Est du pays est assailli par une centaine de ces criminels mais ils sont rapidement taillés en pièces par les forces de sécurité de la Brigade de Cankuzo. La ville de Kitega est également assiégée. C’est au cours de l’attaque de cette ville que l’ex-Roi Ntare V trouve la mort » 

« Pauvre roi du Burundi ! »

La version officielle n’explique pas les raisons de la présence au pays de Charles Ndizeye, Ntare V, le dernier roi du Burundi, en ce milieu d’année 1972. Le monarque a longtemps vécu à l’étranger, notamment à Lausanne en Suisse où il a fait ses études. 

Dans quelle circonstance se retrouve-t-il prisonnier à Kitega ?

Des années ont passé, bien que tout n’ait pas encore été dit sur son assassinat, des informations sur les circonstances de sa mort  commencent à circuler et n’ont absolument rien à voir avec la fable servie par les officiels burundais[8]. Aujourd’hui, il est indispensable de donner les détails sur cette mort et d’établir les responsabilités de chaque participant au délit. Si les officiels ont semblé s’indigner sur le triste sort du jeune roi et qu’ils n’avaient pas de reproches à redouter liés aux circonstances de  sa mort, pourquoi ne l’ont-ils pas enterré avec tous les honneurs dus à un souverain ?

Malgré les indignations de façade, un fait indubitable de l’époque est à noter. Le Roi Ntare V a été jeté dans une fosse commune et il y demeure jusqu’à aujourd’hui.

Extrait du journal UBUMWE :

« Dans toutes les régions assiégées, des groupes d’auto-défense civile composés de Hutu et de Tutsi se constituent Sous l’égide du Parti et des Mouvements intégrés et secondent les forces de l’ordre qui ont fait preuve d’un courage remarquable. Neuf jours après, le chef de l’Etat, le Colonel Micombero pouvait annoncer sur les antennes de la « Voix de la Révolution », la mort de la majorité de ces criminels et la mise en déroute des quelques débris restant de la rébellion »

Dès lors que la rébellion est mise en déroute, comment expliquer que les massacres des citoyens innocents se soient poursuivis jusqu’à la fin de 1973 ? 

Extrait du journal UBUMWE :

« Toutes ces bandes attaquent et massacrent de la même manière. Ils sont sous l’influence d’une drogue qui les met dans un état d’excitation destructrice aigüe. Ils sont convaincus d’être invulnérable aux balles qui selon eux se transforment en eau en les atteignant. D’où le slogan qu’ils lancent : « Mayi Mayi » c’est-à-dire « les balles ne sont que de l’eau ». Leur corps est couvert de tatouages et de scarifications destinées à les protéger »

Concrètement, quelle drogue les mettait dans un état d’excitation destructrice aigüe ?

Extrait du journal UBUMWE :

« Très vite, il apparut que ces criminels ne massacraient pas indistinctement ; dans tous les postes et dans toutes les localités qu’ils assiégeaient, ces brutes étaient guidés par les indicateurs qui leur désignaient toujours les victimes d’une même ethnie. Mais il est nécessaire, et aussi réconfortant, de constater que des nombreux Barundi qui n’étaient pas de l’ethnie à exterminer ont préféré mourir plutôt que d’assassiner leurs frères. D’autres ont choisi la fuite. La dénombrement effectué par les équipes de volontaires chargés d’inhumer les corps des victimes porte à près de 50.000 le nombre de morts sans parler des disparus et des réfugiés en Tanzanie et au Zaïre »

Selon cette version officielle, puisque les attaques ont eu lieu simultanément dans quatre coins du pays, qui sont précisément les indicateurs chargés de guider ces rebelles dans les différentes villes à Bujumbura,  Rumonge-Nyanza-Lac, Cankuzo, Kitega ?

Extrait du journal UBUMWE :

« Toute les autorités administratives de Bururi : Commissaires d’Arrondissement, Administrateurs communaux Procureurs de la République Substituts  Médecins Comptables ; en tout 40 personnes furent tuées après avoir été  ignominieusement mutilées sans compter leurs femmes et leurs enfants »

Une nouvelle fois, des affirmations gratuites sans aucune indication précise ni vérifiable sont présentées comme fiables.  Si les officiels admettent qu’en tout quarante personnes (soit toutes les autorités administratives de Bururi) ont trouvé la mort,  de quelle manière sont  réparties les quarante neuf mille, neuf cent soixante (49.960) autres victimes  admises par le gouvernement ?

D’où étaient-elles originaires ?

Le journal officiel parle ensuite de l’existence de nombreux tracts distribués dans la région de Rumonge. La traduction d’un de ces documents est livrée au public. Par définition, un tract ne porte aucune signature. N’importe qui peut en être l’auteur !

Les auteurs.

Extrait du journal UBUMWE :

« D’autre part, une carte saisie au domicile d’un des chefs des rebelles, l’ex-Ministre des Télécommunications M.Bubiriza Pascal est sans équivoque. Toutes les régions à prédominance Tutsi étaient hachurées. Lui-même devait déclarer devant le Parquet que c’est dans ces régions que les massacres devaient s’opérer »

Si M. Pascal Bubiriza[9], a été désigné par le pouvoir de Micombero comme le chef des « rebelles », les Burundais ont le droit de savoir  le bien fondé de tous les éléments d’accusation. Quels liens avait-il exactement avec ces « rebelles » ?

C’est une des rares personnes qui, apparemment, s’est retrouvée devant un tribunal en 1972.

Qu’a-t-il dit exactement ?

Dans quelles conditions  a-t-il fait des aveux? Spontanément ou extorqués suite à des actes de torture ? A-t-il eu droit à un avocat pour sa défense face à des accusations si graves ?

En attendant, les officiels burundais ont présenté « les propos prêtés à un exécuté » dans des circonstances obscures comme une vérité sans faille. Les minutes du procès devraient être accessibles au public pour aider les Burundais en général et sa famille, en particulier,  à comprendre le rôle réel du ministre dans « la rébellion ».

Même la photo de M. Pascal Bubiriza publiée dans ce même journal UBUMWE et dans un numéro du journal Ndongozi de la même époque ne rend pas du tout crédible les faits qui lui sont reprochés. On se serait attendu à le voir pris en flagrant délit, entouré de « rebelles ». Bien au contraire, c’est un homme en costume-cravate, assis dans son bureau, plume à la main, l’image des plus classiques d’un haut fonctionnaire. 

Extrait du journal UBUMWE :

« Environ 25.000 personnes nationaux et étrangers surtout mulélistes s’étaient entraînés en dehors du Burundi au maniement des armes  et aux actions de sabotage. Les participants étaient liés par le serment de ne jamais trahir quoi qu’il arrive »

Dans quels pays, en dehors, du Burundi ces vingt cinq mille personnes se sont-elles entraînées ? Qui les a entraînés et quels  moyens ont été mis à leur disposition ?  Quel est ce pays étranger, voisin du Burundi, qui était prêt à être accusé  de facilitateur de  l’invasion du Burundi  et  par conséquent de base arrière pour les combattants ?

Certainement pas, le Zaïre et la Tanzanie, puisque les deux pays  se trouvent parmi ceux à qui les officiels Burundais ont pris soin de confier la vérité comme le montre cet extrait du journal UBUMWE :

« Que s’est-il passé dans notre pays ? Nous allons l’exposer en détail à nos amis et frères africains qui ont volé à notre secours. Au Président Mobutu Sese Seko et à son grand peuple zaïrois qui nous ont accordé une aide militaire en hommes et en matériel et un appui logistique important. Au Président Julius Nyerere et à son grand peuple tanzanien qui nous ont fourni une aide militaire très appréciable. Au Vice-Président de la République de Somalie et au Secrétaire Général de l’OUA qui sont venus nous voir  pour nous assurer de leur solidarité agissante. A tous les chefs d’Etats et aux mouvements africains qui ont envoyé au Président de la République, le Colonel Michel Micombero et au peuple du Burundi des messages de sympathie et de soutien »

L’autre pays qui a apporté une aide substantielle aux autorités burundaises est la Chine[10]. L’information est donnée par l’Ambassade du Burundi en Belgique dans son « Bulletin des nouvelles du Burundi » N°14 de juillet-août 1972 qui précise:

« L’Ambassadeur de la République Populaire de Chine au Burundi Mr. Cheng Feng, a remis ce mardi 27 juin 1972 au gouvernement du Burundi représenté par M. Clément Kidomo, Directeur Général à la Maison du Parti une aide appréciable représentant 204.690 tonnes de haricots et de riz.

Rappelons que cette aide n’est qu’une partie, l’autre étant attendue incessamment »

Les complices.

Extrait du journal UBUMWE :

« Des liaisons étaient établies avec d’autres criminels résidant au Burundi. Les correspondants collectaient toutes les deux semaines des fonds de soutien. C’est à leur domicile que furent saisies des caisses de drogue (opium, etc.), des armes automatiques et des machettes. Des sommes importantes (près de 50 millions de nos francs) furent également saisies chez les dirigeants Barundi du mouvement ainsi que des listes noires des autorités administratives à exterminer »

Qui sont ces correspondants et à qui ces fonds sont-ils demandés ? Aux domiciles de qui ces caisses de drogues, d’armes automatiques et de machettes ont-elles été saisies ? Dans quelles coupures les près de cinquante millions de francs burundais  ont-ils été distribuées ?

Toutes les indications manifestes  d’implication dans la « rébellion » constituent d’importantes pièces à conviction. Qui les a récupérées et que sont-elles devenues ? Pourquoi les officiels burundais n’ont pas exposé au regard de tous les Burundais et à tous les amis du Burundi, la capture des preuves utilisées pour l’invasion de leur pays?

Extrait du journal UBUMWE :

« Le jour de l’attaque, des soirées dansantes étaient organisées sur l’ensemble du pays et jusque dans les plus  petits postes à l’initiative des chefs du mouvement et cela dans le but d’exterminer facilement tous les Tutsi, ainsi rassemblés »

Dans quels endroits exactement ces soirées ont été organisées ? Dans les chefs-lieux de province ? Et dans quelles autres petites localités ? Qui étaient les principaux animateurs de ces soirées ? Que veut dire une soirée dansante pour les burundais ? Qui a lancé les invitations ?

Extrait du journal UBUMWE :

« Voilà la vérité nue et effroyable. Mais malgré la mort dans des conditions atroces de milliers d’innocents, les Pouvoirs publics n’ont pas appliqué la loi du talion, Notre pays, de culture humaniste séculaire sait que la responsabilité est individuelle. Seuls les coupables ont été châtiés »

Mensonges, que des mensonges ! Au nom de ces légendes, qui ne reposent sur aucun élément sérieux, sur aucune enquête, trois cent mille Burundais ayant en commun le fait d’appartenir à l’ethnie Hutu ont disparu.

Méthodiquement, le pouvoir de Michel Micombero les a fait disparaître grappe par grappe, puis, un à un. Dans l’administration, dans les différents ministères, les fonctionnaires, les commerçants, les religieux, les étudiants de l’université, les élèves des écoles secondaires, les paysans sur les collines etc. la répression a été féroce du 29 avril 1972 à la fin de l’année 1973.  

Pascal Bubiriza figure parmi les premières personnalités  en vue à succomber au génocide des Hutu de 1972-1973.

Au nom de ces légendes, les chefs de zone des différents quartiers de la ville de Bujumbura de Nyakabiga, Bwiza, Buyenzi, Kamenge, Kinama, Cibitoke, Ngagara, à Musaga ont  facilité l’arrestation et la disparition des Hutu vivant dans ces quartiers sur simple dénonciation ou convoitise de leur biens.

Au nom de ces légendes, les gouverneurs militaires des différentes provinces ont accompli la même tâche en simultané avec les rafles de la ville de Bujumbura.

Au nom de ces légendes, un pillage systématique des biens appartenant à ces disparus a été organisé à commencer par les biens meubles et immeubles jusqu’aux objets personnels à la valeur uniquement affective. Nombreux de ces pilleurs ont fait grandir leurs propres enfants dans des biens qui ne leur appartenaient pas. Cette spoliation suivie d’usurpation en tout genre dure depuis trente neuf ans sans remise en cause morale de la part des profiteurs.

En parcourant les articles de la revue UBUMWE, l’autre découverte terrifiante révèle la cruauté des acteurs du génocide de 1972.

Pour endormir la conscience des gens et les empêcher de saisir la nature du danger autour d’eux, une campagne de « pacification »  a été lancée  sur toute l’étendue du pays.

Par exemple, le lundi 29 mai 1972, au cours d’un meeting tenu à 14 heures sur le terrain de football du Quartier 3 à l’OCAF réunissant les habitants de ce quartier et ceux de Kinama, Kamenge et Cibitoke, le Gouverneur militaire de Bujumbura, le Commandant Ndikumana Gabriel  a indiqué comme le montre cet extrait du journal UBUMWE du 2 juin :

« Aujourd’hui, chers compatriotes, je vous amène la paix, tout le pays est dans la paix. Les gens qui racontent ce qu’ils ne savent pas, il ne faut pas les écouter, écoutez plutôt la radio et lisez les journaux officiels pour connaître toute la vérité »

En connaissance de cause, ce gouverneur avait l’assurance que les massacres systématiques contre les populations Hutu n’en étaient qu’à leur début. Par contre, les indignations et les descriptions des massacres par la presse internationale commençaient à agacer quelques personnes influentes de l’entourage du président Micombero. A ce propos, il fallait stopper toute tentative de la presse étrangère d’en faire une lecture autre que celle de leur volonté.  En même temps, il fallait continuer de tuer dans le calme sans éveiller de soupçon chez les prochaines victimes Hutu, ni chez les curieux et autres témoins.

L’opération  a réussi.

Deux semaines auparavant, dans un numéro spécial du journal « UBUMWE » du 16 mai 1972 dont les articles ne portent pas de signature, le Lieutenant-Colonel Thomas Ndabemeye, Commandant en Chef des Forces Armées Burundaises, avait  fait le point de la situation.

Des affirmations sorties  de nulle part, sans la moindre preuve et destinées à émouvoir les Burundais et les amis des Burundais.  Le journal conclut :

« En se basant sur un chiffre approximatif des réfugiés gravitant autour de 500.000 et compte tenu que ces malheureux sont pratiquement sans abris, ne disposant pas de vivre et que parmi eux, nombreux sont ceux qui sont blessés, sans oublier beaucoup d’enfants, le Gouvernement Burundais sollicite de la part des gouvernements amis, une aide et assistance, pour faire face à cette situation inattendue. Le Gouvernement souhaiterait recevoir une aide : en vivre, en médicaments, et en vêtements. Le Burundi remercie à l’avance les Missions diplomatiques et consulaires pour le secours qu’ils prêtent aux populations sinistrées. D’autre part, le gouvernement a ouvert un compte où les nationaux ou étrangers qui veulent venir en aide pour ces régions sinistrées pourront verser leur contribution. Le numéro du compte est 6486, Banque Commerciale du Burundi »

Les cinq cent mille (500.000) réfugiés dont parle le journal, desquels s’agissait-il ? Des réfugiés intérieurs ou ceux qui avaient déjà traversé les frontières burundaises pour se mettre à l’abri ?

Le premier cas de figure semble le plus probable, les réfugiés en dehors du Burundi n’étant plus dans  la préoccupation première du pays d’origine.

Pour ce qui concerne les réfugiés de l’intérieur du pays, à quel endroit du Burundi une population deux fois plus grande que celle de la capitale, Bujumbura, a-t-elle été regroupée? Quelles ont été les infrastructures utilisées  et la prise en charge adéquate dans ce genre de situation?

Qui était chargé de gérer le compte ouvert à la Banque Commerciale du Burundi ? Quel montant a été versé, par qui,  en faveur de quels bénéficiaires ?

Il est très étonnant que ces personnes  ne se soient pas manifestées pour geindre des brutalités de 1972 et le plus curieux, pour exprimer leurs remerciements pour ce geste magnanime posé pour les sortir des difficultés de l’infortune et de la précarité !

Qui sont les  réels bénéficiaires de la générosité et pourquoi tant de discrétion autour d’eux ?

La vérité et la réconciliation annoncées à grand coup de communiqués semble être un leurre pour faire croire momentanément à un début de résolution. Quelques  acteurs et bénéficiaires du génocide des Hutu de 1972-1973 vivent encore paisiblement aux côtés de leurs nombreuses victimes.

Le temps est arrivé pour eux de répondre aux questions et assumer leur responsabilité dans le déclenchement de la tragédie.

Ils doivent s’attendre à faire face à la justice pour tous les crimes commis en cette période.

Perpétue Nshimirimana

Lausanne (Suisse), le 29 avril 2011.


[1] Hebdomadaire en langue française. (Le reste des indications est à préciser par les créateurs  à l’origine de ce journal)

[2] Pour avoir travaillé de 1985 à 1993 à la Radio Télévision Nationale du Burundi (RNTB), cette découverte m’a rappelé les curieuses pratiques observées lors de certains grands faits marquants du pays. A titre d’exemple, au coup d’état du major Pierre Buyoya pour renverser le président Jean-Baptiste Bagaza le 03 septembre 1987, j’ai été choisie avec d’autres journalistes en mesure de préparer des éditoriaux à radiodiffuser dans la campagne de dénigrement du régime déchu. Il fallait démontrer que la décennie du régime de Bagaza a été caractérisée par le népotisme, la corruption, l’injustice, les détournements des deniers publics etc. Les textes que mes confrères et moi avions préparés, selon les directives données par le directeur général de la radio de l’époque, M. Donatien Nahimana, ont été simplement mis de côté. A la place, sans nous en avertir, d’autres textes prêts à être radiodiffusés ont été apportés à la rédaction. C’est à ce moment-là que j’ai découvert l’existence d’une cellule parallèle efficace chargée de faire le travail confié auparavant à des professionnels. Un laboratoire inconnu s’était assuré de l’exactitude des idées que le nouveau régime entendait transmettre. Le principal contenu des articles du  journal UBUMWE du 2 juin 1972 relève exactement de cette démarche.

[3] Le Monde, 8 juin 1972

[4]Birame N’diaye : l’Année Africaine 1972.

[5] Source : Augustin Nsanze. Le Burundi contemporain. L’Etat-nation en question (1956-2002). L’Harmattan. p.219

[6] Ministre des Télécommunications et de l’Aéronautique dans le gouvernement nommé le 14 juillet 1972.

[7] Elle sera assumée collectivement par l’Etat représenté par son gouvernement, en particulier son ministère de l’information, dans une publication ultérieure intitulée « Livre blanc sur les évènements survenus au mois d'avril et mai 1972. » Bujumbura: Ministère de l'Information, Commission du Burundi aux Nations Unies, New York, 6 juin 1972,

[8] Des indications ont été réunies par la radio Publique Africaine (R.P.A). D’autres témoignages existent.

[9] Né en novembre 1932 à Rugazi, il avait fréquenté, exceptionnellement pour un Hutu, la section administrative au Groupe Scolaire d’Astrida (Butare, Rwanda). En 1963, sous le gouvernement Ngendandumwe, il devient Ministre de l’intérieur. Sous le Premier ministre Nyamoya, il fut nommé Ambassadeur au Congo (Zaïre). De 1965 à 1967, il était ambassadeur en Ethiopie. Il devint ensuite Ministre des Communications.

Source : Laurent Kavakure. Le conflit burundais II. La tragédie de 1972. Editions du Centre Ubuntu. Octobre 2002. p.223

[10] Six mois auparavant, le 1er janvier 1972, à la demande du gouvernement chinois, une délégation burundaise était en visite officielle en Chine.

Chef fe mission : Artémon Simbananiye, ministre des affaires étrangères, de la coopération et du plan.

Membres de la délégation :

Major Rwuri, chef d’état major (CGS) de l’armée et membre du Conseil suprême de la république,

Protais Mangona, ambassadeur du Burundi en Tanzanie,

Pascal Kabura, directeur général des cultures industrielles du  Burundi,

Philippe Minani, avocat à la cour d’appel,

Capitaine Bagaza,

Jérôme Ndikuriyo, officiel du département du protocole au Ministère des affaires étrangères.

Accueillis par un officiel du Ministère des Affaires étrangères et le Vice-Chef d’état major de l’armée chinoise

Source : archives du Quotidien du Peuple.

13:56 Écrit par victor ntacorigira dans Perpétue Nshimirimana, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Le temps de la reconnaissance

Appel à la reconnaissance du génocide de 1972 au Burundi Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Analyses

@rib News, 29/04/2009

Le temps de la reconnaissance du  génocide de 1972 au Burundi est arrivé.

Perpétue Nshimirimana, le 29 avril 2009

Perpétue NshimirimanaLes autorités politiques actuelles du Burundi sont invitées à reconnaître devant la nation entière que des acteurs politiques, militaires, religieux et sociaux, burundais et d’autres nationalités, de l’entourage du président de la première République, M. Michel Micombero, ont provoqué sciemment la disparition de plusieurs milliers de personnes entre mai et juin 1972 de façon intensive. D’autres disparitions se sont poursuivies à une cadence moins soutenue au cours du second semestre 1972 et tout au long de l’année 1973.

Ensuite, ces mêmes acteurs, relayés par des « pseudo-scientifiques » ont construit à partir de ces violences inouïes, plusieurs fables qui ont entraîné l’ensemble des burundais dans un parcours de fausse histoire.

Au nom de ces fables, ces acteurs politiques, militaires, religieux et sociaux de 1972 ont décidé de s’approprier de tous les biens à leur portée, d’occuper les emplois et les maisons des disparus. De plus, ils ont pris la précaution de créer une éducation de seconde main pour les enfants survivants des disparus.

La création du Bureau de l’éducation rurale (BER) a permis de cantonner en toute légalité, au nom d’une authenticité (la kirundisation), de nombreux écoliers dans une instruction inaboutie .

Ainsi, ce 37ème anniversaire du génocide de 1972 est une nouvelle occasion de rendre hommage à nos morts. Les vivants ont le devoir de parler en souvenir des leurs, de rappeler leur existence et les circonstances des disparitions pour bien souligner le caractère inhumain et imprescriptible des faits commis. 

Des blessures profondes demeurent chez les victimes - du côté des survivants comme des descendants - qu’il est impossible de passer éternellement sous silence. Une paix véritable entre Burundais passera obligatoirement par le rétablissement  de la vérité et la désignation des actes sanglants par leur vraie nature et sans tabou.

Tout le récit du déroulement des épisodes du génocide de 1972, a été faussé par l’interdiction,  non-déclarée, de situer les faits sous leurs véritables noms. Tout a été  dénaturé d’avance. Quelques exemples :

En 1972, environ plus de 300.000 personnes dont le dénominateur commun était d’appartenir à l’ethnie Hutu ne sont pas revenus des nombreuses arrestations opérées en simultané à travers tout le pays.

Au lieu de constater un génocide, “ on[1] ” a parlé de “ Ikiza ”.  Quel est le vrai sens de ikiza ?.

Au lieu de reconnaître qu’un génocide a été commis, le fléau (ikiza) a été utilisé  en similitude avec les calamités de la Seconde Guerre Mondiale en Europe.

Que veut dire exactement Ikiza dans le contexte du Burundi?

Ensuite, on a parlé de “ Ya Mvura ” (La Pluie). Quelle en est la signification ?

C’est quoi cette “ pluie torrentielle ” qui s’était abattue en 1972 sur le Burundi ?  Depuis que le Burundi existe, est-ce la seule pluie de référence à noter?

Pourquoi celle-là est spéciale pour que tout le monde la reconnaisse parmi les autres ? Et  octobre 1965, août 1988, janvier 1991, octobre 1993, n’était-ce pas des “ Imvura ” ?

« On » a également désigné 1972 par “ Les Evénements ”. Tout le monde comprenait à l’évocation de ce mot de quoi il s’agissait.

« On » aura bien évité de mettre les vrais mots sur les vrais faits.

Un changement d’approche est impératif.

Trois cent mille personnes ne peuvent pas disparaître, comme ça, l’espace d’un claquement de doigt. Il a fallu les « cacher »,“ les jeter ” quelque part. A tous les niveaux, les opérations ont été menées avec les moyens de l’Etat. Des questions simples s’imposent.

Qui a donné l’ordre de creuser les fosses communes ? Qui a déterminé les emplacements de ces fosses communes ? Qui les a creusées ? Qui a supervisé le creusement de ces fosses ? A quelle(s) entreprise(s) appartenaient les véhicules utilisés pour le déchargement des corps? Y a-t-il eu des « contrats de transport », de terrassement, etc. ? Qui a payé les « factures » ? De quelles banques, de quelles agences bancaires, de quels comptes sont sorties les sommes d’argent (en espèces, en chèques ou virements) qui ont financé cette « logistique du génocide » ? Quels ordonnateurs ont signé ces transferts d’argent ?...

Chaque province a compté son lot de morts.

Où reposent-ils ?

Comment s’inscrit le plan d’installation et de répartition des fosses communes à travers le pays? Chaque fosse était prévue pour combien de personnes ?

Qui a eu l’horrible idée de déverser des corps dans le Lac Tanganyika?

Au cours du génocide de 1972 :

Quel a été le rôle et la responsabilité des “ Nyumba Kumi ” ; des chefs de quartiers ; des chefs de Zone ; des administrateurs communaux ; des gouverneurs de province, civils et militaires, et enfin du gouvernement ?

A titre de rappel, le 29 avril 1972, le gouvernement était dissous pour des raisons jusqu’aujourd’hui non-déclarées. Mais, Arthémon Simbananiye se faisait nommer ambassadeur extraordinaire et ministre plénipotentiaire.

« Le même jour, un nouveau procureur général et un nouveau procureur, respectivement Cyrille Nzohabonayo et Bernard Kayibigi, étaient désignés. Ils étaient responsables de la justice durant la crise.

De son côté, le Conseil suprême nommait des gouverneurs militaires qui quadrilleraient tout le pays.

Trois faisaient partie de son corps : le commandant Gabriel Ndikumana, à Bujumbura ; le commandant Jérôme Sinduhije, à Gitega ; le capitaine Lucien Sakubu, à Ruyigi. Les autres étaient : le commandant Samuel Nduwingoma, à Bururi ; le commandant Joseph Bizoza, à Ngozi ; le commandant Joseph Nzibarega, à Bubanza ; le commandant Ferdinand Ntawumenya, à Muyinga ; le capitaine Charles Ndikumagenge, à Muramvya »[2] 

La même source précise que le maire de la ville de Bujumbura était Pie Kanyoni. Le quartier de Ngagara avait comme chef de Zone Gérard Gihimbare, la Zone de Kamenge, François Shishikaye .[3]

Quel a été le rôle exact des Jeunesses révolutionnaires Rwagasore (JRR), souvent nommées, et en particulier de leur secrétaire général Emile Mworoha ? Ce dernier est devenu historien. De lui est attendu un récit de leurs « exploits ».

37 ans après, plusieurs interrogations demeurent sans réponse de la part des autorités politiques successives. Faire le point sur cette question centrale de notre société ne relève pas de l’impossible.

Mais, c’est autant de questions auxquelles le Burundi ne peut échapper pour le bien de ses citoyens.

Les autorités morales, politiques et sociales ont désormais, le devoir de mettre les vrais mots pour bien qualifier les « maux » de 1972 et leurs conséquences.

Enfin, le génocide de 1972 a été décrit et reconnu en 1985 par le rapport de  Whitaker[4]


[1] Notamment, Jean-Pierre Chrétien : Burundi 1972, Au bord des génocides. Ed ; Karthala

[2] Nsanze Augustin : Le Burundi contemporain. L’Etat-nation en question (1956-2002), p219. L’Harmattan.

[3] Idem

[4] Rapport de Whitaker. Commission du Conseil économique et social des Nations-Unies sur les droits de l’homme. 2 juillet 1985

12:56 Écrit par victor ntacorigira dans Perpétue Nshimirimana | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |