28/05/2012

40 ans de génocide " Les Hutu peuple cible de génocide"

Les Hutu du Burundi "peuple cible de génocide" selon le rapport Whitaker Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Analyses

@rib News, 29/04/2012

1972-2012.

-Quarante ans de silence sur le génocide des Hutu du Burundi.-

A quand la reconnaissance officielle par les autorités burundaises ?

Contribution à la Commission Vérité et Réconciliation

Perpétue NshimirimanaPar Perpétue Nshimirimana

Environ trois cent mille personnes ayant en commun le fait d’appartenir à l’ethnie Hutu ont disparu à partir du 29 avril 1972 dans un contexte de quasi huis-clos.

C’est le génocide de 1972 au Burundi. En effet, les enlèvements et les arrestations suivis de disparitions forcées se sont déroulés dans le calme et la tranquillité. Les responsables politiques et militaires de l’époque, leurs divers soutiens, sont auteurs de massacre à grande échelle sur toute l’étendue du pays. Ils se sont arrangés pour le réaliser sans faire de bruit, en maintenant  un semblant de vie normale déconcertante pour quiconque aurait des soupçons sur le drame en cours.

Les futures victimes n’ont pas très bien compris ce qui leur arrivait, malgré les soupçons infondés contre eux et les accusations colportées avec force.

C’était le statut de coupable désigné d’office.

Ces personnes n’ont pas fui parce qu’elles estimaient ne rien avoir à se reprocher qui  justifierait de quitter le pays. Elles ne se sont pas révoltées, non plus, parce qu’aucune raison comprise de le faire ne sautait aux yeux. A ce moment, personne ne percevait  que  la cadence des arrestations était programmée de longue date.  C’était une organisation avec des résultats  mathématiques. Très peu de gens ont eu le temps d’alerter convenablement les autres. L’astuce était simple : les futures victimes étaient invitées à se rendre à des lieux administratifs pour répondre à quelques questions sur les événements entendus. Elles ne connaissaient pas le contenu des interrogatoires ni le sens, en réalité, de la convocation. Convaincues de la rapidité de l’entretien,  le temps de prouver leur bonne foi et leur innocence, elles y sont allées tête normale, sans méfiance, en toute ignorance du piège.

C’était un voyage en aller simple vers la fin de vie dans des conditions atroces. Ainsi, des arrestations se sont étalées sur plus d’une année d’avril 1972 à la fin de l’année 1973.  Tout ce que le Burundi comptait de force vive d’intellectuels Hutu, de fonctionnaires du public et du privé, des prêtres, des commerçants,  des élèves, des étudiants et même des paysans, a disparu sans laisser de trace. Ces arrestations ont été suivies systématiquement de la spoliation des biens meubles et immeubles des personnes concernées.

Le Président Nixon et Henry KissingerDès 1972, le président des Etats-Unis et son Conseiller à la Défense nationale, Henry Kissinger qui sera par la suite secrétaire d’Etat, ont été parmi les premiers responsables politiques internationaux à qualifier dans leurs écrits l’acte de « génocide » opéré la même année par les autorités burundaises, comme le montre cet extrait :

Photo : Le Président Nixon et Henry Kissinger, en 1972[1]

Source illustration : http://burundi-agnews.org/news.php?ID=834&G=N&L=ENG 

Dans un mémorandum daté du 20 septembre 1972, l’ancien secrétaire d’Etat américain avait relevé que la Belgique, ancien colonisateur du Burundi avait publiquement dénoncé le génocide de 1972 et avait arrêté sa coopération militaire. Dans le même document, Henry Kissinger a qualifié les officiels burundais de l’époque, responsables du génocide en cours, de « bouchers » (voir extrait[2]).

Sept ans plus tard, en 1985, le rapport Whitaker[3] qualifiait de génocide, les massacres perpétrés au Burundi en 1972 mais également ceux de 1965. A titre de rappel ce rapport dit : 

« En matière de génocide, le 20ème siècle se distinguait par le fait que ce crime est commis de sang-froid sur un ordre donné délibérément par les détenteurs d’un pouvoir politique despotique et que ses auteurs emploient toutes les ressources de la technologie et de l’organisation actuelles pour exécuter complètement et systématiquement leurs plans meurtriers. L’aberration nazie n’est malheureusement pas le seul cas de génocide au 20ème siècle. On peut rappeler aussi le massacre des Hereros en 1904 par les Allemands, le massacre des Arméniens par les Ottomans en 1915-1916, le pogrom ukrainien en 1919 contre les Juifs, le massacre des Hutu par les Tutsi au Burundi en 1965 et en 1972, le massacre au Paraguay des Indiens Aché avant 1974, le massacre auquel les Khmers rouges se sont livrés au Kampuchea entre 1975 et 1978 et actuellement le massacre des Baha’is par les Iraniens ».[4]

Les Hutu du Burundi  et les Arméniens de Turquie, ont été répertoriés par le rapport Whitaker comme peuple cible de génocide. Ils ont  en commun le fait que les deux génocides ne sont pas encore reconnus officiellement par leurs pays respectifs. Entre-temps, chacun dans la mesure de ses possibilités,  s’est engagé pour que la communauté internationale donne suite à cette lacune dans le sens d’une justice efficace à rendre face aux crimes documentés mais toujours impunis.

A la publication du Rapport Whitaker en 1985, le Burundi était présidé par le colonel Jean-Baptiste Bagaza. En avril 1972, il est chef d’état-major adjoint de l’armée burundaise. De manière certaine, il a pris une part active dans la mise en œuvre du projet criminel.  Curieusement, le rapport Whitaker est resté coincé dans les tiroirs onusiens et de nombreuses années sont passées avant que les victimes Hutu n’apprennent son existence. Le pouvoir du colonel Bagaza, représenté dans les différentes instances internationales, ne s’est  pas pressé de  le porter à la connaissance des Barundi et du monde entier. Aucune protestation de la part du gouvernement, à ma connaissance, n’a été formulée. Pourquoi  participer à sa propre condamnation  par des polémiques intenables? Bien au contraire, son intérêt a été que le rapport reste inaccessible le plus longtemps possible. Mission accomplie.

Dans le cadre de la coopération internationale,  de nombreux européens étaient présents au Burundi au moment du génocide de 1972-1973. Ils occupaient des postes dans l’enseignement, dans les différents ministères, dans la coopération technique etc. Ils ont été témoins directs des drames. Certains européens ont perdu des amis, des collaborateurs etc. et ont été profondément touchés par la disparition brutale d’une partie de la population burundaise. Ils n’ont pas compris les raisons exactes de cette hémorragie.

Un français, enseignant à l’Ecole Technique Secondaire de Kamenge (E.T.S.), qui garde l’anonymat aujourd’hui, conscient à l’époque d’être spectateur de l’horreur, a tenu un journal sur le quotidien des événements en 1972. 

Un intermédiaire, avec son consentement, m’a fait parvenir ses notes. Je vous livre quelques extraits.

-Le 21 mai 1972 et les jours suivants, il a écrit :

« Depuis une semaine, la répression qui fait suite à la rébellion du 29 avril s’est considérablement aggravée. Elle prend l’allure d’une élimination systématique des intellectuels Hutu et, en général  de tous ceux qui savent quelque chose ou possèdent quelques biens. Dans la capitale, les arrestations et les exécutions sommaires se poursuivent. Excités par la Voix de la Révolution (la radio nationale) qui encourage « les forces vives de la nation à débusquer les ennemis du peuple », les Tutsi, surtout les membres du parti UPRONA (Union pour le Progrès National, parti unique), dénoncent tous les Hutu qu’ils connaissent, collègues de travail, subordonnés, supérieurs, voisins, condisciples…

Dans les écoles, des batailles rangées opposent les enfants des deux ethnies ; ainsi en est-il au Collège du Saint-Esprit (Jésuites),  à l’Athénée, à l’Ecole Normale de l’Etat de Ngagara où des bagarres dans la nuit du 18  au 19 (mai) ont fait 5 morts. A l’Ecole Normale Supérieure, créée et encadrée par l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture, l’UNESCO, 60% des élèves ont disparu. A l’Ecole Nationale d’Administration, 40 élèves sont manquants, dont une vingtaine officiellement arrêtés.

Le 17 mai, l’Ecole Technique Secondaire de Kamenge a été encerclée par la troupe. Quarante-cinq noms figuraient sur la liste des arrestations, mais 22 en fuite n’ont pas répondu à l’appel. Les autres, parmi lesquels des enfants de 13 à 14 ans,  jetés dans les camions, piétinés par les soldats, ne reviendront plus. On a appris que parfois, les prisonniers ne sont même pas débarqués. Tués à coup de baïonnette, ils sont aussitôt emmenés au charnier de la plaine de la Ruzizi.

Les nouvelles de l’intérieur sont semblables : partout, même dans les provinces épargnées par la rébellion, les élèves Hutu sont éliminés. Les enseignants, les religieux sont particulièrement frappés et, bien sûr, la masse paysanne impuissante. »

Sur la réaction des autorités burundaises,  le témoin a poursuivi :

 « Le directeur général des Affaires étrangères faisant fonction de Ministre, M. (Melchior) Bwakira[5] a accordé une interview à des journalistes de la télévision belge. Il a dénoncé le génocide dont était menacée l’une des ethnies nationales. Génocide organisé par des rebelles, soutenus et encouragés par des puissances étrangères impérialistes. Le schéma est classique. Certes, nul ne doute qu’une victoire des rebelles eut été sanglante elle-aussi. On ne pense pas cependant que l’élite des vaincus aurait été aussi froidement massacrée, encore que les répressions de 65 et 69 n’inclinaient pas au pardon. M. Bwakira accuse les ennemis d’avoir voulu renverser l’ordre établi. Quel ordre établi ? Les Hutu représentent 85% de la population, les Tutsi 15% (sans compter quelques milliers de pygmées-Twa). La répartition des responsabilités du pouvoir, des richesses et des chances de promotion était pratiquement inversée : 3 ministres  sur 14 étaient Hutu, le cinquième à peine des fonctionnaires, moins de la moitié des étudiants. Sans doute M. Bwakira a-t-il répondu à une question des journalistes belges, qu’il approuvait l’opinion du président Mobutu (du Zaïre) selon laquelle la notion de démocratie n’avait pas le même sens en Afrique qu’en Europe. On accuse maintenant les étrangers d’avoir créé le problème ethnique et d’avoir rompu une entente entre les deux ethnies, c’est vrai.  Il y a moins d’un siècle il n’y avait pas non plus de problème ouvrier en Europe, jusqu’au jour où la masse exploitée  a pris conscience de son état. Si le présent est tragique, l’avenir le sera encore plus. 500.000 Tutsi ne  pourront  éternellement écraser leurs 3 millions de compatriotes. Il y aura « une prochaine fois » et d’autres encore, jusqu’à ce que la victoire change de mains. Et ce jour-là, les pays amis qui se taisent aujourd’hui devant les abus de la répression, auront perdu le droit de parler. Les nations sont-elles donc si peu unies que soit étouffée la voix des hommes de bonne volonté ? »

Amédée Kabugubugu, arrêté près de la ville de Ngozi.

Il était en route pour retirer  un laissez-passer.

Le témoin a relaté les circonstances :

Amédée Kabugubugu« Quatorze prêtres liquidés (dont un Tutsi) dont Kayoya, écrivain. Les prisonniers sont xécutés à la baïonnette. Les évêques Hutu n’ont pas de laissez-passer et n’ont pu se rendre à la conférence épiscopale »

« Dès le début, tous les fonctionnaires Hutu furent arrêtés ainsi que les quelques professeurs dans l’enseignement secondaire. Parmi ceux-ci les 3 ministres Hutu (Travaux Publics, Affaires sociales et Fonction Publique), le directeur de l’enseignement Boyayo, le directeur de la poste (si aimable), M. Amédée Kabugubugu (professeur à l’université, directeur au ministère des Affaires sociales) arrêté par un barrage près de Ngozi alors qu’il allait chercher un laissez-passer. Il venait de participer à une retraite avec quelques autres foyers européens. Il fut arrêté devant ceux-ci, puis, emmené à Kitega. Quelque temps plus tard, sa femme reçut des condoléances de la part des autorités : c’était une erreur !

Les professeurs du secondaire Stanislas Kasa, le seul professeur Hutu au Collège du Saint-Esprit, Arthémon Ndabahariye et Albert Mafiyiti, professeur à l’E.T.S. etc.

Maintenant dans les bureaux, on ne rencontre que des Tutsi, beaucoup de places sont inoccupées, à la poste des guichets sont fermés.

A la librairie Saint-Paul, une vendeuse a été arrêtée (son mari avait déjà disparu lors des événements précédents), deux autres sont veuves (l’une venait de se remarier depuis 18 jours) ».

Source photo Kabugubugu : Laurent Kavakure. Le conflit burundais II. La tragédie de 1972. Editions du Centre Ubuntu. Octobre 2002. P 224

Dans les écoles, les mêmes drames.

Le témoin français s’est indigné :

« Les écoles sont encerclées par l’armée, chacune à son tour :

-          A l’université, plus du 1/3 des étudiants ont été liquidés. Il ne reste pas un Hutu (le dernier a été arrêté dans la semaine du 14 au 21

-          À l’E.N.S. (Ecole Normale Supérieure), il ne reste plus que 58 élèves sur 130 (école créée et encadrée par l’UNESCO)

-          À l’E.N.A. (Ecole Nationale d’Administration), 40 élèves sont manquants

-          À l’Athénée (de Bujumbura), des bagarres ont eu lieu entre élèves. Un abbé soigna les blessés. On l’accusa de semer la division ( ! ). Les fuyards de cette école furent pourchassés par la J.R.R. (Jeunesse Révolutionnaire Rwagasore, mouvement de jeunesse du parti UPRONA) et emmenés…

-          À l’E.N.E. (Ecole Normale de l’Etat), des bagarres ont eu lieu dans la nuit du 18 au 19 mai et il y aurait entre 5 et 10 morts

-          Au Collège du Saint-Esprit, des bagarres ont également eu lieu. Il y a eu trois élèves arrêtés. Le tour de cette école n’est pas encore venu.

-          À l’E.T.S. (Ecole Technique Secondaire de Kamenge), les Hutu des grandes classes avaient déjà été arrêtés dès le début des événements ainsi que 14 professeurs et 5 surveillants. Le mercredi 17, la troupe encercla l’école. La veille, les élèves Hutu, alertés par les bruits qui circulaient, s’étaient enfuis dans la brousse. Le directeur de l’enseignement affirma que l’armée ne viendrait pas à l’E.T.S. et notre directeur fit revenir les élèves (quelques uns restèrent cachés). Mais, à 8H30 du matin, les élèves furent rassemblés sur la pelouse assis par terre et les professeurs africains et européens debout derrière. 45 noms furent appelés dont deux professeurs. Mais 22 n’ont pas répondu à l’appel. Les autres ont été jetés dans des camions le nez contre terre, puis piétinés par les soldats. Aucun ne reviendra.

Les listes sont établies par des mouchards qui existent partout. N’importe qui peut dénoncer n’importe qui. On ne vérifie pas les accusations. Très peu sont ceux qui essayent de fuir. Fatalisme ? Résignation ? »

Dans les centres de soins et les hôpitaux, les médecins ne sont plus libres de soigner selon l’éthique de la corporation. La J.R.R. (Jeunesse Révolutionnaire Rwagasore, mouvement intégré au parti UPRONA) dirigée en mai 1972 par Emile Mworoha[6] joue un rôle majeur dans l’exécution du génocide.

« La J.R.R. (Jeunesse Révolutionnaire Rwagasore, mouvement intégré au parti UPRONA) est chargée de dépister « les fauteurs de trouble », c’est-à-dire tous les Hutu. On peut imaginer tous les règlements de compte qui peuvent s’opérer. Les premiers touchés sont ceux qui savent quelque chose et possèdent quelques biens. Dans certaines régions, ce sont ceux qui possèdent une maison avec un toit en tôles qui sont tués. Si dans une famille le mari est arrêté, les biens sont saisis, la femme et les enfants jetés à la rue et le compte en banque bloqué. Les « accusés » ne peuvent pas entrer en contact avec un prêtre avant de mourir.

Dans les hôpitaux, les médecins ne peuvent pas soigner qui ils veulent. Un médecin russe qui était en train d’opérer un blessé a vu entrer dans la salle d’opération des soldats qui, aussitôt, ont tué le blessé. Le docteur a donné sa démission qui ensuite a été refusée par l’ambassade de Russie ».

Partout, une désolation visible et des  drames sont répertoriés à travers le pays.

Le témoin a comptabilisé :

« -Batailles des filles dans un home.

-Dans chaque établissement, des personnes sont payées par la suite pour épier les autres.

-La région sud du pays est maintenant un désert : dans la première phase, les Tutsi ont été massacrés, puis, dans une deuxième phase les Hutu sont liquidés par l’armée et la J.R.R.

-Aucun organisme de secours ne peut distribuer des médicaments et des vivres. C’est exclusivement la J.R.R. qui en est chargée. De source sûre, les médicaments donnés se vendent.

-Les régions qui ont été les plus touchées pendant les événements de 1965 sont aujourd’hui des plus calmes. A Bukeye, les gens ont formé un comité interdisant aux personnes extérieures à la commune d’arrêter des gens. A Kiganda, le gouverneur militaire est venu exciter la population mais celle-ci veut rester calme.

-Des barrières tenues par la J.R.R. sont placées dans tout le pays, si bien que les gens de l’intérieur ne savent pas ce qui se passe à Bujumbura. Les évêques n’ont pas de laissez-passer et ne peuvent se réunir.

-Silence de l’ambassade de France.

-Les militaires de la coopération continuent leur travail et participent indirectement à la répression. »(…)

Ceux qui pensent que la Commission Vérité et Réconciliation est une entreprise « trop compliquée » se trompent énormément. La Commission Vérité est en action à partir du    premier jour de sa création en 2000. Depuis, les Burundais en cercles privés en ont parlé et en parlent encore. Ils alimentent par des souvenirs ou des révélations sur bien des aspects méconnus ou ignorés de la politique et de la société du Burundi. 

Où étiez-vous pendant les différentes périodes de violences présentées comme ethnique en 1962, 1965, 1972, 1988, 1991, 1993 et suivants ? Qu’avez-vous fait ? Qu’avez-vous vu  et entendu sur votre lieu de travail, à votre école, sur votre avenue, dans votre quartier, dans votre commune, dans votre province ?

Qu’ont-ils réellement « gagné » à entretenir tant de violence ?

Un compte-rendu public sur toutes ces périodes sombres de l’histoire du Burundi est nécessaire dans un cadre élémentaire de restitution de la Vérité, face au pays lui-même et ses citoyens. En plus, les divers partenaires et les différents pays avec qui le Burundi est en relation, ont le droit de comprendre la définition exacte des problèmes récurrents. Pourquoi c’est toujours violent et compliqué chez vous ? Qui complique ?

Le Burundi ne pourra pas faire l’économie de ce travail de mémoire. Les Etats-Unis, la Belgique, le rapport Whitaker, pour ne citer que ceux-là,  ont reconnu l’exécution d’un génocide  contre les Hutu du Burundi en 1972. Qu’attend le Burundi pour le faire ?

Perpétue Nshimirimana

Lausanne, le 29 avril 2012.


[1]http://www.stripes.com/blogs/archive-photo-of-the-day/archive-photo-of-the-day-1.9717/president-nixon-and-henry-kissinger-1972-1.129224

[2]extrait :

(…) “This is one of the most cynical, callous reactions of a great government to a terrible human tragedy I have ever seen. When Paks try to put down a rebellion in East Pakistan, the world screams. When Indians kill a few thousand Paks, no one cares. Biafra stirs us because of Catholics; the Israeli Olympics because of Jews; the North Vietnam bombings because of Communist leanings in our establishment. But when 100,000 (one-third of all the people of a black country) are murdered, we say and do nothing because we must not make blacks look bad (except, of course, when Catholic blacks are killed).

I do not buy this double standard. Tell the weak sisters in the African Bureau of State to give a recommendation as to how we can at least show moral outrage. And let's begin by calling back our Ambassador immediately for consultation. Under no circumstances will I appoint a new Ambassador to present credentials to these butchers.” (…)

1Source: National Archives,NixonPresidential Materials,NSCFiles, Box 735, Country Files, Africa, Burundi, Vol. I. Administratively Confidential. Drafted by F. E. Rondon and based on a report that he and Richard Kennedy forwarded toKissingeron September 20. (Ibid.) The memorandum is stamped: The President Has Seen. The President hand wrote a lengthy note on page two of the memorandum, which was transcribed in the White House on September 21. The transcription is included as part of the document.

[3] Rapport de M. Benjamin Whitaker. Conseil économique et social des Nations unies sur les droits de l’homme. 2 juillet 1985

[4]Jean-Marie Sindayigaya. Grands Lacs : Démocratie ou Ethnocratie ? L’Harmattan, 1998. P 111-112

[5] Melchior Bwakira, acteur et multi-bénéficiaire du génocide des Hutus du Burundi de 1972-1973. Pour rappel, il devient ministre des Transports, Télécommunication et Aéronautique  après avril 1972 jusqu’en 1974. 

-Ministre des Affaires étrangères  de 1975-1976. 

-Ambassadeur de 1978-1986 et de  1997-2001.

-Diplomate jusqu’en 2001. (…) Il décède en 2009.

[6]( …)

Emile MworohaPhoto : Emile Mworoha, co-auteur et multi-bénéficiaire du Génocide des Hutu du Burundi. Déjà secrétaire général de la J.R.R. en 1972, il est sur ce cliché de 1984, secrétaire général du parti UPRONA. En 2001, « historien », il interviewe, pour Jean-Pierre Chrétien et Jean François Dupaquier, Thomas Ndabemeye, le chef d’état major de l’armée burundaise,  lui aussi co-auteur du génocide de 1972-1973.

Source photo :   http://www.idcpc.org.cn/english/album/cornerstone_e/2-2-1...

Jean-Pierre Chrétien et Jean François Dupaquier ont écrit « Burundi 1972. Au bord des génocides », éditions Karthala, mars 2007.

Dans le cadre de l’ouvrage, les auteurs réaliseront, en 2006 à Paris, une interview d’Emile Mworoha, acteur et témoin du génocide des Hutu de 1972- 1973.

Emile Mworoha a occupé plusieurs fonctions :

-Secrétaire général de la Jeunesse Révolutionnaire Rwagasore  (J.R.R.) en  1972 au plus fort de l’exécution du génocide.

-Ministre de la jeunesse, des sports et de la Culture de 1976 à  mai 1978. (…)

-Président de l’Assemblée nationale de 1982 à 1987 sous la présidence de Jean-Baptiste Bagaza, (…)

-Député de l’UPRONA depuis les années 2000 et actuel président de la Commission des « sages » de l’UPRONA. (…)

-Une carrière d’historien, universitaire. Principalement, professeur à l’université du Burundi. Mais, également chercheur et enseignant (Burundi, Afrique, Francophonie, UNESCO, Bujumbura, Paris, Bordeaux, Pau, etc.). (…)

En janvier 2012, il s’exprime publiquement en qualité de Président de la Commission internationale pour la réécriture de l’Histoire du Burundi (UNESCO) (…)

-Une carrière de fonctionnaire (Francophonie) et de consultant international

Directeur général de la culture et la communication, directeur général des politiques et de la planification à l’Agence de coopération culturelle et technique (A.C.C.T.).  (…)

13/04/2012

L'opprobe de 1972 au Burundi:40 ans déjà

Burundi : pour une prise de conscience de la gravité du génocide de 1972 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Opinion

@rib News, 12/04/2012

L’opprobre de 1972 au Burundi : 40 ans déjà !

Par Kazirukanyo Martin

Lors des élections de 1961 qui avaient consacré la victoire au Prince Louis Rwagasore et son équipe, les perdants à cette époque avaient aussitôt ourdi l’assassinat du prince et par la suite s’engouffrèrent dans le parti orphelin pour récupérer le parti et le pouvoir bien évidemment en écartant sine die les objectifs et les idéaux du prince par l’instauration d’un régime basé sur l’exclusion ethnique. La suite tout le monde la connaît trop bien.

Il s’en est suivi un cycle de violence orchestré par ces  antidémocrates dont le bilan en coût humain est trop lourd, assassinats ciblés en 1965, 1969, génocide en 1972, massacres 1988, assassinat du 1er Président démocratiquement élu en 1993 ainsi que ses principaux collaborateurs et massacres généralisés sur tout l’étendu du territoire en toute impunité ; sans parler du coût économique dont le Burundi souffre encore aujourd’hui (parmi les 10 pays les plus pauvre au monde).

Ce n’est qu’en 1968 que Micombero commença à dévoiler quelques coins de son plan, lors de son discours du 1er juillet 1968, il expliqua sa tactique en disant que quand on a un fagot à brûler, il vaut mieux s'y prendre arbuste par arbuste (kuvuna rumwe rumwe), sinon on se complique la vie,…. A ce propos il faut lire le plaidoyer de Monsieur Mpozagara à l’endroit de la politique menée à cette époque dans son ouvrage publié en 1971 intitulé « La République du Burundi » dans l’encyclopédie politique et constitutionnelle, série Afrique, de l’Institut International d’Administration Publique.

Dans l’Accord d’Arusha, est prévue la création d’une Commission nationale pour la Vérité et la Réconciliation chargée, entre autres, d’enquêter. Cette mission est spécifiée de la façon suivante : « La Commission fait la lumière et établit la vérité sur les actes de violences graves commis au cours des conflits cycliques qui ont endeuillé le Burundi depuis l’indépendance (le 1er juillet 1962), qualifie les crimes et établit les responsabilités ainsi que l’identité des coupables et des victimes ».

Le 18 septembre 1969, Michel MICOMBERO, conseillé par Simbananiye et Mpozagara, fit procéder à des arrestations de certains officiers de l’armée pour débuter sa purification ainsi que des civils et religieux Hutu. Les moyens de torture appliqués aux détenus furent multiples et variés, relevant de l'imagination diabolique la plus prodigieuse. Les témoins affirment qu’à côté de cela les nazis n'avaient aucune imagination ! Ces tortures brutales et cruelles menèrent à trépas plusieurs détenus. Les plus illustres de ces victimes sont le docteur Cyprien Henehene ancien ministre de la santé, les officiers Karolero, Katariho et Bazayuwundi. Lorsque les accusés de 1969 sont arrêtés, Mpozagara ne mentionne pas qui les a dénoncés. Nous savons par contre que "l'interrogatoire" est rondement mené, elle est musclée  puisque Mpoazagara a l'habitude. Le soir Mpozagara se trouve chez Micombero entouré de son ami Ntungumburanye alors chef de la sûreté et le ministre de la Justice pour confectionner le questionnaire du lendemain. Il en sera ainsi jusqu'à la fin de l'instruction. Le verdict est donc prononcé au cours de ces soirées bachiques. On le donnera au tribunal pour le prononcer la plupart des fois les juges en ignorent jusqu'à la dernière minute le contenu. Sur 80 personnes interpellées, 25 furent condamnées à mort dont 19 militaires et 6 civils.

L’histoire nationale n’a pas encore mesuré la gravité de l’hécatombe de 1972. Les familles brisées, décimées ou meurtries encore crient mais seul l’opprobre leur répond. On reste confondu et scandalisé par l’indifférence de cette société civile burundaise qui jusque maintenant est seulement zélée quand il s’agit d’embêter le gouvernement mais qui, sommes toutes, quand il s’agit des crimes d’ampleur nationale commis par les dignitaires des anciens régimes et touchant les simples citoyens dont les plaies sont encore ouvertes à ce jour, se désintéresse complètement à se demander quels droits de l’homme elle défend, jusqu’à passer outre le génocide d’avril 1972.

Tout commença dans la nuit du samedi 29 avril 1972, alors qu’à midi, le président Micombero venait de révoquer son équipe ministérielle afin de réaliser en toute quiétude son plan d’extermination. Toutefois, il avait gardé à ses côtés un seul ministre Monsieur Arthémon  Simbananiye. Certains se demandent même si Simbananiye n’était pas le véritable Président du Burundi en collaboration avec d’autres compères notamment André Yanda, Shibura et autres acolytes. Le Burundi allait être vidé, martyrisé, endeuillé pour longtemps….pour toujours ? Le 30 avril 1972 à 8 heures du matin, on apprend que le roi Charles Ndizeye a été tué vers minuit. Officiellement, il avait été tué lors de combats contre des mulelistes. Pour justifier cet assassinat, les autorités prétendirent que la victime voulait rétablir la monarchie. Il fallait donc massacrer cette masse de Hutu qui vénérait le monarque.

Le 1er mai 1972, la radio de Bujumbura annonce que de sérieux combats se déroulent dans le sud du pays et qu’il s’agit de mulelistes venus du Zaïre aidés par les Inyenzi (monarchistes Rwandais) et des Burundais monarchistes…Dans tout le pays, les arrestations et les exécutions sommaires sont organisées au nom du parti UPRONA et du président Michel MICOMBERO. Le massacre se poursuit et encouragé par les messages officiels diffusés par la radio, la voix de la révolution : « les forces vives de la Nation doivent s’impliquer à débusquer les ennemis du peuple ». A la redoutable prison de Bujumbura, les personnes arrêtées sont exposées au soleil, torturés jusqu’à ce que mort s’en suive… Mworoha Emile alors secrétaire général, tel Joseph Goebbels, pendant cette période mobilisait la JRR organisée en milice pour appliquer les consignes données à ces prétendues forces vives de la nation, par sa propagande en raison de ses talents d'orateur et de rhétoricien. Son rôle était très important dans la mise en place du dispositif d’extermination et de diffusion des mots d'ordre. Pour lui, l'essentiel était que la JRR soit organisée avec une telle finesse pour qu'elle soit en quelque sorte l’avant garde de l’appareil répressif et d’extermination des bamenja et autres inyankaburundi, comme on les appelait avant de les tuer (voir document infra).

Le Dr Stef Vandeginste s’offusque dans sa réflexion sur la CVR et la qualification des faits : « lorsqu’ils parlent de certaines atrocités commises dans le passé, les Burundais ont souvent tendance à parler d’événements et/ou de la crise. L’utilisation d’un euphémisme n’est ni unique au cas burundais (dans le cas de l’Irlande du Nord, par exemple, il était question de « troubles ») ni surprenant (car l’utilisation de certains termes, notamment le mot « génocide », pour décrire certains événements était très souvent automatiquement associée à une prise de position politique et à une appartenance ethnique). A un moment donné, notamment dans le cadre de la recherche de la vérité, les termes événements et crise ne suffisent plus. Un des objectifs communs à toutes les CVR – une quarantaine depuis environ trente-cinq ans – est qu’elles doivent éclairer une société sur son passé. Elles doivent permettre une lecture largement partagée de l’histoire, entre autre afin d’enseigner l’histoire du pays aux futures générations. Pour ce faire, un qualificatif des différents cycles de violences et des souffrances des citoyens s’impose. Le qualificatif permet à la société, notamment à travers le rapport de la CVR, d’exprimer une évaluation, une appréciation, un jugement de valeur, au-delà de la simple description des faits. La vérité et la reconnaissance des victimes et de leurs souffrances exigent à ce que le viol, la torture, le crime de guerre, etc. soient appelés par le nom qui leur convient ».

Des soirées dansantes pour les fonctionnaires et les commerçants avaient été organisées dans tout le pays le 29 avril 1972, la nuit du début de l’hécatombe. Qui avait organisé ces soirées ? Dans tous les cas, le pouvoir était complice car il ne les a pas interdites. Au contraire juste après, par des messages codés et ambigus (voir infra) les mouvements intégrés à l’UPRONA étaient utilisés pour traquer et infliger des châtiments exemplaires aux fauteurs de troubles. Les fausses communes ici et là dans tout le pays donnent quelques indices pour identifier ceux qui devaient être châtiés dans ce contexte.

Dans le dossier « Naufrage au Burundi » de septembre 1972, on lisait : « Dans ce pays sans statistiques et sans informations libres, comment pourrait-on savoir ? Qu’importe… de tels massacres ont déjà eu lieu en territoire décolonisé, mais une tentative de naufrage radical par la suppression de l’élite politique, sociale et culturelle d’une ethnie par l’autre, avait-on jamais vu cela ? Même au Biafra ? »

Et pourtant, la convention de l’ONU sur l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité condamne ces crimes, même lorsque ces actes ne constituent pas une violation du droit interne des Etats où ils sont commis. Les familles attendent la mise en place de la Commission Vérité et Réconciliation assortie d’une juridiction internationale. Quarante ans plus tard ? Est-ce au moins le bout du tunnel ? Encore une fois, la communauté internationale est interpellée.

Aujourd’hui plus que jamais au Burundi, beaucoup de victimes des actes de barbarie réclament justice. Et Dieu seul sait combien ils sont nombreux. Dieu et les Burundais savent et mesurent le poids de l’injustice. Quarante ans plus tard, nous attirons toujours l’attention sur les suppliciés de 1972. Quarante ans d’attente ; Quarante ans d’indifférence, de déni de justice. Malgré le foisonnement d’associations de la société civile qui œuvrent au Burundi, la violation de la dignité humaine semble ne causer point d’insomnie aux criminels.

Avec l’hécatombe de 1972, les Hutus et les Ganwas sont minoritaires dans les associations actuelles de la société civile qui élèvent la voix pour revendiquer cyniquement le respect des droits de l’homme, leur composition reflète encore trop l’image des régimes du passé. On peut se tromper mais le scandale crève les yeux. L'opprobre est devenu insupportable après la restauration de la démocratie.

Le roi Charles NDIZEYE croupit encore dans une fosse commune ; le roi Mwambutsa reste en exil en Suisse. Les charniers de Buterere, du Pont Peke et d’autres à identifier disparaissent avec leurs secrets macabres. Quarante ans après les faits, les orphelins et les veuves inconsolables réclament justice, un peu d’humanité s’il vous plaît.

De l'intérieur du pays ou de la diaspora, mobilisons-nous ; mettons plus d’énergie et de moyens dans cette bataille contre la mort, l’oubli et le déni de justice. Les victimes de l’hécatombe de 1972 attendent un mot, un geste, un coup de main dans cette lutte pour la renaissance de l’âme burundaise. Agissons pour que cette plaie, cette gangrène nationale cesse d’être une pierre d’achoppement des efforts de reconstruction et de réconciliation nationale. Mobilisons-nous pour toutes les victimes des barbaries burundaises depuis la veille de l'indépendance jusqu'à celles d’aujourd'hui conséquence des calculs mesquins des politiciens sans scrupules. Quarante ans plus tard, il y a encore au Burundi des cadavres non identifiés dans les fausses communes et trop de disparus. Cette malédiction réclame une prise de conscience : le droit de dire nom.

02/11/2011

Novembre noir il y a 20 ans 1991-2011