28/05/2012

40 ans de génocide :le tour de parole des victimes est arrivé

Génocide de 1972 au Burundi : Le tour de parole des victimes est arrivé ! Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Opinion

@rib News, 22/04/2012

« Commission Vérité et Réconciliation

-Très longue hésitation[1] pour sa mise en place -.

Par Rose Ntwenga, Montpellier (France), le 17 avril 2012.

Contribution à la Commission Vérité et Réconciliation au Burundi.

Annoncée pour le début du mois de janvier 2012, la commission Vérité et Réconciliation peine à se constituer formellement pour répondre aux attentes de tout un pays et de son peuple. Mais aussi, d’autres peuples et pays sont intrigués par des faits troublants caractéristiques du Burundi indépendant, toujours inexpliqués ou  assumés bizarrement, qui heurtent la conscience de tout un chacun. Depuis douze ans, déjà, il est question de cette Commission.

La Vérité libérée !

Août 2000. Nelson Mandela  libère le Burundi de la prison de son Passé récent.

Félicitons en premier, au milieu de toutes les imperfections des Accords d’Arusha[2], Nelson Mandela[3], le second Médiateur du processus de Paix, au Burundi. Avec l’appui des bailleurs de fonds de la communauté internationale, il a réussi à imposer aux acteurs politiques burundais l’exercice de Vérité.

 Légende photo : Représentation de Nelson Mandela en statue de bronze à sa sortie le 11 février 1990 de la prison de Groot Drakenstein, près de la ville du Cap[4].

Dix ans plus tard, Madiba libère le Burundi de la prison de son passé récent.

Pour ma part, le cadre d’expression offert  depuis la signature des Accords d’Arusha  en 2000 est un pas immense. Entre l’époque des années quatre-vingt, où la simple allusion au génocide de 1972-1973 relevait de la subversion et aujourd’hui… Faites le compte.

Les accusations portées contre nos parents et leurs amis sont d’une telle gravité que l’absence ou l’impossibilité d’apporter des éléments de défense ont été difficiles à vivre et pénalisantes sur beaucoup d’aspects de ma vie. Heureusement, le support virtuel d’information m’a permis depuis sept ans de lever l’obscurité créée à dessein autour d’eux. Il est important d’apporter des explications  pour que cesse la persécution organisée contre nous, leurs enfants, leurs descendances  et leurs  amis.

Janvier 2012. La radiodiffusion  d’une preuve de la Vérité  sonne la fin  des équivoques.

La réalité des faits historiques et politiques au Burundi varie au gré des interlocuteurs ! Des versions erronées sont accréditées et martelées comme véritables. Et à force d’être répétées, elles  voudraient s’imposer, contre toute raison, comme uniques. Mais, le compte-rendu, au bout de cinq années de travail de la Commission Terres et autres biens (CNTB)[5], a levé le 26 janvier dernier, les équivoques et la confusion sur l’acquisition des biens. Au cours de son exposé radiodiffusé en direct et relayé par la plupart des supports d’information du pays, Monseigneur Sérapion Bambonanire, président de cette Commission a révélé aux auditeurs l’existence d’un Conseil de guerre réuni en audience le 6 mai 1972. Six jours avant, le 30 avril 1972, le Lieutenant Colonel Alexis Nimubona, avec pour assesseur, le Commandant Gabriel Nzisabira, ont participé à la création du cadre légal d’arrestation et d’exécution immédiate du très grand nombre de personnes (figurant sur des listes préétablies, longtemps avant le 29 avril 1972) en grande majorité d’origine Hutu. Dans la foulée de l’exécution, la confiscation des biens et les divers déménagements sur une large échelle du pays se sont fait dans l’empressement et la brutalité, les familles étant  encore sous le choc de l’arrestation sans motif connu. D’une manière aussi générale, les expropriations se sont déroulées par endroits dans une atmosphère de civilité très troublante.

 C’est le génocide crapuleux[6] des Hutu de 1972-1973[7].

Extrait choisi[8] :

( …) Parmi les preuves  de ce sinistre projet, il y a la décision RMP.48.229/OC du Conseil de guerre réuni en audience le 6 mai 1972 qui, d’une façon expéditive et en vrac, a condamné à l’exécution immédiate un nombre incalculable de citoyens, sans avoir pris le temps d’établir les responsabilités personnelles, et sur base de listes établies par quiconque voulait se débarrasser de quelqu’un d’autre pour occuper sa terre ou ses biens. Il en a été ainsi à travers tout le pays,  des documents d’attribution et de confiscation existent, qui confirment que même un simple administrateur communal a eu longtemps le droit de déclarer « coupable » tous les citoyens de son choix et de les spolier de leurs biens meubles et immeubles. (…)

Cette radiodiffusion est  un moment historique qui  marque le début d’une thérapie collective. Enfin, les querelles inventées de toutes pièces et entretenues se dissipent grâce à une lecture et des repères communs.

Je situe les hésitations sur la constitution du groupe de personnes à même de porter le projet de Justice transitionnelle jusqu’à sa réussite. La prochaine étape, celle de l’établissement du cadre physique de parole, de la Commission Vérité et Réconciliation, est à elle seule, l’occasion de reproches  et de précautions insensés.

La Vérité jusqu’où ?

Préméditation du  génocide crapuleux  jusque dans ses moindres recoins.

L’énorme pas franchi par le travail de la CNTB a démontré avec précision l’origine des différents malentendus, source d’une haine artificielle, car incorrectement expliqués jusque-là. Il s’agit aujourd’hui de décrire et  de consigner la procédure d’application des spoliations diverses.

En effet, c’est là que les relations étroites entre quelques membres de l’armée nationale burundaise et d’autres, de l’armée de libération du Rwanda (A.L.R.) de 1964 interviennent. Une bonne partie des officiers de police judiciaire (O.P.J.)[9] étaient des exilés Tutsi rwandais, naturalisés burundais comme M. Désiré Makuza, capitaine de l’A.L.R. Avec des fonctionnaires burundais du ministère de la justice (entre autres), ils avaient au préalable pendant de longs mois, fait un travail de renseignement minutieux et d’enregistrement des personnes ainsi que de leurs biens au détail près. Une attention particulière s’est portée sur les mouvements d’argent des différents comptes bancaires[10] et la circulation de l’argent liquide du secteur informel. Par un système de guet[11], assuré par des hommes, des femmes placées, des adolescents y compris des enfants mineurs, ils ont préparé soigneusement l’opération. A la clé du système, une réussite totale des arrestations (dès l’après-midi du 30 avril 1972) dans la ville de Bujumbura en quelques heures, sans avoir éveillé,  l’ombre d’un soupçon chez les futures victimes d’un danger ambiant. Aussitôt, dans les heures suivant l’arrestation des individus, l’ordre de bloquer leurs comptes bancaires était lancé. M. Georges[12], (Tutsi rwandais, naturalisé Burundais) dirigeait le service d’identification de la police. (…)

Description du  cas  du quartier de l’OCAF / Ngagara à Bujumbura

A l’OCAF / Ngagara au cours du génocide de 1972-1973, la plupart des Hutu, qui avaient pensé y trouver refuge, ont été débusqués[13] par ce système de voisinage. En réalité, c’est un véritable ilotage qui a conféré un statut d’auxiliaire de police à plusieurs habitants du quartier. En récompense, une redistribution des biens s’est faite à l’époque et lie à vie les nombreux bénéficiaires aux pourvoyeurs des biens arrachés aux victimes Hutu. Certains habitants du quartier ont obtenu des avantages en toute nature, l’accès aux établissements scolaires, des maisons, du travail, un petit commerce, etc., appartenant à  leur voisin, au collègue, à un ami ou à un membre de la belle-famille. Malgré le service rendu, d’autres n’ont rien gagné de palpable et de visible. Les deux catégories de bénéficiaires sont toujours soudées par le silence[14] au sujet des disparitions de leurs voisins et de leurs biens en 1972-1973. C’est la spécificité du génocide des Hutu du Burundi.

 A la date du 15 juillet 1972[15], mes frères et sœurs étions déjà installés dans notre famille d’accueil  chez Mama Anipha[16] et Paul Morisho, des congoman,  au quartier 3 de L’OCAF / Ngagara.

L’hospitalité coutumière des congoman est une disposition bénéfique. Toutefois, dans un tel cas de prise en charge, subitement, de cinq personnes supplémentaires dans une famille, un coup de main financier est le bienvenu. Comme « Ils » s’étaient partagé les biens de mon père, Paul Morisho leur avait rappelé assurer entièrement à ses frais l’hébergement et le couvert aux enfants de Venant Ntwenga. Il avait demandé une contribution pour alléger le poids de sa prise en charge. « Les Receleurs[17] » l’avaient envoyé promener. Les conversations à ce sujet étaient facilitées par la proximité de Paul Morisho et M. Makuza dans le championnat de Football burundais. Le premier s’occupait du Club de football, le Tout Puissant Englebert, et le second du Club Rwanda Sport[18] . (…) 

Malgré tous les commentaires douteux à cause de notre présence, mes frères et moi, nous nous sentions bien dans cette famille. Cependant, le système de guet était en fonction maximum et tous les moyens ont été utilisés pour perturber, coûte que coûte, la quiétude de notre nouvelle vie. Les autres adolescents venaient pour des discussions à bâtons rompus, pour nous tenir compagnie, pour rire. Au passage, certains ne cherchaient que le moment propice pour nuire, autant que possible, sans attirer l’attention. Pour nous, la vie continuait sans nos parents et leurs amis. La famille de Morisho les remplaçait. En toute simplicité, nous étions des enfants « heureux » en dépit de l’épreuve traversée. A force de ne pas nous voir geindre, la décision de  mettre fin à notre bonne humeur a été prise.

Un jour pas différent des autres, les échanges de conversations ont failli mal tourner. C’était parti comme une histoire marrante à raconter. Dans le voisinage, les adultes Hutu étaient anéantis par la disparition du chef de l’une de leurs familles. Chaque jour, ils rentraient du travail catastrophés. Plusieurs autres personnes, encore, avaient été jetées dans un trou.

Au moment du tour de guet quotidien, des adolescents exilés Tutsi rwandais demandaient au gamin : « -Où est ton père ? On ne le voit plus. ». 

« -Mon père est dans un trou. », répondait le gamin.

Les adultes ne s’étaient pas rendu compte que l’enfant avait tout compris. Ils en étaient encore à se concerter sur la manière de lui annoncer la nouvelle. Tous les jours, les adolescents rwandais lui posaient la même question. L’enfant avait un cheveu sur la langue. C’était marrant, ce cheveu sur la langue, malgré la triste situation. Dans la salle de séjour de Paul Morisho, avec Pascal son fils aîné, les adolescents rwandais riaient. Entrainés par la vague d’hilarité, mon frère, Valère et moi avions fait de même. Puis, tout d’un coup, un silence inattendu s’était imposé. Les adolescents rwandais nous avaient regardés, tour à tour, droit dans les yeux : « Mais, vous, qu’est ce qui vous fait rire ? Votre père est dans un trou, aussi ! » (…)

 A la même période, j’avais  reçu plusieurs convocations pour comparution au parquet des mains d’autres adolescents, certains, le visage illuminé d’un grand sourire. C’était synonyme de l’application de la sentence de mort dans les heures à venir.  En même temps, des femmes adultes (notamment exilées Tutsi rwandaises)  proposaient de « m’aider ».  C’était toujours dans le but.(…)

La Vérité liée, à l’imprescriptible, une donnée difficile à admettre.

Au-delà des co-auteurs du génocide de 1972-1973, un nombre incalculable de personnes sont bénéficiaires ou receleurs des diverses spoliations en toute « légalité ». C’est une pratique devenue « naturelle » depuis quarante ans. Mais, aujourd’hui, comme un sursaut de conscience, il leur revient à l’esprit que des innocents sont morts, à leur demande, pour faciliter différentes acquisitions, comme simplement s’approprier le certificat d’école primaire d’autrui. L’éventualité d’un aveu individualisé en public, comme en privé, est assommante.  Cette réalité a un effet étourdissant sur l’ensemble des bénéficiaires. Ces personnes ne sont pas encore dans la disposition de reconnaissance d’un délit  (C’était la Loi !) ou de justification des décisions de l’époque. Evoquer la restitution des  biens d’autrui soulève  encore plus d’émotion à tonalité très curieuse.

C’est une remise en cause de fond en comble de tout un système de pensée, de faire et de vie. Il s’agit d’admettre, face à soi-même, ses enfants, ses collègues, ses voisins, les Burundais, les étrangers, etc., que sa vie, celle du Burundi depuis quarante ans est un immense mirage, bâti sur un crime sans nom, imprescriptible. Désormais, la nécessité de l’exercice de vérité enclenchée par l’Accord d’Arusha, impose à tous un principe de réalité. Il faut s’atteler à respecter les individus et leurs biens, leur histoire …  Respecter ! 

Personne n’a encore décrit la somme des conséquences des consignes d’agression en tout genre[19] sur les survivants du génocide de 1972-1973,  qui se sont complexifiées au fil des années. La consigne la plus efficace, passée inaperçue, a été celle de ne plus adresser la parole aux familles dès que spoliées. Sinon, toute communication cordiale, par la suite (certaines en apparence très amicales) a masqué une proposition malhonnête ou indécente afin de faciliter une agression. Depuis, c’est toute une dynamique de conspiration constante qui régule les relations sociales envers les Hutu du Burundi. Elle a permis le contrôle des décisions au sein des cellules familiales et, par ce biais, d’éviter toute forme de revendication aboutie.

Les auteurs, co-auteurs et receleurs du génocide de 1972-1973 (principalement des opportunistes Tutsi burundais et rwandais) ont coupé sciemment les chances d’un parcours d’une vie normale à un nombre incroyable de personnes d’origine Hutu. Ils ont installé chez les gens le mépris et le discrédit systématique  comme un comportement allant de soi. Bien des gens, Burundais comme étrangers, s’y sont conformés très aisément. A ce propos, nous essuyons toujours des propos blessants injustifiés et des attitudes de rejet concerté de toute part, de Tutsi burundais et rwandais, ainsi que d’étrangers qui les côtoient. Fascinés par leurs affirmations, certains sont mêlés à  des actes de nuisance, au Burundi comme dans les différents pays de résidence de  Burundais d’origine Hutu. (…)

Jean-Pierre Chrétien et  l’Histoire du Burundi indépendant. 

Dès la création de la Commission Vérité et Réconciliation,  la première invitation pour témoignage est à adresser à Jean-Pierre Chrétien.

Ce n’est pas en qualité d’expert, comme au Tribunal pénal d’Arusha (Tanzanie) pour le génocide au Rwanda de 1994, mais comme « scientifique » et acteur de falsification de l’Histoire du Burundi par un procédé d’omissions flagrantes.  A aucun moment de son travail, par exemple, il ne mentionne l’importance décisive[20] depuis novembre 1959 de la présence des exilés Tutsi rwandais sur les étapes violentes[21] du Burundi.

A titre d’illustration, Jean-Pierre Chrétien, « historien », est arrivé au Burundi en 1964, l’année[22] de la création de l’armée de Libération du Rwanda (A.L.R.) dont le quartier général provisoire est localisé à l’Office des Cités Africaines, OCAF / Ngagara, au Quartier 1.[23]Il a enseigné dans une école proche de ce quartier.

De quelle manière, Jean-Pierre Chrétien, justifie-t-il  de ne pas avoir vu, entendu ou écrit sur l’implantation et les différentes pressions des exilés Tutsi rwandais sur la société et la politique au Burundi  tout au long de son séjour  dans ce pays?

L’historien « spécialiste du Burundi », de 1964 jusqu’à sa retraite, et expert au Tribunal pénal  d’Arusha pour le Rwanda en 1994, n’a toujours pas expliqué la différence, les similitudes, la complémentarité entre les Tutsi du Burundi, du Rwanda et de la R.D Congo. C’est une clarification à apporter au grand public car beaucoup de crispation, de déchainement de passion et de violence se sont superposés sur le triptyque conception /identité/ethnie. Nulle part dans sa production prolixe[24], il ne parle du poids décisif de M. Makuza (exilé rwandais naturalisé Burundais, capitaine dans l’armée de Libération du Rwanda) sur le président Michel Micombero[25] et sur Thomas Ndabemeye, chef d’état-major de l’armée burundaise à partir de 1967. Ce n’est pas parce que des archives structurées à lecture scientifique indubitable font défaut, que l’Histoire ne se fait pas ou ne s’est pas faite.

De concert avec ses commanditaires, les co-auteurs et receleurs du Génocide des Hutu de 1972-1973, l’« arrangeur d’Histoire » a aussi consciencieusement passé sous silence le poids essentiel de la tradition orale dans la prise et la transmission des décisions ainsi que la conduite des affaires des familles, des clans comme du pays[26].

Parmi de multiples exemples, le « Conciliabule de juillet 1967 » constitue l’une des preuves de l’importance de la tradition orale sur le destin du jeune Burundi indépendant.

Il est grand temps de trouver pour le « spécialiste du Burundi », un traducteur fiable (Kirundi-Kinyarwanda-Swahili (la variante des quartiers populaires). Le mutisme affiché des Burundais,  de toutes les ethnies, n’a pas empêché la tradition orale de  fonctionner à temps plein pour garder une mémoire vive sur tous les évènements comme par le passé. Comme par hasard, depuis la création de l’université du Burundi en 1964, la faculté de Sociologie n’existe toujours pas[27].

Revenons sur le « Conciliabule de Juillet 1967 ».[28]

A son arrivée en novembre 1959, Venant Ntwenga, mon père, avait accueilli l’un de ces exilés Tutsi rwandais avec sa nombreuse famille et l’avait aidé à s’installer dans la cité de Kamenge.

C’est Kajugiro Musinga. (…)[29]

Au cours de cette Réunion informelle de Juillet 1967, dont les décisions sont toujours en vigueur aujourd’hui, plusieurs questions ont été abordées dont celle de l’origine des Tutsi[30]. Kajugiro Musinga a reproché à mon père d’être reconnaissant et de trop croire les curés.

« Le dénominateur commun entre les Hutu et les Tutsi, ce sont les Vendeurs aux Enchères (Ba Camunara)[31] », lui a alors confié Kajugiro.

« On ne sait pas ce qui s’est passé avant l’intronisation du père du  roi  Yuhi MusingaQuel est le secret  autour de la fondation du Royaume du Rwanda ? » a demandé mon père.

« Le secret, le vrai secret, justement, c’est ce qu’on ne sait pas.[32] » a ajouté Kajugiro .

Au cours des séances de mémorisation à Kamenge en 1967 et 1968, mon père a confié à l’auditoire, l’air un peu confus, les remarques de Kajugiro.  « Le Vénérable a raison », a promptement répondu l’un des hommes présents. Il s’était mis à réciter, à énumérer les clans, à évoquer les péripéties … (…)

Les conversations de cette rencontre ont été répétées, discutées puis mémorisées et des décisions ont été prises pour y faire face[33].  L’approximation des archives de la tradition orale[34] n’empêche pas de distinguer ou de retrouver les pratiques sociales réelles en dehors des poèmes, des contes, des légendes et  des superlatifs associés.

Combler les omissions de  Jean-Pierre Chrétien.

 Heureusement, d’autres auteurs français ont fait des recherches sur l’Histoire de l’Afrique en général dont deux pays, particulièrement, l’Afrique du Sud et le Burundi à la même période.  Robert Cornevin et ses élèves ont consigné les chronologies minutieuses des faits dans toutes leurs variétés (y compris des aspects de la tradition orale) concordants avec le vécu  des natifs sur place dans la revue l’Année Africaine[35].

Dans le cadre d’une restitution plus complète, des articles sur le Burundi, l’Histoire de la colonisation allemande en Afrique, les nombreux ouvrages sur l’Histoire du continent africain et ses peuples, écrits par Robert Cornevin[36] ne présentent-ils aucun intérêt pour les Burundais? Jean-Pierre Chrétien a-t-il ignoré les ouvrages sur l’archéologie en Afrique et les grilles d’analyse très fines du régime d’apartheid, développés en 1979 par Marianne Cornevin[37], dans - l’apartheid, pouvoir et falsification historique  -?

  Légende des photos : Hommage aux deux auteurs majeurs,

pour la sauvegarde et  la connaissance de l’Histoire

de l’Afrique grâce à leurs écrits.

A gauche Robert Cornevin[38].  A droite Marianne Cornevin[39].

D’autres exemples, parmi de nombreux cas, d’oublis volontaires  (ou d’artifices de citation[40])  sont à relever comme les contributions de son compatriote, Roger Botte,  des auteurs cubains dont William Galvez qui reprend en grande partie les notes d’Ernesto Che Guevara (en personne !), compagnon d’armes des exilés Tutsi rwandais et acteurs de l’Histoire de l’Afrique des Grands Lacs  au début  des  années soixante. (…)

Alexis Hatungimana[41] .

Lorsque Alexis Hatungimana, dit Bucucu, et  moi, avons mis les pieds à la faculté de Philosophie et  Lettres (Groupe Histoire) lors de l’année académique 1975-1976, Jean-Pierre Chrétien n’a pas soupçonné un instant que sur nos épaules reposait la transmission d’une partie de l’Histoire de notre quartier Kamenge et de celle des Bâtisseurs. Dès le lendemain de mon retour du Lycée Etoile des Montagnes d’Ijenda, le 1er juillet 1972,[42] les gardiens de la Mémoire ont organisé plusieurs séances de transmission, parfois en groupes ou individuellement, pour fixer les souvenirs. Périodiquement, j’ai eu accès à plusieurs documents officiels ou privés et à différents récits. Après le génocide de 1972-1973, Jean-Pierre Chrétien, en tant qu’enseignant au Burundi, tait à dessein, que l’absence d’une source écrite accréditant un projet de discrimination n’a pas empêché une pratique rigoureuse de celle-ci dans toutes les écoles du Burundi. Ainsi, sur de brèves consignes du ministère de l’éducation nationale, tous les diplômes du pays des écoles secondaires étaient rassemblés à la Mairie de la ville de Bujumbura. Après, le bouche à oreille a fonctionné pour indiquer le jour et l’heure du rendez-vous à la Mairie. M. Louis Simbagoye a posé quelques questions notamment sur les origines ethniques avant de remettre le diplôme, et au gré de son humeur, en a déchiré certains. De leur côté, les membres du Dynamik Football Club ont plaidé pour que le diplôme soit remis à leur meilleur joueur du moment, Alexis Hatungimana. Quant à moi, c’est tout un groupe d’adolescents et d’adultes qui m’ont accompagnée. Du fond de sa cellule à Mpimba en mai 1972, mon père avait laissé du courrier et des recommandations à ce sujet. (…) C’est par ces péripéties qu’Alexis et moi, sommes passés pour franchir le premier obstacle de la condamnation à l’ignorance des enfants Hutu du Burundi, alors ouvertement en vigueur. Bucucu a été au terme de son parcours académique avec succès. Moi, pas, pour plusieurs raisons qui n’ont rien à voir avec la capacité d’acquisition des connaissances. (…)

Lors de la Mission Albizia[43] de février 1994, j’ai suggéré à Alexis de venir témoigner sur l’Histoire du Burundi.  Il avait parcouru la note confidentielle préparée pour la Mission. « Pour raconter une bonne partie de l’histoire récente du pays, m’a-t-il fait parvenir comme réponse,  sors des sources écrites ! ». Il m’a  recommandé de faire des efforts pour me  remémorer. Malheureusement, l’absence de mon père, ma Tutrice, Léocadie Ndikumana, son mari Daniel, et l’entièreté de leurs amis,  les agressions, les chocs émotionnels[44] ont fait que l’oubli sur cette époque s’est installé à mon insu. Et, puis, les ainés avaient une façon de parler et de chanter en  Kirundi[45] que je ne retrouvais plus autour de moi.

Je ne me souvenais de pas grand-chose du passé.

Par contre, Alexis avait tout vu, tout entendu. En mai 1972, Alexis Hatungimana a été témoin de violences dures à l’Athénée secondaire.  A l’internat, des élèves Tutsi burundais et rwandais s’en sont pris à leurs camarades Hutu de dortoir au moment du coucher. Ils les ont battus et certains ont été défenestrés. Environ soixante-dix élèves ont disparu en une soirée sans compter les blessés achevés à l’Hôpital Prince régent Charles ! Bucucu, le footballeur doué, a été protégé par les mêmes élèves à l’origine des séances de bastonnade. Appelé à la rescousse, Jean-Baptiste Bagaza[46], le chef d’état -major adjoint de l’armée s’est présenté aux élèves rassemblés dans la partie administrative de l’Athénée. Il a clamé : « Pas de pitié pour l’ennemi ! ». ( …) Par cette phrase, l’autorisation au meurtre, au pillage et au saccage systématique des affaires des élèves Hutu était donnée. Depuis ce moment, spectateur de la virulence des propos de certains  élèves, Alexis Hatungimana a noté l’ingérence constante et active des exilés Tutsi rwandais dans différents faits de violence.[47]

La plupart des témoins du génocide de 1972-1973 de mon groupe d’âge à Kamenge, ont été tués par  les forces armées burundaises (F.A.B.) en mars 1994. Satisfait d’avoir réduit au silence une partie des relais de la tradition orale, les commanditaires du massacre ont estimé que désormais, il n’existait plus personne pour parler en leur nom. « Quelqu’un » s’est souvenu qu’Alexis Hatungimana, résident au Quartier de Mutanga,  était qualifié pour le faire.  Il est mort sur ordre de « ce quelqu’un » ou d’un groupe de personnes. Je ne sais plus qui, du moins, je n’ai pas retenu leurs noms. Par solidarité et cohésion dans le quartier de Kamenge, on n’attend pas la police[48] pour élucider différentes situations. C’est du côté de chez Fofo, que l’alerte est arrivée. Je devais être prévenue. Bucucu commentait les articles[49] de Jean-Pierre Chrétien au moment de l’assassinat de Melchior Ndadaye.

« Pourquoi n’aborde-t-il pas la présence et l’importance des Tutsi rwandais[50] ? » constatait Bucucu.(…)

Dans le quartier, malgré les difficultés, arrive toujours un plaisantin pour tourner en dérision toutes les situations mêmes dramatiques. Régulièrement, l’un ou l’autre  répondait à Bucucu :

« Le chercheur (Jean Pierre Chrétien) ne cherchera pas. Le chercheur ne cherchera pas de ce côté ! Alipata Njugu ! »

  Légende photo de gauche : Alexis Hatungimana, l’un

des dépositaires de la Mémoire du Burundi indépendant,

lâchement assassiné le 16 mai 1995.

Légende photo de droite : Jean Pierre Chrétien[51],

bénéficiaire de la disparition des dépositaires.

Je pense que l’historien n’a pas pensé se retrouver soupçonné de complicité du meurtre d’Alexis Hatungimana. Ce que je tente de transmettre laborieusement depuis sept ans, Bucucu l’aurait fait en un tour de main[52]. Avec sa famille, le quartier et la solidarité inter clanique, la première plainte à déposer au Tribunal international sur le Burundi, dès son installation, sera contre Jean-Pierre Chrétien pour vol de la vie et de l’Histoire du dépositaire Bucucu[53]. (…)

La Vérité dans la rue.

La Vérité sauvegardée par la tradition orale.

Les Gardiens de la  Mémoire n’ont pas attendu les accords politiques pour transmettre les données vitales de la construction individuelle et collective du Quartier de Kamenge.

Par exemple, après l’exécution du Capitaine[54] qui commandait le camp militaire de Katumba en 1972, Paul Nzomwita, retraité de la Force Publique des années 1960, avait adopté les trois enfants, de son beau-fils. Au début des années 80, les « Gardiens de la Mémoire» ont observé son fils aîné, insouciant, en train de jouer aux billes. D’une traite et en quelques minutes, ils lui ont raconté l’histoire de son père et de ses biens. Si des doutes demeuraient dans son raisonnement,  il n’avait qu’à vérifier auprès de son grand-père. Il n’avait pas tardé à le faire d’un ton furieux. (…)  Dans le quartier de Kamenge, il n’est pas le seul enfant à avoir bénéficié de ce genre de compte-rendu indispensable dans le parcours d’une vie. ( …)

Au niveau collectif, outre, les circonstances de la disparition de Mamera[55], le chauffeur de bus de l’université officielle du Burundi (U.O.B.), j’avais dû retenir sa contribution aux travaux de l’indépendance et quelques éléments de son choix pour la  foi musulmane[56].  Pour affirmer ses convictions, ses enfants s’appellent Amissa, Idi, Pili… Ils porteront fièrement ces prénoms sans être soupçonnés d’être affiliés à  des « Vendeurs aux enchères ». Mamera était de ceux qui, au moment de l’indépendance, avaient plaidé pour que les écoles des filles se multiplient.[57] (…)

Pour un bon voisinage dans le quartier entre les croyances animistes, chrétiennes et musulmanes, il a été convenu que les bouchers[58] seraient musulmans. Par contre, les appels tonitruants du muezzin n’étaient pas acceptés. En cas de danger, ils risquaient de couvrir le langage sifflé des Défenseurs  aux pieds nus. Mamera était, aussi, dépositaire des Défenseurs aux pieds nus. Le renfort pour la protection de la maison familiale du 135-136 d’octobre 1965 à décembre 1966[59] était en grande partie de son initiative. Concernant la fête de la Tabaski, une dérogation a été obtenue pour que le mouton abattu pour la circonstance, partout ailleurs en terre d’Islam, soit remplacé par la  chèvre. Certains clans de Bâtisseurs, éleveurs de vaches et autre bétail, ont pour pratique de mêler systématiquement quelques moutons au troupeau. La présence de cet animal a pour rôle d’être l’indicateur des maladies des bovins. C’est pour cette raison que les croyances animistes ont jugé la consommation du mouton impropre pour l’homme. A ma connaissance, les troupeaux composés uniquement de moutons sont inexistants au Burundi. Concernant les tenues vestimentaires[60] des femmes et des filles, elles ne devaient pas être dissemblables de celles des autres de leur entourage. Dans les différents pays musulmans où les femmes ont des tenues uniformes, ce sont leurs coutumes. Pas les nôtres !  Ugeze ahatamera, imico irahinduka !

Par ailleurs, un des musulmans du Quartier de Bwiza était devenu très riche, selon leurs critères. Dans ce cas, a-t-il été prévenu, un pèlerinage à la Mecque s’imposait. Il s’y était rendu mais en était revenu entièrement ruiné à cause de la longueur du voyage. Par la suite, il n’était pas parvenu à se renflouer financièrement.

Certaines personnes parlaient et lisaient l’arabe, mais le Coran (Koroani) n’a été traduit en Kirundi qu’en 2006.[61] Toutes les pratiques du culte,  du rite des prières  et les autres spécificités de la confession s’étaient transmises oralement. 

Avec Amissa, l’une des filles de Mamera, nous ne nous sommes pratiquement pas adressé la parole après le génocide de 1972-1973. Elle était l’épouse du projectionniste de Ciné Burundi (catholique). Le jour de la  profession de foi de ses enfants, les gardiens de la Mémoire m’ont appelée pour être témoin (en retrait) des derniers préparatifs avant qu’ils ne s’engouffrent nombreux dans le taxi pour l’office religieux.

Dans les années 80, les gardiens de la Mémoire avaient envoyé quelqu’un faire le point en continuité du premier compte rendu après 1972. En parcourant le Maghreb et le Machreq, les dépositaires de Mamera avaient observé que les préjugés des « arabes » envers les noirs étaient tenaces. Nos parents (les chrétiens et animistes) avaient vu juste au moment des discussions autour de la préparation de l’indépendance en 1962. Les préjugés des blancs envers les noirs étaient proches de ceux des « arabes ». Mais, lorsqu’un élève noir décrochait le Baccalauréat, le diplôme était une référence unique pour tous les candidats, toutes catégories confondues. Apparemment, en Egypte, pour l’accès au même diplôme, un traitement spécial leur était réservé. Ils avaient décrit l’atmosphère d’une ville où le vendredi est férié, les salutations de circonstances, la manière de placer les sons gutturaux… Ils avaient corrigé les préjugés ambiants à leurs égards et nos ignorances étaient comblées par une série d’anecdotes illustratives.

Quand la tradition orale des uns rejoint la tradition orale des autres

Cette jonction s’est faite sur le terrain de football de l’Ecole Technique Secondaire (E.T.S.). Dans le cadre d’une compétition interafricaine, le club de football égyptien, Zamalek du Caire s’entrainait sur ce terrain en vue de la rencontre sportive avec les footballeurs burundais. Comme tous les après-midi, Kibwa ou Kabwa, le berger de Mamera a conduit son troupeau de chèvres paître de ce côté. Une des chèvres est sortie du lot et a traversé le terrain. L’entrainement des égyptiens a stoppé net. Avant de venir, les préparateurs sportifs les avaient prévenus sur les « Wa Rundi ». Dans leurs récits de conquête chez les Zenj[62] (Ba Shenzi), les cavaliers arabes avaient eu du fil à retordre avec eux dans cette contrée. Après une razzia fructueuse, ces derniers racontaient avoir vu un peloton de coureurs à pieds les dépasser. Soudain, sans très bien comprendre, ils s’étaient retrouvés débordés, de toute part, par les Défenseurs aux pieds nus.  C’était parti comme pour cette chèvre qui arrive … puis, les cavaliers s’étaient retrouvés désarçonnés, hagards et contemplant passifs un spectacle incroyable. Les Wa Rundi libéraient les leurs, femmes et enfants. Craignant que la chèvre/fétiche ne soit porteuse d’un pouvoir d’engourdissement, l’entraineur égyptien avait rapidement expliqué à ses joueurs sa décision d’arrêter. Parmi les spectateurs de l’entrainement, ceux  « pratiquant le War War ya Misr[63] » (l’Arabe à la Cairote) ont expliqué aux autres badauds le sens du comportement de fuite des joueurs du terrain d’entrainement. Finalement, les Egyptiens avaient éliminé les Burundais. Mauvais perdants, les badauds déclaraient à tout va : « Bali smaku biyato »[64]. Toujours dans ces récits, les oiseaux avaient fait la réputation des Wa Rundi. C’est ainsi qu’au cours d’une visite officielle effectuée au Burundi dans les années 80, le président Khadafi avait acheté (via la holding libyenne  sur place) tous les oiseaux d’une volière tenue par un Belge.

A Montpellier (France), Extension de l’Ocaf/Ngagara (Burundi). 

L’extrait du discours radiodiffusé de Monseigneur Sérapion Bambonanire, président de la Commission Terres et autres biens, présenté au début de ce témoignage, est très important pour certains  ressortissants de l’Afrique des Grands Lacs (Tutsi burundais et rwandais, congolais) qui ont élu domicile dans cette ville du sud de la France. Il illustre aussi à merveille, mes tentatives d’explication, à quelques oreilles bienveillantes : « Nos parents sont des victimes du génocide de 1972-1973 et ils sont présentés à grands cris comme des agresseurs » ! (…)[65]

Depuis des années, ma famille française et moi, sommes une cible permanente, d’un système de nuisances organisées (du dénigrement gratuit, sur tout ce qui nous concerne, aux actes de dégradation,…), par de nombreux bénéficiaires et receleurs Tutsi rwandais et burundais (dont certaines et certains devenus français) des spoliations liées au crime de génocide des Hutu de 1972-1973. Par un hasard heureux de la vie, je suis venue m’établir dans la ville de Montpellier en Août 1989. Au mois d’octobre de la même année, s’est tenue une édition de la foire des Associations  de Montpellier. J’y ai découvert le Stand de l’association de Reporters Sans frontières (R.S.F.). Après un échange d’information sur leur engagement, je leur ai confié connaître un journaliste, emprisonné au Burundi en 1988, susceptible de témoigner. Il s’agit de Déo Hakizimana[66], camarade de la première promotion à l’Ecole de journalisme et collègue à l’Agence Burundaise de presse (A.B.P.). Cette conversation, tout à fait anodine, dans ce genre de manifestation m’est revenue en boomerang quelques semaines après. En deux mois de séjour en France, les « receleurs » m’avaient collé une étiquette : « C’est une opposante politique ! », anticipant le crédit à accorder à mes propos à venir. Je ne voyais pas d’acte politique dans mon entretien à Montpellier. Si, j’avais parlé à quelqu’un du Burundi ! Je suis retournée voir Robert Ménard, le président de RSF à l’époque pour comprendre le sens des récriminations. C’est alors qu’il a téléphoné en ma présence à la personne à l’origine de cette rumeur, Théogène Karabayinga, journaliste à Radio France Internationale (R.F.I.). Théogène Karabayinga avait nié toute malveillance ! Il s’était défaussé de sa responsabilité sur les « burundais » ! (…) Robert Ménard m’a donné son numéro de téléphone[67] pour une mise au point ultérieure avec lui. Je n’en ai pas vu l’intérêt. Pour moi, c’était l’incompréhension totale ! Que lui dire ? Dans quel établissement secondaire du Burundi était inscrit, Théogène Karabayinga, exilé Tutsi rwandais (probablement naturalisé Burundais) en mai et juin 1972 ? L’écoute de sa conversation avec Robert Ménard m’avait suffi.

Par contre, confusément, ce genre d’ingérence sournoise dans toute initiative aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Avant de prendre l’avion pour la France en août 1989, le jour de mon départ du Burundi, j’étais en audition chez l’officier de police municipale en présence de maman, Marcelline Ndikumana. Par cette convocation, l’usurpateur Tutsi rwandais, receleur de la maison du Quartier 2 de l’OCAF / Ngagara, en accord avec maman, tentait de me soutirer la lettre du procureur Bernard Kayibigi datée de 1978. A ce moment, j’étais dans l’incapacité de saisir le lien entre le journaliste de R.F.I. et l’usurpateur, tous deux exilés Tutsi rwandais, à Bujumbura. Surtout, Je ne mesurais pas les énergies mises en œuvre pour récupérer cette lettre, la preuve, des chamailleries autour des spoliations. (…)

Plus tard, à la parution en 2005,  du livre de Pierre Péan,  « Noires fureurs, blancs menteurs » le système de guet est devenu ouvertement pressant. Depuis, j’ai remarqué une série de faits étranges (la fouille de l’appartement, de la cave, de la voiture à l’intérieur du garage, du local des poubelles (!), de la boîte aux lettres, au sein d’une Résidence privée, des sonneries intempestives…). Puis, sur mes parcours quotidiens,  les attitudes et les mimiques de différentes personnes croisées ont fini par réveiller les souvenirs de l’enfance passée dans une atmosphère d’hostilité à l’OCAF / Ngagara.  (…)

La Vérité.

La vérité blesse, par moments, lorsqu’elle devient publique, surtout à ceux qui s’en cachent, qui la diluent dans de faux semblants…

Mais, elle a le mérite de remettre les choses en place. La Vérité ramène les faits aux proportions réelles. Sinon, quand la légende est plus belle que la réalité, c’est une réalisation cinématographique. Dans la situation actuelle du Burundi, la Vérité donne un contenu cohérent aux actes de la vie et à la construction d’un présent et d’un avenir compris par tous. A Montpellier, plusieurs personnes originaires du Quartier de l’OCAF / Ngagara (en 1972-1973) se sont exprimées publiquement, à plusieurs reprises, sur le génocide de 1994 au Rwanda. Mais, à mon grand étonnement, je n’ai jamais entendu, l’une d’elles, déplorer avoir été simplement témoin de faits horribles au Burundi en 1972-1973, semblables aux abondantes descriptions de l’actualité du Rwanda à partir d’avril 1994. Pourtant, il me revient, depuis toutes ces années, de façon constante, de la part de ces mêmes personnes via des intermédiaires, des accusations  infondées contre mon père et ses amis.  Des mises en garde contre moi, dont elles sont la source, me présentent de manière dépréciée et surtout, me prêtent des propos et des intentions qui me sont éloignés.

Je répète, Venant Ntwenga et ses amis n’ont pas fait de coup d’état ! Le compte rendu du Conseil de guerre du 6 mai 1972, devenu public depuis le 26 janvier dernier, en est désormais la preuve irréfutable. 

 Légende photo : Tels les trois singes du dicton, les exilés Tutsi rwandais présents depuis plus de cinquante ans au Burundi n’ont rien vu, rien entendu et ne disent toujours rien. 

Leur tour de parole est arrivé.

Cette Vérité, ils la doivent surtout à l’attention de leurs soutiens légitimes, de leurs solides sympathisants qui les ont couverts d’une très grande attention depuis avril 1994. Ces derniers se sont forgés des convictions sans sourciller ni douter sur des appréciations évitant sciemment l’importante présence des exilés Tutsi rwandais au Burundi. Ainsi, leur crédulité (certains de bonne foi) a participé à consolider l’omission sur le sort réservé aux personnes d’origine Hutu en 1972-1973 au Burundi. Ces soutiens sont loin d’imaginer que le génocide au Rwanda en 1994 pouvait en cacher un autre, au Burundi, vingt-deux ans plus tôt.

En cette année, du cinquantenaire de l’indépendance du Burundi, je remercie les Belges qui ont assuré la formation de ma tutrice, Léocadie Ndikumana. C’est leur accueil, en Belgique, et, le dévouement, des Dames de Marie au Burundi, qui ont fondé l’éducation et l’instruction de ma sœur Honorata, mon frère Valère et d’une kyrielle enfants. En leurs noms et au mien, je vous présente notre reconnaissance pour le bienfait réconfortant qui a maintenu en nous une aptitude intacte à vivre. Malgré les obstacles dressés par les assassins de nos parents et leurs amis, il nous est resté l’esprit d’impertinence qui défie la soumission et la résignation. 

Après avoir échappé  à Kamenge en janvier 1962 au massacre des syndicalistes Hutu par les fascistes Tutsi de la Jeunesse Nationaliste Rwagasore (J.N.R.) du parti UPRONA, les Belges ont accordé à Venant Ntwenga, mon père, protection et refuge à partir du 30 juin de la même année.

Je les en remercie.

Au fait, j’aurais aimé, que Léocadie, Venant et les autres, soient vivants, aujourd’hui, pour bien le dire eux-mêmes.

Quant à la Coopération française, je lui dois en partie ma formation de journaliste.[68]  L’opportunité m’a été offerte de réaliser mon souhait, Ecrire. Depuis, je vis libre, sans la pointe de regret qui aurait pu s’installer, ramenant toujours à l’esprit, la condamnation à l’ignorance du 8 mai 1972.

Rose Ntwenga.

Montpellier, le 17 avril 2012.


[1] En effet, le journal Ndongozi (Le leader) titrait «  Qui ment ? » en mai 1972. De suite, il a été interdit de parution.

[2] Que dire de la signature des Accords d’Arusha ? Tuve ibuzimu Tuje I Ubuntu. Septembre-Octobre 2000. Bimestriel publié à Genève. (Suisse).

[3] Eshima Kabambi !

[4] Source image : http://www.aufaitmaroc.com/

[5] La CNTB, organe né des Accords d’Arusha.

[6] Selon la définition du Dictionnaire de droit criminel :

- Un crime crapuleux est marqué par les conditions révoltantes dans lesquelles il a été commis. Généralement dicté par l’intérêt, son caractère sordide ne laisse guère d’espoir de réinsertion sociale de son auteur. (…)

Source : http://ledroitcriminel.free.fr/dictionnaire/lettre_c/lettre_c_cout.htm

[7] Cfr Rapport Whitaker de l’Onu en  1985.

[8] Lire l’intégralité de la conférence de presse sur :http://www.arib.info/index.php?option=com_content&task=view&id=4701&Itemid=63

[9] Ceux qui ont arrêté le fils du Commandant Ferdinand Nyabenda dit  Cdt Misigaro à Kamenge.

[10] Dès l’arrestation, la fermeture instantanée du compte s’enclenchait. Les familles ont mis du temps à comprendre le lien entre l’arrestation et le compte bancaire.

[11] L’organisation était très précise. Chaque cible, sous couvert de convivialité, était en fait espionnée par un « guetteur » attitré. Pour mon père, c’est M. Karambizi, le beau-père du Commandant Martin Ndayahoze, à Cibitoke zone urbaine au 112-113 ;   pour M. Pattern, le père de Goretti Nduwimana( Ministre des Affaires sociales en 2000), c’est le père de Vincent Munyerari, (un employé de l’ambassade américaine à Bujumbura) l’ex-compagnon de ma petite sœur Patricia Philotée Ntwenga, à Kamenge (côté Marché de Ruvire). C’était le même schéma pour toutes les arrestations à cadence effrénée après le 29 avril 1972 dans la ville de Bujumbura.  Dans le quartier de Bwiza, les inspecteurs au ministère  des Finances ont été arrêtés dans les mêmes circonstances.  A compléter.  

Après le 21 octobre 93, jour de l’assassinat du président Melchior Ndadaye, le système de guet s’est poursuivi sous d’autres formes.  Il a permis, toujours sur indication de proches, de débusquer les gens de leur cachette ou de favoriser les différents enlèvements de personne en fournissant les éléments de leurs habitudes. Ainsi, dans le quartier de Bwiza en 1995, c’est mon demi-frère Bosco dit Ceussi (muhussa), qui a donné les indications pour trouver Bosco, le petit-frère de Baudouin Ntindendereza (Résident à Kamenge sect B). Vincent Munyerari, quant à lui, était partie prenante pour l’enlèvement de  mon deuxième demi-frère, Félix Junior ( Djuni N’guyen) dans le quartier de Buyenzi… (A compléter)

[12] Compléter son nom.

[13] C’est ainsi que Thérèse Rose a été arrêtée. Elle a été dénoncée par des voisines, des filles du Lycée Clarté notre Dame.

[14] Ce sont les insoupçonnés messagers du Major Thomas Ndabemeye qui en ont fait l’inventaire. (une « fiche» sur chaque bénéficiaire). Ainsi, opportunément, ils font toujours parvenir des informations. Par exemple, la famille des sœurs Gahamanyi (Tutsi rwandaises) était locataire du major Thomas Ndabemeye  au quartier 5 au 135-136 après 1972 (…)

[15] C’était au lendemain, de l’expédition punitive ordonnée par la dernière femme placée de mon père. Un de ses parents faisait partie du Commandement de l’armée burundaise. J’avais été exfiltrée de justesse par les Invisibles. Les militaires sont arrivés en camion. Ils ont tenu en respect maman,  Marcelline Ndikumana. Ils ont dispersé nos affaires, éparpillant les unes dans le jardin tout en faisant le tri d’autres, pour le compte de la dernière femme placée et des siens. Celle-ci ricanait en observant les soldats  hisser les affaires  dans leur camion.

[16] Soulagée, Mama Anipha commentait la nomination du nouveau gouvernement. Après tout ce qui vient de se passer depuis deux mois, à partir d’aujourd’hui, disait-elle, on voit vers qui se tourner. Nous arrivions les mains nues chez elle. Mama Anipha nous a rappelé où aller prier à la paroisse St Joseph toute proche. Et, pour le reste, c’est la congrégation des Dames de Marie, qui pourra prouver de manière crédible notre existence à cause des inscriptions dans leurs établissements.

[17]Receleurs : Dans un sens large, le receleur est toute personne qui accomplit un acte de recel. Dans un sens étroit, c’est une personne qui fait profession d’acquérir des choses, des valeurs et des fonds volés afin de les revendre. Un tel individu a toujours été considéré comme particulièrement dangereux pour la société, car il favorise l’activité des malfaiteurs en assurant l’écoulement des biens volés. C’est pourquoi certains législateurs les sanctionnent très sévèrement. (…)

Recel par assimilation : On appelle « recel par assimilation » des situations où le législateur présume que telle personne vit des produits de l’activité illicite d’autrui. (…)

Recel de choses : Le recel de chose, simple variété du délit de recel, porte en principe sur une chose concrète, susceptible de détention matérielle. Il peut notamment s’agir d’un document écrit, comme, par extension légitime, d’un document numérisé et conservé selon les techniques informatiques. (…)

Règle morale (relative au recel) : Philosophes et théologiens qui ont le plus étudié le cas du recel voient dans le receleur, non seulement un complice a posteriori, mais encore un instigateur dans la mesure où, sans receleur habituel, nombre de voleurs ne pourraient exercer leur activité. (…)

Science criminelle (relative au recel) : La plupart des législateurs contemporains répriment le recel de chose, non comme un cas de complicité postérieur à l'acte, mais en tant que Délit accessoire* autonome, plus précisément en tant que Délit de conséquence. (…)

Recel de cadavre : (…) Le recel de cadavre est une variété du délit de Recel : il a pour caractère spécifique de porter sur le cadavre d’une personne (ayant vécu de la vie extra-utérine), victime d’un acte homicide ou décédée des suites d’actes de violence. Il s’agit d’un délit d’entrave au bon fonctionnement de la justice criminelle. (…)

Source : http://ledroitcriminel.free.fr/dictionnaire/lettre_r/lettre_r_recel.htm

[18] Devenu plus tard, Alteco, Vitalo …

[19] Lecture restreinte.

[20] -Tradition orale, les archives du haut Commissariat pour les réfugiés, (HCR), Rwanda : Le procès du FPR ; Mise au point historique. Par Serge Desouter, avril 2007 aux éditions  Points de vue concrets. L’Harmattan.

[21] -La Jeunesse Nationaliste Rwagasore (J.N.R.) du parti UPRONA et les syndicalistes, l’Affaire dite du Prince Ignace Kamatari, octobre 1965, août 1988, octobre 1969, 1972-1973, octobre 1993, etc.

[22] Cfr Anaclet BURUNDI. Il était en désaccord avec le prince Ignace Kamatari au sujet de la transmission par la tradition orale. Tout un groupe de personnes (Les gardiens de la Mémoire, notamment) affirmaient que La Tutelle Belge n’était pas au courant de tout. Quel était le clan, du prince Ignace Kamatari ? Etre ganwa (Prince) est une fonction. Quand on la quitte, on prend le titre de Mupfasoni qui signifie, le Distingué ou le Respecté. A compléter.

L’exploitation faite autour de l’accident de voiture d’Ignace Kamatari en 1964 a occasionné la fabrication d’un procès et la première vague de réfugiés  Hutu burundais au Rwanda. Cfr les archives du Haut Commissariat pour les réfugiés. N.B. Anaclet Burundi avait deux femmes, la légitime Hutu (Muka Nakleto Mukuru) et la deuxième, une femme placée, Tutsi rwandaise. (…)

[23] A compléter par les dépositaires du Commandant du Camp militaire de l’Ene (actuellement Camp Kamenge),

[24] Jusqu’à nouvel avis.

[25] Une bonne partie des petits enfants du président Michel Micombero sont Tutsi rwandais.

[26] Les illustrations de cette réalité sont multiples. Par exemple, François Shishikaye, qui ne sait ni lire, ni écrire, est nommé Chef de zone de Kamenge au lendemain du 28 novembre 1966. Il sera co-exécuteur des préparatifs, de la mise en œuvre et de l’effacement des preuves matérielles du génocide de 1972-1973.

De la même façon, le « conciliabule de 1967 » pèse sur la vie des familles et du pays jusqu’aujourd’hui.

[27] La vérification est à  la portée de tous à l’adresse : http://www.ub.edu.bi/index.php?option=com_content&vie...

[28] Cfr « Itinéraire Bis du génocide des Hutu du Burundi » sur le site web ARIB info à l’adresse : http://www.arib.info/index.php?option=com_content&tas...

[29] Cinquante ans après leur émigration, je n’ai pas encore trouvé un seul témoignage où les Tutsi rwandais (eux-mêmes) décrivent la manière dont ils ont été accueillis au Burundi, et encore, moins un regard rétrospectif sur  ce demi-siècle de violences.

[30]  En réalité, les Hima. Il faut éclaircir pour la compréhension du grand public les différences entre les Hima et les Tutsi (du Burundi et du Rwanda)  C’est quoi être Tutsi ? A compléter. Tradition orale, diverses contributions …  cfr  chronologie historique sur le site web AGNEWS.

[31] Les esclavagistes arabes.

[32]  (…)C’était sûrement pour cela que mes efforts, trois semaines durant, pour tirer du souverain Yuhi Musinga des informations sur l’histoire de son royaume et de sa dynastie furent vains. Sa généalogie ne devait pas remonter aussi loin que celle, par exemple de Bahinda ou de Babito. Il fallait compter avec l’éventualité que le Ruanda soit l’œuvre du grand roi Lwaburi Kigeri, père du roi actuel, Yuhi Musinga. (…)

Tiré de Carnets de route au cœur de l’Afrique. Des sources du Nil au Congo. Jan Czekanowski  Les Editions Noir sur Blanc paru en octobre 2001.                                                                                

[33] Les vraies différences entre les femmes Hutu et Tutsi (…)  Chez les Hima/Tutsi, la pratique de l’adoption n’existe pas. Quand tu es « adopté » dans ce milieu, tu es  traité comme un larbin.

[34] Sur le club d’athlétisme de l’Athénée en 1972

[35] Politique Africaine

[36] Pour mémoire, quelques références sélectionnées  de Robert Cornevin, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, fondateur de la revue Afrique Contemporaine, co-fondateur de l’Année Africaine (qui deviendra Politique Africaine), etc. :

Ouvrages

-Plusieurs ouvrages successifs sur l’Histoire de l’Afrique et des peuples de l’Afrique (1956, 1960, 1962, 1964, 1976, etc.), dont plusieurs  en collaboration avec son épouse, Marianne Cornevin.

-Histoire de la colonisation allemande, Que sais-je n°1331, 1969

-Plusieurs monographies sur le Congo (Histoire du Congo- Léopoldville, Berger-Levrault, 1963 (rééd. mise à jour, Histoire du Zaïre, Hayez, Bruxelles, 1989), Le Zaïre, Que sais-je n° 1489, 1972

-Les mémoires de l’Afrique, des origines à nos jours, Robert Laffont, 1972

Chronologies & articles sur le Burundi

-Chronologies (lui-même puis ses élèves) dans l’Année Africaine (dont il est l’un des co-fondateurs) 1961-1976

-Nouveau coup d’Etat en Afrique, Le prince Charles réussira-t-il à rétablir la paix au royaume du Burundi ? Le Monde Diplomatique Août 1966.

-Burundi An II de la deuxième République. Le Monde Diplomatique 1978/00,  vol. 25, no 292, p. p. 21-30. (8 photographies, 1 carte.)

Plus d’éléments sur http://www.kaowarsom.be/fr/notices_CORNEVIN_Robert

[37] Pour mémoire également, quelques références de Marianne Cornevin

-L’Apartheid, pouvoir et falsification historique, Paris, UNESCO, 1979. Collection " Actuel ". 1 volume in-8, IX + 155 pages

-Archéologie africaine – A la lumière des découvertes récentes, Maisonneuve & Larose, 1993

-Secrets du continent noir révélés par l’archéologie, Maisonneuve & Larose, 2001

[38] Source photo : http://letempscolonial.canalblog.com/archives/2008/04/20/7865836.html

[39] Source photo : http://nouvelles-hybrides.fr/wordpress/?p=2630

[40] Procédé qui consiste à citer une référence en bibliographie, sans en utiliser le contenu, voire en détournant le sens du propos de l’auteur en question. En clair « je le cite, mais je dénature en partie le sens de son travail ».

[41] Eléments de biographie (à compléter par ses proches) :

Surnommé Bucucu,

Diplômé de la Faculté de Philosophie et Lettres (Groupe Histoire)

Célèbre footballeur au Dynamik Football Club

Professeur d’Histoire à l’Ecole Technique Secondaire de Kamenge (E.T.S)à Bujumbura.

Directeur de Cabinet du Ministre de la Santé en 1995.

[42] Ils me relatent les circonstances de l’arrestation et exécution tout près du marché de Ruvire de Pattern, le père de Goretti, ministre des Affaires sociales en 2000. Son voisin, le père de Vincent Munyerari (l’ex mari de ma sœur Patricia Philotée Ntwenga) a servi de guetteur pour l’arrestation. Pourtant, c’est Pattern qui l’avait aidé à s’installer comme voisin.

[43] Mission d’écoute et de dialogue au Burundi, 8-15 février 1994, ALBIZIA, Association internationale de soutien à la Démocratie au Burundi.

[44] « Genda mu Cibitoke (au 112-113), ni wewe uzotorana ! » Ntakiriho ! Maman a dansé tout au long du chemin pour prendre possession de la parcelle.

[45] - Indongoramvugo  (la grammaire) Kirundi, c’est  sœur Marie-José Evert de la Congrégation des Dames de Marie qui en a codifié les règles.  

  -Kirundisation de l’enseignement primaire  cfr Chronologie de  Robert Cornevin.

[46] Président du Burundi pour la décennie 1976-1987. Le Rapport Whitaker de l’O.N.U est publié en 1985 pendant sa décennie à la tête du pays. Il n’a jamais donné suite à la publication. C’est avec son aval, que la majorité des athlètes du Club d’Athlétisme de l’Athénée secondaire avaient été arrêtés par les militaires. C’était quelques jours avant la violence généralisée au dortoir.

[47] L’épisode de la répression de Ntega-Marangara d’août 1988. En vérifiant simplement la manière dont le recueil des témoignages a rapidement été organisé, vous constatez des anomalies évidentes.  Plusieurs personnes de ces localités avaient trouvé refuge dans le quartier de Kamenge. C’est à Bucucu, que les témoins ont confié la description entière de la réalité des faits dont ils avaient été victimes au grand jour. J’ai eu droit à un témoignage dans  ce sens, sans très bien saisir, que les éléments d’actualité  transmis par les journaux et les radios, n’étaient pas  entièrement conformes à la vérité des faits (en dépit des images) et la présence de nombreux journalistes sur le terrain. Il manquait des détails importants. Une mise en scène au début des violences avait été faite comme en 1972! Certains témoins cités ont fait, sous la pression des autorités, de faux témoignages. (…) A compléter.

[48] (…)

[49] Notamment, « Purification ethnique au Burundi. » par Jean Pierre Chrétien, dans le journal Libération, 28 octobre 1993,

http://grandslacs.wordpress.com/1993/10/28/purification-e...

ou encore « Un nazisme tropical », par Jean Pierre Chrétien, Libération, 26 avril 1994.

http://grandslacs.wordpress.com/1994/04/

[50] Son compatriote Robert Cornevin aborde les thèmes pertinents et concordants avec la réalité concrète au Burundi. Le problème épineux des exilés rwandais, la fermeture des officines d’achat d’or et de diamant,…  les inondations de 1964 (cfr Colloque des Etats riverains du lac Tanganika devant la crue des eaux 20-22 avril 1964). Ce dernier phénomène naturel avait été l’occasion de cérémonies animistes. En effet, il avait plu pendant plusieurs jours et l’eau avait envahi la route depuis l’hôtel Club Tanganika jusqu’à la localité de Katumba. D’après les souvenirs des anciens, un phénomène naturel  de cette ampleur s’était déjà produit et avait transformé le paysage. Avec les défenseurs aux pieds nus, plusieurs personnes avaient marché avec l’eau à hauteur du genou jusqu’à la localité de Katumba. Ils revivaient ainsi les prouesses des anciens pour s’en sortir collectivement. A la fin de l’épisode pluvieux, l’eau ne s’est  pas retirée de la plage de sept cent mètres devant l’autre hôtel Tanganika.

A Vérifier sur les photos de la plage de cette époque.

C’était le processus d’apparition des fossés d’effondrement, caractéristique physique de cette région des grands Lacs d’Afrique. (Imanga)  

[51] Source photo : http://letempscolonial.canalblog.com/archives/2008/04/20/7865836.html

[52] Unité de temps, de lieu et d’action.

[53] Le moment venu, les spécialistes formuleront les énoncés juridiques appropriés.

[54] Citez son nom.

[55] Premier récit en Kirundi.

[56] Complétez et affinez, ce que je crois avoir retenu et compris.

[57] Courrier de l’indépendance.

[58] Les bouchers catholiques (Comme Déo, le frère d’Anna Mwalimu) travaillaient dans les boucheries privées tenues par des grecs pour une clientèle confidentielle d’expatriés. A l’abattoir général, ceux qui s’occupent de l’abattage des bêtes sont exclusivement musulmans. A vérifier.

[59] Honorata, ma sœur, et mon frère, étions en résidence surveillée. (…)

[60] Les lieux de prière sont plus simples que chez les catholiques, le swahili reste une langue usitée mais pas officielle, la circoncision à faire à l’Hôpital prince Régent Charles, un infirmier congoman était préposé à cette tâche,… De leur côté, les musulmans, devaient comprendre les habitudes de consommation d’alcool des animistes et des catholiques. De toutes les façons, les chauffeurs et conducteurs d’engins étaient en priorité musulmans,   … Compléter et affiner ce que je crois avoir compris et retenu de ces séances de transmission orale. Le premier récit de restitution s’est fait en Kirundi.

[61] La Bible a été traduite en Kirundi en 1967.

[62] Tidiane N’diaye dans L’éclipse des Dieux. Grandeur et désespérance des peuples noirs. Edition le Serpent à plumes. Février 2006.

[63] Nous nous pratiquons, le français Ra-Ra (Par propos argumentés par ci, par propos argumentés par là)

[64] Leurs chaussures étaient aimantées.

[65] Mais, pourquoi,  personne ne parle de ce qui est arrivé à vos parents… ?

[66] A ce sujet, lire l’article intitulé « La malchance d’être hutu », publié dans le quotidien  Le Monde en  1989.

[67] Le numéro de téléphone était le 01.40.58.02.31.

[68]  Mais aussi, la bourse d’études de mon fils Steve Ahuka Mundeke. Elle a permis des retrouvailles à Montpellier  (France), trente ans après son enlèvement par Thérèse Omoyi, sa grand-mère. C’est par lui, que les exilés Tutsi rwandais, (naturalisés burundais, devenus congolais, à nouveau rwandais tout court, etc.) m’ont fait passer le message clair sur les probabilités de la tenue de la Commission Vérité et Réconciliation au Burundi. Selon eux,  « elle n’aura pas lieu, pas avant très longtemps ! » (…)

 

11:49 Écrit par victor ntacorigira dans Actualités, commémorations, Rose Ntwenga | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/07/2011

Episodes de la cruauté ordinaire

Génocide de 1972 au Burundi : Episodes de la cruauté ordinaire Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Opinion

@rib News, 08/05/2010

La condamnation du 8 mai 1972.[1]

Application Immédiate

Transmission de Mémoire et Contribution à la Commission Vérité.

Témoignage.

Par Rose Ntwenga.

Aborder le contenu de cette condamnation signifie entreprendre le récit de l’épouvante. C’est décrire à l’attention du grand public, enfin, la manière dont le désordre a été semé au sein des cellules familiales, des initiatives commerciales et des autres cadres de rencontres. Le silence observé par la plupart des victimes du génocide de mai et juin 1972 au Burundi a fait croire que la férocité de la répression était justifiée et légitime. Alors que la réalité vécue et le déroulement des faits du génocide de 1972 démontrent, bien au contraire, l’aboutissement d’un sinistre projet datant d’une dizaine d’années auparavant[2].

Au quotidien, un dispositif s’est mis en place et demeure opérant jusqu’à aujourd’hui au Burundi comme dans les autres pays où résident des survivants, des témoins ou des acteurs/bénéficiaires du génocide de 1972.

En général, toutes les veuves, les enfants (filles et garçons), les ayants-droit ont été l’objet d’une attention toute curieuse. La plupart de ces personnes se sont retrouvées, de gré ou de force, sollicitées par des voyeurs malveillants. Des propositions d’aide totalement intéressées et des juxtapositions familiales ont été génératrices de climat irrespirable, fatales, dans certaines occasions, pour les survivants.    

Des persécutions se sont poursuivies sous couvert d’actes de la vie courante d’apparence inoffensive. En réalité, ce sont des péripéties bien agencées au quotidien où très peu de place est laissée à l’improvisation.

Péripéties dans la famille de Venant Ntwenga.

A la suite de la disparition de notre père, la famille de Paul Morisho, son épouse, Mama Anipha, et leurs nombreux enfants, nous avaient accueillis avec sympathie et générosité. Des années après, nous nous étions rendu compte que cette étape avait été un sérieux répit. Par contre, nous ne savions pas que notre présence leur amenait des problèmes.

Aussitôt, une jeune fille est placée pour surveiller et nuire.

Une grande en Terminale au Lycée d’Ijenda en 1972, Berthe, une connaissance de vue, nous avait rendu une visite faussement  amicale dans cette famille. En réalité, par le biais de cette visite, elle avait, imposé une présence supplémentaire à notre lieu de refuge. Par un stratagème, elle s’était incrustée, logeant là elle aussi. A notre départ, elle était restée chez Paul Morisho pour profiter ouvertement de l’hospitalité. Pourtant, sa famille n’était pas concernée par les violences consécutives au Génocide de 1972.

Berthe (Tutsi), avait été placée dans mon sillage et celui de mes frères et sœurs dès les premiers jours des grandes vacances en juillet-août 1972. Par cette proximité, elle assurait une étroite surveillance dans le but de réussir à peu de frais des nuisances en tous genres.

Son attitude envers nous et notre famille d’accueil demeure un mystère pour moi jusqu’à aujourd’hui.[3]

Une rafle lourde de conséquences.

C’était au soir du 31 décembre  1973.

Je n’avais pas résisté à l’invitation d’une soirée dansante dans le centre ville. Manque de chance, ce soir-là, une rafle avait été organisée. Avec d’autres filles, j’avais été accusée  de porter une mini-jupe. Nous avions passé la nuit en garde à vue dans les locaux de la Mairie de Bujumbura. Nous n’avions été libérées que le lendemain soir.

J’étais de sortie la nuit sans la permission de Paul Morisho, notre tuteur.

J’avais juste laissé un mot pour indiquer le lieu de la fête et rassurer de mon retour le lendemain. Dès que relâchée, j’avais compris ne plus rien avoir à faire chez lui.

J’avais deviné juste.

Paul Morisho avait appelé mon jeune frère, Valère, pour lui lire le mot laissé par mes soins. Il avait expliqué ne pas être en mesure de tolérer un tel comportement.

C’était sans rancune.

Ainsi, le surlendemain, Honorata et Valère, Félix Junior (Djuni N’guyen) m’avaient rejointe

 au Campement du secteur C. N°29 de Kamenge, à Bujumbura, où résidait alors notre mère.

L’Histoire de Jérôme (1) :

Gitega, sauvé par sa compagne et une plante sédative.

Mwalimu Proba habitait avec son compagnon Jérôme à Gitega dans le centre du pays.

J’apprenais par les voisins que Mwalimu Proba l’avait caché pour le soustraire des rafles. Elle lui avait fait absorber une plante sédative, capable de provoquer une somnolence une journée durant. La nuit, elle le réveillait pour l’aérer et le faire marcher. Pendant les trois mois qu’avaient duré les disparitions intensives, Jérôme était resté dans un état second. A la manifestation du ralentissement des rafles et d’autres signes d’accalmie, Jérôme avait réintégré son service. Tel un automate, il allait travailler et sa compagne gérait l’argent.

Le travail technique avait repris comme à l’accoutumée. Mais, il s’était mis à demander les nouvelles de ses collègues. Il s’étonnait de ne plus les apercevoir.

Jérôme s’était mis à  leur recherche. Il s’indignait sur un ton de révolte intolérable aux oreilles de certains collègues. Ces derniers estimaient vivre des semaines d’euphorie dues à la  « Victoire » après le génocide de mai et juin 1972.

Mwalimu Proba avait décidé de sa mutation à la Régie nationale d’eau et d’électricité, (REGIDESO), à Bujumbura.

L’Histoire de Jérôme (2) :

L’exfiltration vers Bujumbura.

Mwalimu Proba avait donc écrit une lettre manuscrite adressée à maman, Marcelline Ndikumana, faisant  part de sa prochaine décision de nous rejoindre dans le Campement.

Elle promettait la régularité de paiement du loyer. 

Jérôme était technicien à la Régideso. Après avoir quitté chez Paul Morisho, j’étais contente que quelqu’un de « notre famille »  se rapproche de nous. J’escomptais qu’elle nous aiderait.

Je me trompais.

A ce moment-là, je ne me souvenais pas du lien exact entre ma mère et elle. Elles étaient parentes. En ces temps troublés, c’était suffisant pour moi.

Dès le premier jour de leur installation dans la maison principale du Campement, tous les enfants[4] avaient constaté que nos vies seraient bien séparées comme pour une cohabitation polie avec des étrangers. Seules des salutations élémentaires de convenance étaient échangées.

Au poste de guet, les voisins, toujours au regard perçant, demeuraient à l’affût de l’insolite…

Ils étaient venus me dire que mon oncle Jérôme était particulier.

Non !  Je n’avais pas remarqué.

- Qu’y avait-il avec Jérôme ?

L’Histoire de Jérôme (3) :

Le secret de Mwalimu Proba éventé par nos voisins.

Mwalimu Proba avait pensé que dans la grande ville, sa particularité se fondrait dans les disparités de la capitale.

Eh, non.

Après avoir écouté comme un gentil garçon, le circuit à prendre, Jérôme partait sur son vélo. Il suivait à la lettre les recommandations de sa compagne.

Le harcèlement des voisins commençait à me gêner.

« - Ton oncle est envoûté. Observe ! », me disaient-ils avec insistance.

J’avais observé sans déceler d’anomalie.

Je trouvais, tout de même, étrange que Mwalimu Proba doive lui rappeler de me saluer et de sourire.

« - Jérôme, salue et souris ; C’est  Rose ! »

Ce rire !

Trois, quatre notes, de papier froissé, de clous qui tombent sur le carrelage.

C’était bizarre.

Les voisins étaient revenus.

Alors ? Je ne voyais rien d’anormal à part son rire.

Pour les voisins, je vivais sur une autre planète, quand ils ne me trouvaient pas bête.

« - C’est ton oncle maternel qui nous envoie. », m’avaient-ils dit.

Je ne connaissais pas d’oncle maternel.

« - Et pourtant, lui te connaît très bien. Ton oncle[5], celui qui se réveille un matin et peut déclarer en observant le troupeau, que l’une des vaches est triste. Celui qui, par simple application, à même la robe, d’une décoction de sa composition, parvient à la remettre sur  pied ! »

Je ne voyais pas de qui ils parlaient.

D’après les voisins, l’oncle maternel s’inquiétait. Il avait administré trop longtemps la plante sédative aux effets étourdissants. A ce rythme, bientôt, Jérôme oublierait son nom. S’il avait pu tenir aussi longtemps, c’est que la décoction administrée, était coupée par de la nourriture donnée aux lapins.

Ce qui l’intriguait le plus, c’était l’attitude des enfants. Comment ces femmes avaient-elles fait pour que leurs enfants ne se doutent de rien ?

J’avais eu l’ordre de surveiller.

- Alors ?

Les voisins étaient aux nouvelles.

Je ne voyais rien de particulier. Par contre, ils voulaient des indications sur la plante dont se nourrissaient les lapins[6]. L’oncle maternel leur avait affirmé que je la connaissais. Je leur décrivais la plante antiseptique, que bien des gens cueillaient par brassées au bord des routes. Tout le monde la connaissait car elle soigne les maladies de la peau. Cependant, elle était impropre à la consommation car provoquant des coliques.

Les voisins étaient aux nouvelles.

Je ne voyais rien de particulier à part que Mwalimu Proba n’invitait pas les jeunes enfants à partager les repas.

Que devenaient les restes ?

Elle avait précipitamment déménagé dans le secteur D dans la partie Fonds d’Avance de Kamenge.

L’Histoire de Jérôme (4) :

L’arrestation de l’« espion du Rwanda »

Jérôme s’était fait arrêter.

Je suppose que les doses de plante sédative avaient été progressivement diminuées. En fait, Jérôme n’avait plus suivi strictement le circuit immuable tracé par Mwalimu Proba.

De retour de la Régideso, un jour, peu après dix-sept heures, au niveau du rond point de l’avenue du Peuple Murundi, à l’intersection en direction de l’Ocaf, il avait bifurqué.

Il s’était retrouvé au Bar, le Carrefour des Révolutionnaires. Cet endroit, lui semblait connu. Il avait déposé son vélo, et, avait pénétré les lieux en habitué.

Il s’était installé avec un soupir d’aise.

A l’employé venu  prendre la commande, il lui avait offert une bière pour son labeur. Ensuite, il en avait commandé une autre pour lui.

Il s’était assis serein dans l’attente d’une bière fraîche.

A la place de la bière, une jeep de la gendarmerie était arrivée. Transportés sans ménagement, Jérôme et son vélo s’étaient retrouvés enfermés au Commissariat, accusés d’être des « espions du Rwanda. »

Ce genre de faciès n’existait plus. Grand, solide et à l’aise… Ce ne pouvait être qu’un mouchard.

L’Histoire de Jérôme (5) :

Perdre l’usage du français suite à un choc affectif.

Mwalimu Proba était venue me demander d’écrire des lettres pour  tenter de le faire libérer.

« - Jérôme ne fait pas de politique. Son incarcération est injustifiée. »

- Rose, écris.

Sur une feuille achetée pour la circonstance, j’avais compté les lignes pour éviter les ratures. Je lui avais résumé le contenu de la lettre en français.

Depuis quand n’était-elle plus capable d’écrire en français ?

J’étais intriguée qu’elle en revienne à mes services. Elle avait été institutrice, parmi les premières à être formées à Bukeye dans le centre du pays.

Elle était revenue à trois ou quatre reprises.

« - Jérôme ne fait pas de politique. Son incarcération est injustifiée. »

- Rose, écris.

Mwalimu Proba ne se moquait pas de moi, mais, mon scepticisme était palpable. Elle avait fini par m’avouer l’origine de son trouble. Lorsque ses deux enfants étaient morts, l’un après l’autre, à cause des terribles épidémies de maladies infantiles, elle avait décidé de ne plus parler le français. 

- J’avais cru aux slogans de l’Indépendance, m’avait-elle confié. Ces slogans martelaient :

« Le jour de l’indépendance serait le jour le plus beau. Après l’indépendance, il n’y aurait plus de corvée,  tout serait beau … »

- Mwalimu Proba,  m’étais-je exclamée avec l’incrédulité qui m’était tant reprochée. Ne me dit pas que tu as cru, qu’il n’y aurait plus de maladie !

Après cet aveu, j’avais probablement dû forcer le ton dans ma réclamation pour la libération de Jérôme.

L’Histoire de Jérôme (6) :

Sauvé une seconde fois.

A douze ans, Bosco, l’un des petits frères de Baudouin Ntidendereza (résident dans le secteur B.) de Kamenge avait bataillé à trois reprises contre la dernière compagne de son père pour récupérer un deux-pièces où vivre rassemblés avec les huit frères et sœurs. Il était venu m’avertir que les lettres écrites avec soin pour ma tante, n’étaient pas conformes aux normes des doléances.

Ma tante me faisait confiance à moitié. Elle les faisait relire. Invariablement, elle entendait dire que ces lettres n’étaient pas écrites par des gens vivant dans ce pays. 

Mwalimu Proba était rassurée ; j’avais traduit dans l’esprit et le sens.

« - Jérôme ne fait toujours pas de politique. Son incarcération est injuste.» 

Enfin, Jérôme avait été libéré. Malgré lui, il avait consenti à reprendre la plante sédative.

Ensuite, Mwalimu Proba avait à nouveau demandé une mutation pour Jérôme à la REGIDESO à Kigali au Rwanda.

L’Histoire de Jérôme (7) :

Epilogue au milieu des années 80.

Alors que le passé me semblait très éloigné, voilà qu’une personne m’avait joyeusement interpellée. Je ne l’avais pas reconnue. C’était Jérôme, le compagnon de Mwalimu Proba. Il poussait de petits gloussements de plaisir.

-          Je  suis guéri. Je suis guéri… !

Nous avions échangé une accolade bien chaleureuse, enveloppée de sa guérison. Je ne savais pas où me cacher. Sur le trottoir, devant le Pélican, l’Oiseau rare, les passants prenaient le temps de nous dévisager.

« - Ils m’ont dit que je guérirais le jour où je reconnaîtrais celui qui a écrit les lettres pour me faire libérer.»

Il l’avait dit en sautillant presque. J’en éprouvais une profonde gêne.

Et, il poursuivait :

«  - N’aies pas  honte. Ta tante m’a sauvé. Je suis vivant ! »

C’est vrai. Il avait recouvré ses esprits et sa totale liberté mais son petit rire détonnant était resté.

En effet, à Kigali, les thérapeutes Hutu rwandais,  lui avaient indiqué, strictement, de ne plus s’approcher, ni écouter Mwalimu Proba ainsi que l’ensemble des membres de la famille de cette femme.

Les thérapeutes semblaient être coutumiers de ce genre de patients.

Episode de la cruauté ordinaire (1) :

« L’Amnistie » de 1974.

Lorsque la rumeur de cette mesure « d’Amnistie » s’était propagée de bouche à oreille, au milieu de l’été 1974, Valère, Honorata et moi, nous nous étions précipités  l’annoncer au locataire rwandais du secteur D. De surcroît, nous avions exigé son départ.

Le lendemain, la famille des exilés Tutsi rwandais déménageait avec une partie de notre mobilier.

Notre initiative avait revigoré ma mère. Certains employés des chantiers parallèles, rescapés des rafles, étaient venus l’aider à nettoyer et à faire le décompte des affaires.

Il flottait comme un petit air de fête autour de nous. Discrètement, maman avait fait déplacer ses effets personnels. Les voisins étaient venus demander la date de notre déménagement. Nous étions restés tranquillement au Campement du secteur C en attente de son signe. (…)

Ma mère m’avait vu arriver toute souriante.

Elle m’avait demandé où j’allais.

Je venais voir comment serait agencée la disposition de l’habitation.

Elle s’était retenue de rire à gorge déployée.

Comme je la fixais d’incompréhension, elle s’était rattrapée. Elle m’avait dit :

«  - Tu constates  par  toi-même que les anciens locataires, sont partis avec une partie du mobilier. En attendant que j’en rachète dans quelques semaines, tu resteras au Campement  pour surveiller tes frères et sœurs. »

J’acceptais.

Par contre, mes pensées étaient brouillées par une forte pointe de désapprobation. Cette façon de me répondre m’avait paru  bizarre. 

Episode de la cruauté ordinaire (2) :

Spolier et accuser autrui.

Les semaines avaient passé sans que ma mère ne fasse signe d’être rejointe.

Les premières accusations m’étaient tombées dessus à l’improviste. Sur un ton de profond reproche, les voisines critiquaient ma supposée attitude. A leur étonnement sur l’absence des  enfants à ses côtés, ma mère avait répondu implorante, encore, sous le choc de l’affront.

«  - Mes enfants  se sont séparés de moi parce que nous ne sommes pas de la même race ! »[7]

C’était impossible et impensable qu’elle ait dit une pareille énormité ! avais - je alors pensé.

C’était elle qui m’avait demandé de rester au Campement !

Pourtant, l’indignation des voisines sonnait comme un sérieux reproche aux allures de répulsion. C’était beaucoup plus qu’un simple colportage de ragots.

Parfois, les voisins pouvaient se laisser aller à des commentaires désobligeants ou à des inventions fantaisistes.

J’interrogeais Valère et Honorata à ce sujet. Quelle n’avait pas été la désagréable surprise !

Nous nous rendions compte, qu’à chacun d’entre-nous, elle nous avait trouvé une raison exprès pour rester au Campement. Nous étions stupéfaits de son habileté. Surtout, nous étions malheureux de réaliser qu’elle ne voulait plus vivre à nos côtés.

Cependant, fallait-il nous accuser gratuitement ?

Elle aurait pu  nous le dire.

Episode de la cruauté ordinaire (3) :

Le supplice de la rumeur.

Comme si cette souffrance due au rejet de notre mère ne suffisait pas, voilà, que le quartier bruissait à nouveau  de rumeurs. Je n’avais pas prêté attention aux propos répandus.

Des gens, de retour (soit disant) du Rwanda, déclaraient à qui mieux-mieux que notre père était vivant. Les gens racontaient ce qui leur passait par la tête pour s’occuper. C’était un passe-temps favori pour certains et, pour d’autres, une vraie source de plaisir.

Mais, cette rumeur persistait. On avait convaincu Honorata et Valère que nous devions nous rendre au Rwanda pour le rencontrer. J’avais été étonnée du sérieux avec lequel ils projetaient ce voyage. Je leur avais rappelé que si notre père était vivant, il nous aurait écrit. Nous connaissions tous sa signature.

Je les avais persuadés que les derniers instants qu’il avait eus à vivre, notre père avait fortement pensé à nous.

-lI est à la prison de Mpimba, assurais-je. C’est par-là qu’il faudrait chercher.

Quant à celui qui répandait ce genre d’histoires, c’était un guignol comme le quartier en comptait beaucoup.

Un verre dans le nez, il se mettait à parler anglais. Il s’agissait de quelqu’un qui, pour faire rire les autres et combler le vide laissé par les disparus,  jouait au jeu : «  Je suis Bâtisseur. Et toi, quel est ton projet ? »   

L’explication de cette partie des faits était claire. Mais, l’intention du déclencheur de rumeur, n’était pas pour me réjouir. Un homme de la connaissance de ma mère s’était étonné de notre manque d’empressement pour nous rendre au Rwanda.

Ma mère lui avait répondu dans un sourire.

-Mais, vous les considérez comme bêtes. Ils ne sont que perdus. Ils ne sont pas partis à cause de la signature. Leur père avait une signature. Vous l’avez oublié, pas  eux.

Une sensation proche de la douleur me gagnait quand ma mère parlait de nous en notre présence de façon impersonnelle et détachée, comme si nous lui étions étrangers.

Ce n’était pas normal.   

Episode de la cruauté ordinaire (4) :

Condamnation à l’Ignorance.

Juin 1972. Valère B. Ntwenga, terminait avec succès l’école primaire Stella Matutina. Maman avait confié son bulletin à une de ses parentés pour lui trouver une place à l’école secondaire. Après trois mois, la personne avait ramené le bulletin avec le commentaire suivant :

«  J’ai fait le tour de toutes les écoles secondaires de la ville, aucun chef d’établissement n’a voulu de ce bulletin. »

Ce n’était même pas la peine de douter des propos ni de s’indigner sur le refus détourné. Nous aurions dû le comprendre plus tôt. Rendre ce service relevait, pour lui, du geste à ne jamais esquisser.

 Le réseau d’entraide avait passé le tuyau pour s’inscrire à l’école primaire de la paroisse Sainte Famille de Kinama dans le quartier populaire au Nord de la ville de Bujumbura.

Au bout de cette deuxième sixième, Valère avait réussi le Concours national. Alors, les tracasseries officielles étaient survenues pour décourager la scolarisation.

C’étaient les mesures dites de « l’Orientation. »

Désormais, l’accès à l’école secondaire de chaque élève se faisait en fonction de la colline d’origine du père. C’était de quel côté encore ?

Entre les différentes incarcérations, il avait eu juste le temps de nous emmener le même jour, saluer et marquer sa gratitude envers son père de naissance et son père « d’éducation moderne », le curé de la paroisse de Buraniro, à qui il devait son inscription à l’école primaire de Mugera.

Les mesures d’Orientation avaient décidé que Valère se ferait inscrire à Musema dans la province de Kayanza. Cette inscription à l’intérieur du pays entraînait, en plus, des différents frais élémentaires pour les fournitures scolaires, ceux  du transport.

Maman avait traîné les pieds. Cependant, nous étions parvenus à rassembler toutes  les fournitures exigées.

Après, deux trimestres de routine scolaire, les malveillants avaient trouvé que nous nous adaptions  un  peu trop facilement aux obstacles. Ils avaient demandé aux locataires de ne plus payer le loyer qui couvrait les frais de transports.

Ainsi, au dernier trimestre de l’année scolaire 1974-1975, le montant d’un seul ticket était disponible. J’avais convaincu Valère de me céder sa part. Lui, pouvait attendre quelques jours, le temps que les locataires reviennent sur leur décision. Renvoyée six semaines en début d’année, je ne voulais pas prendre le risque d’une absence à nouveau. C’étaient les derniers mois de la fin du cycle secondaire, les Humanités secondaires (l’équivalant du Bac français).

La scolarité de Valère s’était arrêtée dans ces circonstances. Il n’avait pas la somme nécessaire  pour payer son transport jusqu’à Musema.

Episode de la cruauté ordinaire (5) :

Médiation familiale et application d’une condamnation

Plus tard, alerté par les voisins et les autres personnes concernées par notre sort, François Shishikaye, le chef de zone était venu trancher sur ce cas de violence passive. Il avait désapprouvé le comportement de maman  (ainsi que celui d’autres femmes) de profiter du huis clos familial pour maltraiter les enfants en l’absence du chef de famille.[8]

Cette désapprobation m’avait un peu rassurée sur la perception à avoir sur la série de choses étranges autour de nous. Enfin, François Shishikaye avait fixé le montant et la manière de percevoir les loyers dont j’étais exclue d’office.[9]

Par ces quelques consignes,  j’étais condamnée à la pauvreté.

Péripéties dans le cercle des connaissances et des voisins d’infortune.

Episode de la cruauté ordinaire (6) :

Spoliation et assujettissement : le cas de Simon Mumpaye 

C’était comme pour la voiture de Simon Mumpaye, le précédent locataire de la maison principale de notre Campement du secteur C n°29.[10] 

Les voisins étaient venus attirer mon attention sur notre surveillance désormais inutile. Les cambrioleurs avaient déjà détaché du moteur les pièces importantes.

« - Dans cette parcelle, il ne reste plus personne. Que des femmes et des enfants ! » 

C’était un constat que je recevais avec  beaucoup d’amertume.

Le fils de Simon Mumpaye avait récupéré la carcasse. En échange, d’avoir échappé aux rafles, il s’était retrouvé à travailler comme « un secret*[11] ». Cette voiture récupérée était l’objet de chantage et le prix de la liberté.

Episode de la cruauté ordinaire (7) :

Banalisation de la cruauté : le cas des Parentés de M. Pattern.[12]

Une partie de sa parenté vivait dans le quartier de l’OCAF. Cette famille déplorait déjà la disparition de plusieurs de ses membres en octobre 1965. Au cours de ces mois d’arrestations,

(de mai et juin 1972 de façon intensive et moyennement tout au long de l’année 1973), les gens disparaissaient sans bruit.

Pour beaucoup, le danger n’était pas palpable. Le lien n’était pas fait sur l’identité commune des anciennes et futures victimes. Aucune animosité n’était perceptible de la part des voisins directs. Pourtant, le drame viendra de ce côté.

L’une des voisines de cette famille avait pour amant, un militaire.

La voisine avait confié à ce dernier avoir entendu plusieurs gens mal en point à cause du nombre de morts de plus en plus élevé. Elle n’avait jamais vu de corps sans vie.

Le militaire, lui avait juste demandé si elle connaissait un Hutu dans les parages.

« - Oui. Le voisin. » Ce voisin, c’était un neveu ou un cousin de Pattern.

Il dormait.

Il avait été réveillé, et c’était fini pour lui.[13]

Après ce meurtre, le reste de la famille avait quitté le quartier de l’Ocaf dans la précipitation.

Episode de la cruauté ordinaire (8) :

Condamnation à la pauvreté et spoliations : le cas de M. Paul Nzomwita

Je ne me souviens pas des circonstances de son arrestation entre mai et juin 1972. 

Le Capitaine[14], commandant du camp militaire de Katumba en 1972 était son beau-fils. Il semble que ce lien de famille, à lui seul, justifiait d’être aux arrêts. Le Capitaine avait été victime comme plusieurs autres officiers et hommes de troupe de l’exclusion méthodique et sanglante des  personnes d’origine Hutu de l’armée burundaise.

Paul Nzomwita, retraité de la Force publique des années soixante, était sorti de prison après plusieurs semaines d’incarcération. En juillet 1972, j’avais accompagné sa fille Godelieve à la prison de Mpimba lui porter le panier de nourriture. C’était pour moi l’occasion de chercher quelques nouvelles concernant mon père. Une fois sa liberté retrouvée, il s’était investi dans la livraison des vivres dans la plupart des internats scolaires de la ville de Bujumbura et la distribution de la bière Primus dans le quartier de Kamenge.

L’activité économique avait très bien marché et son fils, en rupture d’école, était venu l’épauler avec succès dans son travail.  Paul Nzomwita s’en était sorti de manière éclatante.

Aussitôt, « on » avait fait miroiter à son fils une fortune plus grande à l’étranger, au Zaïre par exemple. Le capital à investir correspondait à tout l’avoir de son père qui lui faisait une totale confiance. Un jour, en milieu de matinée, son fils avait rempli son cartable de tout l’argent liquide en sa possession.

Paul Nzomwita, s’était retrouvé à vivre au ralenti.

« L’Amnistie » de 1974 (Bis) :

Effacer les traces de leur existence et leur œuvre : le cas de Pierre-Claver Nuwinkware

Cette mesure « d’Amnistie », répandue de bouche à oreille dans le quartier, avait permis la restitution partielle des biens des disparus. La famille de Pierre-Claver Nuwinkware[15] avait récupéré une partie de leurs biens dans des conditions qui me sont inconnues. Cependant, « Quelqu’un » avait fait le tri des nombreux papiers laissés par l’ancien ministre de la justice. Parmi le tas de papier figurait une brochure[16] dactylographiée relatant les circonstances de l’assassinait du Premier ministre Pierre Ngendandumwe le 15 janvier 1965.

Ce « quelqu’un » de la connaissance de sa mère avait poussé le deuxième fils de Pierre-Claver Nuwinkware (le géomètre)  à le vendre. N’avait-il pas faim ?

Plusieurs personnes du quartier l’avaient dissuadé de détruire le travail de son père. Vu l’importance du contenu, ils m’avaient obligée à le parcourir avant son atterrissage dans les mains de la vendeuse de beignets contre une somme dérisoire.

Condamnation à l’Ignorance (Bis)

Octobre 1975. Un matin, Jimmy, de Kanyosha (province Bujumbura Rural), inscrit régulièrement à l’école secondaire des techniques administratives (E.S.T.A.),  avait été sorti de sa classe par le directeur de l’établissement. A sa grande surprise, ce dernier lui avait demandé avec insistance de ne plus revenir dans l’établissement. Il n’en avait pas le droit.

Son inscription avait été une erreur monumentale.

Avant de rentrer chez lui, Jimmy  était passé au Campement  partager ce moment de profonde déroute.

Etc.

Ainsi, à chaque moment propice, la condamnation du 8 mai 1972 s’est appliquée ouvertement sans susciter de protestation solide.

Montpellier, le 8 mai 2010.

Rose Ntwenga.


[1]- Message de « Victoire sur les rebelles » lu par  le président de la République Michel Micombero, le 8 mai 1972, sur les ondes de la Voix de la Révolution (la radio nationale).

- Condamnation  des familles survivantes au génocide de 1972  à l’ignorance, à la quarantaine sociale, à être déconsidérées auprès de quiconque leur  porte intérêt ou marque de respect…

L’application de ces consignes poursuivie sans relâche pousse les cellules familiales à se déliter. L’objectif recherché est de dissuader les survivants et leurs familles d’entreprendre toute forme d’évocation et de revendication en rapport avec ce génocide.

Cette condamnation a, aussi,  autorisé de torpiller d’une manière ou d’une autre toutes les initiatives entreprises par les familles survivantes.

-Naho mwasigaye mutahonye : « Ntaco muzomara, ntacomuzokwimarira, ntacomuzoronka, ntacomuzoturonkana, …Ntacomuzoshikako ! (…) Nuwo wafashije azokugaya, n’umwana wavyaye azoguhinduka. »

-Un groupe de personnes a été témoin direct (ou mis au courant) de tous les actes commis à la prison de Mpimba dès les premières arrestations du 30 avril 1972. Elles ont été délibérément relâchées par la suite avec la mission de raconter aux familles l’atmosphère  horrible des derniers instants des différentes victimes.

Dans un premier temps, cette apparente magnanimité avait pour but de faciliter les spoliations dans un climat serein. Dans un deuxième temps, des  pressions/agressions étaient téléguidées pour effacer toute trace de la victime et ainsi dissuader toute revendication de la part de sa famille, des ayants-droits et du système d’entraide.

[2] Chronologies du site AGNEWS BURUNDI depuis 1961.

[3] A compléter par la famille de Morisho (si nécessité).

Des années après, Mama Anipha avait eu à  m’avouer que les difficultés endurées à cause de notre présence chez elle, ne provenaient pas de nous. (…)  Par contre, après notre départ, ses enfants avaient changé d’attitude à notre contact. Ils s’étaient mis à protester régulièrement pour un oui ou pour un non et à obtenir  gain de cause. J’ai du m’adapter, avait-elle constaté.

[4] Nous vivions entassés dans l’une des annexes du Campement, sur décision de notre mère.

[5] Oncle (ou un  autre membre de la famille de ma mère Marcelline Ndikumana, du côté maternel), fait partie des Tutsi dont la particularité est d’être soigneurs de bétail. Ils utilisent une variété de cannabis sauvage pour soigner certaines maladies du bétail (exclusivité de certaines races de vaches) ou pour lui faire parcourir de longues distances en cas de vol, transhumance, etc.

 Dans d’autres civilisations ou d’autres contrées arides, les éleveurs procèdent de façon semblable …

A compléter par  les « Archives de la Tradition Orale. Comment se définissent et se racontent les Tutsi par eux-mêmes »  par Kajugiro Musinga en 1967. (Et les observations complémentaires d’autres personnes)

Du côté des Hutu, certains sont éleveurs, aussi, de quelques races de vaches (différentes de celles des Tutsi) et d’autres bêtes, reconnaissables  aux  noms que certains hommes portent. Citons, Yabigabo, Gashaza, Ruvuzo, Nuwimkware, Mamera etc.

Des noms comme Kibwa ou Kabwa désignent des dépositaires de « Dresseurs », certains à chercher du côté des propriétaires du chien Piri-Piri (résident à l’Ocaf dans les années 60).

Quelques uns  portent encore (peut-être) le nom de l’Oiseau Totem du clan des Abahanza.

A compléter.

[6] Au Burundi, la pharmacopée traditionnelle a atteint un niveau expert de connaissance et de maîtrise des substances extraites des ressources naturelles locales, notamment  celles des végétaux. Autant certaines personnes ont eu une philosophie de l’alimentation et de l’entretien de la santé par les plantes exclusivement, autant d’autres ont détourné ces pratiques à des fins de spoliation ou de destruction.

La Commission Vérité devra se pencher sur certains cas d’administration abusive de ces médicaments.

[7] Ethnie (c’est plus approprié)

-Balinikatala kwa juu atuko kabila moja.

[8] « Mwa bagore, muraririye abana mu nzu. »

[9] Après le génocide de mai et juin 1972, je dois  mon équilibre émotionnel et la réussite de ma scolarité à tout un réseau d’entraide et de solidarité. Dans le désordre,  ma gratitude s’adresse à notre voisinage direct, la vendeuse (Muvira) de beignets qui avait demandé à un enseignant congoman de me payer le ticket aller pour le Lycée, la mère et le père de Biromo, Anna, la fille du  Cuisinier du Mwami Mwambutsa IV, qui a demandé à son grand frère Joseph, de payer plusieurs  tickets de bus pour se rendre au Lycée d’Ijenda.

A l’infirmier (congoman  muluba),  qui m’a délivré des attestations médicales de complaisance pour justifier mes retards au Lycée.

Bien sûr, aux insoupçonnés «  Gardiens de la Mémoire » et « Invisibles » qui ont tenu promesse des volontés des derniers instants des Bâtisseurs à la prison de Mpimba en mai 1972.

[10] A compléter par les autres dépositaires. Son nom en premier. Simon Mumpaye est originaire de la province de Bujumbura Rural. Puis, les prétextes formulés pour enclencher son arrestation, les tractations pour protéger sa famille et les conditions d’accaparement de ses biens.

[11] Indicateur (de l’administration). Il devait rapporter à la demande les faits et gestes d’autrui.

[12] Le père de Goretti Nduwimana, ministre des Affaires sociales en l’an 2003.

[13] A compléter par sa famille et les autres dépositaires.

[14] Son nom. A compléter par ses enfants, sa famille et les autres dépositaires qui m’ont confié ses derniers instants avant son arrestation suivie de son exécution.

Le poste militaire de Katumba se trouve à quelques mètres de la frontière naturelle et officielle entre le Burundi et le Zaïre (actuelle.  R.D. Congo). Des passeurs lui ont proposé leur savoir faire pour atteindre la frontière par les sentiers détournés. Juste quelques pas, et il est dans un autre pays…

Il avait dit : « J’ai compris ce qui se passe. Mais,  je suis, en premier, un militaire. Je ne me sens pas endosser dans ces circonstances, le statut de déserteur. Quoi qu’il se passe, la hiérarchie me retrouverait avec des arguments… »

[15] Ministre des différents gouvernements du Royaume du Burundi de 1961 à 1966.

De la Justice le 18 septembre 1961 ;

De la Justice en Octobre 1961.

Des Affaires sociales le 18juin 1963 ;

Des Affaires sociales le 10 avril 1964 ;

De la Justice  le 15 janvier 1965 ;

De la Justice et de la Sûreté le 16 janvier 1966 ;

Cfr : Burundi 1965 : La première crise ethnique. Genèse et contexte géopolitique. Par Augustin Mariro.

[16] A côté de brochures  de recueil sur la Tradition orale, Zacharie Ntiryica, ministre des Travaux Publics, le 18 juin 1963, avait aussi écrit sur les circonstances de l’assassinat du Premier ministre Pierre Ngendandumwe le 15 janvier 1965 (…)   

D’autres brochures dactylographiées (de divers auteurs) ont circulé « sous le manteau », notamment, une,  sur la description du comportement des élèves au Collège du Saint-Esprit en  mai et juin 1972.

 

12:35 Écrit par victor ntacorigira dans Rose Ntwenga, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |