22/07/2011

Un Tutsi militaire confirme le génocide ,l'état est mis en cause

Il Y A 32 ANS, LA FOLIE MEURTRIERE FRAPPAIT LE BURUNDI

 Par Gratien Rukindikiza et Siméon Barubiriza 

 Les jeunes générations burundaises connaissent la tragédie qui frappa le Burundi à travers les conversations au sein des familles, dans les partis politiques, à l’école, les rares écrits quasiment partisans qui ont circulé, etc… Le nombre des victimes varie selon les sources et les sentiments tribaux, calvaire duquel nous devons nous affranchir. Dès lors, la présente contribution n’a aucune intention de compter ces morts et de part et d’autre, mais nous nous concédons l’honneur d’en laisser la place et la tâche à ceux qui en sont plus dignes que nous. Nous restons convaincus, en effet, que le peuple burundais doit, devra, coûte que coûte, panser ses blessures béantes oubliées par l’histoire des humains, car il est condamné à vivre et à survivre tout uni en tant qu’entité nationale, une, indivisible et unique.

 Les Burundais qui ont connu cette monstruosité n’ont pas eu la chance de rencontrer des psychologues  indispensables pour soigner les séquelles issues de cette barbarie meurtrière. Des centaines de milliers de Burundais sont morts. Des hutu ont été tués parce qu’ils étaient hutu. Des tutsi ont été tués parce qu’ils étaient tutsi. L’histoire est une et indivisible. Elle s’impose aux tutsi comme aux hutu. Hélas ! Il reste toujours des zones d’ombre frappées d’une myopie ethnique, d’amnésie et d’impunité même au sommet de l’Etat… 

Beaucoup de hutu pensent qu’en 1972, seuls les membres de leur groupe ethnique ont été massacrés par le pouvoir en place. Ils vont jusqu’à ignorer, par manque d’informations adéquates, que beaucoup de tutsi ont été massacrés dans la province de Bururi et dans une partie de la capitale Bujumbura par des groupes de hutu organisés qui, armés d’armes blanches par lesquelles ils entendaient couper les blindés gouvernementaux et autres engins militaires modernes, ont envahi le Burundi à partir de la Tanzanie.

En revanche, le pouvoir étatique a massacré les hutu sur toute l’étendue du territoire national, même là où aucun tutsi n’avait été inquiété ; pouvoir qui avait l’obligation matérielle, morale et historique de protéger tous ses citoyens sans distinction aucune. Beaucoup de tutsi pensent, eux aussi par méconnaissance des responsabilités devant l’histoire, que les hutu qui ont été assassinés avaient participé au complot visant les tutsi ; d’autres, suite à  une manipulation ethniste de la part du pouvoir devenant mono ethnique décidé à en finir avec les hutu sur le modèle inverse de la situation rwandaise, celui de  la solution finale anti-péril hutu.

Ces tutsi croient que tous ces hutu fonctionnaires, commerçants, élèves, femmes et filles ont été punis à juste titre pour avoir participé à l’élaboration du plan pour les éliminer ; circonstance que plusieurs hutu, manipulés par une propagande ethniste, réfutent catégoriquement. Pourtant d’autres hutu affirment que le plan a été conçu, élaboré et exécuté par des burundais  réfugiés à Kigoma en Tanzanie depuis 1971.

Plusieurs sources confirment cette version ; mais faute de ne pas devoir entrer en profondeur, nous nous devons de signaler, ici, le livre La Vérité Sur Le Burundi, par Boniface Kiraranganya, auteur, des fois, cité à tort et à travers selon la propagande des utilisateurs.

 Dans toute cette ballade d’opinions contraires selon le groupe ethnique d’appartenance, la justice nationale et internationale ne s’exprime pas et la victime semble bien être la seule détentrice de la  vérité. Par ailleurs, certains faits sont là, clairs, têtus. Les rarissimes miraculés exclus, presque tous les hutu intellectuels, fonctionnaires, cadres des entreprises, officiers, sous-officiers, soldats, commerçants, élèves, etc., ont été tués par l’armée et la gendarmerie après une purge douloureuse et myope.

 Les rescapés ont pu fuir le pays et d’autres ont été cachés par les tutsi. Ils ont été tués pour la simple raison qu’ils étaient hutu et savaient lire et écrire ! Même des paysans hutu ont été trucidés par des milices tutsi affiliées au parti unique Uprona et par l'armée gouvernementale, dans le but « de prévenir les massacres des tutsi » ou mieux, d’endiguer le soi-disant « péril hutu. » Ce n’est pas pour amour des redites, mais que chacun prenne ses responsabilités en faveur ou contre la vérité, la seule qui nous rendra des hommes libres. Le Burundi a été donc vidé des hutu fonctionnaires, étudiants et élèves, militaires, etc. Ainsi, plusieurs appareils étatiques sont devenus monoethnique tutsi. Le cas le   plus flagrant fut l’armée et la gendarmerie.

 Dans tout événement, il y a toujours une histoire cachée et l'histoire réelle. Avril 1972 contient toujours une mine d’informations non explorée. Les historiens burundais, et étrangers qui s'y intéressent, ont encore du pain sur la planche. C’est un travail passionnant, mais difficile car la vision ethniste est toujours aux aguets.

 Au mois d’avril 1972, plusieurs faits se sont succédés à une vitesse vertigineuse et sont à analyser avec les événements en soi, sans parti pris. Quelques jours avant l’attaque de la province de Bururi par les rebelles hutu qui massacraient les tutsi, le Roi Charles Ndizeye est tombé dans un véritable guet-apens et s’est retrouvé au Burundi, à Gitega, alors qu’il croyait survoler l’Ouganda à bord d'un hélicoptère d’Idi Amin Dada, Président ougandais.

 Le plan a été organisé par A.Simbananiye, ambassadeur plénipotentiaire, le tout puissant ministre des affaires étrangères de M.Micombero Président et l’ami de celui-ci, le Président ougandais. Ntare V Ndizeye vivait en Suisse et il était en mission d’affaires en Ouganda. Le jeune roi Charles Ndizeye Ntare V a été assassiné dans la prison de Gitega par des éléments de l’armée commandités par le pouvoir étatique militaire. L’exécution du roi Ntare V a été justifiée par son supposé complot, de connivence avec les rebelles hutu qui auraient voulu le remettre au pouvoir. Cette thèse ne tenait pas, et elle ne tient pas debout d’autant plus que Ntare V, disposé à rentrer au pays en tant que « simple » citoyen, ne voulait pas reprendre le pouvoir et aucune preuve n’a été fournie sur ses contacts avec les rebelles hutu.

 Le Président burundais, Colonel Michel Micombero, a dissout le gouvernement quelques jours avant l’attaque. Ce gouvernement était au courant de cette attaque et il savait qu’un groupe de rebelles s’entraînait au maniement de quelques armes à feu fournies par les mulelistes congolais ; lesquels mulelistes étaient en contact direct avec l’Etat burundais. 

 Micombero a gardé à ses côtés un seul ministre, le tristement célèbre Arthémon  Simbananiye. Certains se demandent même si Simbananiye n’était pas le véritable Président du Burundi en collaboration avec compères André Yanda et autres acolytes. Des soirées dansantes pour les fonctionnaires et les commerçants ont été organisées dans tout le pays le 29 avril 1972, la nuit de l’attaque de Bururi et de Bujumbura par les rebelles « mulele ». Qui a organisé ces soirées ?  Les réponses divergent. Pour plusieurs tutsi, les soirées ont été organisées par les hutu afin de les surprendre. Pour plusieurs hutu, elles ont été organisées par les tutsi afin d’arrêter ceux qui étaient  encore libres. Dans tous les cas, le pouvoir était complice car il ne les a pas interdites.

 Le  Président avait même prévu de participer à cette soirée, au mess des officiers, alors qu’il savait que la situation était explosive. Il a échappé de justesse et son garde du corps, le commandant Kinyomvyi, a été tué à hauteur de la cathédrale de Bujumbura par les rebelles. Le pouvoir a organisé les arrestations et les massacres de plusieurs hutu avant même l’attaque des rebelles « mayi mayi » ou « mulele ». Aucune mesure n’a été  prise pour défendre le pays. Même les officiers de Bujumbura ont échappé par miracle à l’attaque du mess où devait se dérouler une soirée dansante. Pourtant, la ville de Rumonge avait été attaquée la journée. Pourquoi en cette nuit d’insécurité, Micombero voulait-il participer à la soirée dansante des officiers ? Certains burundais pensent que le Président a été manipulé et son sort était déjà scellé. L’attaque des rebelles devait coïncider avec une sorte de changement au sommet, un vrai coup d’Etat musclé et camouflé.  

 L’appareil étatique et son pouvoir coercitif et répressif ont assassiné des citoyens burundais innocents au cours de ces attaques, citoyens qu’ils étaient censés devoir protéger. Dès lors, au moment où le gouvernement était renvoyé, la voie était libre pour celui qui était resté maître de la situation : L'ineffable Simbananiye. Ce nom a été évoqué à plusieurs reprises. Plusieurs politiciens hutu ont alerté le pouvoir sur des événements sanglants en perspective. On peut citer le commandant Ndayahoze, hutu, ministre de l’information et secrétaire général du parti Uprona. Dans sa lettre-rapport portant le numéro 093/100/CAB/68, le plus cité, Ndayahoze a averti le Président d’un complot qui le visait, puisqu’il ne le croyait pas de mèches.

 Que disait-elle cette lettre ? Nous citons, en la note y relative (1). le commandant Martin Ndayahoze, nous limitant à renvoyer le lecteur au livre Hutu, Tutsi, Twa : Pour une Société Sans Castes au Burundi, par M.Mbonimpa, en son superbe article sur ce collaborateur de M.Micombero. Le commandant Ndayahoze a été tué par les militaires du bataillon para à Bujumbura. Nous signalons au passage que le Président Ndadaye a été tué par ces paras dans « leur » camp militaire. Ndayahoze a été emporté par le complot qu’il avait dénoncé quatre ans avant. Les militaires étaient-ils préparés à l’attaque par ces « rebelles hutu » ? Une chose est sûre !

 L’armée était composée de hutu et tutsi. Les hutu étaient majoritaires dans certaines unités. Deux unités d’élites. Le bataillon commando de Gitega et le bataillon para de Bujumbura posaient des problèmes au commandement militaire pro tutsi. Il y avait beaucoup de militaires hutu dans ces deux unités. Au moment où la guerre tournait vers une vengeance ethnique et vers un règlement de compte entre quelques tutsi, le commandement tutsi, après avoir liquidé les officiers supérieurs hutu, avait besoin d’éliminer physiquement les hutu de l’armée, surtout de ces deux unités d’élite. Au cours d’une nuit qui suivit l’attaque de Rumonge, en province de Bururi, des consignes furent données. Tous les hutu furent zigouillés aux poignards, juste pour ne pas gaspiller les munitions et pour ne pas faire de bruits nocturnes.

 La mission suivante fut confiée au bataillon commando, mono ethnique depuis. Celle-ci  était de tuer tous les militaires hutu du bataillon para. Le bataillon para fut envoyé à Nyanza-Lac pour une mission à déterminer sur place. Jusqu’à ce moment, ce bataillon était composé de hutu et de tutsi presque dans les mêmes proportions. Parallèlement à cette mission, le bataillon commando devait camper aux alentours de Nyanza-Lac. En attendant que sa mission lui soit communiquée, le bataillon para devait s’occuper. Par une tactique élaborée de commun accord avec les militaires tutsi du bataillon para, les hutu furent tués au cours d’un match de football entre ces militaires. Après ces deux tragédies, le Burundi a eu « son » armée mono ethnique ! Dans certaines communes comme à Kayokwe, la gendarmerie et une milice tutsi ont profité d’une révolte de hutu (qui n’ont pas commis de massacre) pour tuer systématiquement tous les hutu, jeunes ou vieux qui eurent le malheur de passer aux alentours.

  La répression fut sanglante, aveugle pour ainsi dire. Tous les militaires hutu, une bonne partie des intellectuels hutu, des élèves hutu, etc.,  furent massacrés. Beaucoup d’intellectuels hutu partirent en exil au Rwanda, en Tanzanie, en Europe, au Canada, etc. Plusieurs milliers de tutsi furent massacrés dans le pays par les rebelles hutu. Le commandant Ndayahoze, qui avait dénoncé le plan Simbananiye, fut tué au bataillon para sans aucun jugement, et comme lui tant d’autres. Le bilan fut très lourd. Au-delà des morts physiques, les douleurs morales et psychologiques, la destruction de la cohésion nationale, etc., sont les plaies difficiles mais pas impossible à soigner. Cette année a marqué les esprits ; mais pour combien de temps encore ? Elle continue à hanter les consciences des Burundais jusqu’à nos jours. La tragédie se « termina » par un triomphe éphémère de l’extrémisme tutsi après une lutte décennale contre des moulins à vent.

 Plusieurs tutsi ont cru à tort avoir résolu le problème ethnique en éliminant l’élite hutu. Le 29 avril 1972 est une plaie dans le cœur des burundais. Cette plaie a contaminé le corps, et  les différents massacres qui se sont succédés sont des conséquences de cette maladie non soignée. Ceux qui ont perdu les membres de la famille n’ont même pas eu le « privilège » de les enterrer, de les pleurer.  

 Aujourd’hui, l’histoire burundaise garde les séquelles de cette folie meurtrière. Ceux qui sont nés après 1972 n’ont pas eu droit à une information fiable sur ces événements. Aucun rapport international fiable n’a été rendu pour permettre à tout ce monde de connaître la vérité. Plusieurs hutu évoquent le terme de génocide pour caractériser ces explosions de violences fratricides.

 Oui, il y a eu des massacres, à grande échelle, de membres d’une ethnie : Massacres organisés par un Etat : L’ Etat burundais. Oui, ils ont été d’une ampleur nationale. Peut-on dire que c’est un génocide ? Les éléments cités ci- haut nous conduisent à parler de génocide. Toutefois, la sagesse nous invite à laisser la réponse définitive aux pénalistes et autres conseillers juridiques du gouvernement du Burundi, et de l’ONU de laquelle l’on prétend que toute reconnaissance de crimes de génocide devra porter son cachet. Sur le Burundi et ses Hutu et ses Tutsi, en attente que l’ONU mette fin à son silence éternel, toujours rigoureux et d'or, même trente-deux après car il n’est jamais trop tard… ! nous demandons que justice soit faite en faveur de toutes les victimes des différentes tueries depuis l’indépendance politique jusqu’aujourd’hui.

 A la date d’aujourd’hui, cinq génocides, si pas plus, ont été reconnus par la Communauté internationale ; à savoir : Le génocide des mongols qui a fait 18 millions de morts bien avant la naissance de l’ONU ; le génocide arménien organisé par l’Etat turc, le génocide juif organisé par l’Etat allemand, le génocide inter-ethnique hutu-tutsi rwandais organisé par qui de compétence. La réalité ne s’arrête pas, même pas en cas d’inertie juridique pénale.

 Génocide ou pas génocide, on peut lire utilement l’écrivain François Mauriac ; le pénaliste Raphaël Lemkin, inventeur de ce mot lugubre dérivé du grec en 1944 en ses deux particules : « genos » et « cide », mais il est père de la législation onusienne et de celle du Tribunal Pénal de Nuremberg sur le génocide... (2) ; Pierre Truche et André Kaspi dans Les Cahiers de la Shoah ; le nouveau Code pénal français en son Article 201-1, Livre III ; le Code pénal ivoirien, pour ne citer qu’eux, pendant que l’Etat burundais se tait mais le rwandais est dans la nuit et il essaie peut-être d'y voir un peu plus clair, et les hutu et tutsi burundais se chamaillent sur le sens des mots « gonos » et « cide » ! Est-ce la guerre des mots ? Et pourquoi les Burundais ne se mettent-ils pas d’accord sur leur propre histoire ?

Notes

(1) « On parle même d’un « apartheid » Tutsi en préparation. Qu’en est-il ? Une organisation raciste Tutsi possède un programme d’action dont Arthémon SIMBANANIYE serait l’auteur. Le programme vise l’instauration d’un certain « apartheid » au Burundi. Sa réalisation s’opérerait en trois étapes : 

1. Semer la haine entre les ethnies en noircissant fortement quelques intellectuels Hutu. 

2. Vous faire disparaître physiquement pour plonger le pays dans la confusion et la colère.

3. Tablant sur les faux bruits déjà en circulation, crier haro sur les Hutu pour récidiver les événements de 1965. Alors il ne restera plus qu’à lancer une répression sanglante sur des cibles choisies d’avance et à se montrer très actifs dans l’épuration criminelle pour réclamer le pouvoir comme rançon de son zèle. Après ce coup de balai, l’apartheid règnera au Burundi et le « péril Hutu » sera anéanti à jamais. 

 En conclusion », écrivit le commandant Ndayahoze, « comme l’a constaté le conseil du cabinet du 12 avril 68 dernier, nous nous trouvons en face d’un faux problème mais qui risque de devenir un vrai, car ceux qui dénoncent le « péril Hutu » cherchent par ce truchement de haine à servir leurs ambitions personnelles ou à se maintenir à des places acquises indûment,  comme ceux qui parlent des droits à recouvrer, veulent se hisser à tout prix à des postes convoités (ou à la solde des étrangers). Ce que veut le peuple, c’est le pain, la paix et la justice ; le reste faisant l’objet d’une concurrence loyale. Cependant, si le problème n’est pas traité adéquatement et impartialement pour que la sauvegarde de l’unité soit une conviction appliquée, il deviendra un vrai problème qui compromettra notre révolution. »

(2) Nous ne savons pas ou nous ne voulons pas savoir combien de la contribution originaire du pénaliste, psychologue, économiste et mathématicien polonais d’origine juive est resté d’ influences dans la conception actuelle dont au Code humanitaire pénal de l’ONU sur le génocide. Nous disposons d’une étude concise sur ce sujet. Le moment verra, de la publier, quand les âmes se seraient calmées.

 

 

 

 

06/07/2011

Mai 1972 à Rutovu.

Mai 1972 à Rutovu !
Par Siméon Barubiriza


Rébellion ! Attention ! Les bruits qui courent ne sont pas des mensonges ! « Mai 1972 à Rutovu ! » fut mon premier cheval de Troie, ma croisade, heureusement pas solitaire, contre le tribalisme burundais !
Il fut publié en août 2001 et répliqué chez le même éditeur, Burundi-info, en mai 2002. Lecteur généreux ! Permettez-moi, dès lors, de vous le proposer encore une fois ! Notez, je vous en remercie, que les termes Tutsi et Hutu furent et sont utilisés, par pur hasard, en raison de 39 et 61%, respectivement. Les problèmes que vit notre Pays, de 1964 à nos jours, naissent, donc, de ces Mesdames Tribus imaginaires !
Appliqué aux négociations actuelles, entre le Gouvernement de Transition et le CNDD-FDD, ce pourcentage casuel, bien qu'anonyme, signifie que l’armée gouvernementale devrait occuper 40% d’importance dans la future Armée Nationale, car elle est, l'armée, l’origine et à l’origine du conflit décennal armé ; et la rébellion 60% restant tel une prime de productivité de Paix et de Non Retour En Arrière Dans Notre Préhistoire Récente ! Tenu compte du fait que les belligérants doivent avoir la même dignité, sans vainqueurs ni vaincus, 50% d'un côté et 50% de l'autre me semblent être une mesure sage ; mais encor faut-il bannir le tribalisme à l'origine de nos malheurs, donc les quotas ethniques !
De source bien informée, je sais, depuis ! « Le Haut Commandement militaire gouvernemental et son armée n’attendent que la nuit de l’intégration avec la rébellion pour tuer les ex-rebelles dans les garnisons ! »
Je répète ! L’information est de source bien digne de foi, et la protéger est mon devoir ! Je n’ai pas voulu la donner à cause des négociations en cours entre les vrais belligérants : Tous ? En date 14 septembre 2003, Gratien Rukindikiza a écrit, et je cite, à propos du « cadeau empoisonné et l’arme diplomatique rapportera plus que l’arme militaire », mais :
« Les FDD devront se dire qu’en face, il y a une armée aigrie par une dizaine d’années de combats. Les 60% de l’armée », contre 40% de la rébellion dans la future Armée Nationale Burundaise, 40% « qui ne garantit pas la sécurité », « peuvent avoir une mission officieuse, celle d’écraser les combattants des FDD dans les garnisons » !
L’information que Gratien Rukindikiza nous a donnée dans son article « Le Sommet Décisif Pour Le Burundi » est absolument exacte. A bon entendeur, peu de mots ! (Simba. Septembre 2003.)
Mai 1972 à Rutovu !
Excusez-moi, mais c'est une dette avec la mémoire au rendez-vous du donner et de l'avoir.

L'objet de cette ébauche n'est pas de ressasser les raisons des uns et de rejeter celles des autres, d'innocenter les uns et de culpabiliser les autres; chose je laisse à une Magistrature impartiale, à l'Histoire. C'est une « bouteille à la mer », fraternelle pour ainsi dire ! Vous pouvez l'écraser contre les rochers ou ouvrir son contenu. Mais la réalité est plus cruelle.
Nous sommes étrangers qui, perdus chez Cassandre à Waterloo, nous nous étreignons mortellement. Nous sommes incapables de nous dépouiller de notre armature idéologique pour regarder derrière. Nous sommes incapables de regarder à l'horizon, et de reprendre les ailes en vol de l'albatros vers un avenir meilleur.
« Une idéologie est comme une religion. Quand vous adhérez à une religion, on ne vous demande pas de comprendre, on vous demande de croire. C'est tout. Avec cependant cette différence fondamentale que les religions sérieuses, enseignent l'amour du prochain et non la haine », a écrit le Prof. Joseph Ndayisaba, « Les bantous, les hamites et les bahantoumites.
D’autre part, d’après une étude sociologique par le prof. Barnabé Ndarishikanye à Bujumbura, dans « La conscience historique des jeunes Burundais », les Hutu et les Tutsi avons chacun notre version de l'histoire nationale. C'est extraordinaire !
Dans la démarche absurde où Hutu et Tutsi s'affrontent à coup de parti pris et d'états d'âme exaspérée, d'où voulez-vous mes frères que puisse recommencer l'espérance pour reprendre les ailes, en vol de l'albatros ? L'avenir peut se construire sur les cendres du passé. Je vous conte une histoire vécue.
I. L'exil

Le temps lave les blessures mais il ne délave pas la mémoire. Le Burundi est un paradis terrestre, toujours verdoyant et rouge vermeille de sang de l'innocence. C'est ici que l'on pleure trois fois : à la naissance, lorsqu'on comprend les mécanismes de l'imbroglio, quand l'on part sans retour.
J'ai demandé au monde de m'apprivoiser : « Excusez-moi, mais il est question de mes aventures. » Le monde s'est mis à rire avec fracas. Je me regardais derrière pour savoir si j'avais fait caca !
Et quand je suis parti en exil, c'est un ami Tutsi qui est venu me prendre à la Normale de Rutovu renonçant à ses vacances au mois de septembre. Pour ce faire, il s'était procuré une camionnette et un chauffeur, lui aussi rigoureusement Tutsi. Mais, à la seconde tentative, nous avions décidé de commun accord de faire tout le trajet à pieds. Par précaution, car le sort qui pouvait nous frapper aurait dû être le même.
Avec la complicité de l'obscurité, nous arrivâmes à domicile de son grand-frère dont l'épouse avait été mise à l'écart avec quelque stratagème. Mon ami s'était éclipsé, disparu, englouti par la nuit noire, sans laisser ni trace ni adresse. Nous ne nous sommes plus revus. J'ai su par la suite qu'il était parti sans le billet de retour. Que Dieu ait son âme !
Son frère m'accompagna jusqu'à la frontière. Il m'a dit : «Vas ! Tu es un homme libre, et sois heureux». Je regardais les collines burundaises dans leurs poitrines superbes, arrondies et pointues comme les seins de l'avenir. Elles s'éloignaient inexorablement à chaque pas que je faisais vers le néant. Je me disais pour m'encourager embrassant ce néant : « Les bulldozers, non ! »
II. Ubukoko bwateye

« Mbese shenge kw'akazu kahiye, none Serugo niyaza gutaha agacumu agashinga he ? Baba arabizi ! Agashinga k'utuguru ! » Le régime du Président Colonel Micombero avait décidé la mise en application du plan Simbananiye Arthémon.
D'après les Rapports confidentiels du Ministre de l’Information Colonel Martin Ndayahoze au Président de la République, le plan consistait en l'élimination physique de tout Hutu qui savait lire et écrire. Dans le rapport 093/100/CAB/68 (1), en ce qui concerne le Burundi, le mot « apartheid tutsi » est utilisé pour la première fois. La date prévue pour ce grand rendez-vous avec l'histoire était le 1er mai 1972. La solution finale était aux aguets, invisible, implacable, inutile.

Un groupe de Hutu l'aurait su, semble-t-il, de la part des amis Tutsi, et il aurait décidé de provoquer l'explosion du chaos avant cette date fatidique pour consentir à quelques-uns, Hutu, de se mettre à l'abri. Ces Hutu étaient un groupe de hors-la loi. L'Etat avait le droit, le pouvoir et le devoir de les rendre inoffensifs, de les arrêter si vivants et de les juger.
D'après d'autres sources, – Boniface Kiraranganya, La Vérité sur le Burundi – ces Hutu se préparaient pour aller à la rescousse du régime militaire, armés jusqu'aux dents de bâtons et de machettes, comme si le bâton et la machette coupaient les blindés : l’arsenal de ces héros de hors-la loi complique la responsabilité et l'héroïsme étatiques idéologiques graves !
Le régime a cherché ses prétextes, écrasant tout Hutu sur son passage de bulldozer. Il a culpabilisé toute une communauté humaine ; et voilà la mesure du passé et du présent. L'amalgame est explosif et il faut le manier avec précaution.
Une semaine avant le génocide de Hutu par le Régime Tutsi, le Ministre Albert Shibura (2) a communiqué finalement la date aux militaires réunis près l'habitation du Commissaire L. Basumbwa, le 27 avril 1972 à Nyanza-Lac au cours d'une de leurs cérémonies secrètes, d’après Tina Novelli que je cite :
« A la lumière de la situation rwandaise, force est de conclure : outre que trop nombreux, les Hutu sont devenus extrêmement dangereux. Nous risquons de subir le sort de nos frères Rwandais. C'est pour cette raison, que nous avons décidé de les réduire, à partir du 1er mai, ne laissant en vie que les paysans les plus ignorants. »
Aussi, le Ministre aurait-il donné l'ordre de détruire les barques sur les plages du Lac Ntanganika : de Nyanza-Lac à Bujumbura en passant par Rumonge et Minago, à partir du 28 avril 1972 pour rendre minimale la fuite de l'ennemi.
III. Mai 1972 à Rutovu

La scène du crime des crimes, restreinte et dégoûtante est donc la suivante. Les militaires conduisaient les victimes dociles à l'abattoir dans d'énormes « Je m'en fous ! »
Elles y étaient entassées si bien qu'on les aurait prises pour des sardines dans des boîtes de conserve. Le sang dégoûtait par moment. La différence entre les victimes d'en bas et celles d'un haut, pas si essentielle. Celles-ci pouvaient respirer et elles avaient en plus l'honneur de recevoir directement les baïonnettes dans la chair en sueur.

Un jour ensoleillé, un après-midi triste, mai 1972. Un paysan Hutu, échappé par la force du désespoir d'un des « Je m'en fous ! » stationnant à l'Ecole Normale de Rutovu s'était mis à courir. Les militaires l'avaient rejoint : un coup de bottes militaires, et une baïonnette à la gorge pour compliment. Le dessert ? Des bulldozers tout neufs pour tous ces damnés de la terre ! Même les rivières se rassasiaient !
Remarquons en passant que sous l'ordonnance du Major Samuel Nduwingoma, il était strictement interdit aux étudiants Hutu de la province de Bururi de rentrer chez leurs familles respectives ou ce qui était resté de celles-ci.
Nous avons passé les vacances en internats de fortune, appelés avec un euphémisme crachant : camps de travail, à Rutovu, à Rumeza... Rappelons aussi que Monsieur l'Abbé Gérard a été extrêmement utile, consolateur, un vrai Homme d'Eglise : « Les Hutu vont attaquer de Tanzanie et du Rwanda, et ils ont l'appui des avions et des ogres de Staline ! J'ai peur que la réaction des Autorités burundaises sera plus incisive. » Ah ! Qui sait ce qu’il aurait voulu dire !
A l'Ecole Normale de Rutovu, les étudiants Tutsi sous le guide spirituel de l’enseignant Mathias Mashwabi et de l'étudiant Gérard Haziyo avaient fait la grève d'une semaine. Le Commandant Samuel Nduwingoma était venu les calmer. Il nous avait fait un discours « concret », démagogique, hypocrite : « C'est le fruit du hasard que de naître Hutu ou Tutsi. » La découverte était saisissante.
Au cours de cette grève, je me suis improvisé leader, à en croire au témoignage d’Alphonse Ndanga Muvero dont à sa lettre qui me fut remise à Saint Pierre, Cité du Vatican par notre ex-professeur de mathématiques : « Calme, évitez les provocations. Sourire, mon message. »
Nous allions dormir grâce aux militaires devenus nos surveillants. Leurs bottes faisaient un bruit infernal, telles des Cyclopes en marche sur les cailloux de l'enfer : « Doum, doum », puis, le silence de la nuit !
Les Tutsi riaient parce qu'ils savaient que l'on jouait à la comédie inhumaine. Mais nous les Hutu, nous tremblions de peur et de froid dans le dos. Combien de nuits blanches passées regardant du coin de l'œil si ces militaires en tenue de combats, armés jusqu’aux dents, n'avaient pas, aussi, pour arsenal quelques baïonnettes ! Ils en avaient en fait, pour un ennemi désarmé, leur ombre ! Entre temps, tous les instituteurs et professeurs Hutu, de l'Ecole primaire et secondaire de Rutovu avaient été conduits à l'abattoir dans un « Je m'en fous ! » de couleur noire. Au Directeur de l'Ecole primaire, on avait volé l'épouse, la moto gigantesque et la maison.
Même les femelles et les mâles Hutu paysans de la colline de Rutovu et des « environs », Victoria et les quatre frères Kineza par exemple, avaient subi le même sort ! Les étudiants Tutsi avaient fait la grève parce que Major Samuel Nduwingoma n'était toujours pas venu nous ramasser, nous les bamenja, ubukoko.
Il fallait répéter à Rutovu le miracle accompli avec compétence à l'Ecole Normale de Kiremba où l'on avait exterminé tous les Hutu : au Collège de Matana, ces gaillards Tutsi avaient accompli leur mission avec précision ! Et partout ailleurs dans le pays. Au Collège du Saint-Esprit à Bujumbura, on avait assassiné huit Hutu seulement. A l'Athénée à Bujumbura, tous les Hutu : « Caput » !
Je me rappelle combien Luc Rukingama était frustré ! Ayant perdu « tout» d'un coup la chance « d'être Tutsi », il était comme cloué dans le ridicule, entre le Ciel et la Terre à la fin d'un rendez-vous mortel en connivence pour l'écraser. J'étais le premier sur la liste noire d'étudiants Hutu qui devaient faire le dernier voyage en « Je m'en fous ! » ; le second de la liste était Paul, puis Alphonse; puis encore l'autre de la 4ième Normale mort en exil en Tanzanie : je creuse dans la mémoire et j'ai oublié son nom et son prénom. Maintenant que j'y pense, il s'appelait sans doute: Albert. Albert Duniya. Qu'importe cependant, son nom et son prénom, après son départ !
Je considérais, et je considère encore le titre ethnique comme une abondance. Et c'est à ce titre peut-être que même Gérard Haziyo me traitait de surcroît comme si j'eus été un être humain. Mathias Mashwabi me grinçait les dents : je ne comprenais pas ! C'est que quelques années auparavant, j'avais refusé un de ses conseils précieux.
Je devais interrompre mes études à l'enseignement élémentaire, celles supérieures étant trop compliquées pour moi … Le professeur Rufyiri avait gaspillé les énergies dans le même sens. A Paul, on avait conseillé la même chose.
Le délit commis et pour lequel nous méritions les baisers nuptiaux avec la mort, en pleine éclosion de la fleur de la vie est « l'erreur d'être nés. » Je ne sais pas s'ils m'auraient tué avant les autres criminels.
Le Ministre Albert Shibura (André Yanda ?) posa au camp militaire de Burundi un geste exemplaire : il aligna des Hutu et d'un seul coup de mitrailleuse, il les balaya pour montrer qu'ils n'étaient pas si invulnérables, selon Frère Arthur Aubry nous reportant les propos de ce grand Ministre pour nous calmer. Frère Aubry aimait nous répéter, avec l’honnêteté d’un sacristain : « Les Militaires donnent des ordres. Les ordres ne se discutent pas, ils s’observent », pour « nous » « inviter » à nous tenir coi…
Le Ministre était ensuite venu à l'Ecole Normale de Rutovu pour exiger notre départ, en compagnie de Militaires armés jusqu'aux dents en uniforme scintillant en quatre voitures cérémonielles bleues. C'était la première fois que je voyais toutes ces belles voitures cérémonielles noircies par le sang et par la douleur de l'autre, toutes pour nous et qui venaient nous chercher pour nous conduire vers la fin de la course humaine.
J'étais de nouveau le premier des listes préfabriquées. Le Directeur de l'Ecole Normale, Frère Arthur Aubry, un canadien de la Congrégation des Frères de l'Instruction Chrétienne, s'était refusé de donner son consentement pour notre interrogatoire final. Il était d’une équité et d’une sévérité presque paternelle.
J 'en parle sans rancune, sans gêne ni fierté. Les criminels ne pouvions pas tous être les premiers des listes mortuaires. Je n'en tirais aucun avantage ni honneur.
Le Ministre Shibura et ses Hommes avaient menacé Frère Aubry avec leurs revolvers et mitrailleuses légères. Ils étaient repartis bredouille ayant manqué par caprice des gibiers succulents. Ils auraient dû nous ravir nuitamment, comme au Collège du Saint-Esprit. L'Université du Burundi avait été complètement purifiée, sauf l'un ou l'autre rescapés miraculeusement dont Celius Mpasha, Jean, Prospère.
Pourquoi un tel miracle s'est-il accompli à l'Ecole Normale de Rutovu et au Petit Séminaire de Buta, mais pas ailleurs ? Le fruit du hasard. A l'Evêché, les militaires du camp de Bururi avaient violé puis assassiné des femelles, des sœurs pour la plupart, Hutu naturellement.
Son Excellence l'Evêque Bernard Bududira avait téléphoné au Président de la République Colonel Michel Micombero. Je ne me souviens plus s'il téléphonait de l'étranger. Ce Haut Prélat part toujours à l'étranger, à chaque baiser nuptial avec la mort de l'autre à grande échelle: « Vous dites Monsieur le Président de la République que le calme est revenu, que la situation est sous contrôle, mais voilà que l'on vient de zigouiller tout le personnel féminin de mon Evêché, les sœurs comprises. » Je crois qu'ils se tutoyaient ! Son Excellence l'Evêque ne le savait peut-être pas. Mais à Rutovu les femelles Hutu étaient, chaque soir, violées par nos anges gardiens militaires ; les femmes Tutsi, non ! Qui sait où était-ce, cette différence !
Le Président de la République ordonna à Major Nduwingoma Samuel de suspendre la chasse sur Buta et Rutovu en ce qui concernait les élèves. Au mois de juin, un soir vers 8h00, S.E. le Président de la République était entré aussi dans ma classe : Mwige neza. Ntimwige gutera imipanga ! nous a-t-il dit. Qui sait ce qu'Il voulait dire !
L'ébauche pourrait se conclure ici. Je voudrais cependant que le lecteur courageux qui m'a suivi jusqu'ici s'en aille dégourdi, détendu : Bonne chance, Burundi !
IV. Le quiproquo !
Bujumbura a les yeux et les oreilles un peu partout dans le monde. 1992. J'avais pris l'avion à l'aéroport Grégoire Kayibanda. John, un Tutsi géant était là à Kanombe par hasard. Pour me saluer, il se plia en deux.

Pour deux fois il m'avait tiré de situations difficiles à Kigali. Il disait, avec le ton explicite d'un Commandant : « Mbese Nyakarundi mwagira se ngo ni Kanyarwanda ? » Je compris que Kanyarwanda avait perdu la guerre, non une bataille, la Guerre. « Les ânes ne fusionnent pas avec les Chevaux, kandi igisoda gikurwa n'ikindi », aurait-il dit, Jean Bikomagu ? Colonel, alors chef d’Etat Major !
Suivra le double Génocide. Après l'escale à Naïrobi pour Paris, j'avais remarqué qu'il y avait devant et derrière tant de visages excités. L'assoupissement permettant, j'ai vu qu'ils étaient tous partis dans la Classe de Businessmen. Plongé dans la lecture nocturne, un autre John m'avait réveillé de sursaut, à 2H00. La nuit battait son plein.
« Vous êtes Rwandais du FPR en mission, n'est-ce pas ? » « Non. Je suis burundais. » « Et vous qui êtes vous » ?
« Togolais, fonctionnaire de la Banque Mondiale. » « Et vous que faites-vous dans la vie » ? « Chômeur ! »
« Venez avec moi dans la 1ière Classe pour un drink. Le Ministre des Finances désire vous voir. Il dit qu'il vous connaît. » J'avais remercié gentiment, déclinant l'invitation. Je crois qu'ils allaient me « mayugiser ».
La mort survient inexorable quand l'espérance meurt. 1992. J'ai rencontré à 22h à l'aéroport Charles de Gaules un Tutsi blessé, sur une chaise « roulante. » Je lui ai demandé quel malheur il avait rencontré sur son parcours ? « Un accident d'auto, à Bujumbura, avec une jambe cassée », la réponse.
« Mais vous avez de la chance. Parce que vous êtes né Tutsi. Au Hutu à Bujumbura, on aurait aussi taillé la jambe saine pour lui rendre un service un peu plus équilibré. » Il n'avait pas fait de commentaires. Nous échangeâmes un sourire complice : « Viens me voir à Gitega, voilà mon adresse. » Je crois qu'il était sincère : il était commerçant de l'espérance.
1996. J'ai rencontré un ex-Gouverneur Tutsi sous le gouvernement de l'éphémère, à l'aéroport de Madrid. Il m'a regardé et il s'est exclamé : « Mais, de Hutu aux cheveux blancs, on n'en voit plus au Burundi, surtout s'ils sont instruits. Si tu rentres au pays, – mais il ne faudra pas te scandaliser –, on te dira : « None wewe waducitse ute ko twagira ngo akazi kari kose » ?
Vous êtes tous des poètes. Et ce qui sauvera le monde c'est la poésie et la chanson : « Les hommes qui chantent ne sont jamais mauvais. » Essayez : ne gaspillez pas votre poésie ! « Le Temps est limité. »
V. Le sourire d'une femme !

Elle me rappelle les collines burundaises, cette femme. Je la « défigure », car elle ne m'a pas demandé de lui faire de la publicité. Un soir à Londres, j'avais rencontré une jeune femme Tutsi burundaise au cours d'une authentique cérémonie nuptiale.
«Pourquoi ce tatouage sur la joue gauche ? » lui ai-je demandé. « En 1972, j'avais six mois, à Bujumbura. Les Hutu pendant les événements m'ont machettée, au visage, dans les bras de ma mère. »
Nous comprîmes que nous sommes tous coupables : coupables pour ne pas avoir su nous protéger, coupables pour ne pas avoir pu réagir, coupables pour avoir aimé le néant, coupables pour avoir laissé faire. Elle me demanda de quel coin j'étais originaire.
« Jenda, mais : crû à Rutovu-Bururi », la réponse qu'elle avait bien comprise. « Ah ! uva hamwe na biriya bikoko Micombabu ?», a-t-elle répliqué. Le temps d'une ébauche d'un sourire, mais elle regardait déjà de l'autre côté !

Je n'aime pas qu'on me raconte de quelle couleur ethnique était l'être humain qu'on a enterré hier. C'était une personne humaine partie avec tout son bagage-humanité, sans laisser ni trace ni adresse. Il était peut-être un frère. Sans doute, il était un homme, unique au monde, appartenant dans sa singularité à la communauté humaine.

Siméon Barubiriza
(1) Prof. Mbonimpa Melchior a publié et commenté les Rapports politiques du Colonel Martin Ndayahoze, dans Hutu, Tutsi, Twa : Pour une Société sans Castes au Burundi, L’Harmattan, Paris, 1993.
(2) Tina Novelli, Burundi : Requiem per Abele, p. 68. L’auteur cite un témoin oculaire qui a requis l’anonymat, invité à la réunion pour avoir été pris pour Tutsi. Le Ministre Shibura parlait au nom du Président de la République Colonel Michel Micombero.


17:34 Écrit par victor ntacorigira dans Siméon Barubiriza, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |